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4 septembre 2022 7 04 /09 /septembre /2022 19:20
Les ballerines rouges, d'Anne Prêtre

On y parle d'Elle, de Lui, de leurs rencontres et de leur vie.

On ignore comment ils s'appellent, où ils vivent parce que cela n'a pas d'importance.

 

Cela n'a peut-être pas d'importance, mais le fait est que nommer les êtres et les choses est rassurant. Et, là, le lecteur perd très vite pied. Il ne lui reste plus que deux solutions: résister au courant ou accepter de se laisser emporter par lui.

 

C'est bien sûr la deuxième attitude qu'il convient d'adopter pour savourer ce roman où une femme et un homme ne peuvent se passer l'un de l'autre tout en faisant des pas de côté pour mieux se retrouver plus tard et se tenir par la main.

 

Elle rêve aussi bien éveillée qu'endormie, si bien que le lecteur ne discerne plus bien le vrai du faux, encore qu'il ne faille pas considérer que les rêves soient moins vrais que la réalité. En somme, c'est le surréalisme comme mode de vie

 

Lui a une moustache, quelque chose qu'elle sait de lui, parce que, sinon, elle ne sait pas grand-chose sur cet homme, ni sur la vie en général. Elle sait aussi qu'il est beau. Or ça tombe bien: elle ne peut aimer que des hommes beaux

 

Physiquement et moralement, ils ont un besoin irrépressible l'un de l'autre. Pourtant il va se marier. Elle n'aime pas les hommes mariés, même ceux qui le sont avec elle, lui dit-elle. C'est bien pourquoi il ne le lui propose pas, lui dit-il. 

 

Ce qui le séduit chez elle et le bouleverse, c'est qu'elle lui fait découvrir la beauté de l'imprévu et les délices de l'imaginaire. D'être marié n'y change rien. Il voudrait se poser, mais elle a la bougeotte, et il la suivrait jusqu'au bout du monde:  

 

La vie n'a de sens que lorsqu'elle bifurque sans crier gare.

 

Francis Richard

 

Les ballerines rouges, Anne Prêtre, 272 pages, Slatkine

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2 septembre 2022 5 02 /09 /septembre /2022 11:30
Grains noirs, d'Alexandre Hmine

Je relis ma nouvelle primée. Elle ne me plaît plus. Peut-être qu'il est temps de salir d'autres pages, semer d'autres grains noirs.

 

C'est à la fin de ce roman que le narrateur dit cette phrase. Elle en résume le propos. Les Grains noirs sont en quelque sorte les épisodes écrits de son apprentissage de la vie.

 

Cette vie a été pour lui semée d'embûches. Comme bien d'autres, la migration d'un de ses parents en a été la cause. Il a poussé à partir de plusieurs racines qui se contrarient.

 

Sa mère a été mise enceinte par un homme qui s'est gardé d'en assumer la paternité, dans un pays, le Maroc, qui, peut-être plus que d'autres, ne tolère pas les filles-mères.

 

Sa mère a accouché en Suisse. Obligée de gagner sa vie, elle a confié son fils à Elvezia, qui s'en est occupée avec beaucoup de dévouement, dans une petite ville de montagne.

 

Tandis que le narrateur raconte sa vie en suivant une relative chronologie, il émaille son récit de souvenirs marquants, qui, enfant et ado, l'ont marqué, en Suisse et au Maroc.

 

Avant de se marier avec un Marocain, sa mère compte plusieurs hommes dans sa vie, ce qui n'est pas stabilisant. Lui-même vit quelques amours débutantes et formatrices.

 

D'origine arabe, il est souvent mal considéré en Suisse tessinoise et en Italie. Et, au Maroc, il n'est pas mieux considéré parce qu'il ne parle pas arabe, ce qui est un comble.

 

Quand il demande un permis de séjour en Italie pour s'inscrire à une université, il se trouve en butte à des formalités administratives parce qu'il ne coche pas les bonnes cases:

 

"Ton lieu de domicile?

- En Suisse. Mais j'aurais besoin d'un permis de séjour parce que je suis de nationalité marocaine.

- Tu n'as pas de passeport suisse?"

Il a l'air surpris. Son tutoiement m'agace.

Je secoue la tête.

 

Ce qui contribue à comprendre ce que vit le narrateur, c'est l'emploi par l'auteur d'un italien auquel se mêlent différentes langues et cultures, que la traductrice a conservées:

 

Le dialecte de l'enfance, l'arabe de ses origines, l'allemand et le français de cette autre Suisse toute proche.

 

Le lecteur ne peut qu'avoir de la sympathie pour le narrateur, devenu enseignant, d'autant qu'il a une telle soif de littérature qu'il ne sait pas combien il achète de livres par an.

 

Francis Richard

 

Grains noirs, Alexandre Hmine, 286 pages, Zoé (traduit de l'italien par Lucie Tardin)

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25 août 2022 4 25 /08 /août /2022 19:30
Tamam, de Maxime Maillard

Tamam (mot turc): Du verbe tamamlamak, compléter, terminer, finir. Tamam signifiant: d'accord, très bien, c'est bon, je t'ai compris.

 

Le narrateur a dit tamam à Larisa pour la retrouver à Istanbul. Ils s'étaient rencontrés au Frieda's Büxe à Zurich. Leur idylle avait perduré au-delà des langues, des douanes, de l'attente et de la tentation de s'y dérober.

 

Seulement ils ne s'y sont pas retrouvés à n'importe quelle date, le 24 juillet 2020, c'est-à-dire le jour où la basilique Sainte-Sophie, devenue musée en 1935 par la volonté d'Atatürk, a été reconvertie en mosquée.

 

Le narrateur, journaliste, s'est mêlé à la foule. Il est venu pour regarder et prendre des notes. Un peu emprunté, il a lâché prise et s'est fait tout petit, engageant la conversation avec des fidèles, se tenant sur ses gardes.

 

Après avoir vécu ce moment important dans la vie des Stambouliotes, lui rappelant des moments de sa vie de chrétien, il est revenu auprès de Larisa qui l'avait laissé faire ce qu'il avait à faire et été retournée à leur hôtel.

 

Dire tamam est un trait du caractère spontané de Larisa. Il avait observé cette disposition à dire oui, sans se soucier des implications de sa parole. Cela faisait partie de son charme slave, elle qui avait tout bravé pour le revoir.

 

Se retrouver à Istanbul n'avait pas été facile. Du fait de la pandémie, Larisa avait dû fomenter un plan d'évasion depuis Moscou, en passant par Minsk, d'où elle s'était envolée vers la Turquie, contrée amie de la Russie:

 

Vingt heures de voyage pour échapper clandestinement aux lois arbitraires de l'immobilité...

 

Il ne s'agissait pas de rester à Istanbul mais de voyager ensemble dans l'intérieur du pays où ceux qui ne sont pas adeptes de l'islam conservateur n'ont pas d'autre choix que de se fondre dans la masse et de se faire discrets.

 

Au bout de leur périple, qui leur a permis de faire connaissance avec le couple singulier d'une Iranienne et d'un Kurde, le narrateur devra une nouvelle fois dire tamam à sa belle, sans que son acquiescement soit très spontané...

 

Francis Richard

 

Tamam, Maxime Maillard, 96 pages, La Baconnière (sortie le 25 août 2022)

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24 août 2022 3 24 /08 /août /2022 17:55
L'Épouse, d'Anne-Sophie Subilia

La femme du délégué n'a pas de mission spéciale. Elle accompagne. Elle n'a pas la responsabilité des opérations, ni l'adrénaline, ni les fatigues. Elle n'a pas la satisfaction, la griserie, ni le brut contact du travail.

 

Dans le roman d'Anne-Sophie Subilia, elle est la femme, tout simplement. Elle n'a pas de prénom. Ou plutôt si, mais on n'en compte les occurrences que sur les doigts d'une main. Et encore.

 

Le délégué, lui, s'appelle Vivian. Le délégué? Il est un des délégués de la Croix Rouge à Gaza et a pris ses fonctions en janvier 1974. La femme, L'Épouse, l'a accompagné, comme il se doit.

 

Leur maison de fonction n'a été prête que le 10 janvier. C'est une poterie, que dis-je, un château de sable, bâti au milieu du sable, une maison remplie de sable, entourée par... un jardin de sable.

 

Les journées de la femme s'écoulent lentement, comme le sable. Heureusement, il y a Hadj, qui vient irrégulièrement avec sa carriole tirée par un âne, pour faire du jardin de sable un vrai jardin.

 

Pour s'occuper, la femme, inlassablement, fait le ménage du sable qui s'accumule indéfiniment dans la maison, par tous les interstices, ou part promener son ennui, seule aux alentours ensablés.

 

Sinon, d'origine anglaise, elle fait quelques traductions à distance pour être un peu payée. Les vendredis soir, Vivian et elle se rendent au Beach Club, et les samedis ils vont parfois en centre-ville.

 

En dehors des promenades pour s'échapper, que la femme fait à pied, puis avec la petite voiture qu'ils ont achetée pour elle, elle a ses rendez-vous avec la mer qui l'attire plus fortement que d'autres.

 

La mission de Vivian consiste à faire le tour des prisons et à s'enquérir des conditions de détention, Vivian s'absente de temps en temps, plusieurs jours. Il ne l'emmène que rarement avec lui.

 

La femme fait quelquefois connaissance lors de réceptions. C'est ainsi qu'elle a rencontré Mona, une psychiatre palestinienne. En lui rendant visite à l'hôpital, elle s'est inquiétée du sort d'un bébé.

 

Ce bébé n'avait pas de nom. La femme lui en a donné un, mais n'a pas voulu l'adopter. En s'occupant de cette enfant, elle a simplement fait preuve d'humanité. Désoeuvrée, elle s'est rendu utile.

 

Elle ne se rendra pas utile cette unique fois dans cette contrée brûlante, où elle est la femme privilégiée. Ayant refusé de retourner en Europe, elle sera la femme qui a de l'influence sur le délégué...  

 

Francis Richard

 

L'Épouse, Anne-Sophie Subilia, 224 pages, Zoé (sortie le 25 août 2022)

 

Jours d'agrumes, L'Aire (2013)

Parti voir les bêtes, Zoé (2016)

Neiges intérieures, Zoé (2020)

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22 août 2022 1 22 /08 /août /2022 19:15
Ce grand remous en nous, d'Alexandre Caldara et Karim Karkeni

Notre correspondance, je la vis l'ai vécue comme un refrain précieux et important, depuis nos premiers bredouillages bidouillages. Qu'elle soit publiée me ravit et m'intrigue; qui nous lira? comment? qu'est-ce qui sera perçu de ce fourre-tout hétéroclite cocasse et dense, ponctué souvent par tes trouvailles poétiques et par nos esquisses d'intimité et de familles dévoilées?

 

C'est ainsi que, le 4 mai 2021, Karim Karkeni s'adresse à son ami Alexandre Caldara au terme de leur correspondance électronique qui a commencé le 18 septembre 2020 par un mail de ce dernier.

 

Michel Moret, leur éditeur, leur avait demandé d'échanger des propos de table via la Toile. Consigne que Karim a eu plus de facilité à observer qu'Alexandre, puisque celui-ci a dû être rappelé à l'ordre.

 

Qui lira ce livre qui n'en est pas un, pas vraiment? Tous ceux qui aiment les livres justement parce qu'ils peuvent y retrouver dans cette correspondance quelque chose qui leur ressemble, peu ou prou.

 

En effet ils se livrent l'un comme l'autre, mais pas trop, juste ce qu'il faut pour connaître leurs personnalités et éprouver de l'attachement pour eux, ces deux quadragénaires qui sont bien de leur temps.

 

Comment lire l'ouvrage? Très naturellement, i.e. tout simplement en suivant la chronologie, même si les deux premiers messages caldaresques ne sont reproduits qu'à la fin: les premiers sont les derniers...

 

Au préalable, le lecteur, ou le liseur, notera que les messages d'Alexandre sont en italiques et ceux de Karim en caractères droits. Mais, très vite, il les distinguera, chacun ayant son style et sa ponctuation...

 

Qu'est-ce qui sera perçu de ce fourre-tout hétéroclite? Chaque lecteur, ou liseur, y fera son miel, qui n'est pas forcément celui du voisin, mais avec un point commun qu'ils partageront avec ces épistoliers.

 

Quel point commun? L'amour des livres, des images et des mots. Car, si Karim tient Boutique du Livre, rue des Chavannes 4, à Neuchâtel, Alexandre est journaliste à Berne et poète exalté un peu partout...

 

Ces propos de table sont émaillés de citations. Elles proviennent d'auteurs connus, d'autres qui le sont moins, d'autres encore pas du tout. Ce sont ceux-ci qui intriguent et donnent envie d'aller y voir de plus près.

 

À propos de citations, citons-les, pour donner le ton de chacun et son angle de vue, qui expliquent qu'en correspondant, ils aient pu, comme le titre de leur livre le dit, faire tourner Ce grand remous en nous:

 

Il y a, me semble-t-il, quand on a attrapé la maladie de la lecture, et je veux dire par là que l'on a un rapport existentiel et passionnel à la lecture nous rendant indigeste tout ce qui est de l'ordre de la lecture-évasion, il y a une sorte de contamination de notre petite réalité par l'immensité de la lecture, et que cela résonne parfois de troublante manière.

 

Karim, le 21 octobre 2020, à 8h52.

 

La littérature entre en moi, me décompose, me stérilise, me rend futile ou savant un instant par tant de secousses sismiques inexplicables. Je ne me revendique d'aucune école. Je sais ce que je n'aime pas, ce qui pour moi ne sert à rien, une certaine mollesse de tout et de ton, dont souvent la Suisse romande se fait la spécialité.

 

Alexandre, le 20 novembre 2020, à 12h30.

 

Francis Richard

 

Ce grand remous en nous, Alexandre Caldara et Karim Karkeni, 176 pages, L'Aire

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20 août 2022 6 20 /08 /août /2022 21:25
Le livre des soeurs, d'Amélie Nothomb

Trois années passèrent. À voguer sur les nuages. L'entourage n'en pouvait plus.

- Et si vous aviez un enfant? Leur conseilla-t-on.

- Pourquoi?

- L'amour, ça sert à ça, non?

Ils n'y avaient pas pensé.

 

Alors Florent et Nora, qui jusque-là vivaient un amour que les autres leur enviaient, firent et eurent un enfant, pour, après tout, faire comme tout le monde.

 

Cet enfant, ce fut Tristane, qui naquit le 13 novembre 1973. Au début, comme beaucoup d'enfants, Tristane se mit à brailler la nuit et à déranger ses parents.

 

Florent mit un soir les choses au point. Il parla à Tristane comme si elle pouvait le comprendre, lui ordonna d'arrêter de pleurer. Ce qu'elle fit, aussitôt.

 

Dès que possible, Nora et Florent mirent Tristane à la crèche, pour s'en débarrasser. Et, le soir, vite ils la couchaient, pour mieux se retrouver seule à seul.

 

Ils l'aimaient, mais ils ne la comprenaient pas. Aussi se développa-t-elle toute seule, à leur insu. Ainsi, muette jusqu'à deux ans, se mit-elle soudain à parler.

 

De même, toute seule, se mit-elle à lire, puis à écrire. Cette enfant douée, exclue sans malice par ses parents, à l'école se révéla agréable, inventive, attentive...

 

Sous la pression de leur entourage qui trouvait que la venue d'un enfant n'avait rien changé à leur amour fusionnel, Nora et Florent mirent en route un deuxième.

 

Pendant la grossesse de Nora, Tristane vécut chez sa tante Bobette, où elle fit merveille avec ses cousins. Le 9 août 1978, Tristane eut une petite soeur, Laetitia:

 

Entre Tristane et Laetitia se produisit l'amour au sens absolu, l'amour hors catégorie, un phénomène d'autant plus puissant que non répertorié.

 

Nora et Florent purent continuer à filer le parfait amour. À défaut d'en recevoir des preuves de leur part, Tristane en donnait à Laetitia qui les lui rendait, volontiers.

 

Il fallut se séparer, qui pour commencer le CP, qui pour aller à la crèche. Les deux soeurs n'en eurent que plus de bonheur à se retrouver pendant leurs temps libres.

 

Dans Le livre des soeurs, Amélie Nothomb raconte que cet amour fusionnel entre elles deux, ne se démentit jamais, bien qu'elles ne suivissent pas la même route.

 

De tempéraments très différents, elles se complétaient et se soutenaient l'une l'autre. Bien plus tard, après que leurs parents eurent disparu, Laetitia put dire à Tristane:

 

Notre amour vaut mieux que le leur.

 

Francis Richard

 

Le livre des soeurs, Amélie Nothomb, 198 pages, Albin Michel

 

Livres précédents chez le même éditeur:

Le voyage d'hiver (2009)

Une forme de vie (2010)

Tuer le père (2011)

Barbe bleue (2012)

La nostalgie heureuse (2013)

Pétronille (2014)

Le crime du comte Neville (2015)

Riquet à la houppe (2016)

Frappe-toi le coeur (2017)

Les prénoms épicènes (2018)

Soif (2019)

Les aérostats (2020)

Premier sang (2021)

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15 août 2022 1 15 /08 /août /2022 22:30
Le chagrin d'Icare, de Marie-Claire Dewarrat

Icarius Montefumato. C'est mon nom. Le vrai. L'officiel. Sans déguisement de pseudonyme. C'est celui qui est inscrit sur mon passeport, mon permis de conduire, ma carte de presse.

 

Icare a connu son heure de gloire. Il a commis plusieurs livres. Il a même reçu le prix Goncourt en son temps. Aussi connaît-il bien ce qu'écrivain veut dire et les rites qui vont avec.

 

Aujourd'hui sa quête est de faire main basse sur tout ce qu'il a écrit et qui n'a pas été acheté ni lu et de les rassembler chez lui. Dans quel dessein? C'est justement tout le propos du roman.

 

En tout cas ce qui est sûr, c'est qu'Icare est désabusé sur le livre en général et pas seulement au sujet des siens. C'est ainsi que, pour lui, le livre n'est pas libre et qu'il ne l'est même jamais:

 

Le jour de son achat, le livre tombe de l'asservissement du négoce dans celui d'un avenir de table de nuit, d'oreiller défraîchi, de bibliothèque de salon, d'étagère de lieux d'aisance, etc.

 

Le livre ne rend libre non plus ni l'écriveur ni le liseur. Aujourd'hui il sait que c'était une erreur de faire entrer un monde qui ne tourne pas rond dans le moule rectangulaire d'un livre.

 

Pourtant écrire lui est consubstantiel, comme c'est le cas pour ses semblables. La question n'est donc pas d'écrire ou de ne plus écrire, mais d'écrire ou mourir. C'est aussi simple que ça.

 

Que lui est-il arrivé? En italiques, on apprend peu à peu le traumatisme subi après la chute de l'Al Bekaba, où lui et d'autres ont été soumis à la question pour blasphème de la libre pensée.

 

L'Al Bekaba? La plus ancienne, la plus vaste, la plus essentielle bibliothèque du monde. La première. La seule. Où Icare avait été admis dans un contingent étranger pour un séjour d'études.

 

Il ne se doutait pas qu'un Ordre Nouveau serait instauré et que seraient mis au pilori tous les ouvrages des participants et la disparition concomitante du quota féminin de son contingent.

 

Icare en a réchappé, ce qui ne fut pas le cas de tous ses confrères. Son cerveau a en quelque sorte été lavé et, après qu'il est sorti de l'hôpital, il a commencé sa quête de ses propres livres.

 

Cette quête le mène dans toutes sortes de librairies et de bibliothèques, jusqu'à des boîtes à livres même. Et il ne se contente plus dès lors de les acheter, au besoin il subtilise, ni vu, ni connu.

 

Quel sort réserve-t-il à ses livres oubliables, pour l'écriture desquels, après tout, il n'a souffert que de chercher le mot juste pour exprimer justement l'idée juste [qu'il] voulait transcrire?

 

Il sait maintenant que la dépouille des livres est condamnée à ne jamais connaître la paix des morts autrement que par le pilon ou le bûcher. Encore faut-il être capable de passer à l'acte... 

 

Francis Richard

 

Le chagrin d'Icare, Marie-Claire Dewarrat, 192 pages, Éditions de l'Aire

 

Livre précédent:

 

Couchers de soleil- Ernest, Maurice, Siegfried (2020)

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14 août 2022 7 14 /08 /août /2022 17:00
Gore de mer, Collectif

Lire Gore de mer en bord de mer, voilà ce que propose Gore des Alpes. Pour répondre à la proposition, rien de tel que de s'asseoir près de l'Atlantique, les doigts de pieds en éventail.

 

Le gore, c'est comme la misère, c'est moins pénible au soleil et c'est tout bénéfice que de frissonner enfin un peu, sous canicule et par sécheresse, en cédant à cette invite aquatique.

 

Dans cet hors-série estival, on retrouve quatorze des plumes de la collection, classées par ordre alphabétique:

 

Philippe Battaglia, Gabriel Bender, Louise Anne Bouchard, Eric Felley, Nicolas Feuz, Jean-François Fournier, Jordi Gabioud, Olivia Gerig, Stéphanie Glassey, Marie Javet, Joël Jenzer, François Maret, Nicolas Millié et Olive.

 

Trois autres plumes les ont rejointes à l'occasion de ce festival hors normes et collectif:

 

Joël Cerutti, Dita von Spott et Vincho.

 

Le résultat est là: c'est bien gore, c'est-à-dire sanguinolent et épouvantable. Cela rappellera à d'aucuns leurs émois d'ado quand, en bande hilare, ils allaient voir des films d'horreur.

 

La mer? C'est par exemple l'Atlantique autour d'Ouessant, la Méditerranée à Monte-Carlo, la Mer du Nord au large des côtes du Danemark ou le Pacifique de la lointaine Papouasie.

 

Quand les adeptes du Gore des Alpes ne vont pas à la mer, c'est la mer qui vient à eux, comme dans ce futur fantasmé (et réchauffé... ), où on en est, en 2041, à la Covid-38...

 

(La Patrouille des Glaciers y est devenue, en 2092, la Patrouille des Sablés...)

 

Les créatures ne manquent pas à l'appel de la faible chair, que ce soit dauphins-garous, poissons mortels, chimères homme-animal, murènes visqueuses, sirènes tueuses, ou bien.

 

D'aucuns, cinéphiles, feront le lien entre certaines de ces nouvelles et des films mythiques, au point parfois d'en reprendre même à peu près le titre, mais pour en mieux noircir le trait.

 

Un cliché est de dire que la Suisse est l'un des pays les plus sûrs. Dans les faits, c'est vrai. Dans les esprits, ce l'est moins. Les idées noires émanant de cet opus ne les rassureront pas.

 

Francis Richard

 

Gore de mer, Collectif, 144 pages, Gore des Alpes (N°19)

 

Livres précédents de la collection:

 

Tunnel pour l'enfer, Marie Javet (N°16)

Take it easy, Eric Felley (N°17)

Buffet de campagne, Olivia Gerig (N°18)

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12 août 2022 5 12 /08 /août /2022 17:10
Comment ferait Lubitsch?, de Tomaso Solari

Tu dois savoir à mon sujet que je suis habité par le cinéma. Il m'est parfois impossible de faire la différence entre ce qui est film et ce qui ne l'est pas. Au fond, qu'importe, le monde n'est-il pas un théâtre1, chacun se mettant en scène et jouant la vie qu'il se raconte?

 

Né le 3 août 1966, Harper est un riche héritier américain, multimillionnaire jusqu'à 40 ans. Sa mère est une Fitzpatrick, son père un Finnegan. Les Finnegan, comme les Fitzpatrick, sont bourrés aux as.

 

Le père de Harper, Colm, esprit libre, après avoir légué sa fortune à sa femme Siobhan, qu'il n'a jamais aimée - cette ancienne hippie vit depuis sous médicaments - est parti sans laisser d'adresse.

 

Aussi Harper a-t-il été élevé par sa grand-mère paternelle, Deirdre, qui répond volontiers à toutes ses questions, à l'exception de celles qui ont trait à son père absent, dont il ne sait s'il est mort ou vif.

 

La réponse se trouve vraisemblablement dans un album de photos et de coupures de presse que sa grand-mère lui interdit de regarder et dont il sait seulement qu'en première page se trouve cette phrase:

 

THE TRUTH SHALL SET YOU FREE. OR IT SHALL KILL YOU.

LA VÉRITÉ VOUS RENDRA LIBRE. OU ELLE VOUS TUERA.

 

Harper est artiste. À huit ans, il a été transfiguré par hasard à la vue d'une fine femme polonaise qui donnait un concert de piano retransmis à la télévision: Quand j'ai besoin de respirer, je joue du piano.

 

Harper est excentrique. Un de ses jeux est Suivez cette voiture. Il hèle un taxi et lui demande de suivre une voiture jusqu'à ce qu'elle s'arrête et, de là, quelle que soit la distance, il rentre à pied chez lui.

 

À 40 ans, il décide de ne plus papillonner dans les pages de [son] existence. Convaincu que le pouvoir de l'amour est plus fort que celui de l'argent, il se lance dans le cinéma: Comment ferait Lubitsch?

 

Il fait comme aurait fait Billy Wilder, inspiré par Ernst Lubitsch, et dépense une bonne part de sa fortune dans de nouvelles productions d'Ariane, sorti en 1957, où il entend incarner Franck Fannagan.

 

Car Harper voudrait aimer, comme le personnage joué par Gary Cooper (A-t-on pleinement vécu si l'on n'a jamais pleinement aimé?); il voudrait savoir qui il est, mais le sait-on sans connaître ses origines?

 

Tomaso Solari, en connaisseur, restitue les pages de l'existence de Harper dans le contexte des États-Unis des années 1960 aux années 2000, avant qu'au bout de sa quête ne pointe l'aube d'une autre vie.

 

Francis Richard

 

1 - Le monde entier est un théâtre..., disait Jacques, dans Comme il vous plaira, de William Shakespeare...

 

Comment ferait Lubistch?, Tomaso Solari, 320 pages, Éditions Encre Fraîche

 

Livre précédent:

 

De si rudes tendresses (2017)

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9 août 2022 2 09 /08 /août /2022 22:00
Mon chéri à Gérimont, d'Adèle Rose Virpyr

Si mon prénom est le mien, mon pseudo, je l'ai fabriqué comme un hybride vir homme en latin, et pyr le feu en grec, soit le feu de l'homme ou l'homme de feu, quel plus beau nom pour une femme!

 

En fait, sous cette maternité pseudonyme revendiquée, se cache un auteur, dont les prénoms et le nom sont l'anagramme...

 

Le lecteur compulsif de littérature romande le reconnaîtra à sa hardiesse et à sa verdeur d'expression, à ses allitérations...

 

Mais, peu importe. Adèle adresse, dans Gérimont 13, une lettre, depuis la Damonie, à son chéri, le commissaire Serjv Rodal.

 

Rodal, que connaissent les fidèles lecteurs du cycle, se trouve à Gérimont et Adèle ne l'a pas revu depuis des révolutions.

 

La Damonie est une vallée à part depuis la Montée, celle des eaux, lesquelles ont surgi en ce pays de montagnes et de lacs.

 

Adèle, ne sait si elle reverra un jour son vieil amant, s'il lira cette lettre, mais celle-ci témoignera qu'elle ne l'a pas oublié.

 

Dans cette lettre chaotique, c'est-à-dire où l'épistolière ignore la chronologie et la géographie, Adèle confesse sa vie intime.

 

En manque d'amants, ou pas, elle joue avec son clitoris1, comme Aladin le fit avec sa lampe, pour jouir, tout simplement.

 

Adèle est conforme à la vénération que vouent les habitants de la Vallée à cet organe de jouissance, reproduit un peu partout:

 

À chaque carrefour le travailleur, le citoyen, l'humain, le Damoni, ces mots sont synonymes, voit un clitoris en pierre, en fer ou en bois peint de pourpre sur son socle, borne, stèle, pierre milliaire de bois généralement, rappel de ce rôle essentiel.

 

La vie en Domanie est soumise à des règles (auxquelles se soumettent neuf habitants sur dix) édictées par les Lumineux.

 

Ces règles ont permis et permettent une vie harmonieuse entre les habitants qui peuvent travailler et copuler allègrement.

 

En effet, le but de ces règles est de maintenir le nombre d'habitants sans pour autant devoir freiner le nombre de naissances.

 

Pour y parvenir, les naissances ne doivent pas excéder les morts dont une partie sont des pendus pour non-respect des règles:

 

La règle doit être respectée d'autant mieux que l'on a besoin des infractions pour réguler la population par des peines de morts judicieusement prononcées dans l'intérêt de la démographie et dont la fréquence variera en fonction du taux de natalité, un pour tous, tous pour un.

 

Aussi de nouveaux arrivants ne sont-ils acceptés que pour équilibrer les pertes éventuelles, à condition qu'il s'agisse d'impétrants:

 

Pour les humains il était préférable de ne pas admettre d'immigrés qui sont des émigrés donc insatisfaits ou en rupture de ban, explorateurs, curieux ou dissidents, rebelles, moteurs sans doute dans la prédation, la rivalité ou la mendicité et, en un mot, le pire, décidés à réaliser leur rêve envers et contre tout.

 

Le travail, comme le sexe, fait partie de l'équilibre. L'idéal est de faire nombre d'apprentissages, d'exercer nombre de métiers.

 

Adèle, comme son vieil amant, en quête d'harmonie, aime concilier les contraires, ce que confirme sa vision de son monde:

 

En fait l'utopie n'existe pas, c'est un non-lieu et la dystopie est son contraire dissymétrique, elle est également un non-lieu.

[...]

Notre vallée est le meilleur exemple d'utopie dystopique.

 

Francis Richard

 

1 - Ce mot est peut-être celui qui a le plus d'occurrences dans cette lettre peu banale.

 

Mon chéri à Gérimont (Gérimont XIII), Adèle Rose Virpyr, 248 pages, Hélice Hélas

 

Le Cycle de Gérimont:

 

Par Stéphane Bovon:

 

Gérimont Olivier Morattel Editeur (2013), Hélice Hélas (2017)

La lueur bleue (Gérimont II) Olivier Morattel Editeur (2014), Hélice Hélas (2019)

Les deux vies de Louis Moray (Gérimont III) Olivier Morattel Editeur (2015), Hélice Hélas (2022)


Par Karl-Reinhardt Übersax-Müller:

 

Vevey sous les eaux (Gérimont XI) (2022)

 

Par Lefter Da Cunha

 

Le dragon de Gérimont (Gérimont XII) Hélice Hélas (2017)

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21 juillet 2022 4 21 /07 /juillet /2022 22:55
Les Chats noirs de Gallipoli, de Laurent Koutaïssoff

Pour elle, c'était un signe: son acte s'inscrivait dans la durée, les chats noirs allaient se multiplier et rendre son geste éternel dans la mémoire de tous.

 

Dans ce roman, deux histoires se déroulent parallèlement, mais n'en font qu'une, finalement. L'une commence en 1926 à Gallipoli, dans les Pouilles, province de Lecce, l'autre en 2018, à Lausanne, canton de Vaud:

 

La date n'a pas d'importance. Les pendules ne se sont pas arrêtées. C'est arrivé. C'est tout.

 

Le point, et lieu, commun de ces deux histoires? Une église de Gallipoli, Santa Maria della Puritâ. Comme deux cours d'eau, elles y font leur jonction, et l'ésotérique y joue son rôle, sans que l'avenir soit déterminé.

 

Renonçant à la médecine, il a consacré toute sa vie à l'histoire de l'architecture. Ce 3 septembre 2018, alors qu'il examine une diapositive de l'église de Gallipoli pour préparer son cours, deux policiers l'interrompent.

 

Ils sont venus lui annoncer la terrible nouvelle et l'emmènent là où le corps de son fils repose sous une bâche, après avoir été renversé par un camion, afin qu'il le reconnaisse: ce jour-là, il franchit les portes de l'attente.

 

Ce 24 juillet 1926, Francesca Badolati suit Giuseppe Barba, dit Beppe, dans le cortège, où il conduit, comme les autres, la statue de Santa Cristina, patronne des pêcheurs, jusqu'à la jetée, où elle sera chargée sur un bateau.

 

Pour Francesca, qui, dix-sept ans plus tôt, a été trouvée à l'aube, emmaillotée devant Santa Maria della Puritâ, l'église de la grande plage aux pieds des remparts, et pour Beppe, qui se sont vus, c'est le début de l'amour.

 

Ce que ni l'un ni l'autre ne sait, c'est que ce sera un amour fatal. C'est le récit de cet amour et de son influence sur le professeur qui est la trame de ce roman de Laurent Koutaïssoff, où la vie et la mort sont les protagonistes.

 

À Tina, la diseuse d'avenir, pour ce qui concerne Francesca, Beppe, les enfants qu'ils auront, deux cartes se sont imposées. L'une représente la chance, l'autre la prudence, une invitation à regarder le monde différemment.

 

Peut-être faut-il donc voir dans ce roman un apologue. Certes personne ne maîtrise complètement sa vie, mais, pour bien agir, il faut saisir la chance qui se présente et ne pas être esclave de la prudence [ni] de la solitude.

 

Francis Richard

 

Les Chats noirs de Gallipoli, Laurent Koutaïssoff, 304 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livre précédent:

 

Atlas (2020)

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18 juillet 2022 1 18 /07 /juillet /2022 22:55
Au plus profond du moins profond, de Christian Vellas

"Repère bien les trous: les truites sont au plus profond du moins profond..." Paroles sibyllines pour le profane, mais que l'on comprenait tout de suite au bord de l'eau.

 

Le titre de ce recueil de sept nouvelles reprend celui de la première. Dans celle-ci Florian, qui se rend au mariage de son meilleur ami, au volant de sa voiture, se souvient entre autres, en voyant un torrent en contrebas sauter entre les rochers, de ce que lui conseillait son père, fin pêcheur.

 

Dans vingt-quatre minutes il ne sera plus de ce monde. Il ne lui reste plus que vingt kilomètres à parcourir avant l'accident mortel. Il n'était pas enregistré si tôt dans les entrées au Paradis. Toute sa vie ne se déroule donc pas dans sa tête, hormis le souvenir des baisers échangés avec Justine...  

 

Dans le Testament d'un faussaire, le narrateur souffre d'avoir été capable d'égaler les plus grands et de mourir ignoré. Il raconte comment enfant surdoué, il en est arrivé non pas à faire des copies mais à peindre à la manière de. Il est mouillé jusqu'au cou dans un système dont il aimerait sortir...

 

Dans Le secret de famille est dans l'arbre, Jean a reconstitué la généalogie de sa famille, sans tenir compte du fait qu'on sait qui sont les mères, qui accouchent devant témoins, mais qu'on ne peut pas toujours être sûr du père, qui peut être un délinquant ou transmettre une maladie héréditaire...

 

Dans Le diable boit une bière, celui-ci choisit de pervertir la serveuse du café où il s'est installé en attendant de prendre le train. Il lui montre l'argent qu'il transporte dans sa mallette rouge, s'enquiert de ce qu'elle gagne, lui propose une somme pour l'aller rejoindre dans le confessionnal de l'église...

 

Dans Le partage, la mère Garcin a eu dix enfants et veut régler sa succession de son vivant. La justice n'est pas de faire des parts égales mais de tenir compte de la situation de chacun. Mais d'aucuns s'estiment lésés tandis que d'autres qui ne le sont pas prennent parti, jusqu'au décès de leur mère...

 

Dans Nous n'irons plus au bois, les cheveux sont coupés, le narrateur rentre chez lui à la fin de la guerre après une longue absence. Sa femme n'est plus là, elle ne l'a pas attendue. Elle a été tondue à la Libération, pour collaboration. Il en est devenu fou et suit une mauvaise pente, qu'il regrettera...

 

Le sanglier des Noirettes est une bête féroce dont la tête énorme est accrochée dans une église de Haute Provence. Comment est-elle arrivée là? C'est une longue histoire, celle de la traque qu'Omer mena contre le monstre et qui est l'occasion pour lui de se remémorer les hauts faits de [son] village...

 

Ce recueil, imprégné du monde d'avant, celui de la chrétienté, souligne la complexité de l'existence, en partant de faits, un accident, des infidélités, la perte d'êtres chers, et de ressentis, un manque de reconnaissance, un sentiment d'injustice, un moment de honte vite passé. Son réel mouvement?

 

Du moins profond au plus profond.   

 

Francis Richard

 

Au plus profond du moins profond, Christian Vellas, 136 pages, Slatkine

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17 juillet 2022 7 17 /07 /juillet /2022 11:45
La tyrannie des minorités, de Jean-Claude Schwarz

Notre civilisation, au nom du modernisme, d'internet, du cloud, etc. prétend que jamais l'homme n'a été aussi libre qu'actuellement. Mon dessein est de montrer le contraire par quelques exemples concrets et d'exprimer tout haut ce que d'autres pensent tout bas.

 

Pour Jean-Claude Schwarz, la pierre angulaire de la transformation de notre société est Mai 68 et, depuis, la contestation de l'autorité et de ce qui à ses yeux est incontestable est devenue le leitmotiv de certaines minorités actuelles sans que personne ne tente de s'interposer.

 

OUTRANCES ET DÉMESURES

 

Les outrances et les démesures de minorités se manifestent dans:

 

- L'éducation: à l'école il s'agit de plus en plus d'apprendre à contester; en famille il ne faut plus punir et ne pas s'opposer, par exemple, aux jeux vidéo, qui peuvent être d'une rare violence, et à l'usage des téléphones portables, ce au nom de l'ouverture d'esprit, sans tenir compte du degré de maturité de l'enfant.

 

- Les informations: l'oppression physique est désormais également psychologique; la connaissance de ce qui marche bien ailleurs, conjuguée aux guerres, favorise l'émigration et le non-respect de la laïcité par des nouveaux venus, faute de mesures contraignantes.

 

- Le féminisme: l'égalité n'est plus seulement revendiquée. Il s'agit de discréditer les hommes, voire de les traduire devant le tribunal de l'opinion publique et de ne pas réserver les procédés reproductifs sans relations aux seuls couples infertiles, quelles qu'en soient les conséquences psychologiques pour les enfants à naître.

 

- Le racisme: s'il est condamnable, parce qu'il se traduit par de l'agression envers les autres ou par des privilèges accordés à d'aucuns aux dépens des autres, il ne doit pas non plus être instrumentalisé pour couvrir les méfaits commis par ceux qui s'en prétendent victimes.

 

- Les idéologies radicales: le wokisme, l'islamo-gauchisme ou le suvivalisme sont destructeurs.

 

- L'écologisme: il est parvenu de manière insensée à imposer les éoliennes, la sortie du nucléaire, la généralisation des voitures électriques, sans considérer leur bilan carbone catastrophique à la fabrication...

 

- La justice dont il donne des exemples de failles et de laxisme.

 

CONDAMNATIONS SÉLECTIVES

 

Ces constats sont admissibles. L'auteur est moins convaincant quand il s'en prend:

 

- aux Gilets Jaunes qui, à l'origine, se révoltaient légitimement contre la hausse de la taxation, déjà prohibitive, des carburants, puis ont été récupérés par l'extrême-gauche, enfin ont été discrédités par les exactions commises par les nervis de celle-ci;

 

- aux GAFAM, non pas pour leur connivence avec les pouvoirs publics ou pour leurs idéologies délétères, mais parce qu'ils sont le pouvoir de l'argent;

 

- aux réseaux sociaux parce qu'ils répandent les fake news des uns et des autres, qu'ils s'en prennent violemment à des personnes et qu'il faudrait donc réguler;

 

- à la junk science, qui sert les intérêts de grandes entreprises pour valider l'innocuité de leurs produits mais dont il exonère curieusement les fabricants des prétendus vaccins (parfaits en théorie, très imparfaits dans la pratique) contre le SARS-CoV2;

 

- au complotisme, qui voit dans des événements le résultat de complots ourdis par des minorités actives, ce qui peut s'entendre, mais dont on accuse dorénavant ceux qui récusent la vérité officielle, comme, pendant la pandémie, le firent des médecins qui ont soigné précocement (de plus en plus d'études leur donnent maintenant raison) et ont mis en cause les prétendus vaccins, lesquels s'avèrent beaucoup moins protecteurs qu'annoncé, n'empêchent pas de contaminer et ont des effets indésirables qu'il ne faut pas minimiser.

 

(j'ai sursauté quand j'ai lu sous la plume de l'auteur que se faire vacciner est un devoir citoyen: c'est une décision personnelle à prendre après avoir mis en balance, avec son médecin, les bénéfices et les risques)

 

D'UNE TYRANNIE L'AUTRE

 

Comme remède à ce que l'auteur appelle La tyrannie des minorités, qui ne l'est qu'avec la complicité tacite des pouvoirs publics et des médias, il préconise... une autre tyrannie, celle du mondialisme, autrement dit d'un gouvernement mondial. À qui faudrait-il confier ce gouvernement mondial? Peut-être à l'ONU, cette merveilleuse institution...

 

Or, pour ne prendre que les exemples récents de la prétendue urgence climatique et de la pandémie de CoViD19 (dont il ne fallait ni minimiser ni surestimer le danger), les Nations Unies, via le GIEC et l'OMS, qui appartiennent à son système, ont surtout défendu, sous couvert scientifique, les intérêts politiques de certains dominants qui les financent.

 

Que devrait faire un gouvernement mondial, selon l'auteur? L'énoncé de quelques tâches, qu'il lui attribue, suffit à en montrer le rôle tyrannique qu'il jouerait, conforme à la doxa, qui est de ne pas faire confiance aux personnes et de réduire leurs libertés individuelles au nom d'un intérêt général indéfini et indéfinissable:

 

- réguler les naissances pour éviter la surpopulation;

 

- prendre des mesures pour gommer certaines inégalités et aider d'une manière intelligente les pays pauvres à s'en sortir;

 

- repenser notre monde industriel et agricole qui dans ses excès, détériore la planète;

 

- lutter contre le réchauffement climatique;

 

- maîtriser la surexploitation des ressources;

 

- trouver un meilleur équilibre entre les riches et les pauvres.

 

CONCLUSION

 

Afin de nous libérer de tous les problèmes abordés, il est indispensable que notre société prenne conscience que sans interdits, elle est vouée à l'échec.

 

N'en déplaise à l'auteur, la seule issue pour résoudre les vrais problèmes qui se posent à l'humanité, ce n'est pas de multiplier les interdits pour résoudre de faux problèmes, c'est de mettre l'humanité au centre de l'univers, de lui faire confiance, en développant dès l'enfance l'esprit critique et en mettant au-dessus de tout les droits naturels, d'où découlent des règles universelles:

 

Personnalité, Liberté, Propriété - voilà l'homme, disait Frédéric Bastiat, dans La Loi (1850).

 

Francis Richard

 

La tyrannie des minorités, Jean-Claude Schwarz, 110 pages, Éditions de l'Aire

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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