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27 octobre 2019 7 27 /10 /octobre /2019 22:00
De fiel et de fleurs, de Guy Y. Chevalley

Hector Doudieux, 25 ans, représentant de la maison Guillaume, rompt en 1901 avec Marie Bourette, 30 ans, vendeuse aux magasins du Louvre, à leur cinquième rendez-vous. Il lui dit juste qu'il regrette sincèrement:

 

Avec cette manière d'agir, il n'avait pas conscience de susciter plus de rancune que par un discours franc...

 

Il avait tort. Parce que la rancune de Marie sera tenace... Et, bien des années plus tard, elle va petit à petit lui pourrir la vie et celle de son épouse Irène, alors que tout semble sourire à ce couple qui s'est installé au Vésinet.

 

Hector Doudieux, désormais entrepreneur fortuné, y est devenu un homme en vue, dont le luxe ostentatoire est contrebalancé par une réputation de philanthrope et de mécène dans les domaines de l'art, du sport et des fêtes.

 

Hector a tout oublié de la vendeuse du Louvre. Il n'imagine même pas qu'elle puisse être l'auteur de missives contenant des flèches empoisonnées et du cadeau tout aussi empoisonné qu'il reçoit à son domicile vésigondin.

 

Un jour de 1910, la visite chez leurs voisins Mionnet tourne au drame avec la mort de leur invité, le ténor belge Jules Godart, à qui ils ont offert l'hospitalité et deux cachets d'antipyrine, après qu'il a été victime d'un malaise.

 

Quand on veut nuire aux autres, il faut savoir s'arrêter, ce que ne veut pas Marie. Une fois démasquée après le méfait de trop, elle aura une attitude de déni qui ne laissera pas de surprendre comme sa disparition des radars...

 

Dans De fiel et de fleurs, Guy Chevalley fait la peinture clinique de bourgeois parvenus à une grande aisance matérielle et d'une femme obstinée qui, par dépit amoureux, exerce sa formidable capacité de nuisance à leur encontre.

 

Francis Richard

 

De fiel et de fleurs, Guy Y. Chevalley, 128 pages, L'Âge d'Homme

 

Livre précédent:

Cellulose, Olivier Morattel Éditeur (2015)

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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 19:25
Encre sympathique, de Patrick Modiano

Il y a quelques décennies le narrateur, Jean Eyben, s'est vu confié une enquête par l'agence de Hutte. Il s'agissait de retrouver Noëlle Lefebvre, disparue tout soudain.

 

Son enquête n'avait pas abouti. Mais, en quittant l'agence, quelques mois plus tard, il avait emporté avec lui, en souvenir, le dossier bleu qui en contenait la fiche.

 

Dans la table de nuit de la chambre où Noëlle avait passé quelques temps, Jean avait découvert, dissimulé derrière un tiroir, de moitié plus court que celle-ci, un agenda.

 

C'était un agenda de toile noire avec le chiffre de l'année en caractères dorés. Dans cet agenda, qui appartenait à Noëlle, il n'y avait que quelques notes à l'encre bleue.

 

Ces notes ne lui permettent pas de combler les blancs de la vie de Noëlle. Tout au plus, peuvent-elles lui faire surgir quelques bribes du passé en laissant courir sa plume:

 

Oui, les souvenirs viennent au fil de la plume. Il ne faut pas les forcer, mais écrire en évitant le plus possible les ratures. Et dans le flot ininterrompu des mots et des phrases, quelques détails oubliés ou que vous avez enfouis, on ne sait pourquoi, au fond de votre mémoire remonteront peu à peu à la surface.

 

Ces détails ne remonteront pas, un par un, à la surface dans un ordre chronologique, mais au détour d'une page, comme si tout était déjà écrit à l'encre sympathique.

 

Alors il pourra trouver les réponses aux questions qu'il se pose sur la disparition de Noëlle et la raison pour laquelle il se les pose. Car il en est de plus en plus convaincu:

 

Si vous avez des trous de mémoire, tous les détails de votre vie sont écrits quelque part à l'encre sympathique.

 

Jean s'en est laissé convaincre parce qu'il y voit une analogie avec les notes prises par Noëlle dans son agenda: il a l'impression d'y voir des traces d'écriture en filigrane.

 

Soit, à l'aide d'une substance déterminée, tout ce qu'elle a noté remontera à la surface de la page blanche; soit, naturellement, avec le temps, tout deviendra lisible.

 

Quoi qu'il en soit, le lecteur comprendra in fine pourquoi l'auteur a mis en épigraphe cette citation de Maurice Blanchot, tirée du Livre à venir, sur la mémoire et l'oubli:

 

Qui veut se souvenir doit se confier à l'oubli, à ce risque qu'est l'oubli absolu et à ce beau hasard que devient alors le souvenir.

 

Francis Richard

 

Encre sympathique, Patrick Modiano, 144 pages, Gallimard

 

Article précédent sur l'auteur:

Patrick Modiano à Stockholm (8 décembre 2014)

 

Livres précédents:

L'herbe des nuits, 192 pages (2012)

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, 160 pages (2014)

Souvenirs dormants, 112 pages (2017)

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24 octobre 2019 4 24 /10 /octobre /2019 19:30
Prosper à l'oeuvre, d'Éric Chevillard

Prosper Brouillon est un auteur à succès. Comme son prénom l'indique, il rapporte beaucoup à Max, son éditeur, et, dans ce livre, il se révèle tel qu'en lui-même son lecteur le change:

 

Il ne pense qu'à son lecteur, il pense à lui obsessionnellement, avec passion, à chaque nouveau livre inventer la tortue nouvelle qui obligera ce rat cupide à cracher ses vingt euros.

 

Éric Chevillard décrit Prosper à l'oeuvre et dévoile ses secrets de fabrication, qui font de lui un écrivain que tout éditeur aimerait avoir, sinon dans son catalogue, dans son registre comptable.

 

Cette fois Prosper a décidé de se renouveler, d'abandonner le marché de masse pour se lancer dans le marché de niche, c'est-à-dire de donner une trame policière à son nouveau roman.

 

Prosper imagine peu à peu les personnages de sa brigade policière à partir du secret de notre humanité qu'il a su percer: L'individu n'est que la somme des détails qui le constituent.

 

Ce que cet increvable de Prosper (pour les besoins de la cause il file des métaphores) rapporte à Max permet à celui-ci de publier des poètes illisibles, qui n'y sont pour rien, les pauvres: 

 

Il laboure ses dix pages à l'heure: dix prodigieux écrivains impopulaires et désargentés auront ce soir un bol de riz. Max peut compter sur lui.

 

Prosper Brouillon doit de temps en temps laisser son roman en plan pour faire la tournée triomphale des salons et festivals du livre: C'est un crêve-coeur, mais la gloire a ses exigences.

 

Prosper Brouillon a une master-class en ligne, sur son site personnel: en vingt micro-conférences, il s'engage, moyennant finance (il ne faut pas rêver), à ne rien celer de ses secrets d'écrivain.

 

Prosper n'est pas motivé par l'appât du gain: il est uniquement guidé par l'envie de partager, mieux: de transmettre. Il n'est pas loin de considérer cet enseignement comme un devoir, une mission.

 

Dans la lignée des Hugo, Zola ou Sartre, Prosper est un lanceur d'alerte. Il attaque le système de l'intérieur: Ses livres ne sont-ils pas en pile dans les supermarchés? C'est la ruse du cheval de Troie...

 

Un roman de Prosper Brouillon n'en serait pas un si ses fidèles lecteurs ou ses plus infidèles coquins ne pouvaient compter sur une de ces scènes torrides comme il sait si bien les trousser...

 

Il ne manque à cette satire, écrite par un lecteur, et auteur, chevronné, qu'une mention teintée d'ironie: Toute ressemblance avec des écrivains existants ou ayant existé serait purement fortuite...

 

Francis Richard

 

PS

Les illustrations de Jean-François Martin, dont celle de la couverture, sont d'une grande pertinence et d'une grande simplicité.

 

Prosper à l'oeuvre, Éric Chevillard, 112 pages, Les Éditions Noir sur Blanc

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23 octobre 2019 3 23 /10 /octobre /2019 22:55
Éloge des fantômes, de Jean-Michel Olivier

Les fantômes de Jean-Michel Olivier sont des doubles bien vivants de personnes disparues qu'il a rencontrées dans sa vie et qui lui ont laissé une trace indélébile.

 

S'il fait l'Éloge des fantômes, c'est parce que ceux qui le hantent aujourd'hui encore, non seulement l'ont marqué, mais aussi l'ont façonné chacun à sa manière.

 

Dans ce livre ils sont treize, un nombre qui, pour d'aucuns, porte bonheur. Mais, en l'occurrence, le nombre ne fait rien à l'affaire. Chaque fantôme lui a été bénéfique.

 

Chaque fantôme occupe une place particulière dans son monde personnel. Et, en parlant de chacun d'eux, il n'a pas besoin de faire d'effort pour dire ce qu'il lui doit.

 

Ce qui frappe, c'est la diversité des fantômes, connus ou inconnus, auxquels, par le verbe et par la sympathie, il donne chair, et qui lui donnent matières à réflexion:

 

- d'aucuns sont artistes, tels que Marc Jurt ou René Feurer avec lesquels il a formé un couple où la fascination était réciproque:

Les grands artistes savent ce qu'ils font, mais ils travaillent dans cette zone d'ombre et de mystère qui ne peut être éclairée que de l'extérieur. Par les mots que les écrivains déposent en marge de leurs oeuvres.

 

- d'autres sont écrivains, tels Michel Butor, Nicolas Bréhal, Jacques Chessex ou Aragon, qu'il a plus ou moins fréquentés:

C'est l'avantage des écrivains: on les connaît bien avant de les rencontrer. La rencontre, en ce cas, devient une forme de reconnaissance, comme disait André Breton.

 

- d'autres sont éditeurs, tels Simone Gallimard, Vladimir Dimitrijevic ou Bernard de Fallois:

Chaque éditeur voit passer des chefs-d'oeuvre qu'il ne reconnaît pas, ou qu'il n'a pas envie de publier, tant il est convaincu de leur médiocrité, et qu'ils n'auront aucun succès.

 

- un autre est philosophe, tel Jacques Derrida, dont il fut proche:

Les paroles d'un ami sont toujours celle d'un fantôme: à la fois testament et oracle.

 

- un autre est lecteur éclairé par les auteurs contemporains et les poètes fous du Moyen-Âge, tel Roger Dragonetti:

Pour aimer la littérature, il faut aimer la musique.

 

- un autre est directeur de revue fantôme, tel André Dalmas:

C'est l'écriture qui permet la rencontre et la confrontation: le regard sur des mots qui ne nous appartiennent plus dès l'instant où ils sont publiés, revus et corrigés, offerts en pâture et en don.

 

- un autre enfin est juste père, tel Juste Olivier:

On le sait aujourd'hui: c'est bien l'enfant qui fait le père. Avant l'enfant, il y a l'homme et la femme, unis et séparés, pour le pire et le meilleur. Mais c'est l'enfant qui leur donne le jour à tous les deux, à leurs corps défendant.

 

Francis Richard

 

Éloge des fantômes, Jean-Michel Olivier, 200 pages, L'Âge d'Homme

 

Livres précédents:

 

Éditions Bernard de Fallois/ L'Âge d'homme:

L'amour nègre (2010)

Après l'orgie (2012)

L'ami barbare (2014)

 

Éditions L'Âge d'homme:

Passion noire (2017)

 

Poche Suisse - L'Âge d'homme:

L'amour fantôme (2010)

Notre Dame du Fort Barreau (2014)

L'enfant secret (2018)

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21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 14:30
Les rêves d'Anna, de Silvia Ricci Lempen

En raccourci, le roman de Silvia Ricci Lempen se déroule à rebours de juin 2012 à janvier 1911. Plus précisément, il raconte cinq histoires de jeunes femmes (voire jeunes filles), sur un siècle de temps, en commençant par la période la plus récente:

 

- Federica à Glasgow de mars à juin 2012;

- Sabine à Lausanne, de juillet 1988 à juin 1989;

- Gabrielle à Niort, Saint-Jean d'Angély et Genève, d'octobre 1961 à septembre 1965;

- Clara à Bellinzona, Lugano et Genève, de juillet 1928 à mars 1936;

- Anna à Carpineto Romano et Rome, de janvier 1911 à juin 1917.

 

Ce roman est la fresque de cinq générations de jeunes femmes, qui n'ont pas de lien biologique entre elles mais qui ont un lien en quelque sorte spirituel, c'est-à-dire plus fort.

 

Federica connaît Sabine, qui connaît Gabrielle, qui connaît Clara, qui connaît Anna. Ce sont donc cinq histoires qui s'emboîtent les unes dans les autres pour n'en faire plus qu'une.

 

L'auteure restitue savamment l'évolution de la condition féminine au cours d'une centaine d'années, avec des protagonistes qui rompent chacune avec les moeurs de leur temps et avec leur famille.

 

Non seulement les époques mais les lieux y ont de l'importance parce que les moeurs ne sont de toute façon pas tout à fait les mêmes en Écosse, en France, en Suisse ou en Italie.

 

Il y est question non seulement d'amours, parfois interdites, ou d'amitiés, mais aussi de conditions sociales et de réputations à tenir, ou encore de la place qu'occupent la religion, les guerres ou les troubles dans les vies.

 

Il y est aussi question de rêves, qui sont parfois plus vrais que la réalité et qui ne sont pas l'exclusivité des nuits d'Anna, laquelle les consigne par écrit pour qu'ils ne soient pas perdus et ne subsistent pas dans sa seule mémoire.

 

La couverture du livre représente une oeuvre d'Aloïse Corbaz, Grande cantatrice Lilas Goergens, qui correspond à la description qu'en fait l'auteure à plusieurs reprises dans le roman. Le choix de cette oeuvre n'est donc pas fortuit:

 

- Federica l'a vue, une nuit, en rêve, après en avoir mémorisé l'affiche dans le bureau de Sabine ;

- Gabrielle et Sabine l'ont découverte ensemble à la Fondation de l'Art Brut à Lausanne;

- Clara en a admiré, sur le mur de la cuisine, le dessin exécuté par le mari d'Anna, d'après un rêve de celle-ci, dessin qu'elle a colorié de mémoire, bien après.

 

Comme il s'agit d'une femme, aux épaules d'athlète, avec une bouche en forme de fraise et deux amandes bleues à la place du regard, n'est-ce pas l'image d'une femme majestueuse, avec sa robe rouge?

 

En tout cas Sabine confirme à Federica que l'artiste folle qui l'a peinte avait la manie de la grandeur, qui est mieux que celle de la petitesse. Ce qui ne pouvait qu'inspirer et faire rêver les héroïnes de ce roman.

 

Francis Richard

 

Les rêves d'Anna, Silvia Ricci Lempen, 408 pages, Éditions d'En Bas

 

Livres précédents:

Un homme tragique, L'Aire bleue (2014)

Ne neige-t-il pas aussi blanc chaque hiver ?, Éditions d'En Bas (2013)

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18 octobre 2019 5 18 /10 /octobre /2019 17:00
Mauvaise conscience, de Fabio Benoit

Fabio Benoit récidive. Après un premier polar, il vient d'en commettre un deuxième. Qui se lit comme le premier, d'une traite, sans perdre haleine, avec des retournements de situations garantis comme dans tout bon thriller qui se respecte.

 

Dans Mauvaise conscience on retrouve certains des personnages de Mauvaise personne, et notamment Angel et ses colères, qui n'ont pas disparu depuis qu'il est en couple avec Nina, son adorable Nina, bien plus jeune, mais si douce et si charmante:

 

J'ai conscience de mes défauts. Mais lorsque mes valeurs sont attaquées, lorsqu'on fait du mal à mes proches ou à mes animaux, je ne peux pas ne rien faire. Il m'est impossible de rester dans les clous, de me taire et de supporter l'injustice.

 

Nina et Angel partagent deux terribles secrets: Nina a été violée par un fils de bonne famille, qui, justice immanente (?), est mort dans un accident de voiture, et Angel a perdu tous les siens, massacrés en Sardaigne par les sbires de la 'Ndrangheta.

 

Dans le parking collectif d'un immeuble à Bevaix (NE), trois véhicules sont fracturés: une Volvo, une Mini Cooper et une Audi appartenant respectivement à un analyste du Service de renseignement de la Confédération, à une jeune cadre et à un comptable.

 

A l'analyste du SRC, ont été dérobés un dossier et un ordinateur. Dans le dossier se trouvent des documents ultraconfidentiels sur des suspects de terrorisme, sur des agents britanniques, français et suisses infiltrés, sur des cibles choisies par les terroristes.

 

A la jeune cadre, dynamique, d'une entreprise multinationale, a été dérobée une clé USB contenant de la musique. Au comptable dans une entreprise horlogère, rien n'aurait été dérobé selon les dires de ce type anxieux, super-maniaque et hyper-précis.

 

En fait, le comptable ment. A des fins thérapeutiques - il doit prendre des risques pour guérir de ses tocs -, il a laissé dans le coffre de sa voiture la double comptabilité de son employeur, celle qui est déclarée et celle qui révèle des entrées illégales...

 

Si les enquêteurs suisses et français se polarisent sur le vol dont a été victime l'analyste du SRC, Angel se trouve impliqué dans le vol dont a été victime le comptable, car son patron, à qui Angel est redevable, fait l'objet d'un chantage de la part d'un inconnu.

 

Pour que soit complet l'imbroglio qui résulte de l'affaire du parking, des personnages du premier opus réapparaissent, notamment le chef du crime organisé lyonnais, le Serpent, qui commandite des meurtres sur des personnes en lien avec elle, en Suisse et en France...

 

Marco, le commissaire chargé de l'affaire du parking, comme d'autres personnages du livre, a mauvaise conscience, mais ce n'est pas en raison de son manque de scrupules professionnel, c'est parce que, marié, deux enfants, il a une liaison torride avec la procureure...

 

Le moins qu'on puisse dire est que les personnages de ce polar ne sont pas des enfants de choeur. D'ailleurs certaines scènes, violentes, le confirment s'il en était besoin. L'ensemble serait même insupportable si l'auteur ne faisait pas montre d'un humour dévastateur... 

 

Francis Richard

 

Mauvaise conscience, Fabio Benoit, 338 pages, Favre

 

Livre précédent:

Mauvaise personne (2018)

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14 octobre 2019 1 14 /10 /octobre /2019 17:00
Airs de fête, de Philippe Dubath

Du 17 juillet 2019 au 11 août 2019, Philippe Dubath a tenu une chronique, Airs de fête, dans le quotidien lausannois 24 heures, sur la Fête des vignerons 2019.

 

Ces chroniques, au nombre de vingt-deux, sont maintenant éditées à L'Aire. Ce sont des choses vues et entendues par l'auteur, en marge des représentations.

 

Aucune de ces chroniques n'est datée. Et c'est très bien ainsi. Car, si, bien sûr, ces choses ont été vues et entendues pendant cette période, cela leur donne un caractère intemporel.

 

Souvent il en est ainsi. Ce qui semble particulier peut atteindre à l'universel en raison de ces traits humains familiers en lesquels tout être peut se reconnaître peu ou prou.

 

Ce livre, comme le furent les chroniques, est illustré de photos de l'auteur, si bien que non seulement les mots, mais les images parlent d'une manière ou d'une autre au lecteur.

 

Soit, en effet, ce livre lui rappelle des souvenirs de la Fête s'il en fut, soit il lui permet de l'imaginer s'il n'a pas eu la possibilité d'y participer pour une raison ou une autre.

 

Dans ce livre il est question de choses toutes simples de la vie, les meilleures. Il parle de ce qu'il voit et entend: faune, musique, chansons, enfants à naître, siestes etc...

 

L'auteur ne s'éloigne pas de la Fête, puisqu'elle est celle de la vie où, comme il le dit un jour, reluquer, guigner est plaisir d'enfance, celui de voir et d'entendre sans être vu.

 

Les choses d'ici-bas n'empêchent pas le divin, au contraire. Deux petites soeurs de l'ordre des Oblates de Saint François de Sales lui ont dit en choeur qu'elles l'y ont rencontré:

 

Oh oui, dans la devise Ora et Labora, dans la solidarité des gens, dans l'amour de la terre, du travail, et dans le fait que cette fête donne le sourire à tout le monde. 

 

Francis Richard

 

Airs de fête, de Philippe Dubath, 104 pages, Éditions de l'Aire (à paraître)

 

Autres livres sur la Fête:

 

La Fête, Blaise Hofmann, Zoé

Fête des vignerons 2019 - Les poèmes, Stéphane Blok et Blaise Hofmann, Zoé et Bernard Campiche Éditeur

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12 octobre 2019 6 12 /10 /octobre /2019 20:40
Un vrai salaud, de Louis-Bernard Robitaille

A minuit passé, le 7 janvier 2010, Alexander Morrison, en rallumant son portable, découvre un SMS envoyé trois heures plus tôt par son ami Slobo avec qui il fait équipe: il lui demande de le rappeler concernant une affaire grave et assez urgente.

 

Quand il le rappelle il apprend de quelle urgence il s'agit: Quelqu'un a découvert le cadavre de ton copain Diouke dans un terrain vague. - Son cadavre? - Il a été battu à mort. Cette mort pourrait le réjouir puisqu'il a en quelque sorte tué Rossana...

 

Slobo, qui sait tout ce qui se passe sur "l'île aux stars", et Alex se trouvent en ce début 2010 à Malagusta, cette île frelatée où pendant la morte-saison on ne croise que des individus louches, des escrocs en rupture de banc et où le copain Diouke s'est exilé.

 

Diouke, c'est William Portelly: Grand séducteur, joueur invétéré, un peu vampire. Beau parleur et joli coeur pour commencer, assez cynique et profiteur pour conclure. Un vrai salaud, en somme. Alex n'a pas très envie de le revoir quand il apprend qu'il est à Malagusta.

 

Alex est chroniqueur mondain et écrit des articles sur les stars du cinéma et du show-biz. Il traîne dans ses bagages des oeuvres de Mallarmé, Stendhal, Benjamin Constant ou Borges... et a depuis longtemps, dans ses tiroirs, le manuscrit d'un roman inachevé...

 

Slobo est né à Sarajevo dans une famille serbe et est photographe de presse, après avoir été photographe de guerre puis engagé volontaire en Bosnie: Après quelques années de vagabondage, il a fini par emménager à Malagusta et n'en bouge plus.

 

Diouke et Alex sont tous deux des Nord-Américains. Diouke est originaire de Toronto et Alex de Boston. Ils se sont connus à Paris il y a plus de trois décennies et se sont fréquentés pendant quelques années. Puis ils se sont revus environ tous les dix ans.

 

Louis-Bernard Robitaille raconte ces rencontres, à Berlin et ailleurs, d'Alex et de Diouke, transcription phonétique en français pour Duke: C'est un surnom qu'on lui avait donné à cause de son air suffisant. Elles révèlent un Diouke destructeur et fragile...

 

Un vrai salaud peut donc être plus complexe qu'il ne paraît de prime abord. En l'occurrence celui-ci a déjà prouvé avec un premier roman, le Kameleon, qu'il écrit magistralement et comme il n'a jamais cessé d'écrire ce doit être qu'il travaillait devant l'éternité.

 

Francis Richard

 

Un vrai salaud, Louis-Bernard Robitaille, 256 pages, Éditions Noir sur Blanc

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9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 19:30
Bergstamm, de Pierre Fankhauser

Il y a dans le roman de Pierre Fankhauser trois écrivains qui se déduisent en quelque sorte les uns des autres: le Maître qui est le prototype, Walter Bergstamm et Werner Bachmann qui en sont les imitations dérivées.

 

Le Maître enseigne au Gymnase de la Cité à Lausanne et la plupart de ses élèves le nomment malicieusement Dieu. Il est le premier Suisse à avoir obtenu le Prix Goncourt. Voilà sans doute le pourquoi de ce nom de Dieu.

 

Walter Bergstamm est un élève de Dieu. Il n'arrête pas d'essayer de copier Dieu. Par mimétisme il veut être reconnu comme un Grand Créateur et n'a donc de cesse de recevoir sa bénédiction et de bénéficier de son aura.

 

Werner Bachmann est le personnage principal d'un roman, inclus dans celui de Pierre Fankhauser, écrit par Walter Bergstamm, Sous le Regard de Dieu, titre significatif, où il confesse un épisode peu glorieux de sa vie.

 

Les rapports entre le Maître et Bergstamm font l'objet d'un autre roman dans le roman, écrit cette fois par un élève de Bergstamm, Marc Barrault, qui lui a donné pour titre La Double Passion de Walter Bergstamm.

 

Les impudiques Dieu et Bergstamm se ressemblent. Ce sont des compagnons d'âmes, qui se battent pour les mêmes idéaux, égaux dans leurs buts et leurs aspirations, et qui se seront disputé un moment la même muse...

 

Entre les chapitres des deux romans, le dénommé Marc Barrault livre au cours d'un entretien accordé à une journaliste une face cachée de Bergstamm, qui éclaire le titre de son propre roman et qui n'apparaît qu'en filigrane.

 

Les thèmes de ces trois écrivains, qui sont en fait quatre, sont la littérature et la gloire, la mort et le suicide, le sexe, qui y occupe beaucoup de place (c'est la vie), et eux-mêmes, car, comme le dit Marc Barrault à propos de son livre:

 

Ce roman parle de moi, pour la bonne et simple raison qu'on parle toujours, systématiquement et strictement de soi.

 

Francis Richard

 

PS

Le personnage du Maître est bien évidemment inspiré de Jacques Chessex, décédé il y a tout juste dix ans aujourd'hui et à qui j'ai dit adieu à ma façon, trois jours plus tard, à la Chapelle Saint-Roch à Lausanne.

 

Bergstamm, Pierre Fankhauser, 208 pages, BSN Press

 

Livre précédent:

Sirius (2014)

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5 octobre 2019 6 05 /10 /octobre /2019 16:45
Une femme obscure, de Daniel Maggetti

Il n'y avait pas de place pour les autres autour de Melanía, pour les autres femmes s'entend...

 

Le lecteur est prévenu. La grand-mère de l'auteur, qui est morte cinq mois avant sa naissance, est Une femme obscure qui fait le vide féminin autour d'elle. Mais elle n'est pas seulement obscure pour cela.

 

Le souvenir de Melanía est en effet un tissu si troué qu'il lui faut bien l'inventer, à défaut d'autres éléments, à partir des dates nues et des indications lapidaires des registres de la paroisse et de la commune.

 

Daniel Maggetti fait oeuvre à la fois de romancier et d'historien pour raconter son aïeule fascinante, sixième enfant, née cinq ans et demi après la cinquième, dans une famille vivant dans le dénuement.

 

Ses deux frères s'en vont: Severino au val Maggia retenu par Clemente, son amant (?), qui lui fait épouser sa fille unique Marta; Matteo en Amérique. A huit ans, elle reste la seule créature vaillante de la famille. 

 

Melanía au contraire de ses frères et sœurs, se développe inexplicablement en cette fin du XIXe siècle dans un village du Tessin. Après la mort de sa tante Antonia, c'est elle, à douze ans, qui régente la maison.

 

Ses deux soeurs, Rosa et Marianna, s'atrophient tandis qu'elle, elle fleurit. En mars 1903, elle tombe enceinte - c'est le cas de le dire - de manière obscure puisque jamais ne sera connu le géniteur d'Agostino.

 

L'année de naissance de Gustu est tout aussi obscure: il serait né en 1902... L'auteur précise qu'il y eut un certain nombre de bâtards dans la commune après l'ouverture de la route pour l'Italie, entre 1900 et 1910:

 

Ce qui déroutait, cependant, dans le cas de Melanía, c'est que personne ne l'avait vue coqueter avec quiconque, elle n'était pas du genre à traîner avec les garçons, et en plus ça avait dû se passer vers Noël; à la belle saison, on avait vite fait de renverser une fille à l'orée d'un pré, mais en plein hiver?

 

Le lecteur n'est pas au bout de ses surprises en lisant le roman vrai de l'auteur, parce que le destin de Melanía ne sera pas de rester fille-mère indéfiniment. Elle épousera un homme, avec la bénédiction de l'Église.

 

A trente-cinq ans, elle se marie avec un parent qui en a près de soixante, ce qui est une bonne chose: assistance pour lui, sécurité pour elle, l'infirmité et l'âge de l'époux excluant de facto la procréation... 

 

Sans ce mauvais calcul, l'auteur n'aurait pas vu le jour... et n'aurait pas tenté de retracer, à partir de pas grand chose, au moins une des vies possibles de Melanía, toujours sur le qui-vive car la mièvrerie nous menace.

 

Francis Richard

 

Une femme obscure, Daniel Maggetti, 128 pages, Zoé (sortie le 5 octobre 2019)

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1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 18:15
Hôtel Belvédère, de Jacques Pilet

Cette nuit, c'était début août, le temps paraissait avoir viré à l'automne alors qu'il faisait si beau la veille. L'hôtel Belvédère qui, des hauteurs de Montreux, domine le lac Léman et s'ouvre sur les montagnes suisses et françaises, était enveloppé de brouillard, plongé dans le nuage.

 

Ainsi commence le roman de Jacques Pilet. Ainsi commence un voyage dans le temps puisque le mois d'août dont il s'agit est celui de 1914 et des déclarations de guerre européennes. Et un voyage personnel pour l'auteur puisque certains des personnages lui ont été inspirés par des membres de sa famille.

 

La Suisse est neutre, mais la guerre gronde autour d'elle et cela ne peut avoir que des conséquences pour ceux qui s'y trouvent au moment où éclate le conflit. En tout cas l'Hôtel Belvédère est inévitablement dans la tourmente: Si le personnel était international depuis plus de trente ans, la clientèle l'était aussi.

 

On pense que la guerre ne durera pas. Le directeur du palace de Glion, Gian Caviezel, un Grison romanche, n'est pas de cet avis. Il est lucide et il écrit dans une lettre à Louise, sa maîtresse française, qui se trouve à Nice: La Suisse échappera peut-être aux combats, elle risque cependant de partir en morceaux:

 

Notre économie s'effondre. Je ne sais si je pourrai garder l'hôtel ouvert. Plusieurs employés s'en vont. Il n'arrive plus de nouveaux clients. […] Ici, les gens se font du souci pour leurs affaires et leurs emplois, ils ne mesurent pas l'ampleur du drame. Ils se croient protégés, par les montagnes, par l'armée, par le gouvernement, par leur bonne conscience… 

 

Petit à petit un autre personnage émerge de l'histoire: Jules Monod, 18 ans, futur protégé de Gian. Son père est paysan, mais lui ne veut pas l'être. Lui aussi doute que la Suisse soit préservée. Il aimerait échapper à la conscription, quitter cette Suisse paisible seulement en apparence, aller loin, très loin, outre-mer.

 

Cet amoureux des livres, dont la sœur, Esther, vend des fruits à l'hôtel Belvédère, rencontre à la Librairie internationale, tenue par un Ukrainien, Tatiana, une étudiante russe qui fréquente les révolutionnaires, mais qui surtout va lui faire découvrir la vie. Elle aimerait agir mais elle est au fond comme lui, spectatrice.

 

Avant d'émigrer, son rêve depuis longtemps, tandis que les horreurs de la guerre continuent tout autour, lui, Jules, ne [s'engage] pas, il [erre) entre des aspirations diverses. Il se [voit] en voyeur. Voyeur de la tragédie européenne. Voyeur du combat social. Et il en [éprouve] un vertige. "Je ne suis même plus un paysan.".

 

Comme bien des Suisses, il tournera le dos à l'Europe ensanglantée (ou à son milieu ressenti comme étouffant). Se sera-t-il agi d'une fuite ou d'une quête de richesses? Il lui aura suffi pour se décider d'une question de son ami français Emile qui, au front, très tôt, a perdu une jambe: Et maintenant que vas-tu faire?

 

Il écrira, au soir de sa vie, dont il fait le récit sans démêler le pourquoi de son départ: Je ne crois pas que l'on décide tout seul de son destin. Il y faut de la volonté mais aussi, en écho, les mots des autres. Le regard qui encourage ou désapprouve, ce qui peut d'ailleurs pousser à faire le contraire de ce qui est suggéré.

 

Francis Richard

 

Hôtel Belvédère, Jacques Pilet, 188 pages, Editions de l'Aire

 

Livre précédent:

Polonaises (2016)

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29 septembre 2019 7 29 /09 /septembre /2019 16:35
Ramdam, d'Antonin Moeri

A cet instant, je ressentis une forte envie d'écrire ce livre; une envie irrépressible de me glisser dans la peau d'un personnage arabo-suisse, un personnage qui verrait s'acharner contre lui un citoyen balèze, dont le lecteur ne saura pas si ce citoyen balèze est une projection ou non de l'esprit d'un homme réduit à sa plus petite dimension.

 

Malik Oussedik est le personnage arabo-suisse. Roger Bugnon est le citoyen balèze. Ils habitent le même immeuble dans une ville de cinq cent mille habitants, au bout d'un lac, dans un petit pays ne disposant d'aucune ouverture sur la mer.

 

Malik vit depuis cinq ans dans son appartement mais le cauchemar [dure] depuis un an. Depuis, Roger occupe l'appartement du dessus: il rentre au milieu de la nuit en claquant la porte; son berger allemand aboie comme une bête traquée.

 

Ce n'est pas tout: il ricane quand il croise Malik et son ami Naïm dans la rue; il passe l'aspirateur à minuit; il laisse allumé son téléviseur à toute heure du jour et de la nuit et, quand Malik essaie de lui parler, il lui répond élégamment:

 

Va chier sale bougnoule! 

 

Malik se défend. Il appelle la police pour faire cesser ce Ramdam. Il voit un responsable du service spécialisé dans la gestion de crises. A sa demande il remplit de notes deux cahiers pour raconter ce qui lui arrive. Il porte plainte.

 

A partir de ces cahiers et de l'épais dossier gris qui lui ont été remis, le narrateur comprend que, tout simplement, le costaud [reproche] à Malik d'exister et que celui-ci, au moindre bruit, exaspéré, le harcèle aussitôt en lui téléphonant.

 

Le narrateur rencontre les témoins de l'affaire: Naïm Baroudi, le confident de Malik, Loulia Vesel, la compagne de Malik, Ariane P., l'amante de Roger. Il explore les passés de Malik et de Roger et leurs relations avec leurs pères.

 

Malik paraît normal, mais il présente des signes qui auraient dû alerter son entourage: trouble du sommeil, indécision, agitation inhabituelle, paroles erratiques, idées de ruine aussitôt suivies d'un gonflement d'égo spectaculaire.

 

Antonin Moeri laisse ouverte la fin de son histoire: au lecteur de l'imaginer, à partir des derniers éléments qu'il lui donne, notamment le jugement que le Tribunal de police rend après avoir examiné la plainte que Malik a déposée.   

 

Francis Richard

 

Ramdam, Antonin Moeri, 192 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livres précédents:

Juste un jour (2007)

Encore chéri ! (2013)

Pap's (2015)

L'homme en veste de pyjama (2017)

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22 septembre 2019 7 22 /09 /septembre /2019 22:10
La dernière carte de Marcel Fischer, de Philippe Erard

Avant que La dernière carte de Marcel Fischer ne se joue, il faut remonter dans le temps, au début des années 1950, quand ses parents se sont connus au Venezuela, pour comprendre, comme le raconte Philippe Erard, comment et pourquoi il s'est mis dans une situation telle qu'il n'aura pas vraiment le choix.

 

Son père, Hans-Rudie Fischer est né à Lausanne, le samedi 19 janvier 1918, sur les hauts de la ville à la maternité. Quand commence la Deuxième Guerre mondiale, il est étudiant à l'Ecole d'Ingénieurs de l'Université de Lausanne qui deviendra l'EPFL. Il est mobilisé et ne devient donc ingénieur-mécanicien qu'en 1948.

 

Il trouve un emploi chez Bobst, à Prilly, près de Lausanne: une importante fabrique de machines pour les arts graphiques, pour les matériaux d'emballages plus précisément. Or son chef lui propose en 1950 de diriger une petite équipe de deux mécaniciens-monteurs pour aller installer une Autoplatine au Venezuela.

 

Là bas, à la légation suisse de Caracas, il fait la connaissance d'une jeune stagiaire, Céline Masson, qui lui dresse un portrait prometteur du pays: Pour l'instant, c'est la croissance économique qui domine et avec elle s'accroît la prospérité générale. Très vite il est atteint par deux virus: Céline en premier et le Venezuela.

 

Comme Céline est atteint des mêmes virus, Hans et elle mènent de front deux projets: se marier et créer ensemble une entreprise de représentation d'entreprises susceptibles d'être intéressées au marché vénézuélien, d'abord en Allemagne, mais en Suisse aussi et éventuellement dans les régions voisines de France et d'Italie.

 

Pour que le bonheur de Céline et de Hans soit complet il ne leur reste une fois mariés qu'à mener à terme un troisième projet, celui de faire un bébé. Peut-être Céline devient-elle enceinte grâce aux bénédictions de Maria Lonza, déesse locale de la fertilité… Quoi qu'il en soit Marcel naît le lundi 22 septembre 1952.

 

Quand Marcel, qui a obtenu une licence HEC à Lausanne en 1973, reprend les rênes de MTE en 1978, il est atteint du virus: Lui, d'ordinaire si réservé, était devenu étonnamment entreprenant et audacieux. MTE, qui n'avait pas eu de dettes bancaires importantes commençait à en accumuler, pour sa croissance.

 

Quand, au début des années 1980, la conjoncture donne des signes de faiblesse, Marcel ne change pas de stratégie. MTE est bientôt surendettée: Ce n'était pas encore la panique, mais l'angoisse montait. La dévaluation du bolivar le 18 février 1983 et le contrôle des changes du 28 n'arrangent évidemment rien.

 

Marcel calcule que, d'ici peu, il lui manquera 5 millions de dollars: S'il ne les trouvait pas, MTE allait droit à la faillite. C'est à ce moment-là qu'une carte lui est tendue qui lui permettrait d'honorer l'échéance. Comme il pourrait éviter ainsi la honte de faire faillite, il se décide à la saisir, en désespoir de cause.

 

C'est le malheureux avantage de ceux qui n'ont rien à perdre de pouvoir beaucoup hasarder, disait Vauvenargues.

 

Francis Richard

 

La dernière carte de Marcel Fischer, Philippe Erard, 216 pages, Editions de l'Aire

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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