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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 21:00
Couilles de velours, de Corinne Desarzens

Le grand âge assure l'illusion que l'on peut tout dire. Sur le bâtiment qu'est le corps. Sur la fusée qu'est le destin. Sur la moutarde après dîner qu'il faut éviter parce qu'elle veut dire trop tard. Qu'est-ce qu'on risque?

 

Rien. D'autant que Corinne Desarzens n'est pas d'un grand âge et ne s'illusionne pas. Elle dit donc tout haut ce qu'elle a envie de dire, notamment sur le blason masculin, dans ses Couilles de velours. Et elle le fait par petites touches, par de jolis petits textes tout empreints de poésie.

 

Comme le firent avant elle les poètes de la Renaissance, qui célébraient tel ou tel détail anatomique du corps féminin, en filant la métaphore, elle parle ici (comme les Chinois) de tige de jade et là de fleur de chair qui rejette la double poche ridée à l'ombre des seconds rôles.

 

Elle remarque avec humour l'étrangeté de la physiologie du mâle et de son engin télescopique qui se déplie, qui se dilate, qui se répand : tant de parties vulnérables se trouvent soudain à l'air, exposées, alors que la femme garde ses accessoires aussi serrés que dans un sac à main.

 

Elle ne pense pas qu'à ça, si elle y pense beaucoup (elle ne dit pas incongrûment,  comme des filles ou une businesswoman au bout de son smartphone, qu'elle s'en bat...). Car elle ne se refuse pas de complimenter un dos, même si cela peut vexer celui qui tire fierté de sa vitrine...

 

Elle s'amuse aussi des différentes acceptions que prennent des mots tels qu'amourettes ou des appellations coquines données à certains biscuits et douceurs. Elle rappelle l'origine du velcro, invention de l'ingénieur suisse Grégoire de Mestral, dont le nom vient de velours et crochet.

 

Tout cela n'empêche pas les sentiments: la condition pour aimer, c'est d'apprendre à désaimer aussitôt, dès la première minute, pour remettre la jauge à zéro, échapper à la condamnation de l'attente et ne pas souffrir de la perte. Mais voilà : qui peut nier adorer se faire cambrioler le coeur ?

 

Francis Richard

 

Couilles de velours, Corinne Desarzens, 96 pages, éditions d'autre part

 

Autres livres de l'auteur:

Un roi, 304 pages, Grasset (2011)

Carnet d'Arménie, 88 pages, Éditions de l'Aire (2015)

Le soutien-gorge noir, 192 pages, Éditions de l'Aire (2017)

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14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 21:40
Frappe-toi le coeur, d'Amélie Nothomb

Si l'on avait tenté de lui expliquer que l'envers de la jalousie équivalait à de la jalousie et qu'il n'y avait pas de sentiment plus laid, elle eût haussé les épaules. Car les jaloux ne se rendent pas compte qu'ils le sont, non plus que de tout le mal qu'ils se font et surtout qu'ils font aux autres.

 

En 1971 Marie a 19 ans. Sa grande jouissance est de susciter une envie douloureuse chez les autres filles pour sa beauté et d'épouser le plus beau garçon de la ville; sa grande souffrance est de donner naissance à Diane, la plus belle petite fille que son mari ait vue et qui attire l'attention de tous.

 

Quand ses autres enfants paraissent, Nicolas, puis Célia, Marie leur témoigne une affection qu'elle a refusé de prodiguer à son aînée: une affection modérée pour son fils, une affection démesurée pour sa cadette, qui, du coup, se révèle insupportable, habituée à ne subir aucune contrainte.

 

A 15 ans Diane quitte la maison pour ne plus y revenir. Quatre ans plus tôt, à la suite d'un accident, elle a fait la connaissance d'un médecin, qui lui a parlé sans détour. Les paroles échangées avec lui ont suffi pour faire naître en elle la vocation de devenir un jour médecin, comme lui.

 

Diane sera cardiologue. Un vers d'Alfred de Musset, tiré d'une de ses premières poésies (dédiées à Édouard Boucher), l'a fortement impressionnée et l'a motivée pour cette spécialité dont l'objet est un organe qui n'a rien à voir avec les autres et qui a inspiré poètes et philosophes:

 

Ah! Frappe-toi le coeur, c'est là qu'est le génie. 

 

En septième année de médecine, Diane est l'étudiante d'Olivia Aubusson, maître de conférences, qui produit sur elle une impression immense, si bien que bientôt elles deviennent amies et que Diane, en mal d'affection (sa déesse de mère l'a blessée), en éprouve pour Olivia...

 

Comme dans tous les contes, dont Amélie Nothomb est friande et dont elle adopte le ton ici encore, il y a dans celui-ci une morale: il est moins criminel pour une mère d'être aveugle et folle que d'avoir froidement et lucidement du mépris: à la gravité du crime [correspondra] la gravité du châtiment... 

 

Francis Richard

 

Frappe-toi le coeur, Amélie Nothomb, 180 pages Albin Michel

 

Livres précédents chez le même éditeur:

 

Le voyage d'hiver (2009)

Une forme de vie (2010)

Tuer le père (2011)

Barbe bleue (2012)

La nostalgie heureuse (2013)

Petronille (2014)

Le crime du comte Neville (2015)

Riquet à la houppe (2016)

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 22:55
L'Argent noir, de Giovanni Garro

C'était l'époque où, en droit suisse, les femmes ne pouvaient transmettre la nationalité suisse à leurs enfants: j'avais donc un passeport italien, et mes cousins avaient la nationalité allemande.

 

Un certain Giovanni Garro est le protagoniste, et le narrateur suisse d'origine italienne, du roman L'Argent noir écrit par Giovanni Garro... C'est en quelque sorte une oeuvre de fiction autobiographique, pour ne pas employer le mot autofiction, qui date maintenant (40 ans).

 

Si Giovanni n'est pas un fils de famille, c'est un petit-fils de famille. Car son grand-père Pasquier est fabuleusement riche. Et, de ce fait, quand, enfant, il l'accompagne, les flatteurs, qu'il s'agisse de ses banquiers ou de son comptable, ne tarissent pas d'éloge sur ce petit prodige.

 

Il a 9 ans, en 1977, quand ses parents se séparent. Sa mère s'établit en Suisse à Corsier, avec ses deux enfants, dans une maison que son père lui a offerte. Bien que ce soit un secret de Polichinelle, celui-ci mène deux vies, l'une avec sa femme, l'autre avec son amie Patricia Z.

 

Il n'est pas facile à Giovanni d'être un gosse de riches: à l'école de Chardonne, où il a de bons résultats scolaires, les jaloux lui cassent la gueule à la récréation... Mais l'argent, fût-il noir, s'il ne fait pas le bonheur, n'en demeure pas moins un excellent marche-pied dans l'existence.

 

Aussi ne lui manquera-t-il pas pour, très jeune, s'acheter de luxueux habits, pour, jeune homme, disposer d'un logement à part, pour, plus tard, faire des études musicales à Vienne, puis de lettres, ensuite de droit à l'Université de Lausanne, enfin de droit européen à celle de Londres.

 

Peu à peu il prend conscience de son homosexualité. Sa première histoire d'amour est avec Michel X, un pianiste à la célébrité montante: Il avait 31 ans, mais en paraissait 25. Quant à moi, je venais d'avoir 18 ans. Cet amour ne dure pas toujours... et n'est pas du goût de sa mère.

 

Quand Giovanni est touché affectivement, que ce soit par le remariage de sa mère avec Edouard W, un anglais libidineux, par les reproches de celle-ci au sujet de son orientation sexuelle, ou par la révélation que son grand-père est adultère, il devient dépressif et toxico...

 

Inspiré par son professeur d'histoire ancienne, il se demande à propos de sa famille: Comment étions-nous devenus aussi riches? Une entreprise de construction, aussi florissante soit-elle, pouvait-elle suffire à mettre à l'abri du besoin toute une famille sur plusieurs générations?

 

Giovanni a réussi, mais son ascension est résistible. Ses déboires sentimentaux, mais surtout son bannissement par sa famille vont la mettre à mal: il aura osé déposer une dénonciation pénale après la mort de son grand-père qui s'était dit auparavant invraisemblablement ruiné...

 

S'accomplissent alors les paroles prophétiques de Géraldine Chaplin, la voisine de sa mère, qui était venue la trouver. Après l'enterrement de son grand-père, sa mère les lui avait rapportées et il s'était senti mal à l'aise sachant pertinemment qu'il voudrait découvrir le secret de sa famille:

 

Elle m'a dit de faire attention à l'argent. Elle m'a dit qu'elle connaissait des fratries qui s'étaient entredéchirées lors d'une succession. Elle m'a suppliée de ne pas commettre la même erreur. Elle m'a fait promettre que nous ne battrions pas pour l'argent...

 

Y a-t-il une morale à cette histoire désespérante, et noire, comme l'argent du même métal? L'auteur se garde d'en tirer une...

 

Francis Richard

 

L'Argent noir, Giovanni Garro, 272 pages Hélice Hélas

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9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 18:40
La fin de la solitude, de Benedict Wells

Tu sais ce que m'a dit mon père avant sa mort? Je me triturais nerveusement les doigts. Il a dit que c'était important d'avoir un véritable ami, une âme soeur. Quelqu'un qu'on ne perdrait jamais, qui serait toujours là pour nous. Mon père trouvait ça beaucoup plus important que l'amour.

 

Dans leurs circonstances, ces propos que Stéphane Moreau a tenus à son fils Jules, juste avant de disparaître avec sa mère, ont marqué ce dernier pour toujours. Et il lui faudra du temps pour s'en affranchir. Parce qu'il n'a que dix ans et que ce sont parmi les derniers qu'il aura reçus de lui.

 

Sa soeur Liz, son frère Marty et lui ont été placés dans un internat après la mort accidentelle, sur la route, de leurs parents en 1983. Plus âgés - Liz a trois ans de plus, Marty deux - son frère et sa soeur occupent un autre bâtiment de l'institution et ils sont en conséquence séparés.

 

A l'internat, Jules, garçon de la ville, fait la connaissance d'Alva, fille de la campagne, qui a le même âge que lui. C'est la seule enfant avec laquelle il se lie d'amitié. Semble alors se vérifier le précepte paternel: son amie Alva est bien la personne qui compte le plus pour lui.

 

Neuf ans plus tard, quand l'occasion se présente à Jules de déclarer sa flamme à Alva, il n'est pas prêt, du coup il n'est littéralement pas au rendez-vous. Aussi se méprennent-ils tous deux sur le sentiment qu'il a pour elle, si bien que l'occasion sera manquée pour eux deux.

 

Quelques années plus tard, alors qu'ils ont trente ans, ils se revoient une seule fois dans un bar. Jules confie à Alva, comme à une amie, qu'être seul tout le temps le tue. A quoi elle lui répond que l'antidote à la solitude ce n'est pas chercher au hasard la compagnie de n'importe qui:

 

L'antidote à la solitude, c'est un sentiment de sécurité.

 

Même si, pendant les années suivantes, les membres de la fratrie Moreau restent liés peu ou prou les uns aux autres, tous dissemblables qu'ils sont - Benedict Wells raconte comment chacun mène, ou pas, son existence - La fin de la solitude n'est pas encore pour Jules.

 

Jules ne mettra fin à la solitude que lorsqu'il comprendra qu'il est architecte de [sa] propre vie: Je suis moi quand je laisse mon passé me déterminer et je le suis tout autant quand je m'oppose à lui. Alors il pourra enfin dire: Je suis prêt. Même si cela paraît bien tard, voire trop tard...

 

Francis Richard

 

La fin de la solitude, Benedict Wells, 288 pages Slatkine & Cie (traduit de l'allemand par Juliette Aubert)

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 22:55
Coeurs silencieux, d'Anne Brécart

Il y a quelques mois j'ai quitté l'homme avec lequel j'ai vécu pendant vingt-cinq ans. Alors j'ai eu l'impression d'avoir intégré une grande communauté qui pourrait s'appeler "la maison des femmes seules". J'y ai retrouvé des amies rencontrées pendant les études, découvert leurs rituels, leurs habitudes.

 

Hanna, quinqua, vit depuis trois mois chez une amie, à Genève, en attendant de trouver un appartement. Elle repasse à son ancien appartement pour préparer des bagages. Elle dit à Xavier que la vente de la maison de sa mère se concrétise et qu'elle va y faire du rangement, mais ce n'est qu'un faux prétexte.

 

En fait, elle se rend à Chandossel parce que récemment le visage de Jacob s'est imposé à elle: Pas le visage que je lui ai vu à l'enterrement de ma mère il y a quelques mois, mais celui qu'il avait jeune homme. Je revois son regard et nos mains qui se cherchent mais, de manière incompréhensible, ne se mêlent pas.

 

A Chandossel, quand elle était encore une enfant, elle était considérée comme étrangère, doublement: d'abord elle venait de la ville, ensuite le monde des siens était bien différent de celui des autres: paysans, employés municipaux, artisans, postiers. La famille de sa mère échappait en effet à leur logique de l'utile:

 

Ce qui était important était "d'aimer" quelque chose, d'y accorder de la valeur, d'y être attaché.

 

Au village, arrivée au crépuscule dans la maison de sa mère, elle y fait du feu et se réveille tard le lendemain matin, dans le froid. En sortant chercher du bois dans le bûcher, elle entend une voix chaude et rassurante, c'est celle de Jacob, qui s'approche d'elle pour la délester de son fardeau et le pose devant le poêle de sa chambre:

 

Il a les mêmes épaules larges et solides que dans mon souvenir, son tronc est un peu trop puissant pour les jambes qu'il a gardées fines mais son corps a toujours des proportions harmonieuses. Son visage est marqué par deux plis de part et d'autre de la bouche. Ses joues sont barrées par deux rides émouvantes.

 

Personne ne la comprend comme lui, sans mot ni explications: il lit sur mon visage, dans mon regard. Et dire que si nous étions restés ensemble j'aurais pu vivre cela tous les jours. Seulement elle est partie il y a quelque quarante ans et, ici, tout le monde l'a oubliée, sauf Jacob, qui veut bien ce soir faire quelques pas avec elle.

 

Jacob lui laisse trois cahiers, sur le rebord de sa fenêtre, dans une enveloppe jaune. C'est son journal: celui en cours et ceux d'environ quarante ans plus tôt: ils couvrent les deux années pendant lesquelles nous nous sommes vus presque quotidiennement. Ce n'est pas fortuitement qu'il les lui a laissés: il aimerait qu'elle écrive un livre sur lui.

 

Il a lu ses livres et aime beaucoup ce qu'elle écrit. Il lui dit en un murmure: Tu ferais mon portrait... mon caractère singulier, mes difficultés. Et c'est ce livre que le lecteur tient entre ses mains. Si les feuilles d'automne se décomposent, il n'en est pas de même des sentiments d'Hanna: le temps n'a pas de prise sur eux, ils continuent à [l]'habiter...

 

Que fera Jacob de ce récit où elle a cherché à retrouver le chemin qui [la] mène à lui? C'est à lui seul qu'appartient la fin de l'histoire... 

 

Francis Richard

 

Coeurs silencieux, Anne Brécart, 160 pages, Zoé

 

Livres précédents:

Le monde d'Archibald (2009)

La femme provisoire (2015)

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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 21:45
Je m'appelle Jennylyn, de Francis Bonca

Tous nous voulons savoir d'où nous venons, pourquoi nous avons telle ou telle origine, comme si ces révélations devaient nous rassurer ou justifier notre existence. [...] Une chose est certaine: quoi qu'il arrive, vous resterez ce que vous êtes, ni plus ni moins, lui dit un vieillard au bord du Rhône, qu'elle préfère aux rives du lac.

 

Jennylyn doit son nom à l'endroit où elle a été conçue, à l'automne 1979. Cet endroit, c'est un chalet, dont le nom est gravé sur une planche au-dessus de la porte d'entrée et qui se trouve en Valais, à Montana. Sa mère, Corinne Baud, et son père, Mikhaïl Vidal, y ont passé une quinzaine de jours, à la mi-novembre.

 

Peu de temps après qu'ils s'y sont aimés Mikhaïl quitte Corinne. Dans la lettre qu'il lui laisse sans la revoir, ni lui dire autrement au revoir, il écrit notamment: Je suis au début d'une carrière littéraire et veux pouvoir y consacrer tout mon temps, mes forces et mon énergie... Il ne sait pas que Corinne est enceinte. Sinon, aurait-il fui?

 

Huit mois plus tard, Corinne met au monde une fille, qu'elle appelle Jennylyn, prénom qui s'est imposé comme une évidence... Les années suivantes, Corinne parlera si souvent à sa fille de son père qu'elle suscitera en elle un intérêt croissant pour la littérature et que Jennylyn partira à bientôt vingt ans à la recherche de son père idéalisé...

 

A partir du peu de choses qu'elle sait de lui elle mènera donc sa quête: Mikhaïl a étudié l'art dramatique à Paris; mais, chez lui, l'écriture prend rapidement le pas sur la comédie; sa mère, russe d'origine, l'a élevé seule et vit à Prague à l'époque de l'idylle; dans sa lettre d'adieu, il dit partir pour la Crimée rejoindre ses grands-parents.

 

La Genevoise passe dès lors par les lieux où son père l'a précédée. Elle y fait des rencontres, y noue des amitiés. Elle s'étonne de trouver sur sa route nombre de personnes prêtes à l'aider, et qui d'ailleurs l'aident, mais, en fait, c'est bien parce qu'elle est elle-même une belle personne, au moral et au physique, tout comme son père.

 

Le lecteur de Francis Bonca ne peut que souhaiter que la ténacité de sa narratrice soit récompensée et que ce qu'un medium lui a dit à Paris se réalise: Jennylyn, vous rencontrerez votre père cette année encore, mais dans des circonstances difficiles, inattendues. Finalement votre but sera atteint et vous serez heureuse.

 

Francis Richard

 

Je m'appelle Jennylyn, Francis Bonca, 194 pages Plaisir de lire 

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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 22:55
Sol, de Raluca Antonescu

Quitter son pays n'était pas une option qu'il avait envisagée. Ce n'était pas par manque de courage. Simplement, plusieurs années dans un orphelinat l'avaient guéri du besoin d'espérer qu'une chose impossible se produise.

 

Son pays, c'est la Roumanie communiste de Ceaucescu. Il s'appelle Viorel Cioban. Et il pense encore ça, même après que Fernando, le père de famille de Chiliens, réfugiés ici à la suite du coup d'État, lui a dit qu'ils projettent de fuir en France dès que possible:

 

Nous n'avons pas fui une dictature pour se retrouver pris au piège dans une autre.

 

Ce qui va le faire changer d'avis, c'est un concours de circonstances: l'arrestation de son beau-père, Ion, qui a été dénoncé pour avoir proféré des injures contre le régime; la qualification de sa fille Alina pour une compétition internationale de tir à Zurich.

 

Alina s'est mise au tir avec son grand-père: elle a les qualités requises, physiques et mentales, pour cette spécialité. Sa soeur, Dina, au contraire d'elle, s'intéresse aux garçons, tel Marius, mais la famille de celui-ci lui interdit de la fréquenter à cause du grand-père.

 

Viorel et sa femme, Elena, décident que les filles doivent partir, sans eux. Pour y parvenir, ils n'acceptent qu'Alina participe à la compétition de Zurich qu'à la condition que Dina parte avec elle. Contre toute attente, cette condition si simple et si absurde est prise au sérieux.

 

Elena se charge de convaincre Alina de ne pas revenir: là-bas elle ne peut avoir qu'une vie meilleure; Viorel se charge d'en convaincre Dina autrement, en lui démontrant qu'ici il n'y a rien à espérer de la vie, sinon d'avoir l'esprit constamment rongé par la peur :

 

Alina et Dina partirent le 12 mai 1980 avec une délégation sportive de tir à la carabine. La destination était une ville dans un pays minuscule et forcément inconnu: la Suisse.

 

En 2016, Dina, restée célibataire, infertile, s'occupe de son neveu, Johan, 27 ans, depuis que ses parents, Grégoire et Aline Tomasi (pour réussir son intégration, elle n'est plus Alina), son frère Paul, et une jeune inconnue sont morts dans un accident de voiture en 2002.

 

Sol est le récit de l'adaptation de deux soeurs en exil (qui ne s'y entendent guère mieux que lorsqu'elles étaient au pays). La vie d'Aline y est beaucoup plus aisée que celle de Dina. Pour preuve, après la mort d'Aline et de Grégoire, leur fils Johan deviendra rentier...

 

Aline fait d'autant plus d'effort pour s'intégrer qu'elle a épousé un Suisse qui est né à l'endroit où il vit toujours: elle [pourra] déployer toute la capacité d'adaptation du monde, elle n'aura jamais le même sol que lui sous les pieds... Dina, plus engagée, ne culpabilise pas autant qu'elle...

 

Quant à Johan, il ne semble pas intéressé par la vie passée de sa mère: Les gens morts sont morts. Fin de l'histoire. Pourtant, s'il ne veut pas écouter sa tante Dina sur le sujet, il ne peut s'empêcher de retourner sur le lieu de l'accident pour comprendre ce qui s'y est passé...

 

Cette quête de Johan, à la fin du roman, est l'occasion pour Raluca Antonescu d'offrir au lecteur une reconstitution fabuleuse de la mémoire de l'unique descendant de la famille, sans laquelle il ne pourra tout simplement pas donner de nouvel élan à son existence...   

 

Francis Richard

 

Sol, Raluca Antonescu, 376 pages, La Baconnière

 

Livre précédent:

 

L'inondation (2014)

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2 septembre 2017 6 02 /09 /septembre /2017 22:30
Une toile large comme le monde, d'Aude Seigne

Les liaisons satellites, avec leur lenteur et leurs coûts astronomiques, sont réservées aux hôpitaux, à l'armée, au gouvernement, aux bateaux en pleine mer.

 

Eh oui, comme le rappelle un des personnages d'Aude Seigne, dans Une toile large comme le monde:

 

- Internet n'est pas un esprit, il a besoin d'un corps.

 

Et ce corps est fait de câbles, souterrains et sous-marins, et de stations de télécommunication, autrement dit de centres, dans cet univers décentralisé.

 

Dans ce roman dont le personnage principal est la Toile, c'est-à-dire le world wide web, il y a aussi, bien sûr, des personnages bien humains, pour lesquels elle est présente dans la vie de tous les jours: tous connectés en quelque sorte, directement ou indirectement.

 

Pénélope est informaticienne: Ce qu'elle aime dans la programmation, c'est décomposer la pensée. Elle travaille le jour depuis chez elle pour une entreprise, mais elle défait la nuit ce que les normes du jour l'ont forcée à faire pour gagner sa vie:

 

Elle hacke des logiciels qu'elle a utilisés, fournit des accès pour voler des données qu'elle a compilées.

 

Matteo, son compagnon, est plongeur professionnel et installe des câbles en mer, sous-entendu de télécommunications. Comme cet Ulysse voyage tout le temps, c'est un raccourci de dire que lui et Pénélope vivent en Suisse, leur Ithaque.

 

June, elle aussi, travaille chez elle, mais pour son compte: Elle fabrique des cosmétiques à partir de produits naturels et compréhensibles, de plantes, de champignons et de minéraux, manière à elle de transubstantier le monde dans son coin.

 

A Portland, Oregon, elle vivait en couple avec Olivier, qui a ouvert un café-librairie (où il organise de temps en temps des expositions),  jusqu'à ce que qu'ils rencontrent Evan qui [a] fait d'eux un trouple plutôt qu'un couple, Evan, qui est community manager sur les réseaux sociaux...

 

Birgit, basée à Copenhague, est la directrice de Green Web, une ONG qui a pour but de lutter contre la pollution et le gaspillage énergétique dus aux réseaux. Elle sillonne la planète pour faire prendre conscience du coût environnemental d'internet: elle utilise tous les réseaux pour recommander de consommer raisonnablement les réseaux...

 

Birgit est dingue de Samuel. Il dirige une organisation aux buts similaires à la sienne. Mais, à chaque fois qu'ils se rencontrent, c'est à l'improviste, dans une nouvelle ville: s'ils étaient amants, elle pourrait dire qu'ils s'aiment dans tous les pays du monde. Mais, hélas, elle ne peut pas dire ça...

 

Kuan a perdu sa femme Meï il y a longtemps et s'est retrouvé seul avec son fils Lu Pan, alors âgé de deux ans. Aujourd'hui cet ingénieur portuaire hautement qualifié gère le port de Singapour, soit les déplacements de 90 000 conteneurs par jour... Son fils reste enfermé dans sa chambre: il fait des trucs sur internet que le monde entier regarde...

 

Peu ou prou, chacun de ces personnages participe, à son échelle, à un projet insensé, celui d'éteindre internet, et il le fait par motivation individuelle et par provocation, sans en imaginer les conséquences: si cela se produisait, cela aboutirait-il au changement d'un monde ou à sa  destruction?

 

Est-ce seulement possible? Certes il y a l'effet papillon, mais on sait que c'est une imposture scientifique. Alors, l'effet dominos? Difficile, mais pas impossible. Reste le concours de circonstances: malgré la combinaison un peu creuse de ses trois termes, n'est-ce pas ce qui a déclenché la Première Guerre mondiale?

 

Francis Richard

 

Une toile large comme le monde, Aude Seigne, 240 pages Zoé

 

Livres précédents:

Chroniques de l'Occident nomade, 136 pages (2011)

Les neiges de Damas, 192 pages (2015)

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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 21:30
Le soutien-gorge noir, de Corinne Desarzens

Monique Durussel est une laborantine suisse. Jozsef Csizmazia Darab, un oenologue hongrois. Jozsef est stagiaire dans le laboratoire de Monique. Ils s'aiment, mais elle lui dira non, en 1951, et épousera Jean-Pierre. Et il la quittera donc et épousera Blanka.

 

La narratrice est la fille de Monique. Elle part en Hongrie sur les traces de Jozsef et raconte ce qu'elle découvre sur leur histoire, qui illustre ce qui s'appelle la nostalgie du possible:

 

Oui quand nos pas résonnent dans une ville qu'on n'a jamais habitée. Quand nous passons à côté, tellement près qu'il en reste forcément quelque chose.

 

Pour Monique il reste toujours une phrase, indélébile, quand ils se sont croisés la première fois dans l'escalier:

- Passez, Mademoiselle, je t'en prie.

 

Sa narratrice de fille précise: Ce mélange de tutoiement et de vouvoiement l'avait saisie, et ses yeux s'étaient déjà levés alors qu'il était déjà en bas.

 

Pour Jozsef il reste toujours une image, indélébile, quand ils s'étaient quittés pour ne se revoir plus qu'une fois, après qu'il l'avait embrassée lentement sur les yeux:

Sous son chemisier, elle portait un soutien-gorge noir.

 

Sa fille, Rita, subjuguée, fera de cette image audacieuse de porter du noir sous la popeline blanche sa signature, qu'elle laissera de manière insolite en un endroit tout aussi insolite en quittant le monastère cistercien où elle était entrée dans les ordres. 

 

Les dessous de cette histoire, c'est non seulement ce dessous féminin qui servira de passeport au destin second de Rita, mais le dessous d'une correspondance entre Jozsef et Monique (qui s'écrivent toute leur vie, pendant cinquante-cinq ans), abritant le secret de Monique, qui deviendra la fronde de Rita...  

 

Francis Richard

 

Le soutien-gorge noir, Corinne Desarzens, 192 pages, Editions de l'Aire

 

Livres précédents:

Un roi, 304 pages, Grasset (2011)

Carnet d'Arménie, 88 pages, Éditions de l'Aire (2015)

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 20:15
Manifeste incertain 6, de Frédéric Pajak

Depuis 2012, Frédéric Pajak publie, au gré de l'incertitude, à raison d'un par an, un volume, qui est  évocation de l'Histoire effacée et de la guerre du temps. Dans Manifeste incertain 6, il parle surtout de ses blessures morales et physiques, de ses douleurs enfouies, anciennes, qui n'en resurgissent que plus vigoureuses encore.

 

Comme dans les volumes précédents, pour ce faire, il prend la plume, pour écrire et pour dessiner à l'encre de Chine noire. Les marques autobiographiques dont il s'agit remontent pour la plupart à sa jeunesse. Il tente d'en rassembler les souvenirs, qui viennent comme ils peuvent, sachant pertinemment qu'il ne peut en combler les intervalles oubliés.

 

A Pâques 1965, Frédéric a dix ans. Sans explication (en fait ses parents se séparent), sa mère quitte Paris pour Nyon, la France pour la Suisse, avec ses enfants:

 

Je quitte mon école primaire que j'aimais tant, mes camarades, l'odeur des marronniers dans la cour, celle du vieux bois foncé des pupitres inclinés où des générations d'écoliers avaient gravé des mots et des dessins drôles, secrets, obscènes; et puis l'odeur de l'encre dans les encriers.

 

Quelque trois mois plus tard, sa mère en larmes leur apprend à sa soeur, son frère et lui, que leur père est mort dans un accident de voiture (le 27 juillet), alors qu'il se rendait en Alsace:

 

A cet instant, à ce mot "mort", je meurs. Je ne comprends pas, et en même temps je comprends absolument. Je dis "je meurs", c'est exact, et c'est inexact: la mort me laisse stupéfait. Et incrédule. Je ne sais pas grand-chose d'elle.

 

En Alsace vit la famille de son père. Notamment sa grand-mère, qui, malheureuse en ménage, préférait s'oublier à l'église et se consacrer sans réserve à ses petits-enfants, qui devinrent sa raison de vivre et à qui elle racontait la guerre de 1939-1945, la grande affaire de sa vie:

 

Ce n'est pas sans nostalgie qu'elle se plaît à rapporter tel ou tel épisode de la guerre, si bien que cette nostalgie m'a longtemps hanté, par contagion.

 

Frédéric, lui, rapporte un épisode qui est survenu en 1970, l'accident de voiture que conduisait sa mère, et qui s'est produit lors d'un voyage en Espagne entrepris avec H. (le compagnon d'alors de sa mère), sa soeur et son frère: Aujourd'hui, je ressens parfois de vieilles douleurs à la nuque, à l'épaule, à la colonne vertébrale.

 

Mais Frédéric Pajak ne parle pas seulement de sa jeunesse. Il entrecoupe ces souvenirs-là, d'autres plus récents, parfois même tout récents, et qui l'ont façonné.

 

A quarante ans, par exemple, de retour d'Israël, Frédéric apprend par sa mère (qui niera par la suite le lui avoir dit) que sa grand-mère maternelle était juive: Me voici donc une sorte de "Juif sur le tard". Pour lui il n'y a pas lieu de se réjouir, de désavouer ou d'oublier:

 

Avant d'être juif par ma mère - c'est-à-dire par descendance directe -, j'étais juif par l'Histoire. D'un sentiment absolu, irrépressible.

 

En fait, s'il fallait le définir, il ne serait pas juif, ni d'ailleurs étranger aux juifs. Il ne serait pas non plus d'un territoire (Tout territoire est provisoire). Il serait, et il est, d'une langue: Si j'en savais plusieurs, je serais de plusieurs langues. La langue des autres me fait rêver. Je voudrais la parler et la lire.

 

Frédéric Pajak se demande si ces souvenirs, et d'autres éparpillés qui reviennent sous sa plume d'écrivain et de dessinateur, qui persistent malgré tout, ne sont pas ceux que l'on a racontés souvent: Ainsi la parole remuée fait office d'Histoire, de notre propre histoire, j'entends.

 

Il ajoute: Nous nous plaisons à fabriquer nos petites légendes; que serions-nous sans elles? Le plus troublant, dans cet exercice, c'est que la vérité ne compte pas. Elle voudrait pourtant tenir le beau rôle, mais elle a affaire à plus fort qu'elle: l'ivresse de raconter, c'est-à-dire d'enjoliver, d'exagérer.

 

Peut-être. Mais, ce faisant, comme il le dit également, ne nous prouvons-nous pas que nous sommes vivants, du moins que nous avons eu une vie?

 

Francis Richard

   
PS 1

Frédéric Pajak sera du 1er septembre au 3 septembre 2017 au Livre sur les quais de Morges.

 

PS 2

Au Musée d'art de Pully a lieu du 31 août au 12 novembre 2017 une exposition sur Un certain Frédéric Pajak (je parlerai prochainement ici du livre d'entretien qui porte le même titre)

 

Manifeste incertain 6, Frédéric Pajak, 144 pages, Les Éditions Noir sur Blanc

 

Volumes précédents chez le même éditeur:

Manifeste incertain 1

Manifeste incertain 2

Manifeste incertain 3

Manifeste incertain 4

Manifeste incertain 5

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29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 19:00
Bora Bora dream, d'Émilie Boré et Daniel Abimi

Ils se sont connus dans un fitness, le California.

 

Tous deux sont des Narcisse.

 

Elle: Devant le grand miroir sans charme à côté des toilettes, elle se livre à une dernière inspection. Pieds en dedans, lycra scintillant, queue de cheval serrée, bien haute. Un peu de blush, un peu de gloss - le n°7, Rose des sables, qui lui donne un air angélique.

 

Lui: Il s'est déshabillé. Son rituel. Tout nu, devant le miroir, il se pèse: 79 kilos pour 1,86 mètre. La ligne de ses muscles est fine, nerveuse. Il se regarde, cherche le défaut. Au bout d'un moment, il enfile son T-shirt. A chaque inspiration, il le sent adhérer à sa peau. Il se sent grandir.

 

Si ces deux corps s'unissent, ils formeront un beau couple, assurément, la belle qui se pavane et qu'une goutte de Dior J'adore habille, et la bête qui bombe le torse et dont l'indice de masse corporelle est dans la cible.

 

Tous deux ont un dream.

 

Lui, c'est une île, Bora Bora, représentée sur une carte postale: une longue bande de sable, l'océan transparent, le ciel bleu et, en médaillon, une tortue des mers.

 

Elle, c'est un mari avec une plastique de rêve, le père de son enfant, de son fils - ce sera forcément un garçon... Junior.

 

Mais les rêves ne sont-ils pas différents des promesses, puisqu'ils n'engagent que ceux qui les font et puisque la vraie vie se charge de les dissiper, ne laissant aux rêveurs que des vestiges bien réels qui les leur rappellent?

 

Francis Richard

 

Bora Bora dream, Émilie Boré et Daniel Abimi, 64 pages BSN Press

 

Livres précédents de Daniel Abimi chez Bernard Campiche Editeur:

Le cadeau de Noël (2012)

Le baron (2015)

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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 19:30
Passion noire, de Jean-Michel Olivier

Dans ma vie, j'ai exercé bien des métiers, souvent alimentaires, mais mon occupation principale est la littérature. Ma passion noire.

 

Simon Malet, 35 ans, est un jeune écrivain suisse à succès. Il habite depuis toujours, à Pully, une belle maison à mi-chemin du cimetière et du lac: A cent mètres de là, sur les hauts du village, se dresse La Muette - la maison du Poète.

 

Le Poète, c'est Charles-Ferdinand Ramuz, enterré justement dans le cimetière de Pully et dont les romans accompagnent Simon Malet depuis longtemps: il ne se passe pas un jour sans que je me replonge dans La beauté sur la Terre.

 

Dans cette demeure, héritée de son père, dont les cendres se trouvent sur le bord de la cheminée, dans une boîte à biscuits, entre deux channes, Simon vit seul. Enfin, pas tout  seul, puisque sa chatte Pénélope y fait des siennes.

 

Trois fois par semaine, Azari, une Russe chassée de chez elle (entre Ukraine et Crimée), qui a pour Poutine les yeux de Chimène, lui fait tout: lave son linge et le repasse, fait ses courses, prépare à manger, reprise ses chaussettes etc.

 

Mégère est la maman de Simon. Elle a été mariée deux ou trois fois avant d'épouser Samuel Malet, bien avant que ses restes n'aboutissent dans la boîte à biscuits: Mégère lui a mangé le coeur et les Gauloises ont rongé ses poumons...

 

Mégère aimerait que Simon ait une existence normale, qu'il se marie et ait des enfants, qu'il ait un métier sérieux, c'est-à-dire qu'il fasse autre chose que de lire et d'écrire. Elle aimerait qu'il jette sa gourme (il n'arrête pourtant pas de la jeter...).

 

Comme il est un écrivain célèbre, des inconnues lui écrivent. Il ne devrait pas leur répondre: Mais comment faire autrement? Il y a trois folles en particulier, Marie-Ange la Mystique, Diane la Mondaine, Nancy Bloom la Chienne de garde:

 

La Mystique veut à tout prix me rencontrer (quitte, s'il le faut, à traverser le lac à la nage). La Mondaine organise des dîners auxquels elle me conjure de participer. La féministe met sur pied un colloque où je serai mangé tout cru.

 

Si ces trois folles parvenaient à leurs fins, cela ferait un beau roman satirique. Eh bien, c'est ce qui se passe, mais la satire ne s'arrête pas là puisque Jean-Michel Olivier l'étend au monde littéraire, à ses interviews, à ses salons, à ses buzz...

 

Comme les voyages forment les écrivains, tout autant que la jeunesse, l'auteur emmène le lecteur dans des endroits exotiques comme Alger, Toronto, Toulon, Darlington (dans le Michigan), Niagara Falls, avec retour toujours à Pully. 

 

Pour écrire, j'ai besoin du plaisir que je donne, que je prends comme le vampire a besoin de planter ses crocs dans la chair tendre de sa victime (sa complice en amour). Après je suis régénéré, écrit Simon Malet. Après l'avoir lu, on est ragaillardi...

 

Francis Richard

 

Passion noire, Jean-Michel Olivier, 416 pages L'Âge d'Homme

 

Livres précédents:

 

Éditions Bernard de Fallois/ L'Âge d'homme:

L'amour nègre (2010)

Après l'orgie (2012)

L'ami barbare (2014)

 

Poche Suisse:

L'amour fantôme (2010)

Notre Dame du Fort Barreau (2014)

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26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 22:55
Qui a tué Heidi ?, de Marc Voltenauer

- Le commandant a décidé de t'adresser un blâme et de retenir un mois sur ton salaire...

 

C'est par ces paroles décisives que Viviane, sa supérieure à la police de Lausanne, apprend le lundi 25 février 2013, à l'inspecteur Andreas Auer, à son retour d'une semaine de congé forcé, la sanction qui a été prise à son encontre pour avoir frappé et cassé le nez d'un collègue qui s'était autorisé un gag raciste envers un nouveau d'origine africaine, absent au moment des faits.

 

Comme Andreas a du caractère, et puisque c'est comme ça, il décide de reprendre toutes les heures qui lui sont dues, ce qui représente tout de même, six semaines de congés supplémentaires. Et il repart aussi sec pour son chalet de Gryon, L'Étoile d'Argent. Il ne sait pas encore que c'est pour être mieux plongé dans des affaires criminelles qui le toucheront de près.

 

Au cours des deux jours qui précèdent, le lecteur aura fait la connaissance à Gryon de Mikaël Achard, le compagnon d'Andreas; d'Antoine Paget, leur voisin, éleveur de vaches, de son fils Vincent et de ses trois compères, Jérôme, Cédric et Vincent, qu'il retrouve au Harambee Café; et d'un mystérieux homme qui s'enivrait du parfum de sa mère et qui n'a pas l'air bien d'aplomb.

 

Le samedi précédent, le 23 février 2013, un dénommé Artomonov, tueur à gages surnommé Litso Ice (Jamais un mot de trop, le goût du secret et une parfaite maîtrise soi) envoie froidement quatre personnes ad patres lors d'une représentation de La Walkyrie de Richard Wagner à la Staatsoper de Berlin: un couple russe, dans la cinquantaine, et leurs deux gardes du corps. 

 

Les jours suivants, Andreas aide Antoine à préparer le concours de la plus belle vache qui doit avoir lieu le samedi 9 mars 2013 à Aigle. Contre toute attente, Yodeleuse, la vache conduite par Andreas remporte le concours, mais cette victoire est assombrie par la mort subite de Blümchen, la favorite, appartenant à Serge Hugon, qui apprend le lendemain qu'elle a été empoisonnée.

 

Serge Hugon vient alors faire un scandale à la ferme d'Antoine. Une semaine plus tard, celui-ci trouve morte Heidi, une de ses vaches. Qui a tué Heidi? Pour Antoine, cela ne fait aucun doute, c'est Serge qui s'est vengé. Alors il se rend à Huémoz chez ce dernier et une bagarre éclate entre eux. Le lendemain, Isabelle, la tante de Serge, découvre le cadavre de son neveu.

 

Tout accuse Antoine, qui est arrêté le 20 mars 2013 pour ce meurtre. Andreas n'y croit pas un seul instant, et, fort de cette conviction, il mène l'enquête de son côté: Tout a l'air trop limpide, non? Et, comme toujours, en pareil cas, il se pose la bonne question: A qui profite la disparition de Serge Hugon?. Or une affaire immobilière remontant à 2008 permettrait, semble-t-il, d'y répondre.

 

Une affaire criminelle peut en cacher une autre: le mystérieux homme qui s'enivrait du parfum de sa mère enlève le 20 mars 2013 une femme dans la quarantaine. Seulement, en son absence, trois jours plus tard, elle réussit à s'enfuir de la cave où il la détenait. Sur la route des Renards de Gryon elle est renversée par un automobiliste qui prend la fuite; et elle tombe dans le coma.

 

Après l'avoir suspendu, sa hiérarchie est bien obligée de réintégrer l'inspecteur Andreas devant les progrès de l'enquête personnelle qu'il a menée sans son autorisation. L'aide de Mikaël ne sera pas de trop pour dénouer l'écheveau de ces trois affaires, baptisées par celui-ci: Veau d'Or, Tour de Babel et Psycho Billy. Car le lecteur y retrouve tous les personnages de l'histoire.  

 

Il faut toute la maestria de Marc Voltenauer pour conserver à ce récit complexe toute sa cohérence. Son héros, Andreas Auer, pense qu'au moins deux de ces trois affaires n'en font qu'une et que, comme dans Pinocchio, il existe un Mangiafuoco, un marionnettiste, pour en tirer les ficelles. Le lecteur peut penser devant cette belle ouvrage que l'auteur joue un tel rôle avec lui...  

 

Francis Richard

 

Qui a tué Heidi?, Marc Voltenauer, 448 pages, Slatkine & Cie

 

Livre précédent:

Le dragon du Muveran, 670 pages, Plaisir de Lire (2016)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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