Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
14 avril 2019 7 14 /04 /avril /2019 22:45
Tel un étang profond, de Véronique Timmermans

Elle lève les yeux vers lui. Il aime se baigner dans ce regard Tel un étang profond.

 

Elle, c'est Elise. Lui, c'est Julian.

 

Julian Miles est neurologue. Elise Lauret est médecin généraliste. Ils se sont rencontrés à l'hôpital, où elle était sa belle patiente accidentée de la chambre 207.

 

Yves conduisait la petite voiture quand l'accident s'est produit le 2 novembre 2000, alors qu'elle et lui partaient en vacances en Italie, après avoir raté l'avion.

 

A la suite de l'accident Yves est mort, tandis qu'Elise est tombée dans le coma pendant quelques jours. Au réveil, elle avait dix-huit fractures avec traumatisme crânien.

 

Julian trouve tout de suite Elise étonnante et, sur les conseils de Jean-Yves, un ami chirurgien, il la rencontre par hasard à la sortie de l'Opéra le 16 mars 2001.

 

Petit à petit des liens se tissent entre Julian et Elise, mais les souvenirs où elle se voit encore avec Yves ne laissent pas de la hanter, même après qu'ils ont fait ménage commun.

 

Il n'est pas sûr que d'attendre un enfant de Julian parvienne à la débarrasser de ses hantises, non plus que de se marier avec lui. C'est pourtant ce qu'elle fait le 9 novembre 2001.

 

Trois mois plus tard ils emménagent dans une nouvelle maison. Ce qu'elle y aime le plus, c'est la fenêtre en ogive de leur chambre. Qui donne sur un verger orienté sud-est:

 

Elle a acheté un rocking-chair placé devant. Dans ses rêves, elle y passe des heures à bercer le bébé, comme dans le livre des Amish qui lui en a donné l'envie.

 

Véronique Timmermans raconte l'histoire du couple franco-anglais que forment Elise et Julian, tour à tour du point de vue de l'une puis de l'autre, au cours des années qui suivent.

 

Ce procédé narratif permet surtout de cerner la personnalité d'Elise, qui souvent surprend Julian, toujours sous le charme de cette belle et mystérieuse femme qui est la sienne.

 

Bruno, un des vieux patients d'Elise, et très âgé, a posé à celle-ci cette question insolite: Ne trouvez-vous pas que la couleur de l'enfance accompagne l'adulte tout au long de sa vie?

 

(elle serait plutôt du genre à revenir aux odeurs: il faudrait trouver une bonne odeur d'enfance)

 

Au téléphone, Elise demande à son tour à Julian: De quelle couleur était ton enfance? Il ne comprend pas, répond enfin, oublie de lui demander quelle était la couleur de son enfance à elle...

 

Francis Richard

 

Tel un étang profond, Véronique Timmermans, 200 pages, Plaisir de Lire

 

Livre précédent:

Jeanne (2016)

Partager cet article
Repost0
10 avril 2019 3 10 /04 /avril /2019 22:55
Remise du prix des lecteurs de la ville de Lausanne 2019
Vincent Baudriller, Directeur du Théâtre de Vidy

Vincent Baudriller, Directeur du Théâtre de Vidy

Ce prix, doté de 20'000 francs, honore un ouvrage récent, inscrit dans une sélection élaborée par les professionnels des Bibliothèques et Archives de la Ville de Lausanne sous la conduite de la déléguée à la politique du livre et de la lecture.

 

(par ouvrage récent il faut entendre un ouvrage paru en 2018, année précédant la remise du prix)

Isabelle Falconnier, Déléguée à la politique du livre de la ville de Lausanne

Isabelle Falconnier, Déléguée à la politique du livre de la ville de Lausanne

Chacun des nominés a fait l’objet d’une rencontre un samedi par mois à 11h au Lausanne Palace.

Ivan Rivier, Directeur du Lausanne Palace

Ivan Rivier, Directeur du Lausanne Palace

Le jury était composé de six lecteurs et lectrices non professionnels.

Les membres du jury 2019

Les membres du jury 2019

Il y avait six nominés:

- Marc Agron pour Carrousel du vent

- Étienne Barilier pour Dans Khartoum assiégée

- Auguste Cheval pour Les corps glorieux

- Anne-Claire Decorvet pour Café des chimères

- Pascale Kramer pour Une famille

- Bruno Pellegrino pour Là-bas, août est un mois d'automne

 

Chaque membre du jury présente un des romans de la sélection:

Madeleine Bellani présente le roman d'Auguste Cheval

Madeleine Bellani présente le roman d'Auguste Cheval

Francine Milea présente le roman de Marc Agron

Francine Milea présente le roman de Marc Agron

Anne-Marie Rafter présente le roman d'Anne-Claire Decorvet

Anne-Marie Rafter présente le roman d'Anne-Claire Decorvet

Bertil Wicht présente le roman de Bruno Pellegrino

Bertil Wicht présente le roman de Bruno Pellegrino

Jean Bellaman présente le roman de Pascale Kramer

Jean Bellaman présente le roman de Pascale Kramer

Virginie Kyriakopoulos présente le roman d'Étienne Barilier

Virginie Kyriakopoulos présente le roman d'Étienne Barilier

Après chaque présentation d'un roman, Vincent Kucholl, président du jury en lit un extrait...

Vincent Kucholl

Vincent Kucholl

... et César Decker, au saxophone, et Louis Decker, à la guitare, jouent un intermède musical, en rapport avec l'extrait.

César Decker et Louis Decker

César Decker et Louis Decker

Avant d'annoncer le nom du lauréat ou de la lauréate, Vincent Kucholl fait une présentation humoristique du processus qui a conduit au décernement du prix.

Vincent Kucholl, avec perruque et... dentier.

Vincent Kucholl, avec perruque et... dentier.

Puis il annonce le nom du lauréat: c'est Bruno Pellegrino, qui remercie tout le monde, avec beaucoup d'émotion.

Grégoire Junod, Syndic de la Ville de Lausanne, Bruno Pellegrino et Vincent Kucholl

Grégoire Junod, Syndic de la Ville de Lausanne, Bruno Pellegrino et Vincent Kucholl

La cérémonie de remise du prix est suivie d'un cocktail dînatoire et d'une séance de dédicaces du lauréat.

 

Francis Richard

Partager cet article
Repost0
10 avril 2019 3 10 /04 /avril /2019 15:15
Les chaussettes en titane, d'Olivier Chapuis

Avoir Les chaussettes en titane signifie dans le langage cycliste avoir un bon coup de pédale.

 

Franck Baumgartner fait le Tour de France. Il a trente-quatre ans. Au moment où commence le micro-roman d'Olivier Chapuis, il est quatrième au classement général.

 

Frank a encore toutes ses chances pour gagner le Tour. Mais c'est peut-être la dernière pour ce professionnel qui, sur son vélo, maîtrise [son] corps à grands coups de pédale:

 

Je caresse la vie, écluse de larges rasades d'endorphines, me gave d'adrénaline et ce cocktail de dopants naturels m'a poussé aux portes de ce professionnalisme dont j'espérais la gloire.

 

Franck est marié à Liza, a deux enfants. Il pense à eux sur son vélo pendant toutes ces étapes où il se couche tard et se lève tôt, comme le ferait n'importe quel travailleur.

 

Liza vient le voir à la fin d'une étape. Il sait comment garder contenance: La sophrologie et les techniques de concentration dont m'ont nourri mes entraîneurs ont porté leurs fruits.

 

Il faut bien sûr que jusqu'au bout le corps tienne le choc, mais surtout que le mental se fasse d'acier et ne laisse pas de place au doute, en dépit des aléas toujours possibles.

 

Comme dans tous les sports, c'est le mental qui fait la différence dans la pratique à haut niveau. La vulnérabilité est d'autant plus forte que la dose l'est et le Tour dure trois semaines:

 

Le vélo, c'est pareil à l'arsenic: à petite dose, ça ne fait pas de mal...

 

Francis Richard

 

Les chaussettes en titane, Olivier Chapuis, 64 pages, BSN Press

 

Livres précédents:

Le Parc, 96 pages, BSN Press (2015)

Nage libre, 144 pages, Éditions Encre Fraîche (2016)

Le chat, 272 pages, L'Âge d'Homme (2018)

Partager cet article
Repost0
9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 20:00
Le Nouveau, de Philippe Sollers

Ce livre est un roman.

 

Cette précision qui figure en quatrième de couverture n'est pas superflue. Mais le lecteur sait à quoi s'en tenir avec Philippe Sollers quand il s'agit de son oeuvre prétendument romanesque.

 

En fait c'est Sollers qui l'est, romanesque, et il pourrait tout aussi bien dire: ceci n'est pas un roman, à la manière de Magritte, en dépit de l'affirmation que soutient mordicus son éditeur avec lui.

 

Pour respecter les convenances littéraires, il y a bien sûr des personnages, qui sont cette fois les ascendants du narrateur et... un invité permanent, un dénommé William Shakespeare.

 

Car Sollers aime que ses personnages de roman se trouvent en agréable compagnie, comme celle de Stendhal ou de Hegel, par exemple, avec lesquels il a certainement des affinités électives. 

 

Sollers ne serait pas Sollers s'il n'y avait pas une Lisa ou une Silvia, faisant dans son récit une apparition, ne serait-ce que furtive, comme un clin d'oeil complice à la gent féminine qu'il chérit:

 

Ma partenaire d'illusion préférée s'appelle maintenant Constance. C'est une blonde rapide au yeux verts rieurs, toujours gaie, et qui n'a aucune idée du monde quantique où elle existe...

 

Le Nouveau est le nom d'un bateau de secours, entreposé sur un grand trois-mâts au long cours, commandé par Henri, mon arrière-grand père maternel... et dont l'annexe de barque est le vestige.

 

Le narrateur donne ce nom, Le Nouveau, à un théâtre spécial qu'il fonde, sans salle, sans acteurs, sans déclamations, sans public. Tout s'y déroule en silence, à l'écoute de la percussion des mots:

 

Au lieu de lire un roman qui se traîne (même les meilleurs), je monte sur la scène du temps. Je m'appelle Hamlet, Lear, César, Antoine, Macbeth, Shylock, Prospero. Je me coule dans leurs pensées, leurs émotions, leurs gestes.

 

Sacha Guitry disait: Quoi de neuf? Molière! Le narrateur de Sollers, en écho, dit: Le Nouveau? William Shakespeare! Le lecteur sait dès lors ce qui, intemporel, va se jouer sur la scène de son théâtre spécial:

 

L'horrible y côtoie l'admirable, la tragédie, la comédie, la découverte la plus essentielle, la routine abrutie. En dehors de toute morale, Le Nouveau ne retient que les singularités extravagantes et contradictoires.

 

L'analyse - et les traductions singulières - que le narrateur fait des pièces et des poèmes de William lui sont matière à digressions et lui permettent de mettre à jour un dieu nouveau, un dieu extrême

 

- C'est un dieu intermittent, imprévu.

- Comme c'est un dieu extrême, il ne choisit que des singularités.

- Il est impassible: Le constat de stupidité lui suffit.

- Son élément fluide est l'attente.

- Il ne s'impose pas, il indique et dissout.

- Il multiplie les oppositions, et on dirait que la contradiction est son élément vital.

 

Pour le narrateur de Sollers, vivre n'est pas nécessaire, naviguer l'est...

 

Francis Richard

 

Le Nouveau, Philippe Sollers, 144 pages, Gallimard

 

Livres précédents de Philippe Sollers chez Gallimard:

Trésor d'amour (2011)

L'éclaircie (2012)

Médium (2014)

L'école du mystère (2015)

Mouvement (2016)

Beauté (2017)

Centre (2018)

 

Livre précédent de Philippe Sollers chez Grasset, avec Franck Nouchi:

Contre-attaque (2016)

 

Livre précédent de Philippe Sollers, chez Bayard, avec Josyane Savigneau:

Une conversation infinie  (2019)

Partager cet article
Repost0
7 avril 2019 7 07 /04 /avril /2019 17:00
La Machination, de Jeremy Ergas

Cet appareil est une invention de notre ancien commandant.

(A la colonie pénitentiaire, Franz Kafka)

 

Dans la nouvelle de Franz Kafka, parue il y a juste un siècle, en 1919, l'appareil est à la fois une machine à exécuter et à graver la sentence dans le dos du condamné, ornée de dessins.

 

Dans le roman de Jeremy Ergas, un tel appareil est employé par un tueur pour exécuter sa victime et tracer dans son dos, comme une enluminure médiévale, un texte expliquant son geste.

 

Le tueur est en rage et en guerre contre l'industrie du livre. Il a choisi pour victime un jeune auteur à succès qui, selon lui, a enfreint volontairement les Sept Commandements de l'Écrivain.

 

C'est évidemment impardonnable et condamnable, car la littérature, personne n'a le droit de la souiller en écrivant des livres médiocres destinés à séduire les masses et à se faire de l'argent.

 

Quels sont les Commandements de l'Écrivain?

 

Tu respecteras la littérature, car elle est sacrée.

Tu étudieras les grands classiques.

Tu feras preuve de créativité.

Tu n'écriras pas pour devenir riche.

Tu n'écriras pas pour devenir célèbre.

Tu élèveras la masse vers toi au lieu de t'abaisser vers elle.

 

Le corps de la victime est retrouvé nu et mutilé dans le Parc de la Grange, en plein coeur de Genève, ligoté au sommet de la pergola à un mètre du sol, exhibé indécemment aux yeux de tous.

 

L'enquête est confiée à l'inspecteur de police Pierre Chapelle et à son assistant Achille Cornuz. Faute d'éléments matériels probants, elle va s'avèrer difficile pour eux, à tous points de vue.

 

Un journaliste et écrivain, Jean Cros, et un médecin et écrivain, Rodolphe Lafarge, ont tout de suite fait le rapprochement avec la nouvelle de Kafka. Une lettre adressée à Cros par le tueur le confirme.

 

Cette lettre, reçue deux semaines après le meurtre, est en effet signée L'Ancien Commandant et est un véritable manifeste en faveur de la Littérature Vraie, qui se termine par ce cri du coeur:

 

Que la Révolution Littéraire commence!

 

Ce roman se passe surtout dans le périmètre défini par le Parc de la Grange, le Port Noir, et Cologny, où se trouvent la Fondation Bodmer et ses célèbres manuscrits, mais aussi dans d'autres lieux huppés.

 

Les soupçons se portent sur un écrivain en manque de reconnaissance. Trois écrivains, Jean Cros, Rodolphe Lafarge et Ezra Sterling, semblent correspondre à ce profil sans que le lecteur puisse cerner lequel.

 

Et pour cause. L'Ancien Commandant nargue le lecteur, comme il nargue tout le monde, avec La Machination maléfique qu'il a élaborée et avec son sinistre théâtre d'opérations, dont il est fier:

 

Admirez ma Bibliothèque Circulaire et ma Machine à Écrire! 

 

Francis Richard

 

La machination, Jeremy Ergas, 480 pages, Slatkine & Cie

Partager cet article
Repost0
2 avril 2019 2 02 /04 /avril /2019 19:45
Dans le faisceau des vivants, de Valérie Zenatti

Pour connaître un homme, il faut savoir comment il aime ses parents, et comment il a été aimé d'eux.

 

C'est ce que disait Aharon Appelfeld.

 

Valérie Zenatti explique qu'ainsi, inlassablement il a tissé les âmes de ceux qui avaient disparu Dans le faisceau des vivants...

 

Il disait bien d'autres choses qui ont transformé la vie de l'auteure et continuent de le faire. Valérie Zenatti n'a pas seulement été la traductrice d'Appelfeld: ils sont devenus amis.

 

Il disait:

 

La séparation entre la vie et la mort est plus fine qu'on ne croit.

 

La littérature doit concilier les trois temps, le passé, le présent, le futur, autrement elle n'est qu'Histoire, journalisme ou science-fiction.

 

On parle toujours de la Seconde Guerre mondiale, de la Shoah comme d'une grande catastrophe, mais il faut dire aussi qu'il y eut énormément d'amour. Celui des mères qui ont protégé leurs enfants jusqu'à leur dernier souffle, celui des adultes prenant soin de leurs vieux parents.

 

Le fond et la forme s'imposent à celui qui crée, il ne peut pas choisir, c'est ce qui nous a été donné, [...] un homme peut écrire sur tout ce qu'il veut mais il y a un contenu et une forme qui lui sont particuliers et qui n'appartiennent qu'à lui, et il ne pourra jamais s'en défaire.

 

La souffrance est parfois la source qui, on pourrait dire, nous conduit vers l'amour, le grand amour, pas le superficiel, pas l'amour bourgeois, mais l'amour vrai, fondateur, et qui nous conduit aussi à Dieu parfois.

 

Un être se prépare dès son enfance à être un artiste. Un des traits qui caractérisent l'artiste est une certaine passivité, il contemple les choses...

 

Elle écrit:

 

Lorsque je traduis ses livres, ses personnages entrent en moi, pas à pas, et une fois la traduction terminée, ils ne me quittent plus, ils font partie de moi.

 

Ils avaient au moins deux points en commun: ils sont tous deux arrivés en Israël à l'âge de treize ans et demi, lui en 1946 et elle en 1983, et il y ont tous deux appris l'hébreu.

 

Le livre de reconnaissance de l'auteure commence par la mort d'Aharon le 4 janvier 2018, alors qu'elle part lui rendre visite à Tel-Aviv où il vient d'être hospitalisé.

 

Le livre se termine par le pèlerinage qu'elle effectue aux sources de l'écrivain, le 16 février 2018, c'est-à-dire le jour même où il aurait eu quatre-vingt six ans.

 

(Deux sortes de forces centrifuges agissent en nous, d'un côté une attirance, je pourrais presque dire un ensorcellement, vers un retour à nous-mêmes, à nos sources, et d'un autre, une tentative profonde, car cela aussi est profond, de s'éloigner de ces source, disait Appelfeld)

 

Il lui est apparu vital d'être à cet endroit précis, Czernowitz, la ville de tous ses romans, et à ce moment précis, son anniversaire. Si elle ne l'avait pas fait, aurait-elle pu vivre sans lui?

 

Francis Richard

 

Dans le faisceau des vivants, Valérie Zenatti, 160 pages, Éditions de l'Olivier

Partager cet article
Repost0
1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 22:30
Dans Khartoum assiégée, d'Étienne Barilier

Dans Khartoum assiégée est un roman historique - le siège se passe en 1884-1885 -, où la plupart des personnages le sont et, quand ils ne le sont pas, soit ils sont inspirés de personnages réels, soit ils auraient pu l'être.

 

Le récit qu'en fait Étienne Barilier relève de l'épopée, dont le principal héros est le général anglais Charles Gordon à qui échoit de défendre la capitale soudanaise que convoite un adversaire à sa mesure, le Mahdi.

 

Gordon, tandis que son adversaire est un mystique musulman, est un mystique chrétien. Ils se sentent l'un comme l'autre investis d'une mission divine qui dépasse leur personne humaine et qui les meut ici-bas

 

Quand une ville est l'objet d'un siège, ses habitants, sous pression, ne réagissent pas tous de la même façon et c'est un des intérêts  de ce roman que de montrer comment ils se comportent face à l'adversité.

 

Dans de telles circonstances, il y a ceux - hommes ou femmes - qui ont peur ou pas, qui trahissent ou pas,  qui humilient ou élèvent, qui servent ou se servent, qui se battent ou fuient, qui vivent ou meurent.

 

Personne n'est cependant ni blanc ni noir dans cette histoire, même si la couleur de peau pourrait le laisser croire, de même que les préjugés raciaux qui, à l'époque, se traduisent par des mots sans fard.

 

La condition humaine y apparaît intemporelle dans les sentiments et les comportements, changeante parce que les circonstances ne sont pas les mêmes: par exemple le colonialisme n'est plus ce qu'il était.

 

Ce livre dense n'est donc pas un simple roman, ni un roman simple. Son auteur prend de la distance pour observer ses personnages et, dans le même temps, il les regarde de tout près et sonde leur âme.

 

Et l'âme de Charles Gordon s'abreuve de lectures, parmi lesquelles L'imitation de Jésus-christ ou le poème de Newman, Dream of Gerontius, d'où sont extraits ces vers qui lui semblent accordés à son sort:

 

Tu n'es jamais si proche du crime et de la honte

Que lorsque tu as accompli une action de valeur.

 

Francis Richard

 

Dans Khartoum assiégée, d'Étienne Barilier, 480 pages, Phébus

 

Livres précédents:

Le piano chinois (2011) Éditions Zoé

Ruiz doit mourir (2014) Buchet-Chastel 

Les cheveux de Lucrèce (2015) Buchet-Chastel

Partager cet article
Repost0
26 mars 2019 2 26 /03 /mars /2019 23:55
Deux soeurs, de David Foenkinos

Les Deux soeurs s'appellent Agathe, et Mathilde. Elles ont tout au plus un an de différence. A la mort de leur père, en 2002, elles avaient respectivement quinze et quatorze ans:

 

On aurait presque pu croire qu'elles étaient jumelles.

 

Aujourd'hui Mathilde, la cadette, file le parfait amour avec Étienne, et ça dure depuis cinq ans. L'été dernier, ils ont passé leurs vacances en Croatie et ont parlé de se marier...

 

Mathilde est professeure de français dans un lycée. Elle aime ses élèves comme si c'étaient ses enfants. En ce moment elle leur fait étudier un passage de L'Éducation sentimentale:

 

Chaque année, Mathilde aimait partager sa passion pour ce roman; c'était, à ses yeux, le plus beau livre de Gustave Flaubert.

 

Mathilde a bien remarqué qu'Étienne était mal à l'aise. Elle ne soupçonne pas qu'il a une raison à cela: il a décidé de la quitter mais ne sait pas comment lui dire qu'Iris est revenue.

 

Il y a cinq ans, Iris l'a quitté, est partie pour l'Australie. Il a suffi qu'elle revienne pour qu'il se rende compte qu'elle était la femme de sa vie et réciproquement. Elle reprend sa place:

 

Il n'y a finalement que deux camps. Les vainqueurs et les vaincus.

 

Mathilde appartient désormais aux vaincus. Comme un malheur n'arrive jamais seul, son choc émotionnel se traduit professionnellement par une distorsion éclair de sa lucidité:

 

Une erreur dans un océan de perfection, et c'est l'erreur seule que l'on regarde.

 

Agathe travaille dans la banque et son mari, Frédéric, dans les appareils connectés, dits intelligents. Ils ont une enfant, Lili. C'est la famille idéale. Ils appartiennent aux vainqueurs.

 

Bien que leur appartement ne soit pas très grand, ils accueillent Mathilde chez eux quand elle doit quitter le sien et s'occupent d'elle, en pleine détresse psychologique.

 

Les deux soeurs ne s'entendent pas vraiment, sans doute parce qu'elles manquent d'affinités, mais elles s'entraident tout de même par le seul fait qu'elles sont des soeurs.

 

En apparence l'une peut donc dire de l'autre qu'elle a de la chance de l'avoir comme soeur. Mais, en réalité, ce n'est peut-être pas vrai quand il s'agit de changer de camp...

 

David Foenkinos montre comment la souffrance, aiguisée par une curiosité douloureuse (l'expression est de Flaubert) conduit un être à des extrémités, pour connaître le bonheur...

 

Francis Richard

 

Deux soeurs, David Foenkinos, 176 pages, Gallimard

 

Livres précédents:

Les souvenirs (2011)

Je vais mieux (2013)

Charlotte (2014)

Le mystère Henri Pick (2016)

Vers la beauté (2018)

Partager cet article
Repost0
24 mars 2019 7 24 /03 /mars /2019 22:30
L'Aigle de sang, de Marc Voltenauer

- Andreas, tu n'es pas mon frère

[...]

- Tu as été... adopté!

Elle marque une pause, respire profondément.

- ... et tes véritables parents sont morts!

 

Cette révélation de Jessica conduit Andreas Auer, l'inspecteur de police suisse, à mener l'enquête à Gotland où ses parents biologiques seraient morts dans un accident.

 

Comme Andreas est quelqu'un d'obstiné, il va mener cette enquête trente-sept ans après les faits, en remuant le passé enfoui et en donnant un coup de pied dans une fourmilière.

 

Gotland est une île de Suède dans la mer Baltique. A l'époque des faits, des femmes et des hommes, âgés de vingt à trente ans, veulent renouer avec la tradition païenne des Vikings.

 

Au nombre de treize, leur clan, les Enfants de Freyja, se réunit dans des lieux vikings de l'île et y participent à des cérémonies secrètes, revêtus de casques, de bijoux et de tuniques.

 

Seuls quatre d'entre eux connaissent les identités de tous. Sinon ils ne connaissent que ceux qu'ils ont invités à en être, en s'engageant à ne jamais rien dire sur leur appartenance.

 

Plus le temps passe, plus les rites du clan - notamment celui de L'Aigle de sang - deviennent insupportables à d'aucuns de ses membres, qui ne peuvent le quitter impunément.

 

Quels liens avec la quête d'Andreas? C'est ce que le lecteur découvre peu à peu avec lui. Mais la tâche n'est pas aisée du fait de la véritable omerta qui entoure le passé du clan.

 

Trente-sept ans donc après, des cold cases sont résolus, non sans dommages, après l'arrivée d'Andreas sur l'île. Car les responsables inconnus de la secte savent terroriser les autres...  

 

Quand le lecteur pense que l'affaire est close, elle est relancée par Marc Voltenauer, qui, avec malignité, sait, tout en brouillant leurs rôles, préserver longtemps l'anonymat des quatre dignitaires du clan...

 

Aussi le lecteur, malmené, mais ravi, ne s'apaise-t-il que lorsque Andreas, calme, rasséréné, empreint de son passé retrouvé, peut rentrer en Suisse, pour y mener d'autres enquêtes... 

 

Francis Richard

 

L'Aigle de sang, Marc Voltenauer, 512 pages, Slatkine & Cie

 

Livres précédents:

Qui a tué Heidi?, 448 pages, Slatkine & Cie (2017)

Le dragon du Muveran, 670 pages, Plaisir de Lire (2016)

Partager cet article
Repost0
23 mars 2019 6 23 /03 /mars /2019 16:55
1, rue de Rivoli, d'Antonio Albanese

1, rue de Rivoli est l'adresse d'un immeuble appartenant à Matteo Di Genaro. Un homicide vient d'y être commis, par strangulation.

 

Matteo croit que cet immeuble ne lui appartient plus mais il n'a pas été vendu il y a dix ans par Olivier, son gestionnaire, comme il le lui avait demandé.

 

En fait, entre-temps, depuis deux ans, l'immeuble est devenu un squat où vit une communauté d'activistes de gauche.

 

Son ami Jean-Michel, flic à la brigade criminelle, lui a donné rendez-vous sur place et lui apprend qu'il en est toujours propriétaire et quels sont les faits:

 

La victime s'appelle Charles de Fidos, 24 ans. C'est le fils de François de Fidos, le politicien [...] La soeur de la victime, Cécile de Fidos, semble être à la tête de la communauté.

 

Matteo vit de ses rentes immobilières. C'est une sorte de bobo qui voit entre la gauche et la droite une seule différence:

 

C'est que j'apprécie les idées de gauche, mais les gens de gauche me font gerber, alors qu'à droite, ce sont les idées ET les gens qui me font gerber.

 

Matteo n'aime pas les enfants, à l'exception de sa filleule de neuf ans, Léa, la fille de Jean-Michel, un petit génie du clavier d'ordinateur.

 

Celle qu'il qualifie affectueusement de nain ou de teckel va lui être d'un grand secours pour son enquête où le suspect est africain:

 

Je lui trouve une bonne tête, et je vois bien que c'est le contraire du délit de sale gueule, et donc tout aussi arbitrairement dégueulasse...

 

Pour mener son enquête, Matteo se fait passer pour quelqu'un qui vient pour une chambre dans le squat. Or celle de Charles vient juste de se libérer...

 

Comme lors d'une enquête précédente (Une brute au grand coeur), Matteo émaille son récit de digressions où il fait part au lecteur de sa vision particulière des choses:

 

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, malgré ma condition involontaire de propriétaire-héritier d'un nombre incalculable d'immeubles, je ne suis pas contre l'occupation illégale.

 

Mais ce n'est pas la moindre de ses contradictions... Et le lecteur fait bien de ne rien savoir de la façon dont [il] s'arrange avec [sa] conscience.

 

Ce nanti n'est pas non plus avare de sophismes, propres non pas à renvoyer la gauche et la droite dos à dos, mais à se les mettre toutes les deux... à dos.

 

Alors il faut prendre ce roman noir pour un pied-de-nez de l'auteur à l'égard aussi bien de ceux qui pourfendent que de ceux qui défendent les valeurs dites bourgeoises.

 

Le paradoxe est peut-être qu'un préjugé de Matteo va lui permettre de chasser l'autre préjugé qui fait automatiquement d'un Africain un coupable.

 

Francis Richard

 

1, rue de Rivoli, Antonio Albanese, 96 pages, BSN Press

 

Livres précédents chez le même éditeur:

 

Une brute au grand coeur (2014) (sous le pseudonyme de Matteo di Genaro)

Voir Venise et vomir (2016)

 

Livres précédents à L'Âge d'Homme:

 

La chute de l'homme (2009)

Le roman de Don Juan (2012)

Est-ce entre le majeur et l'index dans un coin de la tête que se trouve le libre arbitre? (2013)

Partager cet article
Repost0
17 mars 2019 7 17 /03 /mars /2019 19:45
Les gratitudes, de Delphine de Vigan

Vieillir, c'est apprendre à perdre.

Encaisser, chaque semaine ou presque, un nouveau déficit, une nouvelle altération, un nouveau dommage. Voilà ce que je vois.

Et plus rien ne figure dans la colonne des profits.

 

Ainsi parle Jérôme Milloux, orthophoniste de son état, qui exerce en semaine dans un Ehpad, établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes1, où a été admise madame Seld.

 

Avec Marie Chapier, Jérôme est le narrateur de cette histoire dont l'héroïne est donc Michelle Seld, née en 1935, histoire qui raconte les derniers temps de cette vieille dame attachante.

 

Du jour au lendemain, Michelle, qui préfère qu'on l'appelle Michka, ou Michk', n'a plus été capable de rester seule chez elle. Il y avait pourtant eu des signes avant-coureurs de ses peurs et de ses pertes.

 

Par exemple, elle avait du mal à trouver ses mots: ils ne venaient pas du tout ou alors elle les remplaçait par d'autres, si bien que Marie et Jérôme se sont mis à son drôle de langage, involontairement drôle.

 

Marie est une voisine, qui habitait juste au-dessus de madame Seld et dont Michka s'est occupée quand elle était encore enfant. Elle travaille et ne peut donc rendre visite à Mich'k, qu'en fin de semaine.

 

En ce lieu, Jérôme et Marie se relaient auprès d'elle en quelque sorte, sans jamais se rencontrer. Ils ne se connaissent finalement que par l'intermédiaire de Michka, qui parle de l'un à l'autre.

 

Les gratitudes, ce sont celles que Marie et Jérôme éprouvent à l'égard de Michka dont l'humanité leur apporte tant, celle que Michka éprouve à leur égard pour tout ce qu'ils font pour elle et à l'égard d'un couple qu'elle a perdu de vue.

 

Pendant la guerre, ses parents ont été déportés. Petite fille juive, elle a été recueillie à La Ferté-sous-Jouarre entre 1942 et 1945 par Nicole et Henri (elle ignore malheureusement leur nom) et aimerait enfin les remercier.

 

Au début de son livre, qui montre que les beaux sentiments, n'en déplaise à Gide, peuvent faire de la bonne littérature, Delphine de Vigan pose une question miroir qui s'adresse aux âmes et qui éclaire singulièrement son roman:

 

Vous êtes-vous demandé combien de fois dans votre vie vous aviez réellement dit merci? Un vrai merci. L'expression de votre gratitude, de votre reconnaissance, de votre dette.

 

Cette question heurtera évidemment toutes celles et tous ceux qui pensent ou croient que tout leur est toujours dû...

 

Comme dirait Michka:

 

Merdi Delphine!

 

Francis Richard

 

Les gratitudes, Delphine de Vigan, 176 pages, JC Lattès

 

1 L'équivalent français d'un Ems (établissement médico-social) suisse.

 

Livres précédents:

Rien ne s'oppose à la nuit (2011)

Les loyautés (2018)

Partager cet article
Repost0
12 mars 2019 2 12 /03 /mars /2019 23:55
Marathon, Florida, de Carole Allamand

Me voici donc flottant entre deux continents, et surtout deux langues.

 

Et le lecteur flotte avec l'auteure, entre Marathon, Florida, et Genève, entre deux livres, comme entre deux rives, entre une enquête policière là-bas et une autobiographie ici. Car le livre de Carole Allamand en contient deux, de dimensions inégales (qui forment les deux parties d'un tout), proportionnelles, dirait-on, aux lieux où ils se passent.

 

Ce sont des mots-clés qui relient les deux livres, comme le feraient des ponts entre ces deux rives, montrant à la fois la distance et la proximité existant entre un écrivain et son oeuvre. Les histoires qu'un écrivain raconte ne sortent jamais de nulle part. Elles sont en quelque sorte le miroir plus ou moins déformé par son imaginaire de ce que sa mémoire a retenu.

 

Il en va de même dans ce livre à deux faces, comme Janus, l'une tournée vers un passé réel, correspondant à une moitié de vie, et l'autre vers un passé rêvé, correspondant à l'autre. La première partie doit ses prémices à la deuxième. Le lecteur, qui a dans l'esprit le rêve américain, découvre en lisant la deuxième les éléments provenant de la réalité européenne.

 

A Marathon, en Floride, deux couples, les Salvatore, Tony et Grace, et les Baker, Bob et Marilyn, sont devenus plus que des amis. Et leurs enfants également. Les Salvatore tiennent un hôtel-restaurant, le Paradisio, Bob Baker est officier de la police judiciaire: Pendant près de quinze ans, les Salvatore et les Baker avaient vécu comme une seule famille.

 

Tout était donc pour le mieux dans le meilleur des coins ensoleillés. De plus, Alberto [Salvatore] et sa soeur étaient bons élèves resplendissant de santé et toujours le rire aux lèvres. Quant au petit Luke [Baker], il se distinguait déjà à la natation... Et puis tout s'était écroulé... Alors que Cordelia Norma Salvatore travaille comme infirmière, le corps de son frère Alberto est retrouvé en contrebas d'une jetée sur la côte est de l'Île Sans Nom...

 

Norma abandonne son job à l'hôpital, dans le New Jersey, où elle n'aura passé que six mois, et revient en Floride pour élucider le mystère de la mort de son frère. Trois ans plus tard, devenue sergent de la police judiciaire de Marathon, elle obtient de son chef, qui n'est autre que le capitaine Bob Baker, la réouverture de l'enquête après qu'elle a fait un rapprochement.

 

Al était journaliste et enquêtait sur les scandales écologiques. Or son corps présentait aux jambes et aux bras une affection semblable à celle que présentent certains résidents de l'Île Sans Nom. La firme Crodino LLC, la plus grande compagnie locale d'épuration des eaux, a, entre autres délits, fait, à cet endroit-là, usage d'un dispersant hautement toxique qui est à l'origine de telles lésions sanguinolentes.

 

C'est à un véritable thriller que convie l'auteure qui connaît bien le continent américain et en détient les codes. Si bien que le lecteur est réellement transporté outre-atlantique et s'y laisse prendre. Quand il en arrive à la deuxième partie, il est tout d'abord incrédule: quels liens peut-il y avoir avec la première? Puis il rencontre ces mots-clés qu'il y a découverts et qui deviennent alors pour lui des mots de passe...

 

Francis Richard

 

Marathon, Florida, Carole Allamand, 272 pages, Zoé

Partager cet article
Repost0
9 mars 2019 6 09 /03 /mars /2019 19:25
Une femme en contre-jour, de Gaëlle Josse

L'histoire d'une vie vient d'être dite, écrite. Je n'ai rien inventé. Ou si peu, écrit Gaëlle Josse à la fin de son livre. Cette vie de Vivian Maier est pourtant un vrai roman, ou plutôt le roman vrai de la vie d'Une femme en contre-jour.

 

Le si peu que l'auteur a inventé, au sens de découvrir, permet, sinon de révéler cette femme en pleine lumière, du moins d'éclairer quelques-unes des zones d'ombre qui entourent et qui ont laissée en contre-jour celle qui fut gouvernante de jeunes d'enfants.

 

Pour écrire le portrait de cette femme hors du commun, l'auteure s'est inspirée bien sûr de nombreux articles mais surtout de deux sources essentielles:

- un film documentaire: Finding Vivian Maier, de John Maloof, coréalisé avec Charlie Siskel;

-un site sur la toile: celui de l'Association Vivian Maier et le Champsaur.

 

Qui est Vivian Maier? Une photographe de rue des années cinquante et soixante, qui va au contact sans se poser la question des imprévus et des dangers: Elle montre une société brutale, des existences âpres, malmenées, des horizons fermés, des enfances meurtries, parfois traversées par la grâce.

 

Dans ses innombrables autoportraits, elle se montre dans une troublante présence-absence, en dévoilant des fragments de corps ou de visage, champ et hors-champ, décalée, décentrée, inventant une forme de désagrégation, d'effacement du sujet comme une métaphore de sa propre existence.

 

Vivian Maier (1926-2009) a laissé derrière elle des milliers de photos, de planches-contacts, de pellicules non développées, de négatifs, acquis en 2007 par John Maloof lors d'une vente aux enchères de ses biens mis en garde-meuble.

 

John Maloof ne connaîtra l'identité de la photographe que peu de temps après sa mort, mais aura entre-temps racheté les lots des autres enchérisseurs, à l'exception de celui de l'un d'entre eux, récupéré par Jeremy Goldstein avant lui. 

 

Vivian Maier restera à jamais un mystère: Insoluble secret d'une existence, terrifiante solitude d'une femme dont le geste photographique, le geste seul donna un sens à la vie, la sauva peut-être du désespoir.

 

Car Vivian Maier n'aura même pas vu elle-même toutes les photos exceptionnelles qu'elle aura prises tout au long de son existence, dont Gaëlle Josse restitue, avec un regard semblable au sien, quelques jalons et des traces légères, souvent déroutantes.

 

Francis Richard

 

Une femme en contre-jour, Gaëlle Josse, 160 pages, Notabilia

 

Livres précédents:

L'ombre de nos nuits (2016)

Une longue impatience (2018)

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
  • Contact

Profil

  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

Références

Recherche

Pages

Liens