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23 mai 2018 3 23 /05 /mai /2018 22:00
Stand-by, Saison 1, 1/4, de Bruno Pellegrino, Aude Seigne et Daniel Vuataz

Les séries télévisées sont les héritières des feuilletons de jadis, télévisés ou pas. Zoé cite parmi les feuilletonistes littéraires célèbres: George Sand, Honoré de Balzac et Émile Zola. Du beau monde, tout à fait fréquentable, n'est-ce pas ?

 

Si l'on excepte, des oeuvres telles celles d'Alexandre Dumas qui étaient collectives sous la direction du signataire, les feuilletons étaient plutôt oeuvres individuelles, qui faisaient connaître leurs auteurs tout en alimentant les gazettes.

 

Avec les séries télé, l'individualité s'éclipse: des scénaristes les écrivent souvent ensemble sans que le spectateur sache quelle est la part de chacun dans l'ouvrage. C'est ce modèle qui a été retenu par les trois auteurs de Stand-by.

 

Les auteurs de cette série littéraire sont trois, deux garçons et une fille. Par ordre alphabétique: Bruno Pellegrino, Aude Seigne et Daniel Vuataz. Ils savent que, dans trois têtes, il y a, en principe, plus de choses que dans une seule.

 

La série littéraire de ces trentenaires fourmille de détails vrais qui ne pourraient être que le fruit de plusieurs expériences de vie actuelle. C'est donc bien une série, dont l'unité de ton est remarquable et qui emprunte au langage des séries télé.

 

L'année 2018 est ainsi celle de la Saison 1, dont le lecteur sait d'emblée qu'elle est composée de quatre épisodes, dont les deux premiers ont déjà parus, en janvier et en avril, et dont les deux suivants paraîtront en juin et en août.

 

Dans le premier épisode, le lecteur apprend pourquoi la série porte ce titre court, anglo-saxon, de Stand-by, qui, en français, signifie en attente ou en suspens: C'est dans cette situation que se retrouvent en effet les protagonistes.

 

C'est une lapalissade de dire aujourd'hui que les distances se sont raccourcies entre les différents points connectés de la planète. Mais, en l'occurrence, un phénomène naturel, local, va, au lieu de les réduire, les rétablir.

 

Des jeunes gens finissent leur Service climatique au Groenland. Deux ados en accompagnent un autre à Kotor, au Monténégro, où son père est mort. Une jeune femme, arrivée de Genève, est en transit à Roissy, destination New-York.

 

L'éruption d'un volcan dans la région de Naples met tous ces protagonistes en attente, là où ils se trouvent, ce qui rappelle inévitablement celle du volcan islandais, en 2010, dont le nom était si difficile à dire et à écrire: Eyjafjallajökull.

 

Ces histoires concomitantes n'ont que des liens ténus entre elles: la jeune femme à Paris connaît une des jeunes femmes parties au Groenland, le père d'un des ados de Kotor est parti là-bas lui aussi. Mais elles ont en commun l'effet volcan.

 

Un volcan, c'est un point de contact direct avec le cosmos. Un tunnel qui relie les entrailles d'un corps planétaire à son atmosphère. Le rappel que nous vivons sur une braise, sur sa surface extérieure, refroidie, qui peut se raviver à tout moment. 

 

L'épisode, qui se déroule dans un futur proche, s'arrête vingt-quatre heures après le début de l'éruption. Ce ne sont pas seulement les protagonistes qui sont en stand-by: le lecteur l'est aussi, depuis qu'il a lu: (à suivre), à la fin du volume...

 

Francis Richard

 

Stand-by, Saison 1, 1/4, de Bruno Pellgrino, Aude Seigne et Daniel Vuataz, 176 pages, illustré de dessins de Frédéric Pajak, Zoé

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21 mai 2018 1 21 /05 /mai /2018 22:30
Hériter du silence, de Mathias Howald

Peut-on Hériter du silence ?

 

Mathias Howald répond oui dans ce roman où, en silence, se succèdent plusieurs générations.

 

Le verbe succéder est en fait inadéquat, parce que l'auteur fait se promener le lecteur dans le temps de manière apparemment désordonnée.

 

Les années du récit apparaissent bien en effet successivement, mais pas dans un ordre chronologique: 1966, 2012,1980, 2012, 1979, 2012, 1980, 2012, 1924, 2012...

 

2012, c'est l'année d'expression du narrateur, Mathieu, né à la fin des années 1970. Les autres millésimes éclairent d'où il vient. Et le lecteur l'apprend petit à petit.

 

Ont précédé Mathieu: son père Pierre et sa mère Aline, ses grands-parents paternels, Emil et Murielle, ses grands-parents maternels, René et Louise, son arrière grand-père maternel, Albert...

 

Son père, Pierre, né en 1951 (un bon cru...), a un frère, Jean, et une soeur, Hélène.

 

La maison des parents de Pierre enfant, dans la banlieue grise de Lausanne, s'appelle Tzi Mé, ce qui, en patois vaudois, veut dire Chez Moi, le manoir de ses grands-parents paternels, Villa Cecil, à Avenches.

 

Tout cela, Mathieu le reconstitue grâce à toutes les photos qu'a prises son père Pierre, devenu photographe de famille, après que son grand-père maternel Albert l'a initié à la photo et lui a fait cadeau de son Leica modèle III F quand il avait douze ans...

 

Son père, Pierre, lui, connaît mieux ses propres parents grâce aux carnets en skaï noir que Murielle, l'artiste de la famille, noircit quand elle ne peint pas ou ne fait pas de tapisseries, et qu'il a lus sans qu'elle le sache...

 

Dans cette famille, à chaque génération, on hérite du silence... Et il faut être curieux pour le rompre, ne serait-ce qu'au figuré...

 

Pierre est ainsi l'archétype du taiseux, qui prétend ne pas avoir de souvenirs... Son fils Mathieu confirme:

 

Il faut croire que dérouler, découper et développer de la pellicule pendant des heures t'était plus facile que de nous parler. La dernière transformation, celle qui consiste à passer de l'image aux mots, celle qui consacre l'image dans son contexte, historique et émotionnel, me manquera toujours...

 

Alors, il ne reste à Mathieu qu'une possibilité, celle d'interpréter librement les images qu'il a sous les yeux.

 

Comme le lecteur en apprend davantage que lui sur sa famille, il peut constater que, même si Mathieu n'a que faire de cette liberté d'interprétation, il n'en fait pas si mauvais usage que ça puisqu'il n'est pas loin de la vérité sur les siens...

 

Francis Richard

 

Hériter du silence, Mathias Howald, 188 pages, éditions d'autre part

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19 mai 2018 6 19 /05 /mai /2018 11:45
Café des Chimères, d'Anne-Claire Decorvet

Femme infiniment - Le quotidien de votre quotidien est le journal féminin dans lequel écrit Salomé Dutilleul. La cinquantaine, elle vit seule. Elle est ravie que Julie ait accepté de lui confier l'enquête sur les sites de rencontres quand elle s'est portée volontaire.

 

Mais l'expérience ne tourne pas à son avantage. Car Julie trouve ses deux premiers articles consternants. Comme Julie le lui a demandé, alors Salomé ne s'impose pas de limite mais elle est violentée physiquement par le type de sa troisième rencontre...

 

Il n'est plus question que Salomé continue et Julie confie la relève à Mélisse Ambremont, la plus jeune des rédactrices, pleine d'idées et de fougue. Tout sépare donc Salomé et Mélisse, y compris les lieux de rencontre avec les hommes qu'elles élisent sur la Toile.

 

Salomé les invite au Café des Chimères, un truc ringard, aux couleurs aiguës, vert absinthe et rouge tomate, tandis que Mélisse leur donne rendez-vous dans un bar minimaliste, Au Diable à Quatre, moquette noire, comptoir d'aluminium et piano jazzy... 

 

Salomé met le doigt sur ce qui les différencie, elle et Mélisse:

N'attendant rien, Mélisse accueille tout. Moi j'attends tout, n'accueillant rien.

 

Salomé a déjà mal vécu que son amie Julie l'ait évincée par deux fois dans la vie: elle lui a pris l'homme qu'elle aimait il y a vingt ans; elle a obtenu le poste de rédactrice en chef il y a deux ans, alors qu'elle l'avait précédée dans le journal et lui avait tout appris.

 

Salomé rumine et se pose des questions existentielles:

De quoi suis-je dépourvue: de technique érotique ou de personnalité? d'aisance ou de talent?

 

Le récit de Salomé coïncide avec le procès mené contre elle-même (ou qu'elle s'inflige) puisqu'elle ne supporte pas les comparaisons. Et les parties du livre en soulignent le crescendo: L'enquête, L'accusation, La condamnation, L'exécution, La disparition...

 

Le contexte n'est pas non plus favorable à Salomé: la presse écrite est menacée par la presse en ligne. Sans parler - ce serait céder à la facilité - de conflit de générations, peut-être serait-il plus juste de dire que progrès et conservation éternellement s'opposent...

 

Francis Richard

 

Café des Chimères, Anne-Claire Decorvet, 280 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livres précédents:

Avant la pluie (2016)

Un lieu sans raison (2015)

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14 mai 2018 1 14 /05 /mai /2018 22:00
Les petits hommes d'Antonia, de Loyse Pahud

Marco se représente ainsi Antonia, encore maintenant: d'une grande douceur et d'une jolie beauté.

 

Stéphane se dit à son sujet en la regardant: Elle a la démarche agile et légère. Comment fait-elle? Elle n'est pourtant pas mince.

 

Les petits hommes d'Antonia, ce ne sont pas ses deux fils, Paolo et Mario, qu'elle a eus avec Marco. Contrairement aux apparences, ce sont Marco et Stéphane, son ex et son actuel, qui sont tous deux comme des gamins qui ne savent pas ce qu'ils veulent. Ils vont tous deux montrer tout au long du récit l'ambivalence de leurs sentiments à l'égard d'Antonia.

 

Marco, tout en aimant Antonia, est allé voir ailleurs. Ailleurs, c'était une collègue de travail, Judith. Quand Antonia l'a découvert, par le hasard d'un SMS, elle n'a pas accepté et demandé le divorce. Judith est devenue la compagne de Marco, mais ils ne vivent pas ensemble. Judith l'aime, mais lui, l'éternel indécis, n'a pas très envie d'emménager avec elle...

 

Stéphane, tout en aimant (ou désirant) Antonia, ne peut s'empêcher de penser à celles qui l'ont précédée dans son lit, et plus précisément à Daphné, l'Anglaise, la fille au pair. Il ne peut s'empêcher non plus d'être méchant avec Antonia et ne comprend pas qu'elle ne lui en veuille pas, qu'elle soit même encore plus tendre avec lui, ce qui a le don de l'exaspérer.

 

Marco et Stéphane, au même moment, partent l'un avec Judith et ses deux fils, l'autre avec Antonia; qui pour le chalet à la montagne dans le but de faire du ski, qui pour une escapade touristique et amoureuse en Italie, à la découverte de vestiges et nécropoles étrusques sur lesquels Stéphane, qui est déjà venu avec d'autres, se montre intarissable et très savant.

 

Marco et Stéphane sont pourtant conscients qu'ils s'inventent les drames de leur vie: On a la chance d'être à l'abri des guerres, des famines, des violences arbitraires. Et on est là à se fabriquer des petits drames intimes, se dit Marco, tandis que Stéphane à la fois veut rester seul et voudrait prendre en considération les aspects positifs d'une relation avec elle.  

 

A l'issue du récit, les déceptions dominent chacun des deux petits hommes qui prétendent le contraire. Ce qui aurait pu changer leurs situations du tout au tout ne s'est pas produit. Il semble que les lignes aient repris leur place initiale, mais peut-être n'est-ce après tout qu'une impression. En tout cas, leurs équations de couple attendent toujours une résolution.  

 

Francis Richard

 

Les petits hommes d'Antonia, Loyse Pahud, 184 pages, Éditions de l'Aire

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13 mai 2018 7 13 /05 /mai /2018 17:45
La dernière note du Requiem, d'Anne Bouxin

La dernière note du Requiem est un roman composé d'un prélude et de quatre partitions. Le requiem est celui de Johannes Chrysostomus Wolfgangus Theophilus Mozart, dont il n'est pas superflu de connaître les prénoms pour en détenir une clé.

 

Pendant qu'on y est, on peut préciser que Théophile signifie aimé de Dieu, ce qui donne en allemand Gottlieb et en latin Amadeus... Le musicien, natif de Salzbourg, est en effet plus connu sous le nom raccourci de Wolfgang Amadeus Mozart.

 

Les réseaux sociaux ont aussi leur importance dans cette histoire, en particulier Facebook. C'est sur ce réseau que se rencontrent Yaloïsa (Yalo) et Joannes. Cette rencontre eut été improbable autrement. Car elle est top-model, lui directeur financier.

 

Joannes Daumase - c'est son patronyme - a de grands yeux noisette et de belles dents blanches dignes d'une pub pour Email Diamant. Il est intelligent, cultivé et drôle. Elle apprendra plus tard qu'enfant il était déjà un petit prodige de la finance.

 

Joannes a demandé à devenir ami de Yaloïsa parce qu'elle le fait rire beaucoup - les anciens petits prodiges aiment rire. C'est en cela qu'il la trouve magnifique: il a particulièrement apprécié ses making of d'une publicité pour les macarons Clément...

 

Elle a accepté sa demande parce qu'il lui plaisait, tout simplement - c'était une bonne raison -, bien qu'il soit un contact de son amie Guizela - ce n'était pas une référence -, dont la cuisse est à peu près aussi légère que son coude pendant les vendanges...

 

Elle l'a fait d'un simple clic, alors qu'après un shooting elle faisait une pause, pieds nus, sur la pelouse de l'Orangerie du Château de Versailles, sous les yeux d'un vieillard installé en face d'elle, qui peut-être la dessinait sur la feuille de ses pastels...

 

L'âme de Mozart est omniprésente dans le livre: Joannes n'a-t-il pas déjà sur Facebook un solde de 1791 amis, dont 1756 de sexe féminin, i.e., respectivement, les dates de la mort et de la naissance de l'homme à l'oreille absolue, à la mémoire eidétique...

 

Mais ce ne sont pas les seuls mots de passe du roman, qui, pour devenir une belle histoire, aux accents séculaires, relie les héros d'aujourd'hui à ceux de jadis par des voies paranormales, qu'empruntent des âmes perdues en quête d'un repos mérité.

 

Le lieu de la cristallisation de ces amours intemporelles est justement Salzbourg où Yaloïsa et Joannes se rendent en couple d'amants pour assister, à la cathédrale, à une représentation du fameux requiem et, mieux occupés, dédaignent une réception...

 

Il en aura donc fallu du temps pour que les mots et les choses rentrent enfin dans l'ordre. Les mots à partir des lettres de leurs anagrammes primitives, les choses à partir du redressement de destins contrariés et de la réparation d'un crime resté impuni.

 

Francis Richard

 

La dernière note du Requiem, Anne Bouxin, 238 pages, Lilys Éditions

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12 mai 2018 6 12 /05 /mai /2018 18:15
Nuits incandescentes, de Sophie Colliex

Au milieu des années 1930 que peut faire de ses nuits un jeune homme à la fin de son engagement pour cinq ans dans la Marine? Écrire des lettres à celle pour laquelle son coeur s'enflamme, écrire ses souvenirs dans un cahier pour leur donner une forme:

 

Mon quotidien de caserne m'offrait de longues et fréquentes nuits de veille solitaire, sous les étoiles, à la lueur des lampes, et d'assez larges espaces d'imagination pour incendier ma plume.

 

Emmanuel Morales s'est engagé dans la Marine à dix-huit ans. Il entre dans sa vingt-troisième année. Il est originaire de Saïda, au sud d'Oran. Il a réussi son brevet de radiotélégraphiste et vient d'être affecté à Bizerte, pour ses derniers quinze mois de service.

 

Berthe, qui a son âge, lui a écrit une lettre dans laquelle elle lui a dit sa hâte de faire une autre promenade dans la colline en [sa] compagnie, lors de [sa] prochaine permission. C'est le début d'une longue correspondance amoureuse, entre deux êtres qui diffèrent:

 

Tu voulais dompter les vagues, et moi jeter mon ancre dans une anse tranquille...

 

La mère d'Emmanuel est morte le jour où elle donne naissance à un cinquième enfant qui ne survit pas. Emmanuel a tout juste quatorze ans ce 23 octobre 1927. Son père, Vicente, fait la connaissance d'Elvire, sa future épouse, deux ans plus tard.

 

Elvire est veuve. Elle est la soeur de Manuela, la mère de Berthe, laquelle a épousé Alphonse Salinier, un ami très cher de Vicente... Les Morales, Vicente et ses quatre enfants, rendent souvent visite aux Salinier dans leur ferme de Tiaret, à l'est de Saïda.

 

L'un des camarades d'Emmanuel, Bouboule, s'est esclaffé quand il l'a surpris à écrire dans son cahier: Raconter la vie de caserne, les tours de quart et les cuites du patron... Est-ce que quelqu'un lira ça? Il faut croire que oui, puisqu'on en lit volontiers le récit.

 

Mais on lit aussi avec bonheur l'évocation des chansons de l'époque (de Tino Rossi ou de Lucienne Boyer), des tangos latino-américains, des livres que l'on lit (de Delly ou de Francis Carco), des films que l'on voit (d'Anatol Litvak ou de Marcel Lherbier).

 

Ce qui est intemporel, c'est l'attachement d'Emmanuel à la terre d'Afrique du Nord où il est né et où se trouvent ses racines. Cet attachement est peut-être d'autant plus grand qu'il est un marin d'eau douce: J'ai le mal de mer et je n'ai jamais aimé les bateaux...

 

Francis Richard

 

Nuits incandescentes, Sophie Colliex, 270 pages, La Cheminante

 

Livre précédent:

L'enfant de Mers-el-Kébir, Éditions Encre Fraîche (2015)

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6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 11:00
La Surnommeuse, de Pascal Houmard

Elle surnomme à tout-va les êtres de chair et d'os qui l'entourent...

 

C'est La Surnommeuse, l'héroïne de Pascal Houmard. Elle s'appelle Antigona Krestaj. Elle a 40 ans. Elle est d'origine kosovare. Dans le civil, si j'ose, elle est cheffe de la Brigade Criminelle à la Police Judiciaire de Lausanne.

 

La photo de couverture qui la représente sous les traits de la comédienne Anna D'Annunzio donne une idée de son physique avantageux. Encore que ce soit le rire le principal atout de son charme: il illumine et il réchauffe ceux qui l'entendent...

 

Elle surnomme donc tout le monde. Elle a commencé petite. Elle avait fait la connaissance du bibliothécaire du bibliobus qui sillonnait la capitale vaudoise, Vincent Alignac: elle l'avait surnommé le Négrivain clandestin parce qu'écrivain il écrivait à la place d'autres écrivains.

 

C'est grâce à son Négrivain qu'elle a osé approcher Georges Simenon. Lequel lui a donné le meilleur des conseils pour réussir dans son métier de policière: la méthode de Maigret est de ne pas suivre de méthode, de ne pas subir le système, de rester humain, proche des autres humains...

 

Tous les gens qui l'entourent, Antigona les surnomme donc, en principe tout bas, en secret pour elle-même, mais pas toujours, parce que les surnoms lui échappent parfois quand elle s'adresse à eux. Mais les surnoms peuvent être aussi pour elle une marque d'affection.

 

Son équipe à la Crim' comprend ainsi 'tit Momo, Rime-à-rien, Chignard, Donzelle ou Joker, pour Mohammed Zitaouï, Fanny Rimeyat, Laurent Chugnard, Samuel Donzet ou Philippe Jaccard. A chaque fois, bien sûr, le surnom, qui peut être sujet à évolution, est représentatif...

 

Antigona elle-même se surnomme intérieurement Antigone ou Créon, selon qu'en elle domine la volonté de découvrir la vérité ou d'appliquer la loi, selon qu'en elle parle la femme ou l'inspectrice, selon qu'elle écoute son coeur ou sa raison.

 

L'autre protagoniste s'appelle David Morlans, l'écrivain célèbre. Son premier livre a été un best-seller. Il y a trois ans, sa femme Natalie est morte dans un accident de voiture. Il n'a plus été capable d'écrire lui-même que des acrostiches composant son prénom.

 

Alors, un temps, il a fait appel à un nègre littéraire: Vincent Alignac, justement. Et c'est là que le lecteur comprend où voulait en venir l'auteur avec ces deux protagonistes, car Alignac est retrouvé assassiné chez lui, dans son appartement de Lausanne, chemin de Montelly...

 

L'enquête menée par Antigona s'avèrera plus complexe que de prime abord, mais l'auteur sèmera des petites phrases au fil du récit, qui seront autant d'indices pour le lecteur attentif à trouver la solution; des petites phrases comme celle-ci, qui sera révélatrice:

 

Le plus important, ce n'est pas de vendre ce qu'on envoie, c'est de rendre ce qu'on a reçu.  

 

Et à la fin, comme dans L'arroseur arrosé, l'inspectrice Krestaj sera à son tour surnommée la commissaire Crystal, parce qu'une enquête aussi humainement menée par elle ne pouvait aboutir qu'à une promotion bien méritée et à un surnom éclatant...

 

Francis Richard

 

La Surnommeuse, Pascal Houmard, 382 pages, Éditions Mon Village

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 22:30
Morceaux, de Sacha Després

Ils vivent dans la zone et à l'intérieur des bâtiments production. C'est sur l'île mystérieuse qu'on a basé le cheptel principal. Les morceaux de ce terroir jouissent d'une certaine liberté grâce à leur mode d'élevage en plein air. Pourtant la mélancolie plane au-dessus du territoire. Peu perceptible, elle reste sans conséquence sur la qualité gustative des produits.

 

Idé Fauve et son frère Lucius sont des Morceaux, mais ce ne sont pas des morceaux comme les autres. Ils ont été choisis, l'une pour devenir un produit de compagnie, l'autre pour être un reproducteur certifié, un mactator. Ils l'ont été par l'agent O, fonctionnaire qui travaille pour l'espèce soi-disant supérieure, celle des gras qui détiennent le monopole de la contrainte.

 

Alors ils vont quitter la zone pour se rendre là où règnent l'Organisation et le directeur du Sent, après avoir franchi le poste-frontière du district trois, et montré leurs poignets numérotés aux autorités, après qu'on a vérifié qu'ils étaient des produits sains. Ils savent que les morts sont utilisés pour leur viande, les vivants pour la sexualité - à consommer sur place ou à l'emporter.

 

L'histoire de ces morceaux se passe à une époque indéfinie, après une apocalypse planétaire. Les continents se sont disloqués. Une île mystérieuse a émergé et avec elle un virus, celui d'une nouvelle barbarie. Des heures parmi les plus sombres ont succédé aux lumières. La hiérarchie des corps en est la nouvelle religion. L'Organisation est garante de cet ordre sacré.

 

Dans ce monde, il est interdit de rêver, mais il est permis à certains de tuer. Cela leur est même recommandé puisque le pouvoir des uns, les supérieurs, leur commande d'en torturer et d'en faire mourir d'autres, pour les consommer, sans discrimination. Quant aux supérieurs, quand ils ne parlent ni économie ni politique, ils festoient, puis se mettent en chasse...

 

Pour que les lumières se substituent à ces ténèbres, ne faut-il pas évoquer le monde dont on ne parle plus, qui seul peut permettre de les libérer? On le croyait mort, mais ne subsiste-t-il pas dans les rêves emmaillotés, les souvenirs morcelés? Tout pourrait alors recommencer, mais il faudrait éviter bien sûr, cette fois, qu'après ce ne soit l'enfer sur Terre qui recommence...

 

Francis Richard

 

Morceaux, Sacha Després, 168 pages, L'Âge d'Homme

 

Livre précédent:

La petite galère (2015)

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2 mai 2018 3 02 /05 /mai /2018 22:55
La Tour d'abandon, de Marina Salzmann

Elle dort souvent, partout. Elle s'assoupit à tout moment et n'ose même plus conduire une voiture. Mais après tout, quand elle sera morte, il en sera fini de ce bienheureux sommeil.

 

Elle, Anna, est atteinte de narcolepsie. Il n'est pas étonnant, comme le montre à maintes reprises le récit, qu'elle confonde rêve et réalité... Elle habite une tour, La Tour d'abandon, dont on ne sait si elle doit son nom au fait qu'Anna s'y abandonne au sommeil, notamment dans la baignoire collective, ou au fait que cet immeuble est en piteux état, à en juger par la spirale de son escalier:

 

A la descente, frôlant du coude la courbe du mur, on parcourt des volées de marches interrompues par les paliers sur lesquels les habitants entreposent les objets les plus variés, vieux meubles ou jouets cassés, ce dont on ne sait que faire sans s'être encore tout à fait décidé pour la déchetterie.

 

Anna, la prof, n'habite pas seule. Le chien Trouvé, comme son nom l'indique, vit à ses côtés, comme son ombre. Quand elle est revenue du Sud, elle a découvert une femme torturée et nue, sur le mur de son salon:

 

La femme sur le mur est un peu plus petite qu'elle mais lui ressemble. Chevilles épaisses, qui contrastent avec ses poignets fins. Ventre musclé et jambes un peu courtes. Seins minuscules. Sa tête est renversée sur le côté.

 

Dans la même tour, habite son amie de longue date, la journaliste Tess (Teresa Esposito), la contrefaite de naissance: elle a une malformation du bras droit, elle est gauchère, en quelque sorte. Avec laquelle elle converse quand elles se retrouvent toutes deux dans le corridor pour fumer:

 

Les appartements de l'immeuble dans lequel vivent Anna et Tess sont distribués tels les pétales d'une fleur compliquée autour d'un axe constitué d'air: le centre de la vrille de l'escalier. Il est probable qu'ensuite, à l'intérieur des appartements, chaque habitant tourne autour d'un axe en quelque sorte secondaire, organisant ses gestes et parcours comme le fait Anna autour de la femme sur le mur, ou Tess à son bureau entre une pile de journaux et une tasse vide.

 

Anna est allée dans le Sud pour tenter de savoir si la mort, il y a un an, de son frère Pablo était accidentelle ou non: il enquêtait sur un tableau volé en 1969, la Nativité avec Saint François et Saint Laurent du Caravage... La compagne de Pablo, Antonella, sait seulement qu'il envoyait régulièrement ses travaux à un ami qu'il avait en Suisse. Un nom allemand ou anglais...

 

Au fil du récit, les passés de Tess et d'Anna resurgissent. Ils expliquent bien des choses sur ce qu'elles sont devenues l'une et l'autre et sur les liens qui les unissent. Mais le lecteur doit attendre la fin du livre pour que les dernières zones d'ombre se dissipent et que les mots de l'auteur terminent de se mêler au temps pour y tisser un peu de mémoire:

 

C'est ainsi qu'hier vient dans aujourd'hui, que la fin s'éloigne dans le passé.

 

Francis Richard

 

La Tour d'abandon, Marina Salzmann, 176 pages, Bernard Campiche Éditeur

 

Livre précédent:

Safran (2015)

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 21:00
La Terre tremblante, de Marie-Jeanne Urech

Bartholomé de Ménibus n'a pas tué le père, mais il l'a enterré. Après quoi il est parti du village. Il a gravi la montagne pour aller voir ce qu'il y avait derrière. Et il a vu que, de l'autre côté de la montagne, s'en cachait une autre, et, derrière celle-ci, une autre encore, et ainsi de suite.

 

Cela ne l'a pas découragé. L'homme est ainsi fait qu'il a soif de connaissances, depuis le pommier d'éden, et qu'une déception, si grande soit-elle, ne suffit pas à le faire renoncer. Derrière chaque montagne Bartholomé fait des rencontres, qui ne laissent pas de le surprendre.

 

Derrière la première montagne il rencontre des vieillards abandonnés par leurs familles qui partaient en vacances: on n'abandonne pas seulement des chiens au bord de la route. Pour attirer le touriste, les vaches y sont pourvues de hublots, fenêtres sur leur panse, pour y voir leur lait...

 

Rose Slatter s'inquiète pour Bartholomé de Ménibus. Elle a un physique disgracieux: elle boite. Mais elle a un coeur d'ange, un coeur sincèrement épris de Bartholomé. C'est un ange boiteux. Rose et Bartholomé, avant qu'il ne parte, aimaient s'asseoir sur un banc, côte à côte.

 

Après avoir attendu Bartholomé quarante jours sans qu'il revienne, elle part en claudicant à sa recherche, en quête de traces qu'il aurait laissées derrière lui. Chemin faisant elle lui écrit une longue lettre affectueuse, tandis que, parallèlement, il fait le récit discontinu de son errance.

 

Le monde qu'ils décrivent l'un et l'autre n'a rien de réjouissant: c'est le monde cauchemardesque de La Terre tremblante, préfiguration de ce que le monde d'aujourd'hui pourrait bien être demain, faute non pas de prises de conscience, mais de responsabilités bien définies.

 

Les êtres et les choses s'adaptent pourtant aux nouvelles conditions auxquelles ce monde les soumet, comme si la vie devait toujours l'emporter sur la mort, ce qui ne veut pas dire que ce soit merveilleux pour autant. La merveille reste cet amour à distance de Rose et de Bartholomé... 

 

Francis Richard

 

La terre tremblante, Marie-Jeanne Urech, 128 pages, Hélice Hélas

 

Livre précédent chez le même éditeur:

Malax (2016)

 

Livres précédents à L'Aire:

L'ordonnance respectueuse du vide (2015)

Le train de sucre (2012)

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22 avril 2018 7 22 /04 /avril /2018 18:30
Quand vos nuits se morcellent - Lettre à Ferdinand Hodler, de Daniel de Roulet

Un être humain n'est jamais tout d'un bloc. Il évolue, l'âge aidant, ou n'aidant pas. Et, quand il se penche sur son passé, il prend conscience des autres lui-même qu'il a été et, dans le même temps, de ce qui est le fin-fond de son être, de ce qui perdure en lui, quoi qu'il fasse.

 

Avec les artistes, ce constat est d'autant plus flagrant (si les oeuvres demeurent accessibles), qu'il s'agisse de musique, de littérature, de sculpture ou de peinture. Suivant ses goûts, et ses couleurs, l'amateur d'art retient alors ce qui lui ressemble, ce qui lui parle, ce qui lui plaît.

 

Dans sa lettre à Ferdinand Hodler, mort il y a cent ans exactement le 19 mai prochain, Daniel de Roulet, suivant l'exemple de sa mère, ne cache pas qu'il n'aime pas chez le peintre ses grands sujets, leur préfère ses 74 tableaux, ses plus de 240 dessins de Valentine Godé-Radel.

 

La couverture de Quand vos nuits se morcellent reproduit d'ailleurs un de ces portraits de Valentine malade (elle mourra un mois plus tard). En la peignant et en la dessinant jusqu'au bout, Ferdinand aura témoigné par son art de son amour pour cette femme de vingt ans sa cadette.

 

Daniel de Roulet est touché par cette empathie du peintre pour son amante, avec laquelle il n'aura jamais vraiment vécu et donc jamais connu l'ennui d'une rencontre qui se prolonge: ils auront eu certes des nuits communes mais intermittentes, avant qu'elles ne se morcellent.

 

Daniel de Roulet n'est ni critique d'art, ni biographe. Aussi est-ce en amateur qu'il dresse, de manière désordonnée, le portrait de ce peintre qu'il aime, se basant sur les écrits de Hans Mühlestein, sur des lettres échangées, sur des portraits, sur des auto-portraits ou sur des paysages.

 

Par touches successives, empruntant des pistes, quitte à rebrousser chemin pour retoucher des faits qu'il imagine par des faits avérés, l'auteur, prenant prétexte du centenaire de sa mort, ressuscite l'artiste, qui, en peignant la mort, a peint la vie, pour savoir comment conduire la [sienne]...

 

Il semble que Ferdinand ait fait la connaissance de Valentine en 1908. Et Daniel de Roulet ose une hypothèse: à partir de son amour pour la Parisienne, qui le transporte, il aurait trouvé sa manière inimitable de rendre compte de la matière dont sont faits les rivières, les lacs, les montagnes.

 

Il confesse que c'est ce style tardif qui le touche à nouveau après une éclipse qui va de 1890 (l'année où Hodler peint La Nuit) à 1908: Jusqu'à cette date même vos paysages ne sont pas assez hodlériens. Valentine lui dira un jour, en Engadine, qu'il n'est bon qu'à ça: peindre des lacs.  

 

Le fait est qu'aujourd'hui l'amateur d'art, avec Daniel de Roulet, en définitive, retiendra surtout de Ferdinand Hodler ses portraits de Valentine, ses auto-portraits et ses lacs, qui ne sont pas magnifiques parce qu'ils sont suisses, mais parce qu'il en a fait une peinture qui tend à l'universel.

 

Francis Richard

 

Quand vos nuits se morcellent - Lettre à Ferdinand Hodler, Daniel de Roulet, 128 pages, Zoé

 

Livres précédents:

Terminal terrestre Éditions D'autre Part (2017)

Tous les lointains sont bleus Phébus (2015)

Tu n'as rien vu à Fukushima  Buchet-Chastel (2011)

 

Au Musée d'art de Pully, jusqu'au 3 juin 2018, a lieu une exposition consacrée à Hodler et le Léman :

Du mardi au dimanche de 11h à 18h

Le jeudi jusqu'à 20h

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21 avril 2018 6 21 /04 /avril /2018 22:30
Love stories, de Vincent Kappeler

"Salut chérie, c'est moi!

- Très bien, je vais me coucher."

Armand Schneider se sentit soudain incompris.

Il venait de rentrer d'un long voyage et s'attendait à un accueil plus chaleureux. Il rangea quelques affaires dans un sac de sport, regarda une dernière fois sa femme, Mathilde, dormir dans leur lit et mit le feu aux rideaux du salon.

 

C'est un bon début, n'est-ce pas? C'est du Vincent Kappeler dans ses oeuvres. Mais c'est aussi la fin de la première des Love stories racontées dans ce volume, prologue à toute une série d'histoires semblables, et, disons-le, totalement invraisemblables.

 

Ainsi les amours de Paul et de Jeanne se terminent-elles de façon aussi loufoque (en plus tragique) que celles d'Armand et de Mathilde, puisque Jeanne succombe à une crise cardiaque en raison du vacarme dû au sprint terrible de Paul sur leur vélo d'appartement.

 

Le long voyage dont il est question au début est celui qu'en 2004 Armand accomplit avec Paul en Sibérie: ils s'y sont tous deux lancés sur la Trace des goulags... Dix ans plus tard, en 2014, les deux touristes y retournent et y retrouvent Anaïs Pavliochenka.

 

Entre-temps, après que Mathilde l'a quitté, suite à l'incendie, Armand a épousé Laura, la réceptionniste de l'hôtel où il se réfugia cette nuit-là, qui était auparavant tombée amoureuse d'un cochon d'Inde, puis d'un malade, dont les vies furent bien brèves.

 

Après ce nouveau long voyage, Armand retourne auprès de Laura. Le lecteur, pris tantôt de compassion tantôt de fou-rire tout au long de ces histoires tragi-comiques, avant de connaître le mot de la fin, se doute de ce qui adviendra à la suite de son absence...

 

Francis Richard

 

Love stories, Vincent Kappeler, 80 pages, L'Âge d'Homme

 

Livres précédents chez le même éditeur:

Loin à vol d'oiseau (2015)

Les jambes d'abord sont lourdes (2017)

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15 avril 2018 7 15 /04 /avril /2018 22:00
Passage de la Déroute, de Monique Rebetez

Le nom du lieu leur avait plu et, lorsqu'on leur demandait où ils iraient cet été, ils s'amusaient à répondre qu'ils passeraient une semaine aux Pieux.

 

Les Pieux existent. C'est un village du Cotentin, au sud de Flamanville, où se trouve la centrale nucléaire du même nom, située elle-même à 20km au sud de l'usine de retraitement des déchets nucléaires de La Hague.

 

Alexandre Bessire et sa femme Claire sont donc venus du Jura pour y passer leurs vacances à partir du dimanche 12 juillet, dans une maison isolée, La Roche à Coucou, tenue par la famille Langlois, à mi-chemin entre la mer et le village.

 

Le Passage de la Déroute est le canal maritime qui sépare les îles anglo-normandes et la côte occidentale du Cotentin. Comme le note en fin d'ouvrage Monique Rebetez, les courants du Raz Blanchard y sont parmi les plus forts du monde.

 

Même si Alexandre et Claire n'ont pas choisi ce lieu de villégiature pour cette raison, Alexandre, ingénieur de formation, spécialisé dans les éoliennes, n'est pas en terrain totalement inconnu puisqu'il s'occupe lui aussi de courants, de courants d'air...  

 

Drôle d'idée, en tout cas, de passer des vacances dans le Cotentin, où il ne fait pas souvent beau, même en été... Cela ne va pas les empêcher de s'occuper, chacun de leur côté, lui en se rendant dans le nord de la presqu'île, elle à proximité.

 

La présence à La Roche à Coucou d'une jeune pianiste de 17 ans, Laly, nièce de la propriétaire des lieux, qui joue dans le salon, sous le poster du Blue and Grey de Rothko, va être déterminante dans leur façon de s'occuper.

 

Claire se lie avec Laly, qui lui ressemble et qui lui rappelle qu'il y a quinze ans elle a perdu un enfant d'Alexandre mais le lui a caché parce que de toute façon il n'en voulait pas: Les enfants, on les fait peut-être à deux, mais on les perd toute seule...

 

Alexandre mène son enquête sur Laly, dont le père, François, et la mère, Lisa sont morts le jour de sa naissance, un 9 août, dans un accident de voiture, survenu quatre mois après que de graves accusations ont été portées contre François

 

François, chargé de la sécurité à La Hague, aurait en effet transmis à des opposants à l'usine des informations sur de graves dysfonctionnements qui s'y seraient produits. Alors qu'il était l'honnêteté et la discrétion mêmes...

 

Alexandre et Claire forment un couple fait de deux individus libres de leurs actes. C'est le principe, voulu par Alexandre et accepté par Claire, qui préfère qu'il soit intermittent du ménage plutôt que fonctionnaire matrimonial.

 

Seulement le principe est une chose et la réalité peut être autre. Car, comme le dit Laly à Claire: Il y a parfois des choses qu'on voudrait ne pas avoir besoin de dire pour qu'elles soient comprises. Et quand ça ne l'est pas, ça peut créer de la distance...

 

Francis Richard

 

Passage de la Déroute, Monique Rebetez, 144 pages, Favre

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

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