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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 19:00
Prendre l'eau, de Julien Burri

Fait divers: Une femme de 22 ans a perdu la vie hier près de la commune de Rivaz (VD). L'hélice d'un canot à moteur l'a mortellement blessée alors qu'elle se baignait avec son ami un jeune homme de 25 ans. Le pilote du canot est recherché par la police.

 

Telle est le texte de la dépêche publiée le 2 mai 2013 par l'ATS (Agence Télégraphique Suisse). La femme s'appelle Odile H. et son compagnon Simon. Après avoir lézardé nus au soleil, ils avaient embarqué à bord d'un canot en plastique volé...

 

Que sont devenus, trois ans plus tard, les cinq protagonistes de ce fait divers qui est la toile de fond lacustre de Prendre l'eau, le roman de Julien Burri? A travers le récit de chacun d'entre eux, la vérité se dessine, sans conséquences judiciaires...

 

Est-ce un homicide involontaire ou volontaire? Telle est la question lancinante, et sans réponse, que se pose Georges, le journaliste de l'histoire, qui travaille à L'Aurore. Depuis le drame, il fréquente la plage naturiste où il a eu lieu, en quête du témoin.

 

Le pilote du canot à moteur a été identifié. Il s'agit du PDG de Névé, Robert Carrard, dont la maison noire est proche de ladite plage. Il est coupable d'homicide par négligence: Monsieur Carrard souffrait d'une cataracte. Il n'avait tout simplement rien vu...

 

Simon, dans un premier temps, était en colère contre Monsieur Carrard. Il se serait bien rendu à la maison noire et lui aurait bien mis son poing. Puis il a reçu une proposition d'emploi de concierge au siège de Névé: il en avait besoin. Il a fini par accepter.

 

Le témoin du drame, c'est Cyril. Il a tout vu, mais s'est tu. Jusqu'à présent. Mais il hésite... Il travaille non loin de là, à la buvette de la plage. Il tourne les saucisses sur le gril: Il porte un tablier noir pour se protéger de la chaleur du feu et des éclaboussures.

 

Madame, c'est Eve Carrard, la femme de Monsieur: Elle s'habille de noir uniquement. Une silhouette noire, dans une maison noire. Une silhouette épurée, le corps élancé. Elle était passionnée de lecture: Mais depuis l'"accident", elle n'arrive plus à lire.

 

Monsieur, c'est Robert Carrard, le chef de Névé. Quand il est à son bureau, il faut qu'on sente sa présence invisible au sommet du bâtiment... Monsieur aime l'ordre, le travail, l'argent [...]. Mais par-dessus tout, Monsieur aime le calme et le silence...

 

Le canot en plastique a pris l'eau après que le canot à moteur a foncé sur lui. L'accident n'est plus qu'un incident sur le lac: Les événements et leurs traces s'atténuent en cercles concentriques de plus en plus larges, de plus en plus fins et imperceptibles...

 

Francis Richard

 

Prendre l'eau, Julien Burri, 224 pages Bernard Campiche Editeur

 

Livres précédents:

Muscles suivi de La Maison (2014)

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29 décembre 2017 5 29 /12 /décembre /2017 23:25
Heureux qui comme, de Bernadette Richard

Heureux qui comme. Le titre se suffit à lui-même. Qui ne connaît la suite du vers chanté par Georges Brassens? S'il ne la connaît pas, il la trouvera en bonne place dans le roman de Bernadette Richard. Et même, dans son contexte, puisqu'y est reproduit le premier quatrain du sonnet de Joachim du Bellay:

 

Heureux, qui comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,

Et puis est retourné, plein d'usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge!

 

Ulysse, en l'occurrence, c'est Clément, le narrateur. Petit, il aurait aimé voler pour rejoindre les oiseaux, jouer avec eux et observer ce qu'ils voient, c'est-à-dire la planète d'en haut [...] dominer en somme la condition de l'homme rivé au sol. A défaut il grimpera aux arbres pour mieux [se] pénétrer d'images.

 

Quand il sera grand, il sera photographe et parcourra le monde. En attendant, adolescent, il fugue en forêt, à pied, parfois en vélo ou à ski de fond en hiver, droit devant, et installe ses pénates dans des arbres... en totale adéquation avec [son] biotope, ses odeurs, sa flore, sa faune, ses fantaisies, ses initiations.

 

Plus tard, entre chaque périple - lors d'un de ces périples, en 1970, il connaîtra Sophie qui lui donnera deux jumeaux, avant de prendre le large -, il revient à ses arbres, à son aulne, son paradis caché. L'observation, depuis les branches de ses arbres  lui insufflant une force inimaginable pour ses proches.

 

Il lui faut attendre d'être grand-père pour trouver une complice en la petite personne de sa petite-fille Orsanne. Elle l'accompagne dans ses flâneries. Son sens de l'observation et son pragmatisme enfantin l'enchantent. Au moins elle, elle ne pense pas qu'il débloque comme le pensent tous ses autres proches.

 

Comme Ulysse, Clément retourne finalement dans sa patrie lilliputienne qui offre à sa mémoire davantage que des images: elle enregistre aussi des effluves et des atmosphères, des sons, aussi éthérés les uns que les autres. Bref sa région natale lui offre en version miniature toutes les merveilles du monde:

 

C'est peut-être ça la sagesse: réaliser que l'ailleurs n'est nulle part et partout. Même chez soi...

 

Francis Richard

 

Heureux qui comme, Bernadette Richard, 152 pages éditions d'autre part

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24 décembre 2017 7 24 /12 /décembre /2017 19:45
Le venin du papillon, d'Anna Moï

Le pays dans lequel se passe Le venin du papillon, roman d'Anna Moï, n'est jamais nommé, comme s'il était indicible. L'époque dans laquelle il se situe non plus, comme s'il était intemporel...

 

Pourtant tout est dit, explicitement, dans ce livre, pour l'identifier: il restitue le Viêt Nam, au début des années 1970, alors que se déroule la Conférence sur la paix de Paris.

 

C'est la guerre.

C'est le couvre-feu.

Ce sont les gangs de jeunes.

C'est l'immolation d'un moine...

 

Après la division du pays en deux, en deux demi-nations, de part et d'autre du 17e parallèle, Ba et sa femme Mae (Xuân dans son ventre) ont accompli le Grand Exode vers le Sud. Après Xuân, ils ont eu une deuxième fille, Thu. La paix signée à Genève en 1954 n'aura pas duré... 

 

L'offensive du Nouvel An lunaire (1968) est encore dans les mémoires. Ba, devenu lieutenant-colonel de l'armée du sud, est démilitarisé, accusé de rébellion (il défend la Démocratie). Mae doit se débrouiller pour trouver de l'argent, la solde de son mari exilé ayant été suspendue...

 

La guerre plonge les esprits dans des abus d'excitation.

 

Xuân a connu l'éblouissement que procure l'excitation de son papillon quand, un jour, enfant, la bonne, Hong, a dirigé le pommeau de la douche vers le petit moellon de [sa] fente génitale: il s'était enflé, s'était durci...

 

La guerre fait éclater l'ordre moral et, même, l'inverse.

 

Maintenant, adolescente, Xuân tombe amoureuse d'un homme du double de son âge. Pas beau, mais très intelligent, Edgar, énarque, trente-trois ans, futur ambassadeur:

 

Pendant plusieurs semaines, il s'applique à aspirer la sève du papillon de Xuân, un doux venin dont il ne se lasse pas.

 

La guerre tourneboule les esprits.

 

Une transfuge du catholicisme, Mae passe à l'animisme puis à une version du talismanisme après un passage par le bouddhisme...

 

La guerre favorise les trafics, les amours mixtes, la sexualité débridée, les paris, les jeux, les boissons, comme pour échapper à la dure réalité des corps mis en pièces détachées (quand ils n'entrent pas dans le grand sommeil):

 

La guerre est une machine à réduire les anatomies des hommes.

 

Le 27 janvier 1973, la Paix est signée. Une drôle de paix, comme la suite le montrera...

 

En attendant, Xuân aura achevé sa métamorphose:

 

Le corps qui l'a encombré ces derniers mois, celui d'Edgar, est lentement parti. Un os après l'autre. Elle est plus légère, mais pas plus fragile...

 

Francis Richard

 

Le venin du papillon, d'Anna Moï, 304 pages, Gallimard

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21 décembre 2017 4 21 /12 /décembre /2017 23:55
Desperado - La cendre des gestes, de Thierry Luterbacher

Une fois maman m'a dit que tu étais un desperado. J'ai pas bien compris et j'ai cherché dans le dictionnaire. Ça disait: "hors-la-loi prêt à se battre jusqu'à la mort.", lui dit un jour sa fille retrouvée, après quelque vingt ans d'absence.

 

Le desperado est amnésique. Il ne sait plus son nom, ni son âge, ni où il habite. Il se réveille dans une chambre blanche et vide: Quatre murs comme autant de pages vierges, deux fenêtres, et, sous mes pieds nus, un plancher.

 

Il n'a pas que les pieds nus, il est tout nu. Il ne s'en rend pas compte tout de suite. Il cherche surtout à sortir de cet endroit insolite. Il avise une porte, mais elle ouvre sur une paroi. Dans la plinthe de cette paroi, il y a une languette.

 

Du pied il appuie sur la languette. La paroi coulisse. Il se retrouve dans un couloir. La paroi se referme derrière lui. Où est-il? Chez lui. Il ne reconnaît rien, ou plutôt si, une odeur, la sienne, qui imprègne des vêtements, sur une chaise...

 

Quand il est face aux portes miroir qui surmontent les deux lavabos de la salle de bains, il ne se reconnaît pas. Il sait désormais à quoi il ressemble. Il a une blessure au-dessus de l'oeil gauche. Peut-être vient-elle de là son amnésie.

 

Dans l'appartement, il y a deux chambres, hormis la chambre blanche. La sienne et une chambre de femme, de jeune femme: sa compagne, sa fille? Quel âge a-t-elle? Comme ça, au premier coup d'oeil, un peu moins que la trentaine.

 

Lui se donne la cinquantaine. Il découvre un nom sur une enveloppe: Sol Djelem. Il déplie un journal et reconnaît le visage qui lui est apparu dans la salle de bains: c'est celui d'un certain Joseph Lair, qui serait la tête pensante d'un groupe terroriste...

 

Quand une jeune femme s'adresse à lui en le tutoyant, il suppute quelqu'un d'intime puisqu'elle est entrée dans l'appart. Elle l'appelle Sol: C'était un bonheur sans nom de m'entendre appeler par un nom, mon nom, du moins celui qu'elle me donnait.

 

Quand la police sonne à la porte, l'inconnue lui demande de se cacher. Il se réfugie dans la chambre blanche... Et, quand il en ressort, elle n'est plus là. Un homme tapote à la vitre d'une fenêtre. C'est un dénommé Cisco: la môme a été embarquée...

 

Il comprend que la môme, c'est sa fille, Nassima. Le fait est que lorsque celle-ci revient, c'est bien sa fille, puisqu'elle en porte le nom, sa fille qui lui apprend pourquoi on l'appelle Djelem, entre autres: En langage tzigane ça veut dire: "je suis parti"...

 

Comme il est réellement traqué, il se dit alors: Il [faut] que je me tire de là, je finirais bien par me trouver, moi ou des bribes de moi, pour savoir si [j'ai] envie de redevenir ce que j'étais. En attendant, il a surtout une inexorable envie d'être lui-même.

 

Pendant sa cavale, cet ex-insaisissable en vient à se connaître lui-même et à s'interroger sur l'honnêteté des autres personnes qu'il côtoie. De la beauté des gestes de l'une d'elles, il ne lui restera bientôt plus que la cendre, après l'oubli...

 

Francis Richard

 

Desperado - La cendre des gestes, Thierry Luterbacher, 200 pages Bernard Campiche Editeur

 

Livre précédent:

 

Dernier dimanche de mars (2014)

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19 décembre 2017 2 19 /12 /décembre /2017 23:55
Un suspect bien maladroit, de Jean-Marie Reber

Quel est le comble d'un commissaire de police? C'est d'être le suspect numéro 1 dans une affaire criminelle.

 

Dans ce dernier Dubois, d'une série de six opus, le commissaire Fernand Dubois est suspecté d'être le meurtrier de la belle Clara, sa jeune maîtresse, dont il a fait la connaissance à la faveur de la première enquête de la série, alors qu'elle était sa voisine du dessus.

 

Le commissaire Dubois, que les lecteurs de ladite série ont connu inspecteur, a de grandes chances d'être promu chef de la police judiciaire. En effet la place va bientôt être libre et le titulaire actuel l'en a informé pour qu'il se prépare à l'investir.

 

Depuis un moment déjà, Fernand a décidé de rompre avec Clara, cet acte de sagesse: Ce qu'il devait en revanche décider, c'était le moment le plus opportun, ou plutôt le moins inopportun, pour annoncer la nouvelle et surtout la manière avec laquelle il s'y prendrait.

 

Fernand se trouve à proximité du domicile de Clara. Il tente de la joindre par téléphone pour mettre sa décision à exécution, mais tombe sur le répondeur et laisse le message laconique suivant: Je dois te parler. J'essaierai de te joindre demain.

 

La vie a parfois de ces ironies...

 

D'avoir fait ce premier pas lui donne le sentiment que c'est comme si c'était fait. Et, effectivement, c'est fait, mais pas comme il l'imagine. Ce soir-là Clara est assassinée: elle a reçu un coup de couteau de cuisine, après avoir, semble-t-il, subi une tentative de strangulation.

 

Le lendemain, en l'apprenant, Fernand peut dire: Adieu couple, promotion, sérénité!

 

Adieu à son couple: avec l'enquête, Giselle, sa femme, se verra confirmer dans ses soupçons; adieu à sa promotion: sa réputation sera désormais ternie quoi qu'il fasse; adieu à sa sérénité: il se mordra indéfiniment les doigts d'avoir succombé un jour aux charmes et au parfum de Clara...

 

Fernand est dessaisi de l'enquête sur ce crime par la procureure. C'est son adjoint, Jésus Minder, qui en est chargé et, très vite, tout le petit monde de la police sait que le célèbre commissaire était l'amant de la victime, sans oser pour autant penser qu'il est coupable. 

 

Il n'est pas facile de changer de rôle quand on est habitué à en tenir un pendant des années. Aussi Fernand, qui a élucidé bien des affaires criminelles, s'avère-t-il Un suspect bien maladroit quand il est mis à son tour sur la sellette par la procureure qui l'interroge...

 

Dans le même temps qu'il met fin à sa série policière, Jean-Marie Reber va-t-il donc faire une fin peu glorieuse à son héros de commissaire? On peut se le demander. En tout cas, Fernand, qui se promettait de reconquérir sa Giselle, est, avec cette affaire, bien mal parti pour y parvenir...

 

Sait-on jamais?

 

Francis Richard

 

Un suspect bien maladroit, Jean-Marie Reber, 224 pages, Éditions Attinger (Collection Nouvelles Éditions)

 

Opus précédents:

Le parfum de Clara (2015)

Les meurtres de la Saint-Valentin (2015)

Rira bien qui rira le dernier (2016)

Le valet de coeur (2016)

Coccinelle, jolie coccinelle (2017)

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11 décembre 2017 1 11 /12 /décembre /2017 23:00
Enfance de Terre, de Didier Burkhalter

En lisant le livre de Didier Burkhalter, Enfance de Terre, comment ne pas penser à la chanson d'Enrico Macias, Enfants de tous pays? Et, tout particulièrement, à cette strophe:

 

La vérité

C'est d'aimer

Sans frontières

Et de donner

Chaque jour un peu plus.

 

Dans son livre  l'auteur raconte en effet des histoires sans fin d'enfants de tous pays, d'enfants de toute la Terre, des cinq continents, lors de quatre saisons, réparties sur quatre années consécutives: printemps 2014, été 2015, automne 2016 et hiver 2017.

 

Ces enfants, aux prénoms exotiques et chantants, sont tellement nombreux qu'il serait vain d'en parler nommément, d'autant que leur histoire est, chaque fois, dense, pleine de péripéties, et plurielle puisque c'est aussi, bien souvent, celle de leurs parents.

 

Tous ces enfants connaissent des vicissitudes - la misère, la guerre, civile ou étrangère -, mais ils n'en sont pas moins gonflés d'espoirs, notamment de ceux que leurs parents placent en eux, se sacrifiant pour qu'ils aillent à l'école et apprennent un métier.

 

D'aucuns bénéficient d'une prise en charge par une équipe de la Croix Rouge; d'autres d'une formation grâce à un projet de la coopération internationale; d'autres encore d'un emprunt astronomique qu'ils sont confiants de rembourser grâce à leurs talents...

 

D'aucuns prennent leur avenir en main, entreprennent et ne laissent personne d'autre choisir leur route; d'autres la prennent pour offrir leurs bras là où on en manque ou s'obstinent à rester et à reconstruire sur les ruines que laisse parfois derrière elle la nature divagante.

 

Ces enfants veulent grandir, et vivre, tout simplement. En paix. Et la Suisse joue un rôle humanitaire dans les zones de conflits, grâce à la confiance qu'elle inspire aux camps en présence, ce qui lui permet d'acheminer des convois, d'aider les uns comme les autres.

 

Quelle est la plus belle diplomatie, à laquelle veut se consacrer l'un de ces enfants? Celle qui écoute, celle qui rencontre, celle qui construit des ponts sur des précipices pour rapprocher, celle qui hisse des voiles par tous les vents pour relier, même à travers le plus grand des océans...

 

Francis Richard

 

Enfance de Terre, Didier Burkhalter, 128 pages, L'Aire

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6 décembre 2017 3 06 /12 /décembre /2017 23:15
Et le mort se mit à parler, de Pierre Béguin

Et le mort se mit à parler.

Luc VII, 15

 

Dans l'évangile de Luc, le mort qui se met à parler est le fils unique d'une veuve de Naïm, ressuscité par Jésus, pris de compassion pour elle. Dans le roman de Pierre Béguin, Wilfrido Soto, laissé pour mort, au milieu d'autres morts, dans une grosse cuve en métal, s'en échappe et fait une déposition à la police.

 

Pour vivre Wilfrido Soto ramasse des cartons, des vieux papiers, des bouteilles vides dans les rues d'une ville de Colombie. C'est un cartonero... En passant devant l'Université, le premier jour du Carnaval, il est appelé par un gardien, qui lui propose des cartons à emporter avant que les camions à ordures ne passent.

 

C'est un piège. Il est roué de coups de bâtons par quatre hommes, qui le maintiennent, pendant qu'un cinquième, celui qui l'a appelé, le poignarde entre les côtes, puis dans l'estomac, enfin à l'épaule. Il fait le mort. Alors ils le transportent dans une pièce très froide et le placent dans une cuve déjà pleine de cadavres.

 

A l'Université de cette ville côtière des Caraïbes, le lendemain, la police trouve, dans des cuves remplies de formol, dix cadavres: Les victimes sans exception, étaient des indigents sans papiers, vivant [...] du recyclage, tous décédés de traumatisme crânio-cérébral et de blessures à l'arme blanche. Comme Wilfrido Soto...

 

Des cuves sont retirés, outre les dix cadavres, quatre crânes encore couverts de lambeaux de peau, vingt-trois membres inférieurs, huit membres supérieurs, trente-deux foies ou morceaux de foie, des viscères, une vingtaine de côtes et des centaines d'osselets... Mais ne s'agit-il pas d'une faculté de médecine?

 

Après deux jours d'investigation, ce qui n'était au début qu'une agression de quelques gardiens contre un indigent [menace] maintenant de tourner au scandale national en pleine liesse populaire. Parce que cette investigation révèle un trafic d'organes qui bénéficie de connivences entre la finance et la politique:

 

Les financiers disent quand et sur qui il faut tirer. Les politiciens exécutent...

 

Un des personnages du livre dit à la fin: Nos démocraties sont des façades qui dissimulent les réalités brutales du capitalisme... Mais ne faut-il pas entendre par là ce qu'il faut bien appeler capitalisme de connivence? Ce capitalisme dévoyé qui demande au législateur de faire des lois à ses convenance et profit:

 

Les lois prolifèrent comme des cellules cancéreuses, semant dans leur sillage des prisons qui jamais ne se vident, ajoute le même personnage...

 

Au début du livre le narrateur, vingt-cinq ans après les faits, explique pourquoi il les relate. C'est pour lui une tentative de réparation. Il n'en attend pas une forme de rédemption, mais bien plutôt l'accomplissement d'un devoir trop longtemps repoussé: il aurait dû le remplir à l'époque, mais le courage lui a fait défaut...

 

A la fin du livre le lecteur apprend qui est le narrateur et comprend ce qu'il voulait dire dans son avertissement: Ce drame fut pour moi un moment de vérité. J'y ai gagné à bon compte une certaine considération. Avec la carrière et le prestige qui l'escortent habituellement. Mais j'y ai laissé aussi un morceau d'âme...

 

Francis Richard

 

Et le mort se mit à parler, Pierre Béguin, 216 pages, Bernard Campiche Éditeur

 

Livre précédent:

 

Condamné au bénéfice du doute (2016)

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2 décembre 2017 6 02 /12 /décembre /2017 17:40
Sa préférée, de Michaël Perruchoud

Il y avait l'aînée, la plus solide, la plus habile, et puis la cadette toute frêle, avec sa foulée légère et son sourire. Pourquoi aime-t-on toujours la plus fragile? Parce que l'amour est l'inverse de la sélection de l'espèce.

 

Au moment de la grande famine, pourtant, c'est la cadette, une gamine courageuse, douce, Sa préférée, que la mère abandonne dans la rue, ne lui laissant que son amour, tout son amour, jusqu'à ce qu'on se revoit...

 

La mère et l'aînée vont vivre ensemble pendant des années, avec le souvenir empoisonné de la cadette disparue. Une mère peut-elle expliquer à son aînée, qui aimait tant sa soeur, qu'elle l'a sacrifiée pour elle?

 

Oui, elle le peut: Si je t'avais laissée toi, je n'aurais jamais pu me pardonner. Elle, c'était me punir, elle, c'était parce que je ne pouvais pas faire autrement. Toi... Mon Dieu, toi, j'aurais été plus coupable encore...

 

Quand la vie reprend le dessus, la mère se met en quête de retrouver sa cadette. Et cela dure pendant des années, avec pour conséquence de compromettre l'existence de l'aînée, sûrement promise à un bel avenir.

 

Alors qu'elle a fait de brillantes études, elle épouse Roman bien qu'elle ne veuille pas se réfugier dans son ombre; devient, malgré qu'elle en ait, sa femme au foyer; lui fait des enfants, quatre, pour calmer ses peurs.

 

La cadette n'est pas morte. La mère le sait au fond d'elle-même. Tout ce qui s'est passé avant qu'elle ne soit abandonnée par la mère à cinq ans, elle l'a effacé de sa vie et ne veut surtout pas le savoir: elle n'en a pas besoin.

 

La cadette, après sa rencontre avec la musique, à sept ans, s'est obstinée, en dépit de sa faible constitution, à faire du chant son travail, si bien qu'au bout de quelques décennies la réputation qu'elle a acquise la fait vivre.

 

La cadette est devenue une dame. Elle s'en est sortie toute seule, comme la mère le pressentait. Or, un jour, l'aînée, gagnée par l'obsession de la mère qui se meurt, la croise et, cette fois, elle n'a plus de doute:

 

Je t'ai vue entrer chez la couturière. Comme les autres fois, les images se superposaient à quelques instants d'enfance. Mais là, il y avait quelque chose de plus, ce n'était pas juste une ressemblance. [...]C'était toi...

 

Les trois femmes du livre de Michael Perruchoud s'aiment. La vie les a cruellement séparées. Le lecteur, jusqu'au bout, se demande si les deux, que le passé tourmente depuis, retrouveront celle qui veut surtout l'oublier...

 

Francis Richard

 

Sa préférée, de Michaël Perruchoud, 152 pages, L'Âge d'Homme

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30 novembre 2017 4 30 /11 /novembre /2017 23:00
Le Dragon de Gérimont (Gérimont XII), de Lefter Da Cunha

Le cycle de Gérimont, qui se passe après la Montée, sous-entendu des eaux, c'est-à-dire dans la post-modernité, doit comporter en tout douze volumes, dix signés par Stéphane Bovon, un par Karl-Reinhardt Übersax-Müller et un autre par Lefter Da Cunha, l'un des personnages du cycle...

 

Lefter Da Cunha, Policier, doit élucider une série de meurtres commis à Grion, dans le pays de Gérimont, deux ans après le départ de son roi, Louis Moray. Il s'agit donc cette fois d'un récit policier pur jus. Or très vite le lecteur apprend que les meurtres sont inspirés d'un livre antédiluvien.

 

Ce livre a été trouvé dans les toilettes femmes du Vieux Villars, une auberge du lieu, où se réunissent les protagonistes de ce volume XII. Ce livre n'est autre que Le Dragon du Muveran de Marc Voltenauer, dont j'ai dit ici le plus grand bien et dont Lefter Da Cunha ne dit pas vraiment du bien...

 

Il n'en dit pas du bien non pas parce que c'est un livre interdit et qu'il doit en raison de sa fonction faire respecter la loi sévère en la matière: à Gérimont, seuls les Cent Livres sont autorisés. Lefter Da Cunha en donne d'ailleurs la liste en début de volume, avec indication des âges requis pour les lire.

 

Non, après avoir commencé à le lire, assez laborieusement, il en fait cet éloge assassin: J'ai tout de suite ressenti une affinité avec l'auteur car, comme moi, il s'exprime platement et avec lourdeur, mais une lourdeur sincère, entière, celle des témoins d'événements qui dépassent les hommes...

 

Quoi qu'il en soit le Dragon de Gérimont s'inspire clairement du Dragon du Muveran. Le tueur de l'un s'inspire du tueur de l'autre. Les similitudes se retrouvent dans leurs modes opératoires et dans les citations prétendument bibliques qu'ils laissent visiblement sur les lieux de leurs crimes.

 

Lefter Da Cunha doit trouver le coupable, mais, comme il peine à lire le roman policier de Voltenauer et qu'il lui préfère d'autres lectures, il ne tire pas les avantages que devrait lui apporter ce livre prophétique, lequel lui est d'ailleurs dérobé par le tueur qui ne veut pas interrompre sa série.

 

Pour résoudre l'énigme Lefter a la bonne idée d'enregistrer les conversations des protagonistes au Vieux Villars sur son enregistreur-cassette, du moins quand les piles ne sont pas usées... C'est en effet en les réécoutant qu'il va découvrir qui est le meurtrier en série, dont le mobile laisse joyeusement pantois...

 

Ces conversations, indépendamment de l'intrigue, sont très couleur locale et les expressions utilisées par les personnages pour le moins pittoresques. Elles créent une toile de fond baroque et réjouissante à des événements qui ne le sont pas...

 

A son clavier défendant, l'auteur, avec cette parodie d'un livre à succès qu'il dénie, lui rend cependant un hommage involontaire, puisqu'il y a trouvé matière au sien.

 

Francis Richard

 

Le Dragon de Gérimont (Gérimont XII), Lefter Da Cunha, 156 pages, Hélice Hélas

 

Le Cycle de Gérimont:

 

Par Stéphane Bovon:

 

Gérimont Olivier Morattel Editeur (2013), Hélice Hélas (2017)

La lueur bleue (Gérimont II) Olivier Morattel Editeur (2014)

Les deux vies de Louis Moray (Gérimont III) Olivier Morattel Editeur (2015)

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29 novembre 2017 3 29 /11 /novembre /2017 22:20
La dernière gorgée de bière, d'Ariane Ferrier

Juin 2016. Ariane Ferrier prend un TGV dans la gueule:

Une tumeur?

Oui, madame.

J'ai un cancer?

Oui, madame.

...

 

Elle se demande comment se comporter, comment se tenir:

Ah ben je ne sais pas, c'est la première fois que j'ai un cancer...

 

En fait elle choisit d'accepter ce qui lui arrive:

Tu regardes ce qui peut être fait pour réparer le mal ou l'adoucir. Tu vas en baver, mais ce sera plus facile.

 

Deux mois plus tôt, elle ne sait pas encore qu'elle a une tumeur au pancréas. Les symptômes, ce sont des douleurs aussi monstrueuses que bizarres: sous la peau et autour du nombril. Après examens, le diagnostic tombe. Elle a - c'est rare - une panniculite mésentérique: la sonorité du mot l'enchante...

 

Or cela signifie une maladie auto-immune ou une tumeur...A tout prendre, elle se souhaite une tumeur: Dans mon imaginaire, une maladie auto-immune, c'est avoir un sniper qui t'attend, quelque part. Et elle craint les ennemis dont elle ne peut voir les yeux...

 

Une fois l'annonce de la tumeur faite à ses amis, elle peut distinguer parmi eux ceux que vent emporte, chanson connue depuis Rutebeuf en complainte, et ceux qui, au contraire, lui envoient des signes de tendresse, d'encouragement, d'amitié...

 

Ces derniers sont sa garde prétorienne. Elle peut dès lors - drôle de voyage - partir en guerre et fait d'ailleurs un truc bizarre la veille de l'opération qu'elle doit subir le 27 juin 2016: Je vais me recueillir sur le monument aux morts d'Oyonnax...

 

Elle a d'une guerrière la peur et le courage, couple indissociable... Elle souffre, mais elle rit et met même au point une technique inédite pour rire, sans bouger l'abdomen, une position d'urgence pour parvenir à rire...

 

La dernière gorgée de bière est en effet le récit plein d'humour d'un véritable écrivain - Comment ne pas rire? -, doublé d'une journaliste, soucieuse du détail clinique, qui - c'était sa façon de vivre avant -, s'intéresse aux autres et vit avec eux d'intenses moments d'humanité.

 

La foi l'aide au cours de son voyage: Je ne vais pas nulle part, je vais vers un ailleurs - inconnu, certes, mais meilleur et plus beau. L'aide aussi sa décision de mourir de son vivant, de lutter pour rester vivante et aller bien, de survivre en milieu hostile.

 

Elle le dit sans orgueil ni fausse modestie: J'ai été une belle femme. Dans la situation où elle se trouve, elle écrit: Ma beauté n'est qu'un accessoire obsolète et inutile. Peut-être, mais, en tout cas, elle termine son livre en beauté:

 

Maintenant, il faut vivre.

 

Francis Richard

 

La dernière gorgée de bière, Ariane Ferrier, 104 pages, BSN Press

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26 novembre 2017 7 26 /11 /novembre /2017 18:30
Celles d'un soir

Celles d'un soir ne sont pas celles que vous croyez. Vous pensez certainement, vu le titre, qu'elles sont faciles, comme on dit. Mais vous faites erreur sur les personnes. Et, pour une fois, n'en faites pas une coutume, la quatrième de couverture vous sera utile et vous expliquera le concept:

 

Celles d'un soir sont des nouvelles, de celles qui prêtent à rêver. Conçues en une soirée ou bien destinées à être lues dans ce même délai, ces histoires ont été imaginées pour vous par des auteurs de tous horizons, montés à bord de ce bateau certes un peu ivre mais à la destination très précise, cher lecteur: les portes de votre sommeil.

 

Les auteurs montés à bord de ce bateau un peu rimbaldien sont au nombre de quinze. Les histoires sont longues, moyennes et courtes: certaines peuvent en conséquence être lues en hiver, d'autres au printemps ou à l'automne, d'autres encore en été. Mais il n'y a aucune obligation.

 

Si vous êtes un lecteur compulsif, une nuit suffira. Mais, dans ce cas, ne vous plaignez pas si votre démesure vous aura ôté le sommeil. Aussi, avant de suivre à bord les quinze auteurs créateurs de personnages pour une seule nuit, sachez que tous vos goûts seront comblés.

 

Comme nous subissons, ces temps, une manière d'hystérie féministe, sachez aussi que cette vague devrait venir mourir contre les flancs de ce navire qui n'est rien moins que fantôme. Car la parité femmes-hommes n'y est heureusement pas respectée ne serait-ce qu'en raison du nombre impair des membres d'équipage.

 

En effet il y a parmi eux neuf femmes contre six hommes. Encore qu'il faille relativiser puisque l'une d'entre elles est un homme, qui écrit ici sous pseudo féminin... Dernière précision avant d'embarquer: chaque contribution à la cargaison porte un titre et un hashtag... Le titre est une indication, le hashtag un raccourci.

 

Laure Mi Hyun Croset ouvre le feu (qui vous montera peut-être aux joues) avec L'inspiration, #SERIAL-LOVER. Car son héros est un romancier volontiers polisson (plutôt que de s'appeler Le Breton, il devrait se faire appeler de La Bretonne) qui trouve son inspiration dans ses conquêtes réelles ou putatives...

 

Dans D'encre et d'argile, #EXNIHILO, Arnaud Friedmann met aux prises, lors d'une performance consentie, un écrivain et un sculpteur qui se sont succédé dans le lit de la même femme, la belle Hélène, qui, apparemment, préfère le ménage à deux au ménage à trois, par trop vaudevillesque...

 

Jean-Pierre Mathé ne tombe pas dans la fable avec Dans le courant d'une onde pure, #TRANSFERT, mais dans l'anticipation: le jeune Hugo, hypersensible aux ondes électromagnétiques, son corps ayant atteint la même fluidité qu'elles, voyage avec l'une d'entre elles par Internet...

 

Avec La promesse, #ENTROMPELOEIL, Fabienne Bogádi confirme que ce genre de paroles n'engage que ceux qui les reçoivent: la narratrice ne pense plus sans Simoun, son mari (le cerveau de l'homme-vent a pris la place du mien). Peut-être n'aurait-elle pas dû se prêter au jeu qu'il lui a proposé...

 

Théodrade est troubadour, mais elle n'en est pas moins femme. Dans Voyage d'un troubadour déchanté, #ROAD-TRIP, de Yaël-July Nahon, elle va... déchanter et vérifier que l'habit ne fait pas le moine: Toutes les théories qu'elle [a] bâties ces dernières années par ses fines observations [tombent] une à une.

 

Christophe Racat, dans L'échange, montre qu'un chasseur ne doit pas vendre la peau du bouquetin avant de l'avoir tué. Ce chasseur a commencé à tirer à douze ans et l'a alors blessé. Il en a quarante-quatre maintenant et se trouve un jour face à un vieux bouquetin, #DUEL, qui le charge. Est-ce le même?

 

Le narrateur de Francis Guthleben, dans Un parfum d'immortelle, #ESPERANCES, est le témoin des silences assourdissants entre un homme en noir, la quarantaine, et une femme en blanc, la soixantaine. Ils sont descendus dans le même hôtel que lui, en Corse. Il s'interroge sur leur mystérieuse relation. 

 

Dans Biche de Noël, de Thierry Moral, le narrateur, le soir de Noël, les accumule, #VDM: en se rendant chez ses beaux-parents où il doit retrouver sa chérie, il écrase une biche sur la route, sa fille étant à l'arrière; il arrive une demi-heure en retard; il s'emmêle dans ses explications; et ce n'est pas fini, loin de là...

 

Marie-Christine Horn raconte comment une mère, #LOUVE, fait d'une fable une réalité pour son fils, en partant avec lui à la recherche du butin du gnome roux, qui l'a dissimulé, sans pouvoir le récupérer jamais, au pied de L'arc-en-ciel. Il comprend pourquoi bien des années après qu'elle a disparu...

 

La forêt, #SAMSÄRA, de David Lair, raconte l'histoire de Serguei, l'unique bûcheron du village, le seul accepté par la forêt enchantée et maléfique, qui se trouve à son orée. Ce sont des fées qui [maintiennent] l'équilibre dans cette vallée où tout [n'est] que contrainte. Jusqu'au jour où ce bel équilibre est rompu...

 

Laura, l'héroïne d'Anna Combelles, vit en coloc avec Lorelei et Gilou, que vient de rejoindre Albin, adepte du Bodybalance. Après l'avoir vu une fois en caleçon, la tête de Laura,  #TRUEROMANCE, s'est vite emplie des images alléchantes [de son] corps torse nu. Mais un coloc, c'est le seul mec à pas toucher... 

 

Clotilde vit avec Smog, un korrigan, créature qui vivait dans sa famille bien avant sa naissance. Elle travaille comme caissière et se contente de respecter le SBAM: sourire, bonjour, au revoir et merci. Mais elle n'en peut plus de cette routine: Smog, dans Souffle de vie, #RESURRECTION, d'Anna Sam, lui souffle la solution...

 

Quatre femmes discutent ensemble pour la première fois, #AUJARDIN. Trois d'entre elles s'intéressent au rendez-vous que vient de leur annoncer la quatrième, mère célibataire, qui ne sort plus depuis huit ans: Justine et le boucher d'Anouk Dunant Gonzenbach est le récit de la belle histoire d'amour qui s'ensuit...

 

L'État, #KAFKA-KO, veut se mêler de tout, y compris de marier les gens. Le ministère ad hoc a même un logiciel pour ça: Eros. Or Eros ne se trompe jamais, comme le titre Sylvie Durouvenoz Rosset. Ce n'est tout de même pas à Éric de décider qui il veut épouser, même s'il a eu le coup de foudre pour Lola...

 

Faustine Pizaillas, AKA Éric Descamps, fait écrire une Synthèse sur les aspects troublants de la catastrophe de Fukushima par Faustine et par David, qui sont en couple. Les travaux du savant Youri Dimitriev sur la physique quantique pourraient bien être en liaison, contrairement à la version officielle, #PROPAGANDE...

 

Après avoir lu l'une ou l'autre de ces nouvelles, ou plus si affinités, dormez bien braves gens et faites de beaux rêves...     

 

Francis Richard

 

Celles d'un soir, 306 pages, Atine Nenaud

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25 novembre 2017 6 25 /11 /novembre /2017 23:55
Tiffany Jaquet, Cornelia de Preux, Maria Zaki, Ferenc Rákóczy, Olivier Chapuis, Sabine Dormond et Christian Campiche

Tiffany Jaquet, Cornelia de Preux, Maria Zaki, Ferenc Rákóczy, Olivier Chapuis, Sabine Dormond et Christian Campiche

Ce soir a lieu à la Fraternité du Centre Social Protestant, à Lausanne, la remise du Prix des Écrivains Vaudois à Ferenc Rákóczy.

 

Ce prix est décerné par l'Association Vaudoise des Écrivains, à un écrivain vaudois (d'origine, de naissance et/ou de résidence)... pour l'importance de son oeuvre.

 

Avant la remise du prix, l'auteur, accompagné en musique par Nicolas Bertholet, lit quelques poèmes tirés des Hospices Rhénans (1999) et d'Éoliennes (2007).

 

 

Remise du Prix des Écrivains Vaudois à Ferenc Rákóczy, à la Frat, à Lausanne

Il lit notamment Rendez-vous du vent (Éoliennes) :

 

Je me souviens du jour où mon père a planté la première girouette

Sous les arbres chargés de fruits violets comme l'été

Il portait son complet bleu barbeau trempé par les dernières pluies

Il y avait des échardes dans ses mains, des épines de mûriers

Comme dans la chanson, l'orage galopait au loin

Pendant qu'il se courbait, muet, détaché de tout bruit

Sur les plates-bandes vaporeuses de semis.

Alors, manquant le faire tomber

Elle lui sauta dans les bras, inquiète comme un poulain

Il vacilla un peu, regarda en arrière vers moi

Un sourire flottait, oublieux, sur ses lèvres

C'était tout simplement la bise, rien que ça

On aurait dit, je le jure, la naissance de la lumière.

 

Sabine Dormond, présidente de l'Association Vaudoise des Écrivains

Sabine Dormond, présidente de l'Association Vaudoise des Écrivains

Sabine Dormond, présidente de l'Association Vaudoise des Écrivains, rappelle que l'association comptait 40 membres à sa création en 1944 et qu'elle en compte 150 aujourd'hui.

 

Ferenc Rákóczy est le quarantième écrivain vaudois à recevoir le prix depuis 1950. Les cinq lauréats qui l'ont précédé sont :

 

2015 - Claire Krähenbühl

2013 - Pierre-Yves Lador

2011 - Jacques-Etienne Bovard

2006 - Jean-Michel Olivier

2005 - Jacques Chessex

 

Tous les semestres l'association publie la revue Sillages et une newsletter.

 

L'association propose aux enseignants vaudois d’organiser des visites d’écrivains dans les classes, afin de faire mieux connaître la littérature romande contemporaine et de stimuler l’intérêt des élèves pour l’écriture créative et la lecture.

 

En lisant Laissez dormir les bêtes, Sabine Dormond s'est rendu compte que le thème commun à ces récits parus en 2010 était la contagion, c'est-à-dire l'influence des êtres humains les uns sur les autres, qui franchissent alors allègrement la ligne floue qui délimite folie et raison...

 

 

Isabelle Falconnier

Isabelle Falconnier

Dans un bref message Isabelle Falconnier, Déléguée à la politique du livre de la ville de Lausanne, se réjouit de l'attribution du prix à Ferenc Rákóczy.

 

Maria Zaki, un des trois membres du jury, avec Claire Krähenbühl et Christian Campiche, s'en réjouit à son tour, d'autant que c'est un poète qui a été récompensé.

 

Maria Zaki, poétesse elle-même, a été particulièrement touchée par un des aphorismes de Ferenc Rákóczy, parus sous le titre La noix du monde en 2008:

 

Le poète dépend du monde comme la fleur de sa tige. Il passe sa vie à chercher l'équilibre, à répartir son poids, et c'est de cet exercice de jongleur que naissent les images, ces passerelles amovibles jetées au-dessus de l'abîme.

 

 

Christian Campiche

Christian Campiche

Bien que de mère hongroise, Christian Campiche n'avait pas de préjugé favorable pour Ferenc Rákóczy descendant du prince François II Rákóczi de Transylvanie, qui s'était révolté contre les Habsbourg.

 

Après lecture, force lui a été de revoir son jugement... Il y a vu une écriture universelle dont il se demande si elle ne doit pas son universalité au fait qu'à la maison familiale on parlait quatre langues...

 

De plus, se rendant sur le journal poétique en ligne du nominé, il a été impressionné favorablement par la longue liste, non exhaustive, de ses auteurs de chevet...

 

Il a aussi été impressionné par tout ce qu'il fait dans la vie: il écrit de la prose et des poèmes, il est musicien et  cinéaste, et il exerce la profession de psychiatre...

 

 

Nicolas Bertholet et Ferenc Rákóczy

Nicolas Bertholet et Ferenc Rákóczy

Avant de recevoir son prix Ferenc Rákóczy se livre, sur fond musical de Nicolas Bertholet, à une longue performance, au cours de laquelle il retrace la genèse du monde avant et après la faute...

 

(J'ai compté 21 pages dactylographiées de format A4, que l'auteur laisse négligemment tomber au sol, comme les feuilles d'un arbre, après lecture.)

 

La conclusion de ce long texte, qui rappelle les chants antiques, est bien dans la veine de l'auteur:

 

Je dis oui à la matière. Je dis oui à la vie. Explorer la matière, c'est donner un sens à la vie.

 

 

Ferenc Rákóczy et Olivier Chapuis, trésorier de l'Association Vaudoise des Écrivains

Ferenc Rákóczy et Olivier Chapuis, trésorier de l'Association Vaudoise des Écrivains

Après avoir reçu son prix sous forme d'un gros chèque de cinq mille francs des mains d'Olivier Chapuis, le trésorier de l'Association Vaudoise des Écrivains, Ferenc Rákóczy remercie vivement l'association pour un tel honneur dont, dit-il, son orgueil ne souffrira pas mais que ses proches sauront lui faire relativiser...

 

La reconnaissance de Ferenc Rákóczy va à ceux sans qui il n'aurait jamais reçu le prix ce soir: il cite notamment le poète Frédéric Wandelère qui lui a reconnu sa qualité de poète et Dimitri, le fondateur des éditions de L'Âge d'Homme qui ont publié tous ses livres.

 

Il profite de l'occasion pour dire que Dimitri était libre de défendre sa patrie, la Serbie, comme sa fille Andonia, aujourd'hui, l'est de défendre la cuisine végane... et qu'il ne comprend qu'il ait pu être attaqué et qu'elle puisse être attaquée aussi violemment pour de telles positions... 

 

Francis Richard

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23 novembre 2017 4 23 /11 /novembre /2017 22:25
Commerce, de Jean-Yves Dubath

Julius est peintre. Il a commencé par dessiner aux crayons de couleur Faber-Castell des corps nus entremêlés. Mais ces dessins à chair ne sont prisés que par une poignée d'amateurs fortunés, sept ou huit collectionneurs parisiens ou américains à l'oeil torve, qui les acquièrent à grands frais.

 

Une nuit de mai 2013, à Montreux, où se trouve son atelier, regardant par la fenêtre, son oeil d'artiste est attiré par un inconnu en train de s'affairer sur le trottoir d'en face parmi les encombrants. Deux minutes plus tard, il est dans la rue et part à la rencontre de ce gaillard plus petit qu'il ne l'avait cru.

 

Basile est roumain. Il a trente-cinq ans. Il a quitté son pays natal quand les frontières se sont ouvertes. Il s'est rendu en France avec pour seul but de traverser la Manche et de gagner Angleterre, mais, deux tentatives infructueuses et quelques vols commis plus tard, il repart chez lui, pour se faire oublier.

 

Un an plus tard, Basile se rend en Helvétie, pays riche qu'il n'apprécie guère et dont il n'aime pas les habitants, qui ne l'aiment pas non plus. Seulement il est là pour faire du commerce, pour s'enrichir, en récupérant ce dont les Helvètes se débarrassent sur leurs trottoirs et qu'il vend sur le marché de Corabia.

 

Cette rencontre donne l'idée à Julius d'abandonner ses dessins à chair pour réaliser des tableautins représentant des thébaïdes alpestres qui trouveraient aisément preneur et empliraient de joie ceux qui se les procureraient à peu de frais. Basile, de dix ans son cadet, les vendrait en Roumanie:

 

Établir un commerce. Peut-être sur le papier, rien de moins simple. Mais aussi rien de plus pratique, rien de plus aléatoire et rien de plus baroque, rien de plus enthousiasmant...

 

Ce serait une aubaine pour Basile: les tableautins de Julius seraient pour lui des produits de remplacement idéaux, car les collectes n'existeraient bientôt plus, de par la généralisation des déchetteries... Julius donne alors l'argent nécessaire à Basile pour l'achat d'un terrain à bâtir une galerie en Roumanie...

 

Pour qu'il y ait échange, il faut que les deux parties soient gagnantes, sinon ce n'est pas du commerce mais de la prédation. Il arrive toutefois que la proie soit consentante et encline à pardonner, et le prédateur suffisamment cynique pour ne pas entonner l'air de la calomnie mais celui de la détestation...

 

Francis Richard

 

Commerce, Jean-Yves Dubath, 128 pages, éditions d'autre part

 

Livres précédents:

La causerie Fassbinder, 200 pages, Hélice Hélas (2013)

Des geôles, 136 pages, BSN Press (2015)

Un homme en lutte suisse, 104 pages, BSN Press (2016)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

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