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28 décembre 2020 1 28 /12 /décembre /2020 19:15
Genève-Kin 2020, La correspondance

Sur le titre Genève-Kin 2020, il convient de fournir une petite explication: Kin est en effet l'apocope de Kinshasa. Aussi le titre indique-t-il qu'un lien a été tissé entre Genève, en Suisse, et Kinshasa, en République Démocratique du Congo, au cours de l'année 2020 (en fait il a débuté fin 2019...).

 

Ce livre est le recueil d'une correspondance électronique entre d'une part Lolvé Tillmanns et Miss M. Bangala et d'autre part entre Anne-Sophie Subilia et Richard Ali A Mutu, c'est-à-dire entre deux romancières suisses et la promotrice du livre kinois et le romancier kinois, respectivement.

 

Le projet de cette correspondance a été porté et conduit par Max Lobe, qui est un Genevois d'origine camerounaise. Il fait partie d'un projet plus vaste qu'il a initié, Genèv'Africa. Il s'agit de jeter des ponts entre les auteurs suisses et africains continentaux. Aussi Kin n'en est-elle que la première étape.

 

Cet échange électronique encadre une visite des deux Suissesses à la Fête du Livre de Kinshasa en février 2020. Il sera suivi d'un voyage à Genève au printemps 2021 des deux Kinois: celui-ci devait avoir lieu en octobre 2020 à l'occasion du Salon du Livre de Genève mais a été reporté en raison de la Covid-19... 

 

Si Lolvé Tillmanns et Anne-Sophie Subilia vous sont peut-être connues, il est moins sûr que vous connaissiez Miss M. Bangala et Richard Ali A Mutu. Quoi qu'il en soit, ce livre est l'occasion de mieux connaître ces quatre acteurs du livre, qui se présentent par paire les uns aux autres, parfois de manière très personnelle.

 

Miss et Lolvé parlent d'abord d'identité et de féminisme, de ce que cela veut dire sur leur continent respectif. Puis, Je suis avant tout une lectrice, dit Lolvé; à quoi Miss lui répond qu'elle est une lectrice compulsive. Au terme de leur échange, chacune aura commencé à découvrir les lectures de l'autre.

 

Anne-Sophie et Richard parlent d'abord de leurs villes, Lausanne et Kin, et de leurs bruits, puis de leurs oeuvres respectives. Correspondance faisant, ils en viennent au tutoiement. L'ombre du virus couronné est bien présente, mais aussi l'image bien vivante d'être père pour l'un et bientôt mère pour l'autre.

 

Comme le dit Max Lobe dans sa préface, et ce livre d'échanges entre trentenaires en est la preuve:

 

Le texte, ça peut être le courriel. C'est un genre littéraire.

 

Francis Richard

 

Genève-Kin 2020, La correspondance, 132 pages, BSN Press

 

Livres d'Anne-Sophie Subilia:

Jours d'agrumes, L'Aire (2013)

Parti voir les bêtes, Zoé (2016)

Neiges intérieures, Zoé (2020)

 

Livres de Lolvé Tillmanns:

33 rue des grottes , Éditions Cousu Mouche (2014)

Rosa, Éditions Cousu Mouche (2015)

Les fils, Éditions Cousu Mouche (2016)

Un amour parfait, Éditions Cousu Mouche (2018)

Fit, BSN Press (2020)

 

Livres de Max Lobe:

39 rue de Berne, Zoé (2013)

La trinité bantoue, Zoé (2014)

Confidences, Zoé (2016)

Loin de Douala, Zoé (2018)

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15 décembre 2020 2 15 /12 /décembre /2020 23:55
Léa, roman collectif de quatorze auteurs

Ils sont quatorze à avoir prêté leur plume pour écrire ce roman. Ils ont respecté le scénario imposé et gardé leur style. Et le résultat est étonnant de cohérence: ce livre se lit comme un... roman, sans solution de continuité.

 

Ils sont quatorze et ont écrit quinze chapitres, car l'un d'entre eux a écrit le premier et le dernier, qui sont en quelque sorte le prologue et l'épilogue de l'ouvrage, si bien qu'avec eux, la boucle de l'histoire est... bouclée.

 

Dans l'ordre d'apparition, les quatorze sont: Catherine Rolland, Marie-Christine Horn, Florence Herrlemann, Gilles Marchand, Carmen Arévalo, Juliette Nothomb, Mélanie Chappuis, Zelda Chauvet, Marilyn Stellini, Leïla Bahsaïn, Johann Guillaud-Bachet, Laurent Feuz, Nicolas Feuz, Cali Keys.

 

Comme c'est le cas dans la nature, la parité n'y est pas respectée, ce qui n'a aucune espèce d'importance, puisqu'en littérature seuls le talent et la générosité en ont. Comme le dit Laurence Malè dans sa préface, les plumes des quatorze sont justement talentueuses et généreuses.

 

Au-delà de leur propre style, ces différentes plumes créent donc un même univers. C'est sans doute là que réside toute la magie de ce roman fantastique où l'héroïne, Léa Jourdan, passe d'un monde à l'autre bien involontairement, par une porte océanique... et géométrique.

 

Mick Jourdan, son père, marin-pêcheur breton, a disparu en mer lors d'une tempête dans le petit triangle, qui se situe au sud-est des dernières îles, laissant une veuve et deux orphelins, Léa, treize ans, et son petit frère Loïc, six ans, ce qui aura été pour eux un immense traumatisme.

 

Quatre ans plus tard, lors d'une tempête dans les mêmes parages, la Marie-Jeanne, commandée par Tristan Jourdan, fait naufrage, avec à bord sa nièce, Léa, et deux marins, Jules et Toine. Léa croit se noyer, mais, elle se réveille sur une plage déserte qui ressemble à une plage proche de son village.

 

Assez vite Léa réalise qu'elle se trouve dans un autre univers que le sien: pour les êtres humains qui y vivent, elle est une Métakos, ce qui ressemble au mot grec d'où provient le mot métèque. Mais, surtout, elle y rencontre des créatures animales et humaines aux pouvoirs fantastiques.

 

Dans ce monde parallèle, Léa va être amenée, à son corps défendant, à jouer un rôle à la fois effrayant et exaltant, si bien que ce roman peut être qualifié non seulement de fantastique, mais aussi d'épique, ce qui rappellera certainement aux lecteurs les grands récits mythologiques. 

 

Écrit pendant le confinement, le livre a permis aux quatorze de s'évader. Alors qu'un deuxième confinement joue les prolongations, il permet aux lecteurs, petits et grands, de faire de même à leur tour, y trouvant tout ce qu'il faut pour y parvenir: déconfinement, pardon, dépaysement garanti...

 

Francis Richard

 

Léa, roman collectif de quatorze auteurs, 192 pages, Okama

 

Livre collectif précédent chez le même éditeur:

Nuits blanches en Oklahoma (2020)

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10 décembre 2020 4 10 /12 /décembre /2020 23:30
Roman des gares, de Jean-Pierre Rochat

Pourquoi une femme aussi belle viendrait me chercher à la gare, serait-elle aveugle, ou quoi? La femme avait les yeux couleur miel de sapin...

 

Le narrateur ressemble à l'auteur. Comme lui, c'est un paysan qui a été mis à la retraite après cinquante années de labeur, d'abord dans les alpes, puis dans une ferme, et qui, pour se maintenir en vie, écrit des romans:

 

J'ai de la chance, on me le demande, et je m'exécute volontiers, mais ça me prend du temps, et si je veux garder mes personnages jusqu'à la fin, je dois enrichir leur curriculum vitae.

 

Il ne sait pas raconter les histoires, alors il les écrit. Quand une femme se croit amoureuse de sa figure littéraire, il appréhende, parce qu'il sait bien qu'après qu'elle l'aura rencontré, ce sera pour elle la douche froide.

 

Ce n'est pas le cas avec la première femme dont il est question dans ce récit et qui l'accueille dans la gare de la ville où il doit participer à des journées littéraires organisées par l'Office de la culture du canton.

 

Ce premier personnage de Roman de gares, il l'appelle Iveline, mais elle préfère qu'il la prénomme Marianne dans son livre, ce à quoi il consent bien volontiers, d'autant qu'elle n'est guère gênée qu'il soit un SDF.

 

Cependant Marianne, nom d'emprunt ou pas, ne veut pas que leur liaison se sache, ou plutôt que son mari l'apprenne, parce que ce vieux con le prendrait très mal, vu qu'il occupe une position importante, surchargée...

 

Entre deux histoires de gare, le narrateur écrit comment il est devenu berger avec ses propres bêtes pour quelques saisons d'alpage avant de se retrouver dans une ferme où il aura passé quelque quarante-cinq ans.

 

Pour ce retraité nomade, les gares sont des lieux non seulement où les trains s'arrêtent et repartent, avec ou sans lui, mais où ses amours charnelles peuvent naître sans lui faire oublier les purs bonheurs de sa vie d'antan.

 

Dans un train, il rencontre Dina: rien à voir avec Marianne, car elle est dans la simplicité. Il la revoit dans un café après leur descente du train. Mais il se fait peur d'introduire ainsi une seconde femme dans son roman:

 

Ce n'était pas du tout prévu.

 

Leurs amours sont facilitées parce qu'ils appartiennent à un monde similaire. Peut-être que ce qui les rapproche le plus, c'est qu'ils ont l'une un ex et l'autre une ex... et que Dina ne se révèle pas si superficielle que ça...

 

Francis Richard

 

Roman des gares, Jean-Pierre Rochat, 136 pages, éditions d'autre part

 

Livre précédent:

 

Petite Brume (2017)

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9 décembre 2020 3 09 /12 /décembre /2020 23:45
À bas l'argent !, de Simon Vermot

- J'sais pas où c'est chez moi, la dame m'a pris par la main à la gare de Palerme et m'a fait monter dans ce train.

- Alors tu habites Palerme !

- Peut-être, peut-être pas. J'ai un problème dans la tête qu'il a dit le docteur.

 

Le narrateur est un journaliste suisse. Il est en Sicile pour faire un reportage touristique sur la région de Palerme et il se retrouve seul avec Tom, huit-neuf ans, qui est atteint du syndrome d'Asperger. Cela ne vous rappelle-t-il rien?

 

Ce n'est pas fortuit si Tom lui a été laissé dans le train en principe pour cinq minutes, en lui demandant de veiller sur lui, par une certaine Eva. En réalité, cette présumée Eva a abandonné Tom et... un livre dédicacé à son nom à elle.

 

Il ne sait pas qu'il est tombé dans un piège tendu par des gens qui veulent instrumentaliser ce petit autiste surdoué, qui vient d'un foyer pour enfants abandonnés: Nous voulons nous en occuper. En faire quelqu'un dont on parlera:

 

Vous avez déjà pu constater son charisme, l'adhésion immédiate qu'il suscite dès qu'on le voit.

 

Aurait-il accepté (moyennant finance) d'aider ces gens si celle qui le lui propose n'était pas la fliquette Lenna, belle à tomber dans l'herbe, qu'il a rencontrée au commissariat où il a emmené Tom après qu'ils sont descendus du train?

 

Très vite ces gens lui sont présentés par elle: la riche comtesse Stété Fracho, qui en fait a adopté Tom, Eva, la blonde du train, Jack Cuthebod1, le prix Nobel suisse, Helga, l'assistante de ce dernier, et Francisco, le frère de Lenna.

 

Le lecteur aura compris, avant même que l'auteur ne le dévoile,  quel plan ces gens-là poursuivent depuis le sud de l'Italie. Ils veulent profiter éhontément des facultés extraordinaires de Tom comme d'autres l'ont fait avec Greta...

 

Le but poursuivi par ces gens-là est celui du titre: À bas l'argent ! L'argent serait responsable de tous les maux qui affligent l'humanité et notamment des inégalités qui empêcheraient les êtres humains de s'aimer les uns les autres.

 

Cette idée fausse est basée sur une méconnaissance de l'histoire humaine, qui n'a rien d'idyllique avant l'apparition de l'argent, lequel a facilité les échanges, ce qui a permis de répandre les innovations puis de réduire la misère. 

 

Aussi l'intérêt du livre ne se trouve-t-il pas dans le but. Il est dans l'objectif, qui sera contrecarré par ceux qui vivent du seul argent. C'est cette lutte souterraine qui alimente le suspense, sans lequel il n'y aurait pas de frisson...

 

Francis Richard

 

1- Le patronyme que lui a donné l'auteur est l'anagramme d'un réel prix Nobel suisse...

 

À bas l'argent !, Simon Vermot, 160 pages, Éditions du Roc (sortie le 10 décembre 2020)

 

Livre précédent:

La Salamandre noire (2020)

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5 décembre 2020 6 05 /12 /décembre /2020 22:00
Le mammouth et le virus, d'Eugène

Le mammouth et le virus est le journal de confinement d'Eugène, enfin du premier confinement national de l'année 2020 en Suisse. Car, un confinement, c'est comme les trains, ça peut en cacher un autre...

 

En fait ce journal commence le 12 mars et se termine début mai, c'est-à-dire un peu avant et un peu après le confinement, qui aura eu pour conséquence ce qu'il appelle un changement de société.

 

Ce changement, il n'aura fallu que trois quarts d'heure pour l'opérer, le 16 mars 2020, le temps d'une conférence de presse du gouvernement

 

Eugène avait en quelque sorte pris les devants. Car le 12 mars 2020 ils s'étaient installés lui, sa femme (tous deux privés de travail) et leur fils de trois ans et demi, dans le chalet que possède la marraine de ce dernier, à Hérémence, en Valais.

 

Dans ce journal, Eugène raconte la peur: le 17 mars, le temps d'un aller-retour à Lausanne, il ne veut pas rencontrer sa mère chez elle et la retrouve dans le jardin, chacun assis à une extrémité du banc:

Au bout d'une demi-heure, ma mère et moi nous nous disons au revoir sans nous toucher. Nos regards sont remplis de tendresse et d'inquiétude. Je crois que j'ai quand même réussi à la conscientiser un peu.

 

Il raconte la méfiance: les paroles d'inconscients qu'il entend en ville d'Hérémence le font s'exclamer, non sans ironie:

Toutes les andouilles qui sortent sans absolue nécessité ne songent pas qu'elles pourraient tuer leur mère, leur tante, leur meilleur copain, leur mari, leur collègue, leur voisin, le chauffeur de bus, le contrôleur de train, leur frangin.

 

Il raconte la délation: sur son mur Facebook un photographe de profession se meut en infatigable délateur en publiant des clichés de contrevenants au confinement:

Il estime que la police n'en fait pas assez. Alors il dénonce. Et il y retourne. Il arpente nos parcs. Dès qu'il repère un groupe de six personnes (une de trop: le crime est monstrueux à ses yeux!), le photographe mitraille.

 

Il y a les bons et les mauvais côtés du confinement.

 

Les bons, par exemple celui du temps retrouvé:

 

- Enseignant à l'Institut Littéraire, il avait quarante-deux dossiers de candidature pour l'année prochaine à examiner pour la semaine suivante. Ce qui demandait un temps qu'il n'aurait pas eu normalement:

Sans le coronavirus, j'étais mort.

 

- Très occupé, il n'avait pas le temps d'en passer avec son fils:

Il aura fallu une pandémie mondiale pour que je joue avec mon fils au bord d'une rivière.

Et pour chasser le mammouth avec lui dans le salon du chalet...

 

Les mauvais, par exemple celui du temps des victimes:

 

- À un moment donné, une statistique apparaît:

1111.

Mille cent onze morts du coronavirus en Suisse.

On dirait les bâtons gravés par un prisonnier sur les murs de son cachot pour tenir le calendrier de sa captivité.

 

- À la fin, la casse économique et sociale: personne n'aurait dû être laissé de côté, sauf que les indépendants auront dû attendre plus d'un mois après la fin du confinement pour se voir octroyer une aide, à laquelle lui et sa femme n'auront pas droit, parce qu'ils ne sont pas assez pauvres...

 

Pour ce qui est des virus, pas de panique, ils existent depuis toujours. Celui-ci comme les autres fait partie du monde: Au même titre que l'aigle, la rivière, les tulipes, le chat de la voisine ou le mammouth.

 

Confinement faisant, Eugène cite Woody Allen:

L'éternité, c'est long. Surtout vers la fin.

 

Il fait suivre cette citation d'une autre de son cru:

Le confinement, c'est long. Surtout matin, midi et soir.

 

Francis Richard

 

Le mammouth et le virus, Eugène, 176 pages, Slatkine

 

Livres précédents:

 

Le livre des débuts, 160 pages, L'Âge d'Homme (2015)

Ganda, 176 pages, Slatkine (2018)

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1 décembre 2020 2 01 /12 /décembre /2020 23:55
Plume-Patte, de Philippe Villard

Il était connu sous le sobriquet de "Plume-Patte". Un surnom étrange, comme une énigme, un surnom tombé on ne sait d'où et propagé on ne sait comment pour coller aux basques d'un homme qui, pour certains, était même devenu un mythe.

 

Plume-Patte s'appelle en réalité Robert Duillier, mais personne ne l'appelle ainsi, sauf peut-être, quelquefois, sa femme, celle qu'en son for intérieur il appelle La Rombière et à laquelle il échappe autant qu'il le peut pour mieux revenir, essuyer sans mots dire ses colères et... filer doux.

 

Pour gagner sa croûte, il est gardien de nuit ici et là: Mais, pour lui, veiller, ce n'était pas du boulot. Enfin, pas un "vrai". C'était plutôt quelque chose comme une occupation. En tout cas, c'est préférable aux trente-six métiers qu'il a exercés auparavant et qui malmenaient son corps.

 

Ce qu'il fait le mieux, dans la journée, c'est, dans son garage, rafistoler des mécaniques pour Jean-Pierre Balme, le carrossier d'à côté, qui le paie en pièces de dix francs et qui emploie le grand Gégé pour repeindre les voitures qu'il a retapées. Lequel Gégé, d'ailleurs, le fournit en primeurs...

 

En cette seconde moitié du XXe siècle, touché par la grâce, il a tout de suite compris la course des pistons, la danse des soupapes, le ballet de la distribution. Il sait soulager les hoquets d'un carburateur, caler des allumages, régler un diesel à la goutte, chorégraphier les transmissions.

 

Cette science, qui ne s'apprend pas dans les livres, lui permet de réparer la Bentley de Mister Rosbif, Hubert-Gaëtan Favre-Murisier, un rupin, qui n'en croit pas ses oreilles quand il lui en fait écouter le moteur avant et après son intervention. À l'intérieur, quelque chose, avait changé:  

 

Il n'aurait su dire ni quoi ni comment. Il lui semblait qu'une nouvelle harmonie s'était installée. Une rondeur charnue, dense, équilibrée, satisfaite, émanait de ces pièces en mouvement.

 

Plume-Patte n'a pas de conscience de classe. Il sait qu'il appartient au monde d'en-bas. Il n'en souffre pas du moment qu'on ne l'empêche pas d'être heureux. Sans le savoir, c'est un sage qui fait sienne ce que disait le poète Horace: Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain.

 

Il est heureux quand, au garage ou chez Loulou, il boit un coup, joue à la belote ou fait ripaille avec les copains: le grand Gégé, Gilbert surnommé Clarence, Jo, La Brusque, le père Zinzin, la Nasa, Marius La Ch'ville, le docteur Floch, Juju ou Mémé La Grolle, tous gens de peu, petites gens.

 

Ce monde est-il englouti comme le suggère la progression religieuse des chapitres? Non. Mais il a évolué et reste invisible pour ceux qui d'en haut décident ce qui est bon pour lui, sans scrupule à le voir disparaître s'il empêche la machine étatique de tourner rond pour eux qui en profitent.

 

Le roman de Philippe Villard est précieux, parce qu'il montre qu'on peut vivre autrement. Ce ne sont pas l'ultralibéralisme, qui est un fantasme, ni les nouvelles technologies qui ne le permettent pas, mais les atteintes aux libertés individuelles auxquelles tenait Georges Brassens, souvent cité.

 

Francis Richard

 

Plume-Patte, Philippe Villard, 192 pages, Éditions À plus d'un titre

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29 novembre 2020 7 29 /11 /novembre /2020 19:00
Une chose menant à une autre, de Joy Setton

Que reste-t-il, peut-on se demander si on retire de la philosophie les parties critiques et questionneuses? L'affirmation, la formulation et la re-formulation.

 

Dans ce livre Joy Setton s'en donne à coeur joie. Elle emmène prétendument le lecteur dans une promenade parisienne mais c'est pour mieux le conduire ailleurs.

 

Dans le métro, elle lit un conte érotique de Robbe-Grillet et se rappelle Baudelaire. Dans le Jardin des Tuileries, elle continue de le lire et il lui fait penser à Joyce:

 

Au poste suicidaire de l'avant-garde, Robbe-Grillet rejoint Joyce; ils s'immolent tous deux sur l'autel de la modernité.

 

Séparée des attendus de ce jugement, la sentence paraît sévère, mais l'auteure, en fait, ne s'en laisse pas conter...

 

Elle critique et sépare le bon grain de l'ivraie, en parcourant les allées et perspectives du Jardin:

 

Je lis Foucault pour le langage; je ne veux pas dire par là ses développements sur la nature du langage, mais pour son style, les belles phrases, l'arrangement de verbes, de noms, de prépositions et de virgules.

 

Quand elle arrive au bassin, Une chose menant à une autre, elle qui n'est chrétienne que par les personnages de romans qu'elle a lus, s'en vient à parler de péchés bien qu'il n'y ait plus de cette poiscaille dans nos mares:

 

Le système des péchés regarde l'action, un peu l'intention, mais finalement assez peu les conséquences.

 

Comme elle aime créer des catégories (même si pas de catégorie sans empiétement), elle catégorise les actions répréhensibles: Dans le discours [...], le mensonge; dans les actions interhumaines, la cruauté; et dans le monde physique, le gâchis.

 

Assise sur un banc, au bord du bassin, elle lit L'Amour et l'Occident de Denis de Rougemont et mène une réflexion sur la vision morbide que l'Occident a de l'amour. Elle y voit surtout de la paresse: Même en matière de tentation, ne pas faire est souvent plus facile que faire...

 

Au Palais d'Orsay, L'Origine du monde de Courbet la conduit, de fil en aiguille, à encourager des actions, quelque imprécises qu'elles puissent être, pour contrecarrer celles qui sont répréhensibles: Il faut parler le mieux possible, écrire juste, être gentil et poli, et efficace; et faire de l'art...

 

Mais c'est à la Comédie Française qu'elle donne toute sa mesure - les deux plus gros chapitres du livre -, en partant du pamphlet de Stendhal sur Racine et Shakespeare, puis en lisant des livres scientifiques, enfin en déconstruisant Descartes pour finir par dire qu'il gagne à être connu...

 

Les auteurs déjà cités, avec lesquels elle se promène impertinemment ne sont pas les seuls. Il serait vain de citer tous ceux, principalement français et anglo-saxons, qui lui viennent à l'esprit, toujours critique, lors de sa déambulation littéraire, philosophique et scientifique: ils sont trop nombreux.

 

Un peu avant d'arriver à la fin de cet ouvrage jubilatoire, et impossible à résumer parce qu'il part dans tous les sens (il ne faut d'ailleurs pas négliger de lire l'appendice où elle se dévoile), l'auteure écrit cette phrase qui peut laisser rêveur ces temps-ci:

 

De parler de choses que l'on ne connaît pas, n'est-ce pas l'essence même de la science, au contraire de l'écriture romanesque qui parle de choses que l'on peut connaître, les passions de l'âme.

 

Francis Richard

 

Une chose menant à une autre, de Joy Setton, 192 pages, Éditions La Baconnière

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27 novembre 2020 5 27 /11 /novembre /2020 18:30
D'ici et d'ailleurs, d'Abigail Seran

- C'est vrai que vous êtes directrice marketing d'une entreprise de luxe? Ça fait quoi une directrice de marketing? Les campagnes de pub à la télé et ce genre de choses?

 

Quand on lui pose ce genre de questions, Léa est dans son élément; elle est dans sa zone de confort. Sinon, d'avoir quitté la grande ville et de s'être retrouvée dans sa ville natale la font redevenir adolescente.

 

À sa naissance ses parents l'ont prénommée Léanne, mais elle n'aime pas ce prénom. Elle se fait appeler Léa depuis qu'elle est partie de la maison maternelle et que, devenue executive woman, elle est indépendante.

 

Alors qu'elle est entre deux jobs pendant un mois, sa mère, Marie-Solange, fait appel à elle pour remplir une mission: rendre visite tous les jours à son grand demi-frère, Oncle Luc, dans sa maison de retraite.

 

Si Marie-Solange demande à sa fille de remplir ce devoir qu'elle accomplit depuis des années, c'est qu'elle voyagera en Asie avec Armand, dix-neuf jours durant, et qu'elle ne veut pas laisser Luc sans visites.

 

Luc est un vieux monsieur, qui n'a plus toute sa tête, et que Léa n'a pas revu depuis fort longtemps. Il n'est pas sûr qu'il la reconnaisse. Quand Léa s'en va, il lui glisse à l'oreille, à la fin de sa première visite:

 

Dis à Niv de ne pas aller se baigner.

 

Cette phrase énigmatique conduit Léa à reconstituer le passé D'ici et d'ailleurs de son oncle, à l'aide de lettres, de livres qu'il a écrits, de témoignages de ceux qui l'ont côtoyé et qui, tous, l'apprécient beaucoup.

 

Son propre retour aux sources la mûrit et démythifie ses fantasmes d'ado. Si bien qu'elle sort grandie de cette belle histoire d'Abigail Seran et reprend la main, en catimini, quand elle y apporte la touche finale.

 

Francis Richard

 

D'ici et d'ailleurs, d'Abigail Seran, 264 pages, BSN Press

 

Livres précédents chez Plaisir de Lire:

Marine et Lila (2013)

Une maison jaune (2015)

 

Livres précédents aux Éditions Luce Wilquin:

Jardin d'été (2017)

Un autre jour, demain (2018)

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21 novembre 2020 6 21 /11 /novembre /2020 23:55
Nuits blanches en Oklahoma, Collectif

Ce volume comprend cinq textes qui ont pour contrainte imposée de comprendre une heure et un lieu, à l'approche d'Halloween, en Oklahoma (Midwest): D'étranges événements se produisent toutes les nuits à 3h11 dans une maison plus qu'inquiétante.

 

Les éditions Okama se sont donné pour ligne de publier des romans qui relèvent du fantastique et de la fantasy. Ces cinq novellas appartiennent à ces deux genres littéraires. Le surnaturel et le magique font ensemble irruption dans leur réalité.

 

Lolvé Tillmannns, dans Oklahoma's ghosts, situe son intrigue dans une vieille bicoque en rénovation, au milieu de nulle part, qui doit accueillir en résidence trois écrivains, histoire de détourner l'attention sur les réelles activités des O, les propriétaires.

 

La bicoque n'est pas prête. En attendant, les écrivains, Max, un Italien, Pierre, un Français, et Becca, une Suissesse, sont installés dans un motel. Ted, le réceptionniste, leur apprend que O Farm, est hantée par un esprit indien: ils ne devraient pas y aller.

 

La dernière personne qui s'est intéressée à O Farm est une journaliste indienne, Asha, mais, au retour, elle est morte toute seule, brûlée dans sa voiture... Finalement seule Becca reste dans la maison et fait d'étranges rencontres la nuit d'Halloween à 3h11...

 

Les Passeurs de Nicolas Feuz commence sur la célèbre Route 66 qui relie Chicago à Santa Monica. Leur voiture partie dans le décor après voir évité un camion, les Jouval, Daniel et Florence, et leur fille, Malika, blessée à la tête, se trouvent isolés de tout.

 

Ils traversaient l'Oklahoma. Ils aperçoivent une habitation et empruntent le sentier qui y mène. C'est une ferme délabrée de type Red Barn. Ils y sont accueillis par un jeune militaire, un Amérindien et un faux prêtre qui leur promettent de s'occuper d'eux.

 

Les trois hommes les installent dans une chambre inconfortable et sont vraisemblablement allés dormir dans la grange. À 3h11, Malika, qui s'est levée pour aller boire de l'eau, est témoin d'une scène qui la pétrifie sans qu'elle puisse en avertir ses parents...

 

Dans La fille aux yeux de perle de David Ruiz Martin, quatre ados, Josh, Sonny, Owen, et Pearl, la petite soeur de Josh, prennent la route à vélo. Josh a eu l'idée de cette escapade, avec pour but de passer les trois jours d'Halloween dans une maison hantée.

 

Un père y aurait tué sa femme et ses cinq enfants ou une maladie satanique y aurait pris sa source. Mais, pour Josh, cette maison serait la demeure du légendaire Jack-o'-Lantern, mort le jour d'Halloween et se manifestant chaque année cette nuit-là à 3h11.

 

Les quatre entrent dans la maison hantée par effraction. Attirés par du bruit à l'extérieur, ils remarquent une lumière à l'étage, retournent à l'intérieur et découvrent Molly dans une pièce qu'ils n'avaient pas découverte et dans laquelle elle a été oubliée...

 

Dans Le gros fantôme qui écoutait du Schubert de Catherine Rolland, Gabriel n'est pas très content que sa mère l'ait envoyé dans ce trou perdu d'Oklahoma, la veille d'Halloween, le privant de sa fête préférée et de la compagnie de ses copains de New-York.

 

Il parcourt ledit trou à vélo. Mais sa récolte est maigre: quatre bonbons. Il avise une maison en piètre état, mais frappe tout de même à la porte. Une femme âgée lui ouvre et lui propose de boire une orangeade en attendant que ses biscuits soient cuits.

 

Meredith, sa petite-fille, la lui apporte et arrive à convaincre Granny de garder la nuit Gabriel. À qui elle confie un secret: Je crois qu'il y a un fantôme dans la grange. Bien qu'elle prenne de la camomille pour dormir, elle l'entend à 3h11 presque chaque nuit...

 

James Ronwell, le protagoniste de Sandra Morier, est un jeune entrepreneur de trente-deux ans. Il achète à bas prix des maisons où un événement tragique s'est produit, ce qui est dissuasif pour les potentiels acheteurs, puis les revend après les avoir remises en état.

 

Il acquiert ainsi aux enchères le domaine Whitman, dans la forêt d'Ouichita. Personne ne veut l'accompagner jusqu'à cette maison maudite, où d'aucuns, nombreux dit-on, ont disparu et où des squatters ont été chassés par des phénomènes étranges et effrayants.

 

James s'y rend cependant. À l'intérieur, il remarque une horloge dont le type est rarissime. Après en avoir découvert la clef sur la cheminée, il la remet en marche et a la surprise de l'entendre sonner alors que son cadran indique 3h11. Il vient d'enclencher un processus...

 

Ce qui est imposé aux cinq auteurs des Nuits blanches en Oklahoma, une maison plus qu'inquiétante et l'heure de 3h11 (les numérologues sont intarissables sur ce genre de chiffres) n'est guère contraignant: c'est comme répondre à une question ouverte.   

 

Encore faut-il que ces auteurs, avec une telle contrainte imposée, aient une imagination débordante. Le lecteur peut être rassuré: aucun d'entre eux n'en manque et chacun, avec son style, avec ses fantasmes, peut en retour susciter en lui des rêves improbables.   

 

Francis Richard

 

Nuits blanches en Oklahoma, Colletif, 240 pages, Okama

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19 novembre 2020 4 19 /11 /novembre /2020 23:55
Fascination Pacifique, de Joseph Deiss

Pour moi voyager sot signifie qu'il faut arriver sur les territoires sans idées préconçues. En revanche, cela ne veut pas dire qu'il faut en repartir sot, sans avoir prêté la moindre attention aux gens et aux lieux, bien au contraire. Le voyage a justement pour but de se donner l'occasion de découvrir les choses de ses propres yeux.

 

Joseph Deiss est allé à plusieurs reprises dans le Pacifique, sur une période de vingt-trois ans, de 1996 à 2019. S'il est véritablement fasciné par cet océan, y a-t-il trouvé nulle part le paradis qu'il espérait?

 

Car, comme en beaucoup d'autres lieux du monde, il a trouvé ambivalence tragique et heureuse sur les terres qui y émergent, qu'il s'agisse de tout petits confetti ou d'un réel continent comme l'Australie.

 

Dire qu'il ne prépare jamais rien ne semble pas tout à fait exact. S'il ne part pas avec des guides touristiques, il connaît ces terres par la lecture de récits de voyages effectués par d'autres au cours des siècles.

 

Des découvreurs reviennent d'ailleurs régulièrement sous sa plume, qui ont donné leurs noms, à des îles ou des archipels. Il en est ainsi de Samuel Wallis, de James Cook ou d'Antoine de Bougainville.

 

Ce n'est pas quand il tire des plans sur la comète, comme il dit, qu'il emporte l'adhésion du lecteur. Aussi ne s'appesantit-il pas trop, heureusement, sur le réchauffement climatique ou l'épuisement des ressources.

 

Sur ces sujets tendance, l'idéologie le dispute à la science climatique ou économique. Il en est de même du problème des réfugiés ou des victimes du nucléaire où trop de compassion, même légitime, nuit à la réflexion.

 

Quand il rapporte de ses voyages nombre de petits faits vrais relatifs aux êtres et aux choses, il est nettement plus intéressant et plus convaincant. À ce moment-là, le lecteur voyage vraiment avec lui.

 

Ainsi en est-il de la ligne de changement de date qui permet au voyageur de jouer avec le temps, ce qui, pour ceux qui ne se sont jamais trouvés dans les parages, est tout simplement inimaginable et déroutant:

 

En comptant les vingt-quatre heures vécues à Wallis et les dix-huit qui nous restent à Papeete, nous aurons vécu une journée de quarante-deux heures. 

 

Ainsi en est-il de la difficulté qu'il peut y avoir pour quelqu'un d'actif comme lui à mener une vie de farniente sur une belle île comme Wallis où ne sont à sa disposition que la nature, merveilleuse, et le temps:

 

Ne rien faire, la paresse, ça s'apprend.

 

Ainsi en est-il de la ferveur débordante des musiciens et du public qu'il a le bonheur de vivre dans l'église de la Sainte Famille à Moorea, où il assiste à la messe du quinze août, c'est-à-dire le jour de l'Assomption:

 

Heureusement que dans le Pacifique, anciennes terres missionnaires, on sait encore prier comme l'Europe ne le fait plus. Qui sait, un jour, on viendra de ces anciennes missions pour convertir l'Occident.

 

Au sujet du catholicisme, Joseph Deiss rapporte les propos de Tématai, son chauffeur d'un jour à Hiva Oa, relatifs au peintre génial et au poète chanteur au grand coeur qui y sont enterrés dans le même cimetière:

 

Le "mécréant" Gauguin tout comme le "casseur de curés" Brel ont toujours entretenu de bonnes relations avec les religieuses de Saint-Joseph de Cluny, installées sur l'île depuis 1807, jusqu'à aujourd'hui...

 

Au bout de ses voyages, l'idéaliste Joseph Deiss n'a pas découvert le paradis que lui promettait la Fascination Pacifique, mais il a fait un rêve, qui n'est pas la vie facile ou la volupté, même élevées au rang de vertus:

 

Le véritable fantasme inaccessible de l'homme, à ce jour, est la paix entre les peuples, d'une part, et la réconciliation de l'humanité avec la nature et ses Dieux, d'autre part.

 

Francis Richard

 

Fascination Pacifique, Joseph Deiss, 228 pages, L'Aire (à paraître)

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 19:50
Les Protégés de sainte Kinga, de Marc Voltenauer

- Mon téléphone est en mode silencieux. Qu'est-ce qu'elle voulait?

- Il y a une prise d'otages dans les Mines de sel.

 

Les Mines de sel sont celles de Bex, dans le canton de Vaud. Elles ont été découvertes incidemment au XVe siècle par un braconnier, Jean Bouillet, qui, considéré comme un sorcier, faillit subir le sort fatal réservé à ceux qui étaient accusés de l'être à l'époque.

 

Au XIXe siècle, un Juif polonais, Aaron, qui avait travaillé dans les Mines de sel de Wieliczka, où se trouve une chapelle dédié à sainte Kinga, la patronne des mineurs, avait lui aussi eu des démêlés après avoir rendu des services aux Mines de Bex.

 

Avant de devenir un site touristique visité, ces mines n'étaient qu'un lieu de production de l'or blanc. Le sel en effet était alors une denrée précieuse qui certes servait à accommoder les plats, mais surtout à conserver les aliments en l'absence d'autres moyens.

 

Les mines de Bex sont un labyrinthe de 50 kilomètres de galeries, où circulent des trains. La prise d'otages commence le 3 mars 2017 dans ce décor enchanteur et elle est annoncée par une vidéo où l'un des preneurs d'otages, muet, apparaît déguisé en Charlot.

 

Les otages sont des personnes qui travaillent sur les lieux, une classe de seize jeunes élèves en visite avec leurs deux enseignantes et une guide, et les six membres d'une association d'extrême-droite sulfureuse, le Bloc identitaire suisse, qui y tiennent réunion.

 

Pendant une grande partie du récit, le doute demeure sur le nombre exact de PO, preneurs d'otages. De même leurs revendications ne sont-elles connues que peu à peu et ne sont pas banales. Car il ne s'agit pas seulement de demandes habituelles de rançon.

 

Les preneurs d'otages sont bien renseignés sur les forces de police, anticipent leurs réactions et maîtrisent très bien les techniques modernes de communication et d'information. Il ne semble pas y avoir chez eux place pour l'improvisation ou l'impréparation.

 

Tout se déroule comme prévu. Enfin presque. Car il y a un grain de sel, même plusieurs, qui vont enrayer la machine. Mais auparavant, ces PO ne se différencieront pas de sinistres criminels, bien qu'ils justifient leurs crimes par des motifs sociaux et humanistes.

 

Comme toujours, il y a ceux qui payent et ceux qui s'en sortent, sans que l'on sache ce qui vaut aux uns d'être punis, aux autres d'être épargnés. Car la justice n'est pas de ce monde. Évidemment, tant qu'à faire, mieux vaut faire partie des Protégés de sainte Kinga... 

 

Francis Richard

 

Les Protégés de sainte Kinga, Marc Voltenauer, 544 pages, Slatkine & Cie

 

Livres précédents:

 

L'Aigle de sang, 512 pages, Slatkine & Cie (2019)

Qui a tué Heidi?, 448 pages, Slatkine & Cie (2017)

Le dragon du Muveran, 670 pages, Plaisir de Lire (2016)

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2 novembre 2020 1 02 /11 /novembre /2020 20:30
Lucie d'enfer - Conte noir, de Jean-Michel Olivier

C'est le genre de Lucie: entrer par effraction dans la vie des gens. Elle le fait simplement, sans recours au mensonge, en toute ingénuité. Avec un naturel confondant. Bien malin, alors, celui qui sait lui résister.

 

Simon, le narrateur, est devenu écrivain. Il a connu Lucie sur les chaises en bois foncé du collège Rousseau à Genève, en 1989, cette année de grands bouleversements. Comme les autres garçons et comme les guêpes, Simon tournait autour d'elle:

 

Elle était farouche, mais pas pour tout le monde [...] C'était elle qui décidait.

 

Ainsi, lorsque Lucie jetait son dévolu sur un garçon, tel Simon, c'était elle qui fixait les limites de ce qu'il pouvait entreprendre avec elle, comme c'était elle qui choisissait d'aller au cours ou pas, ou de disparaître comme un beau jour de 1992.

 

Ce fut la première de ses disparitions dans la vie de Simon, mais ce ne fut pas la dernière. Car elle réapparut plusieurs fois, au moment où il ne s'y attendait pas. À chaque fois il ne résistait pas quand elle surgissait ou lui demandait d'accourir.

 

Chacun des deux vivra de son côté. Lucie aura plusieurs hommes dans sa vie et Simon plusieurs femmes. Mais elle finira toujours par le retrouver par on ne sait quel maléfice, si bien qu'il se posera cette question ô combien existentielle :

 

Est-on capable d'aimer plusieurs fois dans sa vie ? Ou ne sait-on aimer qu'une seule fois, la première, qui est un désastre inouï ? Nous serions condamnés à emboîter les amours mortes, comme les poupées russes, sans pouvoir jamais retrouver la fraîcheur de l'original.

 

Simon ne sait pas pourquoi il entre à chaque fois dans le jeu de Lucie, pourquoi il joue avec elle le rôle du bon petit soldat, de l'éternel amoureux, du chevalier servant, de l'esclave attaché [à son] tyran comme le chien à sa maîtresse.

   

Est-ce fortuit que Simon fasse sa vie avec des féministes, d'abord avec Adrienne qui est révoltée contre les hommes, puis avec Sylvie qui déteste les femmes, bien que la femme soit l'unique espoir de rédemption d'une humanité à la dérive ?

 

Lucie, prénom qui évoque Lucifer, le porteur de lumières, lequel est paradoxalement le prince des ténèbres, est-elle une créature d'enfer, pour faire tomber toujours Simon sous son charme? Cette question, il se la posera jusqu'au bout...

 

Francis Richard

 

Lucie d'enfer - Conte noir, Jean-Michel Olivier, 160 pages, Éditions de Fallois (en librairie le 4 novembre 2020)

 

Livres précédents:

 

Éditions Bernard de Fallois/ L'Âge d'homme:

L'amour nègre (2010)

Après l'orgie (2012)

L'ami barbare (2014)

 

Éditions L'Âge d'homme:

Passion noire (2017)

Éloge des fantômes (2019)

 

Poche Suisse - L'Âge d'homme:

L'amour fantôme (2010)

Notre Dame du Fort Barreau (2014)

L'enfant secret (2018)

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28 octobre 2020 3 28 /10 /octobre /2020 11:20
Balles neuves, d'Olivier Chapuis

RF m'exaspère et je ne comprends pas pourquoi.

 

(RF, pour Roger Federer)

 

Le narrateur envoie ce SMS laconique à son mentor BK, Beat Kaufmann, qui est un ami de longue date, écrivain et cinéaste, auréolé de quelques prix qu'il n'avait pas volés...

 

BK lui répond: Écris! si tu as quelque chose sur le coeur, l'estomac ou la conscience, écris! si tu te sens mal, ou trop bien, écris! plutôt que de vomir ou pourrir [...] écris!

 

Alors il écrit et crée un alter ego, un certain Axel Chang, né d'un père chinois et d'une mère bernoise, marié depuis dix ans à Marie Chang, née Dubochet [...]. Ils ont trois enfants.

 

Axel est chef de rayon dans un grand magasin, étage des appareils électroménagers. C'est un frustré. Sa frustration germe sur le manque, l'absence et l'injustice, comme souvent.

 

Le déclic se produit le 4 juillet 2003, le jour où toute la petite famille d'Axel s'extasie devant le jeu de RF qui l'emporte contre Andy Roddick sur le gazon de Wimbledon.

 

Il n'existe plus. De ce jour date son obsession pour, contre RF, qui est le parfait bouc émissaire de son manque de réussite et du fait qu'il n'aura jamais les moyens de ses ambitions.

 

Au fil des années, des succès et, même, des échecs de RF sur les courts, l'existence d'Axel dépend de la représentation qu'il se fait de RF. Son couple, sa famille, son job en pâtissent.

 

Peut-être que le fait que RF soit suisse, comme lui, et que son père, après avoir abandonné sa mère, soit devenu un célèbre comédien, en rajoute-t-il à sa détestation du joueur.

 

De fait, sa détestation va crescendo. Au lieu de se reprendre, comme c'est parfois le cas d'un tennisman lorsqu'il sert avec des Balles neuves, Axel la pousse jusqu'à un acmé.

 

Francis Richard

 

Balles neuves, Olivier Chapuis, 168 pages, BSN Press

 

Livres précédents:

Le Parc, 96 pages, BSN Press (2015)

Nage libre, 144 pages, Éditions Encre Fraîche (2016)

Le chat, 272 pages, L'Âge d'Homme (2018)

Les chaussettes en titane, 64 pages, BSN Press (2019)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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