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18 juin 2019 2 18 /06 /juin /2019 18:40
Le roman vrai d'Alexandre, d'Alexandre Jardin

A dire vrai, je n'ai lu aucun des livres qu'Alexandre Jardin a écrits avant son Laissez-nous faire!, dont le titre déjà, puis le contenu me correspondaient assez bien. Je n'ai d'ailleurs vu aucun des films qui furent tirés de certains de ses romans. Je n'ai donc eu vent de sa légèreté que par ouï-dire, ne regardant que très peu la télévision.

 

Mais, quand ils ont paru, mon père m'a passé les livres de son père, Pascal Jardin: La guerre à neuf ans (préfacé par Emmanuel Berl), Guerre après guerre, Le Nain jaune, Je te reparlerai d'amour, et j'ai offert à mon père La bête à Bon Dieu quand il a paru. Plus tard, après la mort de mon père et du sien, j'ai lu Toupie la rage.

 

Tout cela pour dire que la famille Jardin ne m'est pas inconnue et, littérairement parlant, j'ai beaucoup apprécié le style du père d'Alexandre (comme j'ai beaucoup aimé ses dialogues de films) sans être à même, historiquement parlant cette fois, de contester sa façon de dire son père, ce que fait Alexandre dans Le roman vrai d'Alexandre.

 

A dire vrai, cela ne me gêne pas que l'homme et l'écrivain ne se confondent pas. Je dirai même que je peux apprécier l'écrivain sans apprécier l'homme, comme je peux apprécier l'homme et ne pas apprécier l'écrivain. La vérité de l'un transpire de toute façon en l'autre. Et Alexandre Jardin a donc raison de ne pas renier ses précédents écrits.

 

A dire vrai je suis avec Proust contre Sainte Beuve: un livre est le produit d'un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vies. Aussi ne suis-je pas surpris qu'il y ait une discordance entre l'Alexandre des romans et l'Alexandre qu'il fut dans la vie de tous les jours. Ce n'est pas le problème.

 

Le problème est qu'il ait prétendu être dans la vie comme il apparaît dans ses romans, qu'il les ait présentés comme en grande partie autobiographiques. C'est cette discordance qu'il ne supporte plus et qui le conduit, pour ne plus mourir, à vouloir enfin être soi, à ne plus désormais mentir aux autres et ne plus se mentir à lui-même.

 

Dans son roman vrai, il passe donc aux aveux: il a été un athlète de l'esbroufe, digne rejeton d'une lignée d'experts de la triche, ce pendant trente ans, entre ses vingt et cinquante ans. En riant il aura raconté des bobards sur les autres et les siens, non seulement dans ses romans, mais dans la vie et sur les plateaux de télévision: c'est fini.

 

Ce qui l'a fait changer, ce sont d'abord deux femmes, dont les prénoms riment: Ariane, chroniqueuse qui [pimentait] la presse genevoise (que j'ai croisée une ou deux fois) et qui fut son miroir le plus intègre, et Zanne, sa compagne, qui est pour lui aujourd'hui semence de confiance et de cohérence. Puis sa vie militante aux côtés des faiseux.

 

Le nouvel Alexandre Jardin est-il crédible? L'avenir le dira lorsque paraîtront ses prochains livres. Ils seront bien différents: Tout mon zèle sera de vider le réel de son sang frais pour le transfuser dans des livres acharnés de vérité. Mes romans rendront compte des événements - advenus ou non - qui marchent désormais d'un pas rapide.

 

Francis Richard

 

Le roman vrai d'Alexandre, Alexandre Jardin, 320 pages, Éditions de l'Observatoire

 

Livre précédent:

Laissez-nous faire!, Robert Laffont (2015)

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15 juin 2019 6 15 /06 /juin /2019 14:50
Le livre, de Christophe Meyer

Dans moins d'un quart d'heure, elle sera morte.

Pas juste morte. Pas d'un coup. Mais d'une mort lente, très lente, infiniment lente.

Morte dans d'atroces souffrances.

Elle le sait.

 

Le livre commence ainsi. Il commence bien.

 

Léa, 22 ans, fait de la plongée spéléologique. Le samedi 26 janvier 2013, elle se livre à son sport favori dans le siphon de Lucelle, près de l'abbaye, manque d'y laisser la vie et y découvre une grotte inconnue.

 

En l'an de grâce 1149, Raoul, le jeune disciple d'Antoine, un moine cistercien, y cache Le livre à la demande de celui-ci et se voit interdire de lui révéler la cachette, car seul le pape est habilité à lire un tel livre.

 

Les deux premières pages en ont été copiées par Antoine. L'évêque de Bâle les a fait parvenir au pape. Il s'agit d'un livre si litigieux que seuls les papes successifs et leurs archivistes s'en transmettront l'existence.

 

Le 27 janvier, Léa retourne à la grotte et trouve dans une niche un colis d'au moins 5 kilos, épais d'environ 10 cm, de la surface d'une page de format A4, couvert de cuir, fermé par une ceinture à la boucle métallique.

 

Rentrée chez elle, Léa ouvre le colis et un livre ancien lui apparaît, rédigé dans une langue qu'elle parvient à identifier à de l'araméen. Sur Internet, elle trouve le nom d'un spécialiste de cette langue: Giuseppe Rossi.

 

Léa adresse un courriel à ce professeur de l'Università Cattolica del Sacro Cuore à Brescia, avec en pièce jointe la photographie de la première page du manuscrit, en lui demandant s'il pourrait traduire le livre.

 

Deux jours plus tard, Rossi est assassiné à Rome... Le domicile de Léa est cambriolé par deux fois par des inconnus. Rossi lui a envoyé un courriel, dont elle ne prend connaissance que le lendemain de sa mort.

 

Dans ce courriel, le professeur lui propose de la rencontrer d'urgence en Suisse - il sera accompagné d'un collègue responsable des archives du Vatican -, et lui demande donc de lui communiquer son adresse.

 

En découvrant le livre, Léa ne se doutait évidemment pas qu'elle allait déclencher de gros remous. Elle va y faire face avec beaucoup de cran, car elle a un fort tempérament et un franc-parler qui ne l'est pas moins.

 

Après bien des péripéties, Léa connaîtra le contenu du livre pour lequel tant de gens se seront battus. C'est là peut-être la faiblesse du livre de Christophe Meyer, par ailleurs très documenté et d'une grande cohérence.

 

En effet le contenu du livre est totalement improbable, historiquement parlant. Mais, après tout, il faut prendre ce thriller pour ce qu'il est, une fiction divertissante qui a la couleur de la vérité, mais ne prétend pas l'être. 

 

Francis Richard

 

Le livre, Christophe Meyer, 326 pages, Slatkine

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13 juin 2019 4 13 /06 /juin /2019 22:55
Manifeste incertain 7, de Frédéric Pajak

Avec ce volume 7 de son Manifeste incertain, Frédéric Pajak s'intéresse à deux femmes poètes, Emily Dickinson (1830-1886) et Marina Tsvetaieva (1892-1941), l'une d'Amérique et l'autre de Russie.

 

Il les a découvertes il y a une trentaine d'années et a alors éprouvé une sensation inconnue (il ne l'avait pas éprouvée jusque-là en lisant des poèmes composés par des hommes ou obéissant à leurs règles et tournures):

 

Quelque chose d'existentiellement féminin s'exprime dans leurs poèmes. Formellement, rythmiquement, métaphoriquement, elles bousculent l'ordre établi et révolutionnent l'art poétique.

 

Ces deux femmes ont aussi en commun l'emploi du tiret, la table à laquelle elles écrivent jour et nuit, le service du Verbe, surgi de l'éternité et qui va à l'éternité, et une foi absolue en la postérité de leur oeuvre.

 

Dans ce volume 7, il raconte la vie de Marina et évoque celle d'Emily. L'une comme l'autre lui échappe. Mais il essaie de les saisir parce que leur destin individuel est indissociable de l'Histoire et en dit beaucoup sur elle.

 

Il évoque seulement la vie d'Emily, parce qu'elle est plus insaisissable que celle de Marina et que ses nombreuses correspondances, dans lesquelles il s'est plongé, ne lèvent finalement qu'un coin du voile.

 

Il en est de même de sa poésie: elle demeure insaisissable, non par plaisir de la confusion, mais parce qu'il y a dans ses vers autant de nuits que de jours, autant d'éclats que de ténèbres...

 

De son vivant sont publiés moins de dix poèmes sur une totalité connue de mille sept cent quatre-vingt neuf  et au moins un tiers d'entre eux sont inspirés par la mort et les cérémonies qui l'accompagnent...

 

Avant de raconter Marina, Frédéric Pajak raconte son voyage sur ses traces en Russie, en mai 2018: Moscou, Kazan, Samara, de nouveau Moscou, Koktebel, Feodossia, Saint-Pétersbourg.

 

Il termine ce récit par un poème qu'il adresse à la Russie éternelle et qui comprend ce quatrain:

 

Vaste, vaste Russie, bien trop grande pour moi

Devant toi je me tais et me couche comme un chien

Car les mots trop étroits ne disent presque rien

Rien de l'immensité et rien de mon émoi

 

L'Histoire indissociable de la vie de Marina, c'est celle de la fin de la Russie tsariste, du Dimanche sanglant (9 janvier 1905), de la Grande Guerre, de la guerre civile, du bolchevisme triomphant et de l'avènement de Hitler.

 

Née dans une famille monarchiste, élevée de manière sévère, Marina épouse un Juif qui choisit de rejoindre l'Armée blanche pour combattre les bolcheviks. En 1922, elle part pour l'Allemagne, puis la Tchécoslovaquie.

 

En 1925, elle part pour Paris où elle reste quatorze ans avant de retourner en Russie, c'est-à-dire en Union soviétique, où son mari est retourné avant elle et a été arrêté, alors qu'il s'était mis au service du régime...

 

A l'âge de quatre ans, Marina ne cesse de faire des rimes. A quinze, elle commence à écrire ses premiers poèmes. A vingt, elle publie un premier recueil, La Lanterne magique. La reconnaissance de ses pairs suit.

 

A vingt-quatre ans, en 1916, Marina écrit ses premiers textes en prose. Quand, en 1917, le bolchevisme triomphe, elle ne partage pas l'enthousiasme de nombre d'intellectuels et d'artistes et se trouve sans ressources.

 

Cela ne l'empêche pas d'avoir une vie intellectuelle excitante. Mais, a contrario, sa vie conjugale ressemble à un naufrage. Cette anti-conformiste multiplie les liaisons - avec hommes et femmes - et est néanmoins possessive...

 

Avec Boris Pasternak et Rainer Maria Rilke, elle entretient un amour idéalisé, combien plus spirituel que charnel. Il s'agit en fait cependant de sublimation de la sexualité dans l'écriture dans ses relations épistolaires avec eux.

 

En 1919, Marina remarquait avec clairvoyance que les femmes aiment moins les hommes que l'amour lui-même, tandis que les hommes préfèrent les femmes à l'amour. A la même époque elle avait pressenti:

 

Inévitablement, j'en viendrai au suicide car tout mon désir d'amour est un désir de mort.

 

Francis Richard

 

Manifeste incertain 7, Frédéric Pajak, 320 pages, Les Éditions Noir sur Blanc

 

Ce livre a obtenu le Goncourt de la biographie Edmonde Charles-Roux: ce prix sera remis à l'auteur le 14 septembre 2019 au Salon le Livre sur la place à Nancy.

 

Volumes précédents chez le même éditeur:

Manifeste incertain 1

Manifeste incertain 2

Manifeste incertain 3

Manifeste incertain 4

Manifeste incertain 5

Manifeste incertain 6

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11 juin 2019 2 11 /06 /juin /2019 22:15
Confidences assassines, de Stéphanie Glassey

Depuis le décès de Juliette le 23 décembre, six jours étaient passés sur le home des Trois Mélèzes, qui avaient vu le soleil abdiquer et la neige, immense, tomber comme si elle souhaitait offrir au monde un nouveau départ de la façon la plus pragmatique qui soit: en l'effaçant.

 

Juliette Darioli, née Glassey, est morte. Sa mort n'est pas naturelle: elle est due à une surdose de morphine. Si Boris Bornet, le filleul de son mari Georges, n'avait pas fait de coup d'éclat le lendemain, personne n'en aurait rien su.

 

Très vite les policiers trouvent la coupable: Aline Bordier, une assistante en soins, qui est la dernière personne à s'être approchée de Juliette pendant la nuit du 22 au 23 décembre 2014 dans le home de Basse-Nendaz.

 

C'est bien la coupable puisqu'elle avoue. Elle dit même aux policiers: Je suis un de ces anges de la mort. Elle est alors emmenée à l'hôpital psychiatrique de Monthey. Le 31 décembre, elle met le feu à sa chambre et périt.

 

Fin de l'enquête? Pour la police, oui. Pour sa collègue, Jane Fournier, non. Elle n'est pas convaincue. Alors elle demande à son amie Charlotte de Dardel, de passage au pays pour les fêtes, de l'aider à prouver son innocence.

 

Jane anime aux Trois Mélèzes des ateliers "réminiscenses". Grâce à eux, Juliette l'épicière, témoin de tant de choses, a retrouvé la mémoire, notamment celle des circonstances de la mort par le feu, en 1946, de son amoureux Francis.

 

Jane et Charlotte demandent à Léon Cerise de les aider à éclaircir le mystère. Cet ex-policier et ex-régent du village est aussi un passionné de généalogie: il y découvre le pire et le meilleur, ce qui fait la vie, ramené à son essentiel.

 

La vie d'Adèle Devênes, l'arrière-grand-mère d'Aline, est l'autre roman du livre, parallèle à leur enquête, les deux récits levant le voile sur des secrets bien gardés parce qu'ils ont trait au pouvoir, à l'argent, au sexe, à la mort...

 

Dans le village, où tout le monde se connaît, cette enquête ne peut que mettre les gens dans l'embarras et provoquer des réactions, d'autant que les racines du drame semblent remonter loin dans les familles, jusqu'aux alpages...    

 

Confidences assassines, le roman de Stéphanie Glassey, porte donc bien son titre. Tout le monde ment dans cette histoire, persuadé de faire pour le mieux. De quoi se poser ces questions finales sans véritables réponses:

 

N'y avait-il donc que cela? Ce que l'on dit et ce que l'on tait... Était-ce trop tard pour le repentir ou le pardon? Était-il possible, enfin, d'échapper au malheur de sa lignée? 

 

Francis Richard

 

Confidences assassines, Stéphanie Glassey, 662 pages, Plaisir de Lire

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10 juin 2019 1 10 /06 /juin /2019 18:15
Le cri du lièvre, de Marie-Christine Horn

Cette vie, voilà un moment que je ne la supportais plus. Pourtant, je me contentais de baisser la tête et d'encaisser les brimades au sujet de mon incompétence maritale et professionnelle...

 

Manu est une femme maltraitée et battue par un conjoint aussi volage que violent. Et son chef ne vaut guère mieux, en matière d'humiliations.

 

A défaut de porter plainte, elle choisit de voter avec ses pieds et de répondre à l'appel des sommets, la seule échappatoire pour elle.

 

Car, si elle se révolte, elle sait que Christian la chassera sans état d'âme. Et elle est incertaine pour ce qui concerne son avenir professionnel.

 

L'appel des sommets, c'est de se rendre dans ses forêts, sa montagne, où elle se réfugie le week-end quand la météo est bienveillante:

 

Se soustraire au miroir. Ne plus sentir l'écoeurant parfum d'homme qui imprègne les draps de mon lit.

 

Pendant deux trois mois, Manu se raconte en mode survie: A travers champs et forêts, j'échappais à la vigilance des législateurs:

 

[J'] évitais de contribuer à renflouer les caisses d'un État davantage soucieux de punir le promeneur du dimanche que le récidiviste indomptable ou le mari violent.

 

Pourtant c'est par Le cri du lièvre, dont une patte est prise dans un piège, qu'elle prend conscience qu'elle l'est aussi, piégée, et qu'elle doit rentrer:

 

J'avais réussi à me soustraire aux sévices corporels et moraux, cependant ma position n'était guère plus reluisante que celle de l'animal entravé.

 

Le lièvre ne s'avoue pas vaincu, mais elle ne peut se résoudre à l'abandonner à son agonie, [qu'elle présageait] longue et cruelle...

 

Son retour auprès de Christian ne se passe pas du tout comme elle le craignait: coup du destin, hasard divin ou coïncidence heureuse?

 

Dès lors le récit s'infléchit singulièrement et Manu fait la connaissance de Nour la douce infirmière libanaise et de Pascale la grande gendarme...

 

Manu reprendra la situation en main après que le lièvre lui sera apparu une dernière fois en songe et lui aura indiqué la voie à suivre:

 

Le lièvre avait rongé sa patte jusqu'à se libérer du piège et s'était enfui au moyen des trois restantes...

 

Francis Richard

 

Le cri du lièvre, Marie-Christine Horn, 112 pages, BSN Press

 

Livres précédents:

 

Le nombre de fois où je suis morte, Marie-Christine Buffat, 128 pages, Xenia (2012)

Tout ce qui est rouge, Marie-Christine Horn, 386 pages, L'Âge d'Homme (2015)

La piqûre, Marie-Christine Horn, 288 pages, Poche Suisse (2017)

24 heures, Marie-Christine Horn, 96 pages, BSN Press (2018)

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8 juin 2019 6 08 /06 /juin /2019 22:55
La Revanche du cheval fou, de François Conod

Oui, j'admire beaucoup mon père. S'il m'a amené (provisoirement j'espère) du Connecticut dans le Dakota-du-Sud, c'est dans l'intention d'étudier la possibilité de sculpter le Mont-Rushmore.

 

Le père de James Lincoln de La Mothe Borglum (on l'appelle Jimmy) se prénomme John Gutzon (Gutzon pour tout le monde), né en Idaho, d'une famille de mormons (originaire du Danemark).

 

Les sculptures du Mont-Rushmore y représenteront les têtes gigantesques de quatre présidents américains: Georges Washington, Thomas Jefferson, Theodore Roosevelt et Abraham Lincoln.

 

De Borglum père et fils, François Conod fait des personnages d'un roman. Qui commence en 1927, en même temps que les travaux des statues monumentales du fameux Mémorial national de Keystone.

 

Jimmy admire son père, mais ne l'aime pas. Celui-ci est en effet un tyran domestique, qui contrôle tout, même les lectures: Jimmy lit en cachette un livre (qu'il lui aurait déconseillé), prêté par son ami Chuck.

 

Jimmy n'aime pas les Noirs, comme son père, qui fait partie du Ku Klux Klan et l'a emmené, pour l'éduquer, encagoulé de blanc, à une de ses cérémonies secrètes, où sont pendus deux Asiatiques.

 

Gutzon meurt en 1941. Jimmy termine son grand oeuvre presque achevé: J'ai vingt-neuf ans. Maintenant, je suis marié. A une femme que je n'aime pas spécialement, mais qui a mis fin à mes tourments.

 

Il voulait être ingénieur, mais est devenu sculpteur... Il est sévère avec ses enfants alors qu'il essaie d'être pour eux un meilleur père que ne fut le sien: J'avais peur de lui bafouiller que j'avais peur. De lui.

 

Mont-Rushmore était pour les Indiens la montagne des Six grands-pères, déflorée pour les quatre présidents. La Revanche du cheval fou sera, tout près, la plus grande sculpture du monde, celle de Crazy Horse...

 

Jimmy aura exercé le même métier que son père parce qu'il avait peur d'être méprisé par lui. Mais il n'avait que du savoir-faire (Rodin avait du génie, Gutzon du talent) et ne savait pas ce que c'était que l'amour:

 

Pour avoir mieux que du savoir-faire, il faut aussi de l'amour.

 

Francis Richard

 

La Revanche du cheval fou, François Conod, 104 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livre précédent:

Etoile de papier (2018)

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5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 21:00
Ulla ou l'effacement, d'Andréas Becker

Elle, elle était allongée sur le canapé, sur le dos, une main sur son ventre bombé d'eau. C'était ça, elle, là. Elle n'était rien d'autre que ça, là, le canapé contre un mur blanc, un mur vide.

 

C'est ainsi que commence Ulla ou l'effacement. Ce début met tout de suite dans l'ambiance recréée par Andréas Becker. Car il est difficile de penser qu'il ne s'agit pas de quelque chose de vécu.

 

Pour parler d'elle, Ulla, née en 1939 à Pâlebourg, il emploie le mot ça. Mais ce mot n'a rien de méprisant. Le lecteur comprend, par ce mot, qu'un être humain est réduit là à une pauvre petite chose.

 

Les mots sont impuissants à rendre compte de ce qu'est devenue cette femme, amaigrie, grabataire. Elle est en effet  sur un lit d'hôpital, puis elle est chez elle allongée sur un canapé bouteille vert.

 

Elle se déplace seulement à la cuisine pour, à genoux, y boire du whisky: avec les whiskies elle avait encore des pilules qu'elle avalait désordre, des cigarettes, des photos-romans, ce pour tout inventaire.

 

Elle a quarante-six ans et cela fait quatre ans qu'elle est dans cet état-là. Si elle est encore là, de ce monde, c'est que le coeur est bon, c'est ça le drame. C'est du moins ce qu'en a dit le médecin perdu.

 

A un moment, le lecteur apprend de quel mal ce qui l'emporte est le nom: C'est une mort lente, atroce, c'est une mort qui arrive par vagues, qui relâche par instants pour mieux reprendre sa proie.

 

La fin de cette histoire est prévisible, même si c'est long un corps si jeune à tuer. Ulla ne peut que s'effacer. Encore faut-il qu'elle le veuille. Alors, quand elle le voudra, elle sera immensément libre.

 

Elle ne savait pas, et ne saurait jamais, que, sans la juger, quelqu'un écrirait un jour sur sa mort lente vers laquelle elle irait en dansant, pas trop sérieuseLa mort, elle ne l'était pas non plus, sérieuse.

 

Francis Richard

 

Ulla ou l'effacement, Andréas Becker, 60 pages, éditions d'en bas

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4 juin 2019 2 04 /06 /juin /2019 16:30
Oxalate, de René-Marc Jolidon

- [...] Ma vie n'a pas manqué de sel: elle a simplement manqué d'oseille.

- De l'oxalate en somme.

- C'est quoi encore, ça?

- [...] Le sel de l'oseille, c'est l'oxalate.

 

Fred enseigne la biologie dans un lycée à deux cents kilomètres de là. Quand Lorenzo lui fait cette déclaration sur le sel et l'oseille, il lui répond tout-à-trac avec son côté biologiste, sans se faire comprendre.

 

Cela fait dix ans que Fred et Lorenzo ne se sont vus. Fred rend visite à Lorenzo à l'hôpital où il est en train de vivre ses derniers jours. C'est Alice, l'infirmière belge, qui l'a informé de son souhait de le revoir.

 

En fait Lorenzo n'est sorti de prison que pour mourir à l'hôpital. Il est atteint par le crabe. Il sait qu'il ne s'en sortira pas. Mais, avant de partir, il veut laisser à Fred en héritage les cahiers qu'il a remplis.

 

Oxalate, basé en partie sur ces cahiers, est le récit de la vie de ce paria. Quand vous êtes condamné à la prison, vous ne pouvez être qu'un paria, surtout si vous ne dites rien pour en dissuader les autres.

 

La vérité va s'avérer tout autre. Alice aimerait en savoir davantage sur son patient. Fred, qui n'est pas insensible aux charmes de la Belge, lui raconte qui est Lorenzo après qu'elle a fini son service.

 

Dans un HLM de la périphérie de Delémont, habitent Lorenzo et sa mère, et leurs voisins, les Fonzo, qui ont trois enfants, Gabi, Luigi et Angelo: Tout le quartier pense que Gabi est l'amoureuse de Lorenzo...

 

Le fils unique du concierge s'appelle Pierre-Paul: Pied-de-poule pour tous les enfants du quartier. Il a l'âge de Gabi et de Lorenzo. Son statut de fils du concierge le place du côté des ennemis potentiels.

 

Fred et Lorenzo se sont connus par Gabi, dont la beauté ne laissait pas Fred indifférent:  Pour aimer, on a besoin de cran ou de mesure, pas d'échelle. Sauf celle qui permettra d'accéder à son lit trop haut perché.

 

L'histoire de Lorenzo se tisse à partir des liens qu'il entretient avec tous ces personnages et des drames dont ils sont acteurs, témoins ou victimes. Et pose notamment la question essentielle de la liberté:

 

La liberté, c'est une notion très difficile à définir. Le dictionnaire dit que c'est une absence de contraintes. Ridicule. Ça voudrait dire qu'elle ne peut jamais exister, dit le prisonnier Lorenzo en fin de vie.

 

Et la question essentielle du sens de la vie:

 

Fred pense que tous les humains sont des gladiateurs quelque part un jour ou l'autre de leur existence. Des soldats à la solde de maîtres obscurs qui les poussent hors de leur cage pour entrer dans l'arène où une foule en délire et avide du sang des autres attend que le plus fort d'entre eux tue le plus faible...

 

Francis Richard

 

Oxalate, René-Marc Jolidon, 264 pages, Les Editions Romann

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2 juin 2019 7 02 /06 /juin /2019 16:30
Ruptures, d'Ariel Bermani

Je n'aurais jamais pensé que Ricardo serait capable de faire une chose pareille, d'arracher le petit à l'employée de maison et de le kidnapper au milieu de la rue, en plein jour, à la vue de tous.

 

Dit comme ça par Dolores, la femme de Ricardo, l'enlèvement par celui-ci de leur fils Ignacio, Nachito, 12 ans environ, ne peut être que l'acte de quelqu'un devenu fou, complètement fou.

 

Dolo ne sait pas que Riky l'a vue embrasser un homme, un baiser rapide, les lèvres fermées, alors que son corps était recouvert, à peine, d'un chemisier de dentelle, sans sous-vêtements dessous.

 

La mère de Dolo lui avait bien dit qu'elle ne faisait pas le bon choix en épousant Riky. Qui ne comprend pas qu'elle l'ait trompé: il n'est pas un pauvre type et lui a toujours donné tout ce qu'elle voulait...

 

Dolo et Riky ne communiquent pas: elle ne comprend pas qu'il veut se venger et lui est désemparé parce qu'il ne s'est jamais occupé de son fils, prêt à satisfaire tous ses caprices pour avoir la paix.

 

Bien qu'il ait réussi matériellement en échappant à son milieu modeste, Riky renoue avec ses amis d'enfance qui apparaissent peut-être à Nachito comme des gens bizarres, mais ne sont pas insensés.

 

Riky est l'homme des Ruptures. A l'âge de Nachito, plutôt que de rentrer chez lui, il avait déjà éprouvé le besoin irrépressible, pour ne pas vieillir, de partir d'ici, voyager, disparaître complètement:

 

Quelque chose commençait à se casser, pour toujours...

 

Francis Richard

 

Ruptures, Ariel Bermani, 136 pages, BSN Press  (traduit de l'espagnol par Pierre Fankhauser)

 

Livre précédent chez le même éditeur:

Veneno (2016)

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1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 22:30
Une fleur éclot dans la nuit, de Maxime Patry

S'il ne voyait presque rien dans ce noir charbonneux, ses autres sens étaient alertes. Il était une fleur qui éclot étrangement dans la nuit.

 

Securù habite Terracognita, une riche cité portuaire, située au sud d'une forêt, sur les flancs d'un éperon rocheux: à l'ouest s'étire l'espace de l'océan, à l'est celui du désert.

 

Comme tout fils de bonne famille de la cité, Securù doit faire ses preuves en accomplissant son devoir d'aventurier, qui est de parcourir l'un de ces deux espaces initiatiques.

 

Après seulement, il pourra revenir et, durci de peines et ayant apprivoisé sa part de rêve en lui, avoir le droit de s'installer dans la cité, d'y trouver femme et d'y fonder une famille.

 

Securù, finalement, choisit d'embarquer sur un bateau, où, une nuit, une femme est apparue à la proue, vêtue d'un seul voile léger: elle semblait lascive, présente sans tout à fait l'être.

 

Elle sera dès lors la dame de ses pensées, inaccessible parce que femme du maître à bord, d'un naturel jaloux, bien capable d'abandonner en pleine mer qui [la] poursuivrait...

 

Son voyage initiatique terminé, comme après un songe, il laissera ses souvenirs - ceux inventés de ses rêves comme ceux qui donnaient chair à la réalité - se retirer lentement.

 

A ce moment-là, il placera sa confiance dans les dieux et en lui-même et mettra en oeuvre les préceptes inoubliables qu'on lui a enseignés et dont sa jeune conscience fut pétrie:

 

L'homme décide de la voie qu'il emprunte parmi celles qui s'étendent devant lui. Il est celui qui tient le cap de sa propre barque, celui qui chemine péniblement dans la peine et la douleur pour atteindre la montagne élevée où s'allège son âme.

 

Francis Richard

 

Une fleur éclot dans la nuit, Maxime Patry, 144 pages, L'Âge d'Homme

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30 mai 2019 4 30 /05 /mai /2019 17:00
La Fête, de Blaise Hofmann

La Fête, c'est la Fête des Vignerons, organisée sur la place du Marché de Vevey par la Confrérie des Vignerons depuis 1797. Confrérie qui existe depuis au moins 1647... et a pour devise: Ora et labora.

 

Les fêtes suivantes portent les millésimes 1819, 1833, 1851, 1865, 1889, 1905, 1929, 1955, 1977 et 1999. C'est-à-dire grosso modo une fête par génération, à chaque fois une année impaire.

 

La prochaine fête commence dans quarante-huit jours et se déroulera du 18 juillet au 11 août 2019. La direction du spectacle en a été confiée à Daniele Finzi Pasca, auteur entre autres de Blanc sur blanc.

 

En juillet 2014, Blaise Hofmann est pressenti pour être un des deux librettistes, avec Stéphane Blok. Il doit surtout être assez fort pour tenir tête à Daniele Finzi Pasca. En fait il résistera, à sa manière:

 

Je ferai entendre ma voix par les mots du livret, par ce livre aussi.

 

Les fondements de la Fête, rappelés par l'Abbé-Président de la Confrérie, François Margot, sont: une célébration de la terre, du cycle des saisons et du travail de la vigne. En aucun cas, un hommage au vin.

 

Dans son livre Blaise Hofmann parle très librement et fait pénétrer le lecteur dans les coulisses de la Fête des Vignerons, comme le précise d'ailleurs le bandeau qui accompagne l'ouvrage.

 

Ce sont les coulisses actuelles et précédentes. Le lecteur apprend ainsi que toutes les fêtes, depuis 1889, sont bénéficiaires et que la dernière a fait un bénéfice de plus de 4.15 millions de francs:

 

La Confrérie compte sur cette somme pour vivre pendant une vingtaine d'années, assurer ses frais de fonctionnement, ceux du Musée, distribuer tous les trois ans des récompenses à hauteur de 100 000 francs aux vignerons tâcherons primés, et assumer les frais de préparation de la Fête suivante.

 

A propos des sus-dites récompenses, le lecteur apprend ce qu'est un vigneron tâcheron: "un ouvrier indépendant", un métier à mi-chemin entre l'employé viticole et le vigneron propriétaire:

- il est rémunéré à la tâche

- il est intéressé à la récolte

- il engage son personnel

- il possède ses machines

- il gère seul son exploitation

 

Mais:

- il ne possède pas sa terre

- souvent il ne vend pas son vin

 

Le lecteur apprend bien d'autres choses et c'est très instructif, qu'il participe ou non à la Fête, parce qu'elles ont trait à un événement hors du commun, ce à beaucoup de points de vue.

 

Pour sa part, si Blaise Hofmann s'est acharné à donner tout ce qu'il pouvait donner en dépit du cadre de collaboration qui lui était imposé, c'est parce que la Fête était trop importante pour lui:

 

Intimement, elle réconcilie mes origines terriennes et mon métier d'écrivain. Artistiquement, elle réalise ce vieux rêve de rassembler deux cultures antagonistes: l'art et le folklore, les cultures professionnelles et amateurs, élitaires et populaires. Socialement, elle est un pont entre la campagne où je suis né et la ville dans laquelle j'ai passé mes quinze dernières années.

 

Il ajoute: C'est une passerelle entre les siècles, un voyage au coeur de notre "suissitude", un magnifique générateur de liens sociaux...

 

Francis Richard

 

La Fête, Blaise Hofmann, 272 pages, Zoé

 

Livre précédent:

Monde animal, éditions d'autre part (2016)

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26 mai 2019 7 26 /05 /mai /2019 16:30
L'enquête Elterich, de Marielle Stamm

Marielle Stamm a mené L'enquête Elterich relative à un secret de famille bien gardé et qui remonte à tout juste cent cinquante ans. Ce secret est celui des origines de son grand-père paternel.

 

Quand elle la commence, elle sait seulement que ce grand-père, est né de père inconnu et que, jeune fille, elle portait le nom de son arrière-grand-mère, ignorant celui de son arrière-grand-père.

 

Pourquoi tant de mystères? C'est ce qu'elle va découvrir en menant cette enquête aussi passionnante qu'une enquête policière: bien souvent, la réalité, décidément, dépasse de loin la fiction...

 

Au départ la narratrice dispose de peu de choses: un album de photos familial, la malle que sa soeur a conservée et qui contient, dans des enveloppes à moitié déchirées, d'autres photographies.

 

Sinon, elle sait que Gotèlfe est né le 3 mars 1869, que son fils unique, Henri, parti aux États-Unis pour y faire des études, a essayé d'y trouver trace de son propre aïeul mais qu'il est revenu bredouille.

 

Autre élément, même s'il est mince: elle retrouve, écrite par Gotèlfe, une brève autobiographie manuscrite et doublement titrée L'Enchaînement des Circonstances et Le Hasard dans la Vie.

 

Connaître les origines de son grand-père revient à le mieux connaître lui, qui est atteint du syndrome de Tintin mis à jour par un psychiatre, Serge Tisseron, dans Tintin et les secrets de famille:

 

La grand-mère [d'Hergé], la chambrière d'une comtesse, avait mis au monde deux jumeaux de père inconnu...

 

Cela se traduit inconsciemment par le devoir de se racheter de quelque chose ou plutôt de racheter quelque chose. Comment? En se rapprochant de la perfection tout en respectant [de sa mère le] silence. 

 

L'arrière-grand-père, le père inconnu, se nomme en fait Elterich et ce que la narratrice apprend sur lui est de nature à lui confirmer que l'être humain est complexe et présente de nombreuses facettes.

 

C'est aussi l'occasion pour elle de comprendre la signification pour Gotèlfe d'être bâtard à son époque. Ce secret a été gardé jusqu'à aujourd'hui: les mentalités ont-elles donc tant que ça changé?

 

Grâce à ses recherches sur plusieurs continents, avec le concours de personnes passionnées par son enquête, Marielle Stamm restitue, avec piété familiale, le père qui aura manqué à son aïeul Gotèlfe.

 

Francis Richard

 

L'enquête Elterich, Marielle Stamm, 184 pages, Éditions de l'Aire

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22 mai 2019 3 22 /05 /mai /2019 19:00
Passage des coeurs noirs, de Chiara Meichtry-Gonet

Dans Passage des coeurs noirs, le roman de Chiara Meichtry-Gonet, il est question de vie, mais aussi de mort, sans qu'il y ait pour autant rupture, mais simple passage sans gravité de l'une à l'autre.

 

Ainsi Virgile, à peine a-t-il fait la connaissance d'Heloïse qu'il a envie de lui présenter sa mère, Livia, qui pourtant n'est plus de ce monde, parce que, c'est clair et net, elle est son ange, sa douce.

 

Livia travaillait beaucoup, était une grande voyageuse, mais elle est partie, un jour, simplement un peu plus longtemps... Le père de Virgile, François, n'a plus prononcé un vrai mot depuis...

 

Virgile est un jeune banquier, qui, tout cravaté et costumé, se rend tous les jours dans sa tour de verre, au 18e étage, pour officier. Heloïse est étudiante et doit partir bientôt pour l'Argentine.

 

C'est ce qu'ont décidé les parents d'Heloïse, Madeleine et Guillaume, qui s'aiment mais ne vivent pas ensemble: Heloïse a donc deux chambres, deux lits, deux armoires et deux bibliothèques.

 

Madeleine est responsable d'une unité de soins palliatifs, Guillaume est peintre, et charpentier, parce qu'il refuse d'exposer. Elle habite en ville, lui une jolie maison, un peu plus haut dans la vallée.

 

De son côté, Heloïse n'a tout de suite que Virgile en tête et décide de lui écrire: Comme le lui avaient appris ses parents, les mots écrits seraient le relais de ses pensées, les accroches de son coeur.

 

Virgile et Heloïse s'aiment donc et le cours de leur existence s'infléchit lorsqu'Alma, leur enfant paraît. Comme il n'y a pas rupture avec la mort, trois femmes protégeront cette enfant à l'avenir:

 

Livia qui lui racontait le monde, Heloïse qui la caressait et Madeleine qui l'entourait de tendresse.    

 

Francis Richard

 

Passage des coeurs noirs, Chiara Meichtry-Gonet, 144 pages, Bernard Campiche Editeur

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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