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29 août 2019 4 29 /08 /août /2019 15:30
Ce que je peux dire de mieux sur la musique, Robert Walser

Ce que je peux dire de mieux sur la musique est un recueil de soixante textes, proses et poèmes, écrits entre 1899 et 1933 par Robert Walser (1878 - 1956). Ils ont été choisis par Roman Brotbeck et Reto Sorg et publiés en allemand en 2015 sous le titre Das Beste, was ich über Musik zu sagen weiss.

 

Trente et un d'entre eux sont des inédits en français et ont été traduits par Marion Graf. Comme le souligne cette dernière dans sa note liminaire, les textes sont présentés dans l'ordre chronologique et retrace les trois grandes étapes de l'oeuvre de Walser:

 

Les années 1900, où s'épanouit le genre de la "rédaction" et du récit, les années 1910, avec des contes et des miniatures raffinées, et enfin les poèmes et les proses débridées des années 1920...

 

Dans leur postface les deux universitaires qui ont sélectionné les textes soulignent qu'en dépit de toute la ferveur musicale dont il avait été capable dans sa jeunesse, la musique, de tous les arts, reste celui dont Walser est le plus éloigné et précisent:

 

La présente anthologie, entre autres objectifs, veut proposer un catalogue de tout ce qui dérange l'écrivain dans l'institution musicale: la division stricte entre les musiciens suractifs et le public silencieux et immobile, le concert comme la quintessence du besoin de représentation et de la discipline bourgeoises, le snobisme culturel lié à la musique, le culte du génie et de la virtuosité, les solistes infatués et les cantatrices vaniteuses.

 

Comme les textes sont courts - ils varient d'une page à une dizaine de pages -, il est possible, à volonté, de les lire par petites portions, pour les savourer, et éventuellement les relire, ou alors d'une seule traite pour en retirer une impression d'ensemble.  

 

Robert Walser emploie souvent l'adjectif petit: il se dit, par exemple, fabricant de petites proses et aime les petites gens, celles des états les plus modestes, qu'il connaît bien; dans La chapelle, il s'intéresse à une petite bonne, amusante et vive, et écrit:

 

J'aime à désigner du nom de petits enfants les gens qui croient encore en un Dieu. Les enfants ont souvent plus d'esprit que les adultes, et les simples d'esprit sont souvent plus intelligents que les gens d'esprit.

 

Son rapport à la musique ne peut se réduire à ce qu'il écrit dans La musique mais c'est tout de même révélateur: Quelque chose me manque quand je n'entends pas de musique, et quand j'en entends le manque est encore plus grand. Voilà ce que je peux dire de mieux de la musique.

 

Car il est avant tout écrivain et poète.

 

Quand, dans Une tête de veau d'un brun aussi foncé, au piano, périodes et attitudes [roulent] comme des vagues et des escaliers, de haut en bas, et [giclent] dans les airs de plus belle pour s'évanouir, cela lui fait l'effet de baisers, puisque, semblables à des notes, ils sont si doux, si agréables, si précieux et illusoires, car toujours perdus à jamais:

 

Mais quiconque a cessé d'aimer et de caresser, quiconque en est lassé, transitoirement peut-être, celui-là doit et peut recommencer, tout comme dans la musique, les notes mourantes, mortes, refleurissent dans d'autres notes qui succèdent à celles qui se sont envolées, pour reprendre vie.

 

C'est pourquoi, pour parler avec ferveur de Paganini, qu'il ne peut qu'imaginer, et pour cause, jouant son jeu d'homme suivant son destin [...], flottant entre vouloir et devoir, grâce à cela prenant tous les coeurs et charmant toutes les oreilles, il le fait avec un certain droit puisque tout ce [qu'il écrit] là repose uniquement sur l'imagination et sur la méditation.

 

Francis Richard

 

Ce que je peux dire de mieux sur la musique, Robert Walser, 224 pages, Zoé ( textes sélectionnés par Roman Brotbeck et Reto Sorg, traduits par Marion Graf, Golnaz Houchidar, Jean Launay, Bernard Lortholary, Jean-Claude Schneider, Nicole Taubes)

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23 août 2019 5 23 /08 /août /2019 16:10
Fédor & Miss Bliss, de Daniel Odier

Un triangle, pointe vers le bas, portait à droite et à gauche, les lettres M. et N. en grandes majuscules. A la pointe du bas, on voyait un R. Mychkine, Nastassia, Rogogine. Le triangle était traversé en son centre par un trait ondulé qui figurait un courant, une vague qui le traversait de part en part et qui se finissait par un a minuscule tracé sans lever la plume, d'un seul élan, la vague devenait Aglaïa...

 

Ce dessin, reproduit en couverture, est le fait de Daniel Odier. Mais, dans son roman, il en attribue la paternité à Fédor Dostoïevski

 

Ce dessin représente les liens entre les protagonistes de L'Idiot, son célèbre roman, dont il écrivit une partie, le reste en Italie, quand il séjourna à Vevey en 1868.

 

Une plaque, au 13 de la rue du Simplon de la ville, le rappelle: 

 

FÉDOR DOSTOIËVSKI, ÉCRIVAIN RUSSE, 1821-1881, VÉCUT ET TRAVAILLA DANS CETTE MAISON EN 1868.

 

La mère de Miss Bliss lui a offert ce roman en livre de poche pour ses quinze ans:

 

La lecture de "L'Idiot" avait eu un effet si puissant sur Miss Bliss que tout en elle avait changé subitement.

 

Elle avait changé non seulement d'apparence physique mais de physionomie:

 

Les jours suivants, ses camarades de la classe d'anglais la surnommèrent "Miss Bliss" tant son visage exprimait une félicité incompréhensible.

 

Dès lors Miss Bliss, qui a trois passions: la musique, la littérature et le divin réel, devient un personnage du roman, celui du Prince Mychkine.

 

Mychkine aperçoit un jour Nastassia Filipovna au Café Littéraire et s'enfuit...

 

Mychkine prend le train pour se rendre au Kunstmuseum de Bâle voir le Christ d'Holbein le jeune qui avait tant impressionné son créateur.

 

Dans le train la jeune fille rencontre un jeune homme et lui donne un nom de fille, Aglaïa: C'est ton nom caché, celui que tu ignores, celui qui correspond à la couleur de ton âme...

 

Rogogine, c'est Luigi, l'ami de Nastassia qui a besoin de son soutien: Il est puissant et peut être tendre à certains moments...

 

Les protagonistes sont maintenant tous prêts à jouer leur rôle dans le monde où vit Miss Bliss et où l'invisible devient matériellement réel.

 

En état de veille Miss Bliss a des hallucinations précises, depuis toute petite: Je vois des choses qui ne sont pas sensibles aux autres, mais j'évite de le dire.

 

Miss Bliss n'a pas peur de la liberté. Au contraire. Cela lui permet de goûter pleinement la joie, la beauté, la folie intérieures qui relient toutes choses au coeur.

 

Ce qu'elle vit avec Nastassia en est l'expression, comme le tatouage qu'elle s'est fait faire deux ans plus tôt au bas des reins et qui est son secret:

 

Mon seul but est d'être libre, je lui sacrifie tout.

 

Daniel Rodier, lui, a mis en épigraphe cette phrase, qu'il a relevée dans une lettre de 1838 de Fédor à son frère aîné Mikail.

 

Francis Richard

 

Fédor & Miss Bliss, Daniel Odier, 128 pages, Éditions de l'Aire

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21 août 2019 3 21 /08 /août /2019 22:00
Soif, d'Amélie Nothomb

Dans Soif, Amélie Nothomb se met dans la tête du Christ. Elle écrit en quelque sorte un récit de la passion selon Jésus, qui diffère de ceux que l'on trouve dans les évangiles synoptiques ou dans celui de Saint Jean, l'apôtre bien-aimé.

 

Si Jésus n'y parle pas beaucoup de sa divinité hormis quand il fait référence aux volontés de son père (qui n'est évidemment pas Joseph), il reprend à son compte ce que Térence a dit avant lui: Rien de ce qui est humain ne m'est étranger.

 

Comme il est le Christ, il peut se permettre de rectifier ce que l'un ou l'autre des évangélistes dit de ses dernières paroles après sa mort ou de citer des auteurs qui sont nés bien après lui:

 

Ce qu'il y a de plus profond dans l'homme, c'est la peau. (Paul Valéry)

 

Tous les plaisirs des jours sont en leurs matinées. (François de Malherbe)

 

C'est le côté humain du Christ qui en fait intéresse l'auteure. Elle ne résiste d'ailleurs pas à la tentation d'en faire un amoureux de Madeleine, dont les rapports avec elle - désobéissant à son père - n'auraient pas été platoniques, mais bibliques...

 

Pour Jésus, les évangélistes, qui rapportent faussement ses dernières paroles, commettent des contresens, voulant lui faire dire ce qu'il n'a jamais dit, trahissant en quelque sorte le fait que, ne leur en déplaise, il est le plus incarné des humains:

 

Le mal trouve toujours son origine dans l'esprit. Sans le garde-fou du corps, la nuisance spirituelle va pouvoir commencer.

 

Jésus dit plus loin que la bonne nouvelle [l'évangile], c'est que l'extrême soif est une transe mystique idéale: Il y a des gens qui pensent ne pas être des mystiques. Ils se trompent. Il suffit d'avoir crevé de soif un moment pour accéder à ce statut...

 

Prendre alors une seule gorgée est un émerveillement: Cet éblouissement, c'est Dieu [...]. L'amour que vous éprouvez à cet instant précis pour la gorgée d'eau, c'est Dieu. Je suis cet amour pour tout ce qui existe. C'est cela être le Christ.

 

La soif et l'amour sont liés: Comment s'étonner que la soif mène à l'amour? Aimer, cela commence toujours par boire avec quelqu'un. Peut-être parce qu'aucune sensation n'est si peu décevante. Une gorge sèche se figure l'eau comme l'extase...

 

L'amour et la mort sont inséparables: Il m'est donné d'entrer dans l'autre monde sans rien quitter. C'est un départ sans séparation. C'est pourquoi Jésus peut dire qu'il est quelqu'un de présent pour de vrai et que cela ne court pas les rues.

 

Son tiercé gagnant, c'est l'amour, la soif, la mort. Ce sont trois manières d'être formidablement présent...

 

La suite? Pour ce qui le concerne, il la résume ainsi: J'ai débuté la vie éternelle. L'expression consacrée ne signifie encore rien pour moi:

 

Ce mot d'éternité n'a de sens que pour les mortels.

 

Francis Richard

 

Soif, Amélie Nothomb, 162 pages, Albin Michel (sortie le 21 août 2019)

 

Livres précédents chez le même éditeur:

Le voyage d'hiver (2009)

Une forme de vie (2010)

Tuer le père (2011)

Barbe bleue (2012)

La nostalgie heureuse (2013)

Petronille (2014)

Le crime du comte Neville (2015)

Riquet à la houppe (2016)

Frappe-toi le coeur (2017)

Les prénoms épicènes (2018)

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20 août 2019 2 20 /08 /août /2019 21:30
Grand National, de Roland Buti

- Le Grand National?

- Un hôtel de luxe où elle livrait le pain pour son père.

- Le Grand National? Quel drôle de nom! Et c'est où?

- A Glion. Sur les hauteurs de Montreux.

 

Le narrateur, Carlo Weiss, est jardinier. C'est de sa mère, Pia, dont il parle avec son employé, Agon, originaire du Kosovo, un colosse agile, un vrai sentimental, qui, donc, essaie de s'en tenir aux valeurs pratiques et aux résultats tangibles.

 

Ensemble ils se sont rendu à la maison de retraite de la mère de Carlo. Elle a disparu sans crier gare. Carlo est inquiet. Ils ont rencontré Madame Jaquet qui partage sa chambre avec elle et à qui Agon a promis une promenade en forêt.

 

Ne voulant pas rester seul, Weiss accompagne Agon sur la parcelle de terre que celui-ci loue à la Ville et qu'il cultive amoureusement. Ils dorment dans le cabanon d'Agon. Mais, au matin, Carlo entend qu'Agon est tabassé par des inconnus.

 

Les inconnus mis en fuite par Weiss et des voisins, Agon est emmené par eux à l'hôpital. Quand, plus tard, Carlo lui rend visite, Madame Jaquet l'a devancé avec des friandises et une photographie de Pia qu'ils ont vue dans sa chambre.

 

Sur cette photographie la mère de Carlo doit avoir quinze ans, seize ou peut-être dix-sept: elle sourit, se retient de rire aux éclats, le temps du cliché; elle est resplendissante de bonheur. Derrière elle, il y a une marquise, que Carlo reconnaît:

 

C'est l'entrée du Grand National.

 

Agon suggère à son patron d'appeler le palace: peut-être s'y est-elle rendue? Renseignement pris, c'est bien le cas. Alors, Carlo s'y rend à son tour. Il voudrait que sa mère retourne à la maison de retraite, mais elle ne veut pas. Alors il se résigne.

 

Si Pia est allée au Grand National, ce n'est pas sans raison et Carlo va peu à peu la découvrir: un secret de jeunesse qu'elle a bien gardé... Agon, lui aussi, a un secret: ce n'est pas pour rien que l'autre jour il a été sévèrement passé à tabac...

 

L'un des nombreux charmes de ce récit filial, ce sont les odeurs essentielles que le narrateur de Roland Buti respire dans les êtres et les choses: l'odeur d'humus des livres d'Agon, le parfum d'Ana qui l'a quitté ou encore les senteurs végétales:

 

Je suis particulièrement sensible à l'odeur de la terre quand l'humidité descend le soir...

 

Francis Richard

 

Grand National, Roland Buti, 160 pages, Zoé (sortie le 22 août 2019)

 

Livre précédent:

Le Milieu de l'horizon (2014)

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19 août 2019 1 19 /08 /août /2019 19:15
Quand j'avais 17 ans, Collectif

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore le concept original du Roman des Romands, il s'agit d'un prix littéraire qui a vu le jour en 2009 sous l'égide de l'association éponyme créée en 2008:

 

Il a pour objectif de promouvoir la littérature contemporaine et de favoriser le lien entre les auteurs et leur public et plus particulièrement le lectorat jeune. Concrètement, il invite des classes du secondaire II de toute la Suisse à lire une sélection d’ouvrages romands, à les évaluer, en discuter, rencontrer leurs auteurs, en débattre avec d’autres classes et en déterminer leur favori.

 

Les élèves de ces classes forment le jury qui est appelé à sélectionner le roman lauréat. Ce dernier remet ensuite le prix du Roman des Romands ” Génération nouvelle ” doté de CHF 15’000.- à son auteur.


Une des classes participantes (désignée par tirage au sort) est également récompensée par un chèque voyage.

 

Pour célébrer ses dix premières saisons, Le Roman des Romands a publié un bel ouvrage, insolite, composé de 71 nouvelles (le nombre symétrique de 17), mises en page dans un format de poche inséré dans un format de livre, qui comporte lui-même des textes illustrés de photos.

 

Le thème de ces nouvelles, observé par les auteurs de manière parfois très libre, est Quand j'avais 17 ans. Ce thème est inspiré du poème Roman d'Arthur Rimbaud qui commence par ce vers célèbre:

 

On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.

 

Les 71 expériences de ces 17 ans sont dues à des auteurs dont les oeuvres ont été sélectionnées au cours des dix premières saisons. Toutefois, si l'on compare la liste des 71 nominés avec celle des 71 contributeurs, on s'aperçoit que trois de ces derniers ont contribué deux fois et que donc trois des premiers se sont abstenus...

 

Dans son mot introductif, la présidente de l'association, Fabienne Althaus Humerose, écrit que ce recueil est offert aux lecteurs du Roman des Romands qui ont à peu près 17 ans ou qui ont tous eu 17 ans et s'adresse in fine, en ces termes, à la génération nouvelle:

 

Que celles et ceux qui se croient petites herbes ingrates, jaunes et sèches, se sentent le droit de devenir fleurs - et pas seulement celles de la réthorique!

"Pourquoi y a-t-il des fleurs?"

 

Et Jacottet de répondre:

"Elles s'ouvrent, elles se déploient, comme on voudrait que le fassent le temps, notre pensée, nos vies. L'ornement, l'inutile, le dérobé.

 

J'aimerais que pour longtemps encore le RdR puisse correspondre à ces trois idées et, tout au bout de sentiers de lectures, les faire fleurir jusque dans les classes!

 

En fin d'ouvrage figurent les noms des comités et de leurs membres, des écoles et de leurs professeurs, des oeuvres sélectionnées et de leurs auteurs.

 

En tout cas, les 71 textes montrent à la fois les permanences et les évolutions des adolescences vécues sur près de deux tiers de siècle et, inévitablement, conduisent le lecteur, pour qui ce n'est plus qu'un souvenir, à se remémorer quand il avait 17 ans.

 

Pour ma part, quand j'avais dix-sept ans, je suis venu en Suisse pour la première fois à l'automne 1968, laissant derrière moi ce qui est devenu pour l'Histoire les événements de mai, vécus dans un lycée parisien, Henri IV: j'ai alors découvert Lausanne, ne sachant pas que ce serait un jour le lieu d'origine romanesque du Romand que je suis aujourd'hui...

 

Francis Richard

 

Quand j'avais 17 ans, Collectif, 244 pages, Le roman des Romands

 

PS

A ma grande honte, alors que mon blog existe depuis 2008, tout comme RdR, je m'aperçois en parcourant leur liste que je n'ai pas lu de livres de 12 d'entre les 71 auteurs cités avec l'année de leurs 17 ans...

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18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 19:00
Quelques jours en automne, de Raymond Delley

L'enveloppe contenait un paquet de feuilles dactylographiées et un billet manuscrit, attaché à la première page par un trombone.

 

Par ce billet, joint aux feuilles dactylographiées dans une grande enveloppe bleue, Xavier apprend cet automne 2017 que Célia, son premier amour, est morte l'été précédent.

 

La signataire du billet, une certaine Sylvia, lui apprend également qu'elle sera au Grand-Hôtel des Allières, le week-end prochain et qu'elle sera heureuse de le rencontrer.

 

Ce billet et ces feuilles dactylographiées, celles d'un journal tenu par Sylvia dès qu'elle a appris la maladie de Célia, décident Xavier à passer le week-end seul aux Allières.

 

Dans ce village se trouve la maison familiale, les Trois-Chênes, qui est associée pour Xavier au souvenir de Célia et à un été d'autrefois, celui de 1984, l'été de Célia.

 

Laissé sans nouvelles depuis lors, il se rend à ce rendez-vous avec l'espoir de trouver des réponses et des éclaircissements au départ sans explication de Célia à la fin de cet été-là.

 

En attendant ce rendez-vous, il remonte le passé, d'échos en échos, jusqu'au moment où Célia lui a laissé l'image, ombre et lumière mêlées, d'une jeune fille qui s'en va...

 

A sa femme, il donne, pour justifier son envie de passer quelques jours seul dans leur maison des Trois-Chênes, le prétexte d'une étude qu'il [est] en train d'écrire sur un musicien...

 

L'été 1984 - il a vingt ans - est celui d'un rêve brisé: Il y aurait désormais cette ombre au tableau, cette blessure qui lui rappellerait la fragilité du jour, l'inconstance des choses...

 

Aujourd'hui, quand il se penche sur son passé, il se rend compte qu'il a reconstruit sa vie et que l'héritage que lui laisse Célia par l'entremise de Sylvia est éblouissant.

 

Car, quand Xavier apprend pourquoi Célia, cet être de mystère, est partie, il comprend que leur histoire a un sens et qu'il peut s'abandonner à un sentiment de plénitude.  

 

Francis Richard

 

Quelques jours en automne, Raymond Delley, 272 pages, Éditions de l'Aire

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15 août 2019 4 15 /08 /août /2019 17:30
Notre Dame de Paris - Ô Reine de Douleur, de Sylvain Tesson

Sylvain Tesson se dit mécréant, mais chrétien. Peut-être est-ce pourquoi il ne se laisse pas assécher l'âme par la triste laïcité, qui refuse toute autre chose qu'elle-même.

 

Son livre est composé de quatre textes:

- Et voici l'océan de notre immense peine (2019)

- Sur les vaisseaux de pierre (1990 -2000), extrait de son Petit traité sur l'immensité du monde (2005)

- Notre-Dame du Bon Secours (août 2015), extrait d'Une très légère oscillation (2017)

- Ô Reine de Douleur (2019)

 

Les deux textes publiés l'un en 2005, l'autre en 2017 montrent qu'il ne s'est pas intéressé tout d'un coup à Notre-Dame de Paris parce qu'elle avait subi un incendie le 15 avril.

 

Dans le premier texte il voit un signe dans la chute de la flèche de Notre-Dame et dans le fait que la cathédrale vacille, mais reste debout, un signe que les trissotins modernes ne veulent pas voir:

 

Ils prennent Notre-Dame pour un musée. Ils veulent par conséquent le rouvrir très vite...

 

Ce signe que Sylvain Tesson voit dans la chute de la flèche est non un message à déchiffrer, mais une occasion à saisir:

 

Nous avons l'opportunité de nous calmer un peu, de lever les yeux de nos écrans, de regarder à nouveau le ciel, de protéger les herbes et les bêtes, de faire silence en nos propres nefs, de nous souvenir que le monde n'a pas commencé hier et de songer à la concorde civile.

 

Dans le deuxième texte il raconte son expérience d'escaladeur de cathédrales, avec quelques héritiers de l'alchimiste Fulcanelli:

 

Si nous grimpions toujours en silence, au milieu de la nuit et vêtus d'habits sombres, ce n'était pas pour défier l'ordre. C'était même précisément par amour de l'ordre. Nous avions compris que les cathédrales étaient des équations.

 

Lors de ces escalades nocturnes, ces grimpeurs font des rencontres, telle celle avec des Compagnons du Devoir qui travaillaient sous le toit de la cathédrale de Paris et les firent entrer dans la forêt:

 

C'est ainsi que l'on nomme la charpente de Notre-Dame de Paris. On devrait dire la jungle car c'est un enchevêtrement de poutres ajustées les unes aux autres sans rivets ni chevilles: un mikado de châtaigniers.

 

Dans le troisième texte, après son accident, il suit le conseil de ses médecins de faire de l'exercice et, en montant quotidiennement en haut des tours de Notre-Dame, se conforme à sa manière au principe de Kant qui, raconte Heine, chaque jour à la même heure, quittait son cabinet de travail et marchait le long d'un trajet immuable:

 

Il y a quatre cent cinquante marches pour arriver au sommet de la tour sud. On s'élève d'abord à mi-hauteur de la tour nord, on traverse la coursive de la façade, au-dessus de la rosace occidentale, et on rejoint la tour sud pour poursuivre l'ascension au sommet.

 

Cette ascèse lui réussit:

 

Chaque jour je sentais les forces revenir. Il y avait quelque chose d'alchimique dans ces heures d'exercice. Comme si le mystère, la puissance de Notre-Dame pulsaient dans mes veines. A présent, je suis remis, je marche droit et je salue toujours les tours de Notre-Dame, quand je flâne à leur pied. Je leur rends bien modestement par ces lignes le bienfait qu'elles m'offrirent.

 

Dans le quatrième et dernier texte, écrit dans la nuit du bûcher, il rappelle ses cent cinquante escalades de Notre-Dame, résumées dans le deuxième texte, qui lui ont permis de comprendre le miracle des cathédrales gothiques:

 

Arcs-boutants, contreforts et pilastres empêchent l'accrétion. Sans eux, le fruit s'ouvrirait. Les flèches jaillissent en geyser, résultant de cette contention. Elles sont la résolution de l'équation de poussée.

 

Il rappelle sa rééducation par la montée des marches des escaliers des tours:

 

L'effort est un baume pour les corps fracassés. On se force, on se contraint, on s'oblige. La douleur recule, les marches défilent, le ciel se rapproche, tout devient facile. Plus je montais, moins les tours semblaient hautes.

 

Il se demande enfin ce que signifie l'effondrement. Qui est, peut-être, la suite logique de ce que nous faisons subir à l'Histoire:

 

L'oubli, le ricanement, la certitude de nous-même, l'emballement, l'hybris, le fétichisme de l'avenir... et, un jour, les cendres.

 

Il conclut que, si nous ne saisissons pas l'occasion offerte dans le premier texte, si nous ne nous partons pas au chevet de notre reine, alors, on se dira que la flèche a bien fait de se retirer...

 

Francis Richard

 

Notre-Dame de Paris - Ô Reine de douleur, Sylvain Tesson, 96 pages, Équateurs

 

N.B. : Les bénéfices de la vente de cet ouvrage seront reversés à la restauration de la cathédrale Notre-Dame et à celle du patrimoine.

 

Livre précédent avec Thomas Goisque chez Albin Michel:

En avant, calme et fou (2018)

 

Livres précédents de Sylvain Tesson:

 

Aux éditions Équateurs:

Une très légère oscillation (2017)

 

Aux éditions Gallimard:

Dans les forêts de Sibérie (2011)

S'abandonner à vivre (2014)

Sur les chemins noirs (2016)

 

Aux éditions Guérin:

Berezina (2015)

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14 août 2019 3 14 /08 /août /2019 22:30
Les dix-sept valises, d'Isabelle Bary

Ils ont vu une femme entrer dans l'océan et s'écarter du rivage, toujours plus loin, jusqu'à ce qu'on ne la distingue plus, comme si l'eau l'avait avalée.

 

Mathilde a du mal à croire que son amie Alicia, la célèbre cheffe, ait disparu ainsi, sans laisser de traces, ce 4 septembre 2018, après qu'elle est venue la rejoindre à Essaouira, au Maroc, pour l'interviewer.

 

Mathilde est journaliste et écrit pour le magazine belge Perspectives. Elle a rencontré Alicia un an plus tôt alors qu'elle se trouvait dans les Ardennes pour une enquête originale sur le mal-être des hommes.

 

Dans la seule auberge du coin se réunissait un groupe de parole au masculin où il était convenu qu'elle fasse une ou deux intrusions pour traquer l'homme 2.0. Alicia était accoudée au bar antique du lieu.

 

Alicia n'est pas encore la cheffe hyper connue, officiant dans une brasserie bruxelloise. C'est elle qui doit préparer le repas pour les vingt mecs participant à ce stage destiné à explorer leurs blessures.

 

Les deux se revoient deux mois plus tard. Puis Mathilde assiste à l'ascension d'Alicia, devenue son amie, ascension due au buzz d'une vidéo. Maintenant elle décide d'écrire Alicia, un roman où elle se met dans sa peau.

 

Mathilde désire être libre de tout réinventer, ce qui n'a pas l'heur de plaire à sa nouvelle rédactrice en chef, Rebecca. Mais elle ne s'en lance pas moins dans la rédaction du livre pendant des congés pris au Maroc.

 

Ce roman s'appellera Les dix-sept valises: ce titre symbolise un tournant crucial de l'enfance d'Alicia, celui d'un voyage familial qui ne se déroule pas comme prévu et qui a pour elle de lourdes conséquences.

 

Dans le roman de Mathilde, Alicia est transformée, de même que Mathilde l'est elle-même en l'écrivant: toutes deux, finalement mues par l'amour, font ce qu'elles ont à faire avec ce que la vie veut bien leur donner.

 

Francis Richard

 

Les dix-sept valises, Isabelle Bary, 192 pages, Éditions Luce Wilquin

 

N.B.

En Belgique, Les dix-sept valises vous attendent à la librairie des Saules (Lasnes), chez Graffiti (Waterloo), Filigranes (Bruxelles) et à L'oiseau Lire (Visé-Liège) ou sur www.isabellebary.be ainsi que tous les autres romans d'Isabelle Bary édités chez Luce Wilquin (éditions qui ont cessé leur activité le 31.07.2019).

 

Livres précédents:

Ce qu'elle ne m'a pas dit (2016)

Zebraska (2014) 

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13 août 2019 2 13 /08 /août /2019 22:00
Cri de lumière, de François Hüssy

- Tu ne vas pas rester poseur d'affiches toute ta vie! Gautier Inber peut t'aider.

- Mais qui est ce type au juste?

- Le plus grand créateur vivant.

- Argl! Dieu en personne.

- Tu as très bien compris: c'est un géant de l'art contemporain. Un génie.

 

Xavier Colini est écrivain. Mais il n'a pas encore réussi à se faire publier. Pour sur-vivre il est principalement colleur d'affiches. Alors sa demi-soeur, Estelle, veut lui donner un coup de main en lui présentant Gautier Inber.

 

Gautier Inber doit en effet connaître des éditeurs. Il connaît tellement de monde. Il peut lui être utile. Seulement celui-ci ne donne rien sans rien. Il faut d'abord lui rendre service, en principe gratuitement, sans garantie.

 

En ce moment Gautier Inber prépare une installation dans le palais de l'évêque de Nice à Genève: le Tombeau de l'âge d'os, celui du XXe siècle et de ses millions de victimes, une installation pour le moins mystérieuse.

 

Comme Gautier est un artiste charismatique, sponsorisé par D.T.L.R, une multinationale de la chimie, il a beaucoup d'adeptes (et beaucoup de dénigreurs) et obtient que nombre de bénévoles en transportent les caisses.

 

Ce qu'il y a dans les caisses, personne ne le sait, mais il y en a un tas. Quand Xavier se présente, Marc, le contrôleur, lui demande de transporter des caisses dans les escaliers du palais. Il accepte, moyennant paiement.

 

Si ça se trouve, il n'y a rien dans ces caisses. Qu'importe, Gautier est un puissant face auquel la plupart des gens renonceraient jusqu'à leur intégrité personnelle. Il n'est pas sûr pourtant que, comme les autres, Xavier le ferait.

 

Car, tout autour de lui, des gens qu'il rencontre ou qui lui sont proches sont prêts à tout pour être dans les bonnes grâces de ce génie de l'art contemporain qui se comporte comme un pompeux despote au double discours.

 

Xavier n'a commis qu'un livre, Torse de femme au soleil (le titre d'une oeuvre de Renoir), et le relis indéfiniment... Quand un éditeur refuse son manuscrit, il paye son retour plutôt qu'il finisse abattu au fond d'une cave.

 

Il préfère en effet s'imaginer, devenu clochard, mourant de froid une nuit d'hiver, ses livres poussant un dernier Cri de lumière dans un caniveau glacé... C'est ce genre de sursaut de dignité, en tout cas, dont il se sait capable.

 

Dans ce roman, qui touche à la satire et où il manie l'ironie, François Hüssy n'est pas tendre avec les manipulateurs, tels que l'est Gautier, et avec ses manipulés, tout en laissant planer le doute sur son talent artistique réel.  

 

Francis Richard

 

Cri de lumière, François Hüssy, 360 pages, L'Âge d'Homme (réédition de l'édition de 2010)

 

Livres précédents :

 

Les deux premiers volumes de la trilogie Le voyage de tous les vertiges:

Dans un reflet rouge sur l'eau noire (2012) (rebaptisé: La porte pourpre des étoiles)

Le grand peut-être (2017)

 

Les îles naufragées (2018, édition revisitée de celle de 1998)

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10 août 2019 6 10 /08 /août /2019 22:15
L'homme qui vivait dans les trains, d'Andrea Gianinazzi

L'homme qui vivait dans les trains apparaît dans trois des huit nouvelles de ce recueil. C'est un vagabond qui circule librement dans toute la Suisse avec l'abonnement général.

 

En connaissance de cause il a choisi de prendre sa retraite dans le train (il a fait ses comptes: avec l'AVS il ne s'en serait pas sorti s'il avait dû payer un loyer et des charges):

 

Ce vagabond connaissait des tas de choses, des fragments d'histoires qu'il recueillait au cours de son éternel va-et-vient, d'une gare à l'autre, du nord au sud, d'est en ouest.

 

En tout cas, il n'importune personne et son abonnement est toujours en règle. On sait seulement qu'il a une histoire sporadique avec la tenancière du kiosque d'une grande gare.

 

Cette errance ferroviaire lui donne une vision circulaire de la vie, alors que la plupart des gens en une linéaire, avec un point de départ et un point d'arrivée, qui lui donneraient un sens.

 

Il ne serait pas loin de faire sien le précepte de Lao-Tseu: Le but n'est pas seulement le but, mais le chemin qui y conduit, puisqu'il dit: La signification est entièrement dans le parcours...

 

Dans les histoires ferroviaires d'Andrea Gianinazzi, transparaît l'étonnement, que son père lui a appris, devant des choses les plus évidentes que nous avons chaque jour sous les yeux:

 

J'ai la sensation que quand je regarde quelque chose je dois également le faire pour lui, avec ses yeux et surtout son regard, écrit-il donc dans son post-scriptum.

 

Dans ce recueil, il le fait si bien que des choses ordinaires deviennent extraordinaires sous sa plume avant même qu'elles ne connaissent un épilogue qui l'est réellement.

 

Il raconte en fait les choses et les êtres avec un regard d'observateur aiguisé, soucieux des détails, comme un artiste-peintre peindrait minutieusement des scènes de genre.

 

Il dédie enfin son livre aux gens qui vivent dans des trains ou dans des gares, mais aussi à ceux dont les vies ont les chemins de fer à l'intérieur d'elles-mêmes ou qui y sont à l'intérieur.

 

Francis Richard

 

L'homme qui vivait dans les trains, Andrea Gianinazzi, 162 pages, Plaisir de Lire (traduit de l'italien par Walter Rosselli)

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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 20:00
Un été avec Paul Valéry, de Régis Debray

Du samedi 17 juillet 2018 au samedi 23 août 2018, Régis Debray a passé Un été avec Paul Valéry en compagnie des auditeurs de France Inter.

 

Le livre qui porte ce titre est fait, comme les précédents de la collection, des retranscriptions des émissions. Dans la première phrase de la première émission, l'auteur évoque inévitablement le Cimetière marin:

 

L'été sied à Valéry, un solaire impénitent, un Méditerranéen qui nous enjoint de courir à l'onde en rejaillir vivant.

 

Paul Valéry (1871-1945) n'est évidemment pas l'homme d'un seul poème, ni seulement poète difficile:

 

C'est une montagne qu'on peut gravir par plusieurs faces, le poète, le moraliste, le philosophe, le critique, le géopoliticien, le dramaturge, le conférencier.

 

C'est tout le mérite de Régis Debray, le temps d'un été, d'avoir fait miroiter aux auditeurs plusieurs des facettes de cet illustre inconnu, dont on ignore, par exemple, que la natation est le seul sport qu'il a pratiqué...

 

Au fil des émissions il montre que Valéry est double, inclassable: il est le bienséant et le frondeur, l'homme d'institution et l'irréconcilié.

 

En effet il partage son temps entre une vie mondaine charitable, voire intrépide, et un travail d'ermite, voire de misanthrope.

 

En effet il n'est ni bon ni méchant, c'est-à-dire ni de gauche, ni de droite: Il récuse les deux bords, mais ne se fâche avec aucun.

 

Oui, mais il pratique le jet de pierres et de grenades, c'est-à-dire de vérités qui ne sont pas bonnes à dire, sur tous les jardins cultivés jusqu'aux plus honorables et respectés.

 

Il a une grande faculté d'analyse et de prévision, sans doute parce qu'il est l'illustration de son propre précepte: Un homme qui renonce au monde se met dans la condition de le comprendre.

 

C'est ainsi qu'il fait des va-et-vient entre le spirituel et le matériel, entre nos pensées et nos appareils:

 

Les oeuvres acquerront une sorte d'ubiquité. Leur présence immédiate ou leur restitution à toute époque obéiront à notre appel. Elles ne seront plus seulement dans elles-mêmes, mais toutes où quelqu'un sera, et quelque appareil.

 

Ce perfectionniste se révèle bien humain. Il tombe amoureux en 1931 d'une belle sculptrice, mais celle-ci en aime un autre et le lui dit:

 

Et lui de répondre:

Comment est-il possible d'aimer tant et de ne pas se faire aimer?

 

C'est certainement ce Valéry-là, qui se laisse aller, et pas seulement en amour, ce Valéry transversal, intempestif et inattendu qui peut retrouver sa place aujourd'hui:

 

Celle d'un contemporain capital à même de nous aider à devenir nous-mêmes contemporains du temps présent - tâche ô combien difficile et chaque jour à reprendre. 

 

Francis Richard

 

Un été avec Paul Valéry, Régis Debray, 176 pages, Équateurs

 

Livre précédent:

Éloge des frontières, Gallimard (2010)

 

 

Dans la même collection:

Un été avec Homère, de Sylvain Tesson (2018)

Un été avec Machiavel, de Patrick Boucheron (2017)

Un été avec Victor Hugo, de Laura El Makki et Guillaume Gallienne (2016)

Un été avec Baudelaire, d'Antoine Compagnon (2015)

Un été avec Montaigne, d'Antoine Compagnon (2013)

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4 août 2019 7 04 /08 /août /2019 22:00
Golden Hill, de Francis Spufford

"Dieu miséricordieux! lâcha-t-il. C'est là une traite pour mille livres!

- En effet, dit monsieur Smith. Mille livres sterling, ou, comme il est mentionné ici, mille sept cent trente-huit livres, quinze shillings et quatre pence, monnaie de New-York. Puis-je m'asseoir?"

 

Ce 1er novembre 1746, débarqué du brick Henrietta, ce Smith se présente avec cette traite, émise par Banyard & Hithe à Londres, au bureau de la firme Lovell & Company, sise Golden Hill Street, à New York.

 

Cette somme est énorme pour l'époque, ce d'autant plus que New York n'est alors qu'une petite ville d'environ sept mille habitants, ce qui n'est rien en comparaison de Londres qui en compte cent fois plus.

 

Richard Smith vient justement de la capitale du royaume britannique pour accomplir dans la colonie américaine une mission mystérieuse, qui ne sera dévoilée qu'à la fin du roman de Francis Spufford.

 

Auparavant, le lecteur attentif en aura une vague idée parce que l'auteur lui aura donné en cours de lecture quelques indices qu'il ne convient évidemment pas de lui indiquer ici. C'est à lui de les découvrir.

 

Toujours est-il que, comme il garde pour lui le but de sa présence dans la colonie britannique, les rumeurs vont bon train au sujet de ce jeune homme de vingt-quatre ans, dont les apparences sont trompeuses.

 

Smith va connaître des hauts et des bas pendant toute la durée de son séjour qui doit être d'au moins soixante jours, puisque, d'un commun accord, avec Lovell & Company, c'est le terme convenu de la traite.

 

Richard Smith, nouveau venu, ne connaît pas les codes et commet de nombreuses maladresses. Ce qui lui vaut des revers de fortune, et de se retrouver mêlé à des querelles politiques et religieuses qui ne sont pas siennes.

 

Les mésaventures de Richard Smith se déroule dans un contexte historique du XVIIIe, qui préfigure la révolution américaine et où, dans la bonne société, on joue au piquet, on fait du théâtre et on se bat en duel.

 

Le récit est en fait écrit par une des personnes de l'histoire, qui n'a pourtant partagé aucune des expériences variées de Monsieur Smith mais qui s'est découverte capable [d'en] concocter les passages nécessaires.

 

A partir d'une histoire qu'elle a en partie vécue, elle fait tout un roman, ressuscitant en quelque sorte Richard Smith, même si le prix en est celui du mensonge à chaque tournant: Les mensonges valent mieux que rien.

 

Francis Richard

 

Golden Hill, Francis Spufford, 320 pages, Slatkine & Cie (traduit de l'anglais par Nadine Gassie)

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2 août 2019 5 02 /08 /août /2019 19:00
J'ai vu le loup, le renard et la belette..., d'Alphonse Layaz

Les siens avaient péri dans un pogrom et depuis lors, il empruntait les chemins qui ne mènent nulle part, là où personne ne l'attendait.

 

Colin Zurich l'Ancien met toutefois un terme à son errance de Juif en choisissant un port d'attache, Lessoc, commune fribourgeoise, et en embrassant la foi chrétienne sans en mesurer l'étendue.

 

A partir de là, Colin Zurich le Jeune, né en 1950, échafaude toute une série d'aventures, sur fond du cours de l'Histoire, des historiettes qui seraient advenues à son ancêtre, le bien nommé Colin Zurich l'Ancien.

 

L'ensemble de ces aventures constituent un conte historique se déroulant au XVIe siècle. Elles sont illustrées de plaisante façon par Claudio Fedrigo qui a aiguisé ses crayons pour l'occasion.

 

Dans ces aventures il est question de guerre qui n'a pas lieu, comme celle Troie, d'amours gentiment polissonnes, d'irrévérences envers les religions, de chansons comme celle du titre.

 

Dans ce conte du XVIe siècle, le récit ne démontre pas, il parle de lui-même et suit au fond la recommandation d'un certain moine nommé François Rabelais: Mieux est de ris que de larmes écrire.

 

Les anachronismes y sont des clins d'oeil au lecteur. Le propos de l'auteur se veut intemporel et ce dernier y choisit la dérision pour mieux se faire entendre, pour mieux détendre le lecteur.

 

Si J'ai vu le loup, le renard et la belette est une chanson qui est peut-être d'époque, ce n'est évidemment pas le cas de La Madelon, de Viens poupoule ou encore du Temps des cerises...

 

Autre exemple: évoquant la ville de Châtel-Saint-Denis, l'auteur ne sait finalement à quel Saint Denis se vouer et propose le docteur extatique, (allusion à Saint Thomas, le docteur angélique?):

 

Extatiques, rue St-Denis, les âmes se pâmaient au giron de beautés infernales, à la recherche du paradis terrestre.

 

Autres exemples:

 

Son premier acheteur était Paul Morand...

 

Voudrais-tu d'une Rousse goulue, d'une Noire charbonnière ou d'une Blonde Bardot?

 

Mais les enfants m'appellent Charlot: je nage dans mes habits, la tristesse allonge ma figure, je marche à dix heures dix.

 

L'oeil de Georges brillait quand Margot dégrafait son corsage...

 

S'il n'y avait ces anachronismes, on serait tenté de dire cependant, que plutôt que d'un conte venu du XVIe siècle, il s'agirait d'un conte comme d'aucuns en écrivirent au siècle des Lumières.

 

Francis Richard

 

J'ai vu le loup, le renard et la belette..., Alphonse Layaz, 120 pages, L'Aire

 

Livre précédent:

La passagère et soixante autres petits faits divers (2015)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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