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17 septembre 2019 2 17 /09 /septembre /2019 11:40
Tout au long de nos soifs, de Claudine Houriet

L'existence réserve des surprises tellement extraordinaires...

 

Cette phrase tirée d'une des vingt-et-une nouvelles de Tout au long de nos soifs pourrait en être l'épigraphe. Car, dans chacune de ces nouvelles, il y a quelque chose qui sort de l'ordinaire dont elle provient pourtant.

 

Les personnages de ces nouvelles sont effet des gens ordinaires même lorsqu'il ne s'agit pas de petites gens. Mais ils ont le don, sans doute comme Claudine Houriet, de voir au-delà de leurs perceptions immédiates.

 

Peut-être est-ce parce qu'ils ont une certaine candeur et que, même lorsqu'ils font du mal, ils le font avec de bonnes intentions dont on dit qu'un certain lieu peu recommandable, et d'ailleurs sans retour, serait pavé.

 

Ce qu'ils voient au-delà de ce que les autres voient touche au merveilleux. Ce sont des visions féeriques qui suscitent l'incompréhension, des récompenses pour ce que l'on a fait de bon cœur, des objets dont ils détectent l'âme.

 

Ces histoires ne finissent pas toutes bien dans le sens habituel, mais, parfois, dans un sens surnaturel, parce que, justement, il existe un monde au-delà des apparences trompeuses, un monde rêvé pour y étancher ses soifs. 

 

Parmi ces soifs, il y a, cela ne surprendra pas, une soif d'amour qui ne se laisse pas toujours prendre ou qui conduit à des extrémités quand il semble vouloir échapper à qui se trouve sous son charme et entend le rester.

 

La vérité est une autre soif inévitable: un garçon de 12 ans, bon élève en classe, mais volontiers poète, entend un jour des voix pendant ses vacances et le raconte dans une rédaction sur Votre plus beau souvenir de vacances.

 

Son professeur le traite de menteur quand il maintient qu'il les a entendues et lui inflige une lourde punition: La classe avait d'abord hurlé de rire. Elle se taisait maintenant, prête à admirer la ténacité, le courage du garçon.

 

Le garçon avait pourtant dit vrai, mais ne pouvait malheureusement pas le prouver. Il ne connaitrait jamais l'explication de ce phénomène extraordinaire qu'il avait vécu dans une clairière de la forêt des environs de Münster:

 

Debout, les yeux fermés, il écoutait avec ravissement le bruissement feutré des murmures et il se sentait dans un monde de beauté et d'amour. Seules des fées étaient capables d'un tel prodige.

 

Quand, enfant, vous dites la vérité à un adulte et qu'il ne vous croit pas, c'est pour vous la fin de l'enfance…  

 

Francis Richard

 

Tout au long de nos soifs, Claudine Houriet, 164 pages, Plaisir de Lire

 

Livres précédents aux Editions Luce Wilquin:

Le mascaret des jours (2014)

L'enlèvement (2016)

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13 septembre 2019 5 13 /09 /septembre /2019 19:45
Grand-Mère et la mer, de Janine Massard

Grand-Mère et la mer se passe en 1960. Le général de Gaulle est au pouvoir. C'est la guerre en Algérie. Albert Camus est mort le 4 janvier dans un accident de voiture.

 

Claire, née dans la dernière décennie du XIXe, a un rêve. Elle aimerait connaître la mer, c'est-à-dire la Méditerranée, avant de... Car elle sait que ses jours sont comptés.

 

La petite-fille de son second mari, Line, 21 ans le 6 août, est une bourlingueuse. Peut-être que tite Line, vu son expérience des pérégrinations, pourrait l'emmener voir la mer.

 

Claire ne veut pas la voir n'importe où. Elle veut aller en France dont son père était originaire. Dans ses rêves, Méditerranée et la France sont synonymes de perfection.

 

Cela tombe bien. Line est secrétaire d'un avocat, qui, avec sa famille, a passé ses vacances l'été précédent dans un petit hôtel sympa de Golfe-Juan. Elles pourraient aller là.

 

Certes Line ne peut pas prendre de vacances quand elle veut, mais elle a accumulé des heures supplémentaires et peut partir une semaine en septembre pour la Côte d'Azur.

 

Claire et Line partent donc ensemble, par le train, en seconde classe, places assises, à partir des rives du Léman, en direction de la mer: Milan-Gênes-Vintimille-Nice-Golfe-Juan.

 

Les voyages sans agence réservent de l'inattendu. Celui-là ne fait pas exception. Mais, plus important, il modifie la vision des choses de Grand-Mère, fascinée par sa petite-fille.

 

A l'issue de leur voyage, reste un décalage entre Claire et Line dans la vision des choses, mais l'écart s'est réduit un peu, alors qu'il reste abyssal entre Line et sa mère Marthe.

 

Line est déjà une jeune femme très indépendante en un temps où les femmes, comme sa mère, sont encore soumises aux hommes et suivent en cela selon elles le droit chemin.

 

Claire, bien qu'elle ne les approuve pas, continue à se soumettre aux règles en vigueur pendant des générations. Elle s'adresse toujours à Dieu... mais pour lui faire des reproches.

 

Claire est admirative parce que Line, qui est pour elle la gamine, a du caractère, mais, dans le même temps, elle est un tantinet agacée qu'elle ne veuille rien faire comme avant. 

 

Line comprend que Claire ait du mal à s'adapter à ces temps qui changent à vitesse accélérée, sait que les femmes ne sont pas vraiment ici les égales des hommes, mais fait comme si

 

Francis Richard

 

Grand-Mère et la mer, Janine Massard, 136 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livres précédents:

Question d'honneur, 216 pages, Bernard Campiche Editeur (2016)

Terre noire d'usine, 292 pages, CamPoche (2014)

Gens du lac, 192 pages, Bernard Campiche Editeur (2013)

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12 septembre 2019 4 12 /09 /septembre /2019 22:30
Course, d'Alex Baladi et de Pierre Yves Lador

Course est à l'origine une BD de Baladi sans texte. Toujours sans bulles, Pierre Yves Lador l'éclaire avec un texte à sa façon. Le résultat est là: une BD d'un nouveau genre, une histoire illustrée d'aujourd'hui sur ce qui meut les humains.

 

Selon Lador, le maître-mot commun de l'ouvrage, c'est invisibles. Mais comme il est savant et qu'il a beaucoup lu, le mot approprié serait plutôt anekphantes...

 

Qu'entend-il par là? Il entend par là les bactéries qui sont les créatures terriennes les plus nombreuses, des créatures microscopiques.

 

Et la Course? La course est horizontale, le rêve vertical...

 

Pour courir vite, plus vite, les humains se font porter: La phorésie est métaphorique pour eux. Même la terre les porte, comme une chienne puces et tiques...

 

Les humains courent tout le temps: Leur seule lenteur est celle du cortège funèbre.

 

Que reste-t-il d'ailleurs d'eux après la mort? L'os. L'os fait rêver, il est de notre corps la partie la plus durable, la plus proche de l'immortalité, de l'éternité, il est l'ultime trace de ce que nous fûmes, sommes, serons.

 

A tous ces humains qui courent, il rappelle: Il y a des milliards d'ossements dans la couche vivante et des milliards de bactéries dans nos intestins, vous ne les battrez jamais à la course...

 

Il leur rappelle donc par là même sur quoi ils courent: Vous courez sur vos ancêtres, que les invisibles ont dévoré avant leur pétrification.

 

Pierre Yves fait alors du Lador. Bienvenue dans son monde, où les mots se répondent et se répandent:

 

La putréfaction ou putréfiction, ou putrification, précède la pétrification et la putride purification. Les bactéries sont les agents de la métamorphose, pas d'histoires sans bactéries. Vous roulez inlassablement sur des tombes antiques.

 

L'exégète des dessins d'Alex Baladi se pose la question existentielle de l'écrivain face à eux:

 

Comment saurai-je si en regardant ces planches par mes yeux, mes nerfs, mon cerveau, mon corps, les bactéries de mes intestins sont influencées et me dictent le texte qui va les accompagner?

 

Pourquoi court-on? le questionne une de ces planches. Il répond:

 

On court pour fuir le passé, pour échapper à un ennemi ou pour attraper le désir par la queue, un rêve, une image, un fantasme, mais plus vite on court plus vite il s'enfuit.

 

N'en déplaise à Rabelais, qui ne doit pas déplaire à Lador, ce n'est pas le rire, selon ce dernier, qui est le propre de l'homme, c'est la course, car il veut la réalisation du rêve...

 

Francis Richard

 

Course, Alex Baladi et Pierre Yves Lador, 80 pages, (Y)

 

Livres précédents de Pierre Yves Lador:

 

Chambranles et embrasures, 192 pages, L'Aire (2013)

Confession d'un repenti, 240 pages, Olivier Morattel Éditeur (2014)

Les chevaux sauveurs, 200 pages, Hélice Hélas (2015)

Poussière demain, 360 pages, Olivier Morattel Éditeur (2018)

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11 septembre 2019 3 11 /09 /septembre /2019 21:30
Un boudoir sur l'Atlantique, de Jessica Da Silva Villacastín

La Guyane est un prétexte; la vraie destination est le mode d'y prétexter: un porte-conteneurs. Car si la marchandise justifie la route, ce sont bien les hommes et la mer qui l'esquissent, au final.

 

Le prétexte? La journaliste Jessica Da Silva Villacastín se fait accréditer auprès du Centre Spatial Guyanais pour assister au lancement d'une fusée Ariane.

 

Le porte-conteneurs? Le CMA CGM Platon, qui mesure 170 mètres de long, 27,2 mètres de large et qui a une capacité de 1700 conteneurs équivalents à vingt pieds.

 

Le carnet de bord commence en fait le 19 janvier 2015, alors que l'embarquement aura lieu le 5 août 2015 et que le cargo arrivera le 19 août 2015 à Dégrad des Cannes: La disproportion du temps dévolu aux préparatifs et celui de la route me semble déjà ridicule, à la fois que respectable...

 

Elle sera seule femme à bord et aura trente ans le 14 août 2015, au moment où le cargo fera escale à Saint-Martin: Ma peur et mon désir, c'est la mer. Pas le mâle.

 

Quel titre donner à son carnet de voyage à bord du porte-conteneurs? L'auteure pense d'abord à: Effleurer les Atlantiques, Temps des Atlantiques, Pont F, Effleurer la marine marchande,  Some nautical pastorals, Les heures de l'Atlantique. Puis elle arrête son choix à: Un boudoir sur l'Atlantique.

 

Originellement, un boudoir c'est une petite pièce dédiée aux causeries féminines. Après un temps d'accoutumance, la cabine de l'auteure devient effectivement son boudoir à elle, où elle peut se confronter avec elle-même:

 

Je commence à adopter une nouvelle habitude qui me rappelle ma marque de fabrique: m'isoler le matin. Depuis quelques jours, je reste dans ma cabine, bois un ou deux thés verts en écrivant, en lisant la biographie captivante de La Fayette sous la plume du romantique Gonzague Saint Bris...

 

Le reste du temps, elle le passe à faire connaissance avec le cargo, au coeur de l'océan, chargé à bloc d'humains, de vivres, de valeurs, mû par une ingénierie potentiellement explosive (quand il ne s'agit pas de son chargement même).

 

Ce qui l'amène à rencontrer l'autre: Être interdépendant dans la solitude; être enfermé en pleine mer tout en contemplant des ciels presque divins... Un marin contemporain est un oxymore parfait.

 

Arrivée à bon port, depuis qu'elle a quitté sa cabine et les marins elle est triste: J'aimais la mer, je m'y sentais bien.

 

Pourtant elle ne rentre que le 5 octobre 2015 et séjourne auparavant en Guyane, où elle comprend qu'il y a un voyage après un autre, et ainsi de suite nécessairement:

 

Écrire sur le microcosme propre à un bateau marchand s'est mêlé à merveille avec la découverte graduelle de cette société multiculturelle, qui balade son panier du Super U au marché aux poissons traditionnel.

 

La Guyane? Ici, la différence c'est la norme. Faire du stop, c'est la norme...

 

A la fin de son carnet de voyage, elle tire toutes les conclusions de cette aventure qui l'a réellement changée et le termine en disant:

 

Ce recueil, c'est la mémoire de ce dépassement du "moi" social, avec ses étapes, le voyage, c'était la proposition, l'écrit, la trace. Le but, vivre un peu plus léger dans la profondeur de toute chose, au prix de ne jamais vraiment y revenir.[...] La mer et ce qui s'y passe, amères plus que salées, les lèvres du coeur, m'ont laissée.

 

Francis Richard

 

Un boudoir sur l'Atlantique, Jessica Da Silva Villacastín, 152 pages, Éditions Encre Fraîche

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9 septembre 2019 1 09 /09 /septembre /2019 21:15
Crimes sacrés, sacrés meurtres, d'Yves Paudex

Dans Crimes sacrés, sacrés meurtres, la police de sûreté vaudoise est confrontée à un sacré crime. Le 1er novembre 2010, un tronc humain est découvert au Sépey, au coeur des Ormonts: la date du décès de ce qui fut un homme est estimée entre le 10 et le 12 octobre.

 

Plus tard sont retrouvés: les jambes, le 24 décembre 2010 à Versoix; le crâne, le 15 mars 2011 à Cheseaux-Noréaz; un tonneau (qui émerge avec la baisse de eaux) contenant les deux bras, un couteau, des habits, des chaussures, le 16 avril 2011 dans le lac de Gruyère:

 

Les chemises sont de taille 44, les chaussures de taille 43. Selon le médecin légiste, la victime avait 178 cm pour un poids d'environ 80 kilos.

 

On est sûr qu'il s'agit de la même victime grâce à l'ADN, qui est identique mais n'est toutefois pas répertorié dans le fichier helvétique. Les autres pays européens sont interrogés, mais il ne faut guère espérer de réponse rapide de la part de certains d'entre eux.

 

Dans une poche de chemise, il y a un papier déchiré: Au recto de ce qui devait être une carte de visite, il est imprimé: "dalla Lib...", avec une inscription au verso: "1515-29-17". Le recto laisse supposer que la victime est d'origine italienne, mais le verso...

 

L'enquête est confiée à un duo a priori incompatible: Bavaud représentait la police de demain, Rosset celle de hier. L'aîné avait bâti son fonds de commerce sur l'aveu, le cadet privilégiait les preuves scientifiques et techniques, jugées désormais plus fiables.

 

Denis Bavaud est un jeune inspecteur aux dents longues. Valentin Rosset doit bientôt partir à la retraite. Ce sont deux professionnels. Comme le dit l'aîné au cadet, ils sont d'une époque différente, mais deux flics quand même, différents mais complémentaires.

 

Un jeune inspecteur disparaît. Un vol est commis dans une paroisse de village sans que plainte soit déposée. D'autres meurtres sont commis. Les deux inspecteurs ont du mal à s'y retrouver dans cet écheveau et se demandent s'il existe des liens entre tous ces faits.

 

Leurs méthodes sont bien complémentaires, mais restent faillibles: l'un fait des recherches techniques sur les réseaux sociaux et la téléphonie, l'autre a l'expérience du terrain et des prémonitions (qui s'appuient parfois sur la symbolique spirituelle ou des coups de dés).

 

Cette faillibilité humaine est la marque de ce polar plein de méandres. Les personnages y apparaissent avec qualités et défauts, points forts et points faibles, et, qu'ils soient aimables ou non, leur histoire et celle des leurs permettent au moins de les comprendre.

   

Francis Richard

 

Crimes sacrés, sacrés meurtres, Yves Paudex, 470 pages, Plaisir de Lire

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7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 21:45
Après la colonie, d'Olivier Pitteloud

La colonie est située tout en haut du village. A la fin des années 1970, il y a un peu plus de vingt ans, il s'y est passé quelque chose de grave. A la fin de l'été, elle a été fermée et est devenue une ruine.

 

A l'époque, pendant l'été, les enfants des gros de la plaine, des gosses de riches, y étaient envoyés. Mais cet été-là, il y avait aussi, parmi eux, le gosse de l'Allemand. Qui d'ailleurs était un Autrichien...

 

Ce qui s'est passé, au village on n'en parle pas. On sait qui était la victime, mais les avis sont encore partagés parce que l'Allemand, on ne l'aimait pas. Quant au coupable, on n'a été sûr de qui c'était qu'après sa fuite.

 

Quoi qu'il en soit, les conséquences de ce qui s'est passé cet été-là seront lourdes pour la famille de l'Allemand et pour celle du président de commune. Aucun d'entre leurs membres ne s'en remettra.

 

Il y a donc un avant et un Après la colonie. Et même si Olivier Pitteloud parle de l'avant pour expliquer comment et pourquoi ça s'est passé ainsi, c'est surtout l'après qu'il décrit qui est terrible et mortel.

 

L'auteur a choisi de faire des allers-retours entre présent et passé du village et d'employer des pronoms indéfinis et démonstratifs tels que des on et des ça pour parler des êtres et de la communauté, créant une curieuse ambiance:

 

On n'aurait rien fait parce qu'on n'est pas bien courageux, ici, au village, on parle plus qu'on ne fait, on est comme ça, mais ça nous aurait dégoûté de penser chaque jour qu'un type comme ça habite juste à côté.

 

Ce microcosme, avec tout ce qui s'y est dit, et se dit, avec ses non-dits, avec ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas, est un lieu qui ne laisse pas beaucoup d'échappatoires aux individus, hormis la mort, bien entendu...      

 

Francis Richard

 

Après la colonie, Olivier Pitteloud, 128 pages, L'Âge d'Homme (à paraître)

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6 septembre 2019 5 06 /09 /septembre /2019 18:30
Ville bavarde, de Guillaume Rihs

A l'auteur suisse et à Fanny, une auteure québécoise, le festival de Montréal, histoire de les faire dialoguer entre eux, demande de dresser le portrait de leur ville respective.

 

Comment dessiner ce portrait? En écoutant chacun les bavards de sa ville et en rendant compte de ce qu'ils se disent, car la ville, c'est ce que ses habitants ont en tête et en bouche.

 

Que constate l'auteur (Guillaume Rihs?) après s'être livré à l'exercice? Que les trois sujets de conversation favoris de ceux qui se connaissant sont l'argent, la nourriture et eux-mêmes.

 

Pour ce faire il s'est fait collectionneur de conversations, ce qui requiert discrétion et ténacité. La pratique lui a montré quelle était la méthode à adopter, et qu'il recommande:

 

Privilégiez les transports publics pour la proximité qu'ils imposent. Adoptez une attitude détachée, par exemple celle d'un individu absorbé par la rédaction d'un SMS. En évitant tout contact visuel avec votre sujet, consignez vos observations.

 

Privilégier les transports publics ne veut cependant pas dire qu'il faille se limiter aux bus et aux trams, même s'ils représentent la plupart des observations qu'il a consignées.

 

Ainsi le collectionneur étend-il son champ à un magasin, un tea-room, une sandwicherie, une cafétéria, la salle d'attente d'un médecin, une promenade, l'université ou une librairie...

 

Le collectionneur, après une année et demie de pistage et quelque cent trente prises, élabore des statistiques à partir de son tableau de chasse. C'est dire qu'il a collectionné sérieusement.

 

Comment a-t-il fait son choix? Tantôt c'est le sujet de la conversation qui m'a interpelé, tantôt une tournure de phrase, une manière de concevoir la vie. Ce qui est révélateur.

 

C'est révélateur à la fois sur lui-même, sur sa Ville bavarde et ses habitants, si bien qu'il se demande un moment s'il n'a pas dessiné un autoportrait plutôt qu'un portrait...

 

Dans les conversations qu'il recueille, ce qui frappe c'est l'emploi récent dans le langage parlé de termes qui ne se retrouvent pas encore vraiment dans le langage écrit, même courant.

 

Sont employés par exemple:

- l'interjection genre

- les mots truc, ouais, pécho, pire ou trop (ces deux derniers: tous seuls ou suivis d'un adjectif)

- les verbes bader ou geeker

- les expressions trop pas (l'opposé de pire bien), juste pas ou  whadzefuck

 

La langue française évolue... sans que soient oubliés, les mots échangés le montrent, nombre de mots gras... que rigoureusement, ma mère m'a défendu d'nommer ici...

 

En tout cas, le collectionneur s'attelle à transcrire ce qu'il a entendu, mais pas que: il saisit aussi un moment tendre ou comique, de la colère, de la complicité.

 

Aussi non seulement le lecteur ne s'ennuie-t-il pas, mais il a de la reconnaissance pour celui qui sait si bien lui restituer ce dont il est le témoin dans la vie de tous les jours.

 

Francis Richard

 

Ville bavarde, Guillaume Rihs, 92 pages, éditions d'autre part

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5 septembre 2019 4 05 /09 /septembre /2019 22:15
Absolument modernes !, de Jérôme Meizoz

Toute sa vie, père a voulu croire au progrès. L'avenir radieux ne serait qu'une affaire de technique. Il fallait juste faire confiance, s'en remettre à ceux qui savaient.

 

Lui, Jérôme Fracasse, n'a pas la religion du progrès et ses piques régulières contre Dieu, qui n'intervient pas quand il le voudrait, laissent penser qu'il n'a pas ou plus de religion du tout.

 

En treize chroniques, ce Valaisan raconte dans Absolument modernes! les années de promesses quand on chantait partout l'avancée triomphale et la croissance infinie.

 

Ces années de promesses sont celles qui ont précédé le siècle 20, puis l'ont parcouru. Des espérances qu'elles ont suscitées, aujourd'hui, apparemment, il faut en rabattre.

 

Aussi le chroniqueur est-il pris entre rires et larmes. Rires parce qu'il était dérisoire d'y croire, larmes parce qu'il a été fait table rase du passé, considéré comme vieillot et stupide.

 

Lui aussi y a cru, au progrès, jusqu'à ce qu'il découvre sa face destructrice. Et, aujourd'hui, il a décidé de ne travailler qu'à rebrousse-sens: le lecteur est prévenu.

 

Il n'est pas sûr pourtant que tous ses lecteur ne soient pas peignés dans le sens du cheveu, car, de nos jours, il n'est pas le seul, de loin pas, à s'en prendre, même si lui au moins le fait d'une plume alerte:

 

- aux entrepreneurs, qui bâtissent des cages à humains

 

- aux banques, créées au siècle 19, ce qui prouve que, depuis ces temps anciens, on sait l'art d'accumuler, de transformer. De spéculer.

 

- au tourisme, dont l'essor multiplie les auberges, les commerces et les routes

 

- aux usines dont les petits cultivateurs et éleveurs prennent le chemin

 

- à l'école gratuite et obligatoire, autant dire [...] notre première incarcération

 

- à la grande distribution, dont, jeune, les hypermarchés lui donnent la nausée

 

- à l'autoroute, dont le bitume est exquis

 

- à l'automobile, qui devient un habitacle, un habitat

 

etc.

 

Le lecteur n'est donc pas surpris qu'il ait un rêve:

 

Le rêve dit qu'une certaine Fée Minimum, adepte de la modération et de la vie lente, a pris la tête d'un mouvement de résistance. A son service oeuvrent deux soeurs folaches, Vertige et Frisson.

 

Selon lui, il ne faudrait conserver que les avancées précieuses dont tout le monde se réjouit... et laisser de côté les inventions absurdes: en cela il n'a évidemment pas tort, mais cela se fera tout naturellement, qu'il soit rassuré.

 

Il se souvient enfin que, dans les magazines, au début des années 1980, la plupart des sujets racontent le progrès heureux. Ils ne parlent ni de réchauffement climatique ni d'extinction d'espèces...

 

En rappelant cela (on parlait plutôt alors de refroidissement climatique...), il ne risque pas implicitement de nager à contre-courant du catastrophisme actuel, si infondé qu'il soit...

 

In fine il se montre néanmoins réaliste quand il écrit:

 

Il me semble aujourd'hui que du monde, on ne peut donner qu'une image morcelée.

 

Francis Richard

 

Absolument modernes, Jérôme Meizoz, 160 pages, Zoé (sortie le 5 septembre 2019)

 

Livre précédent à La Baconnière:

Haute trahison (2018)

 

Livres précédents chez Zoé:

Faire le garçon (2017)

Haut Val des loups (2015)

Séismes (2013)

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2 septembre 2019 1 02 /09 /septembre /2019 22:00
Les couvents d'eau claire, d'Ivan Salamanca

Il y a tout juste trente ans un livre intitulé Les deux corps du roi, écrit par Ernst Kantorowicz, publié initialement en anglais en 1957, était traduit en français et publié aux éditions Gallimard, sous la direction de Pierre Nora.

 

Dans cet Essai sur la théologie politique au Moyen-Âge, l'historien allemand expose la conception médiévale de la royauté qui distingue deux corps en la personne du roi:

- son corps de roi, terrestre et mortel;

- son corps de Roi, politique et immortel.

 

Dans Les couvents d'eau claire, Ivan Salamanca fait une telle distinction entre le Pape et l'homme. Pour ce faire, il se met dans la tête du Pape Benoît XVI qui, le 28 février 2013, en renonçant au trône de Pierre, de Pape devient pape émérite.

 

Ce que ressent Benoît XVI après ce choix irrévocable, commence avec son départ de Rome en hélicoptère pour le palais de Castel Gandolfo, au bord du lac d'Albano, où il va attendre que le conclave (cum clave) lui donne un successeur.

 

Il n'est plus Benoît, il est Aloisius. Avant de rejoindre le monastère Mater Ecclesiae, il a quelques jours devant lui pour se préparer. Avant que la fumée blanche ne s'élève, l'émérite barbote tout de même entre deux états, et tâche de se situer...

 

Quand son successeur est connu, il s'adresse intérieurement à lui: Le pape émérite n'est pas mort, il te regarde; et plus haut que nous nous observe le Souverain Juge. Bonne chance l'Argentin. Ma place est dans ton ombre. Tu ne seras pas seul...

 

Aloisius se sent libéré: Benoît est oublié bien vite, et probablement aurait-il souhaité que l'ombre de François ne provoque pas une telle éclipse. Cependant, quel calme! Quel repos, et quel temps à disposition pour vaquer à ses méditations...

 

Quand Aloisius rejoint Mater, il se sent moins contraint que Benoît à Sixte-Quint, dans les palais pontificaux. Naguère, pendant huit ans, il fut écrivain du Dire de l'Église, qui est une bâtisse faite avant tout de mots. Maintenant il écrit la suite:

 

En deux mois, il a bien changé. Ses mots ne sont plus les mêmes. Il se sent léger, impie et rempli de piété. Poète. Il renaît comme une flammèche sur le papier vibrant du monde - et ici-même sur le papier du livre. Le ciel peut se montrer bien généreux - alors le jeu laborieux est un éblouissement, une cataracte d'eau fraîche.

 

La poésie? Elle libère. Elle ne sert pas à pêcher des hommes: elle sert à piocher de l'or. Il faut toujours reprendre, toujours creuser, toujours apprendre et toujours laisser filer; mais il y a ces fulgurantes pépites qui tombent du ciel...

 

Francis Richard

 

Les couvents d'eau claire, Ivan Salamanca, 152 pages, Éditions de l'Aire

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1 septembre 2019 7 01 /09 /septembre /2019 16:15
L'ombre du Renard, de Nicolas Feuz

Âmes sensibles s'abstenir pourrait être l'avertissement placé en début de ce polar. Car le prologue, qui n'est pourtant qu'un hors-d'oeuvre, met tout de suite dans l'ambiance avec l'émasculation, par un dispositif relié à l'eau de pluie, de Vincent Mariani, qui vient d'être libéré de prison opportunément.

 

L'ombre du Renard est celle du Maréchal Rommel, surnommé le Renard du désertLe 16 septembre 1943, le mythique trésor de ce militaire pro-nazi a disparu. Il aurait été transféré du couvent Saint-Antoine, situé sur les hauteurs de Bastia, sur une barge. Laquelle aurait été coulée par un avion américain.

 

Dans le vieux bourg du Landeron, en Suisse, au bord du lac de Bienne, Radovan Krtic, un vulgaire toxicomane, pris d'un délire démoniaque, se transforme en torche humaine après s'être aspergé de liquide inflammable (du kerdane) et y avoir mis le feu sous les yeux de sa compagne, Monia, alias Tanja Stojkaj.

 

En Corse, l'enquête préliminaire sur la mort de Vincent Mariani est confiée par le procureur de la République, Marc Langlois, à l'adjudant-chef Éric Beaussant, de la section de recherches de Bastia, au grand dam de la juge d'instruction Estelle Faure: l'ordre de la libération a été faxé depuis ses locaux...

 

En Suisse, le procureur Norbert Jemsen et sa greffière Flavie Keller mènent l'enquête sur la mort de Radovan Krtic avec Tanja Stojkaj, inspectrice infiltrée auprès de la victime dans le trafic de méthamphétamines, afin de le démanteler en temps voulu, en collaboration avec ses collègues bernois et fribourgeois.

 

Les deux crimes sont liés au clan Mariani et au trésor de Rommel - six caisses en bois cerclées de fer. L'un des participants au transfert, Peter Fleig, avait conclu en 1948 un marché avec les autorités françaises: il connaissait l'endroit d'immersion, récupérait le trésor et devenait scaphandrier pour la France...

 

Les deux enquêtes vont inévitablement se conjuguer... en Corse. L'affaire compliquée l'est bien davantage que ne le pensent les Suisses. Et il faut tout le talent d'un professionnel comme Nicolas Feuz pour avoir imaginé un tel imbroglio, où les morts se succèdent, et pour le démêler ensuite avec maestria...

 

Francis Richard

 

L'ombre du Renard, Nicolas Feuz, 320 pages, Slatkine & Cie

 

Livres précédents:

Le miroir des âmes Slatkine & Cie (2018)

Eunoto - Les noces de sang TheBookEdition.com (2017)

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31 août 2019 6 31 /08 /août /2019 14:45
Minuit blanc, de Maxence Marchand

C'est elle qui partit. Comme souvent dans ces situations. Comme si une loi tacite empêchait les hommes de se montrer les premiers, chargés du poids de l'échec. Ou peut-être parce que partir signifie décider, une chose dont aucun homme n'est capable.

 

Le narrateur raconte ainsi sa rupture avec celle qui partageait sa vie. Il savait qu'une pause n'était pas impensable, mais il n'imaginait pas que le commencement de la fin de leur histoire serait un coup de massue: Le camouflet qui l'a atteint au milieu d'un parc d'automne.

 

Confronté au creux du sens de son existence, il doit, de plus, déménager. En attendant de trouver un nouveau toit, il survit: J'allais travailler avec le chagrin dans mon cartable, et mon métier m'apparaissait plus que jamais alimentaire, bien que l'appétit me manquât.

 

Chaque jour, il se couche un peu plus tard. S'il n'aime pas le moment où la nuit tombe, il aime son milieu, qui lui offre un répit, où il peut faire une pause bienvenue: la seule solitude qui vaille, et qui s'avère un Minuit blanc quand, une fois par mois, la lune l'éclaire.

 

Quand il n'est pas au travail, il se rend dans des cafés spécifiques à des heures spécifiques. Quand la vie lui devient impossible, il entre dans une librairie, pour tenter de faire coller les mots d'un autre à [son] histoire. Un jour, il acquiert un livre qui lui explique l'univers.

 

Dès lors, trop mal en point pour s'occuper d'amour - s'engager dans une histoire d'amour, c'est prendre la route en plein hiver -, il se délecte des anecdotes que produit le livre à propos de la galaxie; il se les approprie; il rhabille son histoire de vêtements cosmiques...

 

Francis Richard

 

Minuit blanc, Maxence Marchand, 64 pages, L'Âge d'Homme

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30 août 2019 5 30 /08 /août /2019 17:50
Les esprits, de Sandrine Perroud

Mélanie, 21 ans, est serveuse dans le tea-room des Lupins, dont la terrasse donne sur la vieille ville et la cathédrale de Lausanne. Elle a prolongé l'année sabbatique prise après son bac et n'a toujours pas démarré des études de lettres à l'université.

 

Le tea-room, ce lieu immuable, est maintenant sa vie, son royaume. Elle est devenue experte dans la fabrication de mousse de lait pour les cappuccinos et les décore de poudre de cacao en forme de coeur. Ce qui lui vaut les compliments des clients.

 

Dès treize, quatorze ans, Mélanie, n'a plus osé parler des terreurs nocturnes dont elle souffre depuis l'enfance, des Esprits, qui mettent tous ses sens en éveil pour les écouter, les chasser, les débusquer, sans que Dieu et ses anges parviennent à les chasser.

 

Depuis que son père a été atteint d'un cancer, elle n'a plus de vie sociale. Quand elle ne travaille pas, elle mange chez ses parents, les dépanne à leur boutique, une épicerie. Deux, trois soirs par semaine elle se rend au fitness de la place Saint-François.

 

Après l'enterrement de ses deux parents, qui ont choisi de mettre ensemble fin à leurs jours par suicide assisté en octobre 2017, elle reprend très vite son travail au tea-room et continue de se rendre au fitness, augmentant le volume sonore de ses playlists.

 

Avant que David ne vienne au tea-room, fréquenté surtout par des sexagénaires et où Radio Nostalgie est diffusée, elle ne voit personne hormis son oncle Christian, sa tante Christiane, avec laquelle elle débarrasse la maison familiale, et sa grande soeur Julie.

 

C'est au Bleu Lézard qu'elle revoit Julie. Son aînée de dix ans lui fait la leçon. Mélanie doit s'inscrire à la rentrée à l'université et ne doit pas rester enfermée comme une nonne à la maison. David intervient lui aussi subtilement dans ce sens et sort avec elle...

 

Pendant une année ou presque, jalonnée par les disparitions de Johnny Hallyday, de France Gall et du Matin papier, chers aux clients du tea-room, Mélanie se reprogramme enfin, notamment en remplissant d'écrits les carnets de compte de ses parents...  

 

Francis Richard

 

Les esprits, Sandrine Perroud, 120 pages, Éditions de l'Aire

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29 août 2019 4 29 /08 /août /2019 15:30
Ce que je peux dire de mieux sur la musique, Robert Walser

Ce que je peux dire de mieux sur la musique est un recueil de soixante textes, proses et poèmes, écrits entre 1899 et 1933 par Robert Walser (1878 - 1956). Ils ont été choisis par Roman Brotbeck et Reto Sorg et publiés en allemand en 2015 sous le titre Das Beste, was ich über Musik zu sagen weiss.

 

Trente et un d'entre eux sont des inédits en français et ont été traduits par Marion Graf. Comme le souligne cette dernière dans sa note liminaire, les textes sont présentés dans l'ordre chronologique et retrace les trois grandes étapes de l'oeuvre de Walser:

 

Les années 1900, où s'épanouit le genre de la "rédaction" et du récit, les années 1910, avec des contes et des miniatures raffinées, et enfin les poèmes et les proses débridées des années 1920...

 

Dans leur postface les deux universitaires qui ont sélectionné les textes soulignent qu'en dépit de toute la ferveur musicale dont il avait été capable dans sa jeunesse, la musique, de tous les arts, reste celui dont Walser est le plus éloigné et précisent:

 

La présente anthologie, entre autres objectifs, veut proposer un catalogue de tout ce qui dérange l'écrivain dans l'institution musicale: la division stricte entre les musiciens suractifs et le public silencieux et immobile, le concert comme la quintessence du besoin de représentation et de la discipline bourgeoises, le snobisme culturel lié à la musique, le culte du génie et de la virtuosité, les solistes infatués et les cantatrices vaniteuses.

 

Comme les textes sont courts - ils varient d'une page à une dizaine de pages -, il est possible, à volonté, de les lire par petites portions, pour les savourer, et éventuellement les relire, ou alors d'une seule traite pour en retirer une impression d'ensemble.  

 

Robert Walser emploie souvent l'adjectif petit: il se dit, par exemple, fabricant de petites proses et aime les petites gens, celles des états les plus modestes, qu'il connaît bien; dans La chapelle, il s'intéresse à une petite bonne, amusante et vive, et écrit:

 

J'aime à désigner du nom de petits enfants les gens qui croient encore en un Dieu. Les enfants ont souvent plus d'esprit que les adultes, et les simples d'esprit sont souvent plus intelligents que les gens d'esprit.

 

Son rapport à la musique ne peut se réduire à ce qu'il écrit dans La musique mais c'est tout de même révélateur: Quelque chose me manque quand je n'entends pas de musique, et quand j'en entends le manque est encore plus grand. Voilà ce que je peux dire de mieux de la musique.

 

Car il est avant tout écrivain et poète.

 

Quand, dans Une tête de veau d'un brun aussi foncé, au piano, périodes et attitudes [roulent] comme des vagues et des escaliers, de haut en bas, et [giclent] dans les airs de plus belle pour s'évanouir, cela lui fait l'effet de baisers, puisque, semblables à des notes, ils sont si doux, si agréables, si précieux et illusoires, car toujours perdus à jamais:

 

Mais quiconque a cessé d'aimer et de caresser, quiconque en est lassé, transitoirement peut-être, celui-là doit et peut recommencer, tout comme dans la musique, les notes mourantes, mortes, refleurissent dans d'autres notes qui succèdent à celles qui se sont envolées, pour reprendre vie.

 

C'est pourquoi, pour parler avec ferveur de Paganini, qu'il ne peut qu'imaginer, et pour cause, jouant son jeu d'homme suivant son destin [...], flottant entre vouloir et devoir, grâce à cela prenant tous les coeurs et charmant toutes les oreilles, il le fait avec un certain droit puisque tout ce [qu'il écrit] là repose uniquement sur l'imagination et sur la méditation.

 

Francis Richard

 

Ce que je peux dire de mieux sur la musique, Robert Walser, 224 pages, Zoé ( textes sélectionnés par Roman Brotbeck et Reto Sorg, traduits par Marion Graf, Golnaz Houchidar, Jean Launay, Bernard Lortholary, Jean-Claude Schneider, Nicole Taubes)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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