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9 février 2021 2 09 /02 /février /2021 19:50
Marta et Arthur, de Katja Schönherr

Elle sort un sac plastique plié de la poche de son manteau. Puis elle s'accroupit et commence à le remplir de sable.

 

Marta s'est rendue sur la plage à l'endroit précis où il s'est passé jadis quelque chose de décisif. Elle a rempli deux sacs de sable et est allée à l'appartement où Arthur et elle ont emménagé peu avant la naissance de Michael.

 

Arrivée chez eux, non sans mal et non sans avoir épandu le contenu de l'un des deux sacs - elle l'a ramassé avec une pelle et un seau -, elle fait une pause pour prendre son petit déjeuner après avoir jeté un coup d'oeil à Arthur.

 

Arthur est mort dans la nuit, mais Marta craint qu'il ne se réveille. Hier c'était le 28 février, c'est-à-dire son anniversaire - elle a cinquante-neuf ans -, si l'on peut dire puisqu'elle est née un 29 février. Arthur avait seize de plus.

 

Marta et Arthur est le récit de leur folle vie de couple et de cette journée macabre qui en est le point final. Le point initial, c'est quand Arthur, trentenaire, futur prof, s'est assis en classe à côté de l'élève Marta, dix-sept ans.

 

Ce qui a frappé Marta, comme un flash, ce sont ses yeux bleus comme des bonbons au menthol. Maintenant qu'il est mort, elle ne parvient pas à les lui fermer et met un torchon sur son visage pour ne plus subir son regard.

 

Leur relation a commencé dans une cabine de la plage où elle a rempli ses deux sacs de sable, sable qu'Arthur déteste; elle s'est d'ailleurs concrétisée dans la même cabine le jour où Marta est devenue adulte, à dix-huit ans:

 

Finalement, ça fait moins de sable que Marta n'espérait. Trop peu. Beaucoup trop peu. Insatisfaite, elle regarde la fine couche qui recouvre la peau d'Arthur. Son but était de l'ensevelir, pas de le saupoudrer d'un peu de sable.

 

Après que sa mère l'a chassée de son appartement, Marta s'est installée chez Arthur, qui l'a accueillie sans hésitation. Mais il veut qu'elle ait un chez elle. Or elle ne veut pas vivre ailleurs que chez lui et c'est là que ça se gâte...

 

En effet, pour rester avec lui, elle lui fait du chantage, puis, plus tard, sans lui en parler, elle arrête de prendre la pilule et tombe enceinte. Pour Arthur, les choses sont claires: cet enfant qu'elle a voulu n'est pas son problème.

 

Le couple ne s'est pourtant pas défait, même si les liens fous entre Marta et Arthur se sont relâchés. Quant à leur rejeton, il est devenu comme son père, à bien des égards, et, pour son salut mental, a fui sa mère et sa dinguerie:

 

Tu sais quoi, maman? Ce n'est pas parce que tu n'as pas de vie que tu dois voler la mienne.

 

Francis Richard

 

Marta et Arthur, Katja Schönherr, 256 pages, Zoé (traduit de l'allemand par Barbara Fontaine)

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7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 18:45
L'émouvante et singulière histoire du dernier des lecteurs, de Daniel Fohr

Je ne suis pas le plus brave, ni le plus intelligent, ni le plus quoi que ce soit, je suis simplement le dernier, comme il y a eu un dernier Mohican, un dernier ours blanc. Ce n'est pas une qualité. Je n'ai fait aucun effort pour acquérir ce statut. Je suis le dernier des lecteurs.

 

Depuis des années déjà la tendance était là. Plus personne ne lisait plus, enfin, les hommes surtout ne lisaient plus. Ils laissaient volontiers cette activité futile aux femmes, si bien que la fin du lectorat masculin était prévue par les modèles pour la fin du XXIe siècle...

 

Les hommes ne s'intéressaient plus qu'au numérique et qu'à l'argent qu'il pouvait leur rapporter. Ils savaient que le pouvoir était dans l'analyse moléculaire, l'imagerie médicale, les modifications de l'ADN, le cryptage, la maîtrise de l'espace et des communications.

 

Comme la plupart des prévisions, celle de la fin du lectorat masculin s'est avérée fausse. En effet elle se produisit alors que la moitié du XXIe siècle n'était pas encore atteinte. Comme aurait dit Victor Hugo, s'il ne restait qu'un dernier lecteur, ce serait donc le narrateur.

 

L'histoire de ce dernier des lecteurs est émouvante parce qu'il est bien sûr la risée de ses semblables et qu'il doit se cacher pour lire, et elle est singulière parce que rien ne le prédisposait à être le dernier de son espèce: il n'était ni un lecteur boulimique, ni un érudit.

 

Il est devenu objet de curiosité. Il connaît même un moment de célébrité: d'aucuns veulent l'instrumentaliser contre le pouvoir grandissant des femmes, d'autres, des femmes justement, sont enclines à se confier à lui puisqu'il partage avec elles ce truc de bonnes femmes:

 

La littérature est un jardin secret qui demande à être partagé.

 

Quoi qu'il en soit, il a très bien compris comment se comporter en société:

Avec les hommes je parle de sport, de téléphonie mobile, de faits divers étonnants, de films ou de séries, et des femmes.

Avec les femmes, je parle de tout, parce que les livres parlent de tout.

 

Comment transmettre son goût de la lecture aux hommes et éviter que les femmes ne se mettent à leur instar à s'en désintéresser? Que faire pour que ce ne soit pas la fin d'un monde, d'une civilisation? Il n'est pas du genre à se résigner et fait plusieurs tentatives...

 

Au moment où l'hubris sanitaire en Occident prive les hommes et les femmes d'un libre accès à la lecture parce qu'elle ne serait pas essentielle, ce livre montre, souvent avec humour, à quel point elle est irremplaçable et que l'humanité ne doit pas en être amputée. 

 

Francis Richard

 

L'émouvante et singulière histoire du dernier des lecteurs, Daniel Fohr, 160 pages, Slatkine & Cie

 

Livre précédent:

 

Retour à Buenos Aires (2018)

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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 22:30
Berthe Ruffieux, de Philippe Erard

Il m'a violée. Et il m'abuse depuis ma petite enfance, toutes les semaines, deux à trois fois par semaine. Chaque fois pire. Jusqu'à ce que...

 

Jusqu'à ce que Berthe Ruffieux tombe enceinte. À seize ans. Le géniteur sera un secret de famille, bien gardé par elle (on ne dira rien), pour ne pas être frappée d'opprobre, ce qui ne l'empêchera pas de l'être, parce que Berthe a tout fait jusque-là pour être considérée comme une coureuse.

 

Son violeur est en effet son oncle Ernest Money, époux d'Albertine, la soeur de son père, Samuel Ruffieux. L'enfant, née des suites de ce crime répété impunément, sera Louisette, que Berthe abandonnera à sa famille, parce qu'elle représente une plaie vivante de ce qu'elle a enduré.

 

Comment se remet-on de telles flétrissures? On ne s'en remet pas. D'autant moins que le criminel, démasqué lors d'une réunion de famille, honteux, se pend, et que, à Hermanens, ce petit village du canton de Fribourg, les langues de vipères se déchaînent alors et en font une victime...

 

Grâce à sa cousine Marceline, fille d'Ernest, Berthe quitte la ferme familiale, trouve un emploi et un logement en ville de Lausanne. Pour oublier le passé et pour se donner la chance d'une vie nouvelle, elle ment à tout le monde sur sa vie antérieure, comme si cela pouvait suffire à l'effacer.

 

Philippe Erard raconte sa longue vie solitaire, car il ne sera jamais possible pour Berthe d'avoir une quelconque relation avec un homme. La seule compensation qu'elle ait, peu instruite, mais courageuse, est sa réussite professionnelle, sans que, restée paysanne, elle soit dépensière.

 

Mais on n'échappe pas à ses blessures. Son passé, douloureux, finit par la rattraper sans qu'elle le fuie vraiment. L'auteur communique au lecteur l'émotion qu'il ressent en racontant la vraie fin de cette histoire inventée... pour combler les lacunes des années d'enfance et de jeunesse.

 

Francis Richard

 

Berthe Ruffieux, Philippe Erard, 220 pages, Éditions de l'Aire

 

Livres précédents:

 

La dernière carte de Marcel Fischer (2019)

Les trois fous et la fin du monde (2020)

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5 février 2021 5 05 /02 /février /2021 22:30
Gloria Vynil, de Rose-Marie Pagnard

L'amnésie, même lorsqu'elle concerne un temps très court et qu'elle pourrait tenir comme un peu de gelée trouble dans la main, l'amnésie vous angoisse, n'importe où, n'importe quand.

 

Gloria Vynil ne se souvient pas de ce qui s'est passé quand elle avait six ans, il y a maintenant vingt ans de cela. Son père lui a raconté une histoire pour expliquer ce qui lui est arrivé à cette époque-là à la ferme familiale: il aurait sauté de la cabine du tracteur au foutu caractère et cet idiot lui serait passé sur le corps.

 

Gloria a cinq frères, ou plutôt avait. Car son frère aîné Till a disparu. Nul ne sait s'il est véritablement mort noyé, tandis qu'il était cuisinier sur un yacht. Auguste, dans un studio situé à la ferme, écrit des romans. Brunot, dyslexique, travaille à la BNF à Paris. Rouque est le seul à être resté pour s'occuper de la ferme.

 

Depuis l'accident, Gloria vit chez sa tante Ghenya, la soeur de sa mère (morte deux ans après l'accident). La famille lui cache qu'elle est peut-être à l'origine du drame qui a vu son père perdre un bras et la moitié du visage. Ce n'est pas le tracteur mais les chiens de la ferme qui l'ont mutilé: leur cage s'est ouverte...

 

Gloria est photographe et vidéaste. Son studio est chez sa tante, mais elle a une chambre au Kunstlabor. Au moment où commence l'histoire, elle la quitte pourtant parce qu'elle a un travail en vue. En effet elle veut empêcher par son art que ne tombe dans l'oubli le Museum d'histoire naturelle, qui est voué à la démolition.

 

Gloria a en tête un conte de son invention qu'elle garde pour elle: Il y a d'abord un très grand mur de roses éclatantes. Au milieu de ce mur une petite porte fermée par trois cheveux d'or conduit à un autre monde... C'est ce monde idéal qu'elle désire et cela la prédispose à faire en sorte qu'un jour il devienne réel.

 

Gloria n'est pas seule à vouloir que le Museum ne disparaisse pas des mémoires. Arthur Ambühl-Sittenoffen, par la peinture (aidé par son factotum, Rafi, le concierge du Museum), le professeur Dreymal, par la taxidermie, essayent de préserver autant qu'ils le peuvent les joyaux de ce patrimoine en péril.

 

Quand deux êtres regardent dans la même direction, ce qui est le cas de Gloria et d'Arthur, il n'est pas impossible qu'en dépit des tribulations, ils finissent par s'aimer vraiment. Alors, si cela advient, Gloria pourra se dire qu'elle aura franchi le mur de roses et sera parvenue dans ce monde idéal où tout [...] vit par couple.

 

Francis Richard

 

Gloria Vynil, Rose-Marie Pagnard, 208 pages, Zoé (sortie le 4 février 2021)

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31 janvier 2021 7 31 /01 /janvier /2021 20:30
Le Stradivarius de Goebbels, de Yoann Iacono

Le soir [du 22 février 1943], à Berlin, le ministre de l'Éducation du Peuple et de la Propagande du Reich Joseph Goebbels offre un violon Stradivarius à Nejiko Suwa, jeune virtuose japonaise.

 

Le narrateur, Félix Sitterlin, n'est que trompettiste de jazz et pourtant, bien que le langage des mots ne lui soit pas familier, il se décide à raconter l'histoire vraie de cette musicienne après avoir reçu d'elle en 2002 un colis contenant ses carnets.

 

Si la plus célèbre violoniste japonaise le lui a adressé, c'est parce qu'elle a eu l'occasion de le rencontrer et de le repousser à plusieurs reprises au cours de sa vie d'artiste et que ce cadeau que lui a donné le dignitaire nazi s'est révélé empoisonné.

 

Quand elle le reçoit, elle ignore qui en était le propriétaire. Par la suite, elle apprendra de la bouche du narrateur qu'il a en fait été volé par une de ses connaissances, Herbert Gerigk, à un jeune juif, Lazare Braun, qui est mort assassiné par les nazis.

 

Yoann Iacono, qui s'est beaucoup documenté sur cette histoire, a choisi la forme du roman pour la raconter, parce que, à l'instar de Mark Twain, il sait que la fiction se doit d'être plus crédible que la réalité et que c'est ainsi qu'elle peut la dépasser.

 

Nejiko Suwa  n'arrivera jamais à complètement apprivoiser le Stradivarius de Goebbels, car cet objet inanimé a bien une âme et, même, une mémoire. Ce qui ne l'empêchera pas de tenir beaucoup à lui, tout en essayant de ne jamais culpabiliser.

 

Comme le dit Albert Camus, dans La Chute, cité en épigraphe du livre: N'attendez pas le jugement dernier. Il a lieu tous les jours. Heureusement qu'elle seule et le narrateur, connaissent l'origine du Stradivarius, qui n'en est peut-être pas un...

 

Dans ce roman, elle se fait surtout connaître par des concerts en Europe, pendant la guerre et après, ainsi qu'au Japon et aux États-Unis, ce qui la fait côtoyer des grands de ce monde, à qui elle tente de faire admettre de ne pas politiser la musique.

 

Le narrateur s'intéresse essentiellement à sa carrière entre 1943 et 1951, période après laquelle elle s'enferme dans un long silence. Quant à sa vie personnelle, il n'évoque que les instants de bonheur qu'elle connaît, avant un heureux rebond.

 

Quand le narrateur ne sait pas, il reconnaît volontiers qu'il invente, si bien que dans la fiction il y a encore une part de fiction, mais, comme dit précédemment, cela n'enlève rien à la crédibilité du récit, au contraire: il l'est même davantage.

 

Francis Richard

 

Le Stradivarius de Goebbels, Yoann Iacono, 272 pages, Slatkine & Cie

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27 janvier 2021 3 27 /01 /janvier /2021 16:50
La Promesse de Sa Phall'Excellence, de Max Lobe

Si vous n'êtes pas d'accord avec la langue que je vais utiliser pour dire cette histoire, alors rejoignez-moi seulement ici à Élobi, à la terrasse du bar de Uncle Godblessyou.

 

On l'appelle Mista AcaDa-Writa, le Raconteur d'histoires abracadabrantesques. L'histoire qu'il raconte dans sa langue à lui, mélange de mots français et anglais, souvent concaténés, et de parler ancestral, se passe en Crevetterie.

 

Dans cette histoire, il annonce rien de moins que le Grand Jour, autrement dit la Phallamparition, ou encore le Yaani. Ce jour-là sera celui où se réalisera la Promesse et où chacun se verra recevoir une portion d'huile de nkap:

 

Sa Phall'Excellence apparaîtra dans une cascade de lumières vives et chaudes. Sa Clith'Altesse, La Royale Bien-Aimée de tous les Crévettards se tiendra à Ses côtés.

 

Autant dire tout de suite que ce Grand Jour, comme toutes les belles promesses, ne se réalisera pas davantage que l'avenir radieux que d'aucuns espéraient ou que les lendemains que d'autres auraient tellement voulu entendre chanter.

 

Toutes les tyrannies font miroiter des promesses de nkap  à ceux qu'elles s'emploient à assujettir, sachant qu'elles n'engagent que ceux à qui elles sont faites. Or il faut savoir que [l'huile de nkap] favorise la poussée capillaire... 

 

Mista AcaDa-Writa a pour héraut un Grand Fou, qui n'est, pas plus que les autres, prophète en son pays, Dibéa Bi Nkondò. Il est dans sa tête et prétend connaître le secret de la Promesse, dont il ne faut pas douter, du-tout-du-tout.

 

Les tyrannies n'aiment pas être contrariées. Ceux qui s'y risquent encourent une peine. En Crevetterie, c'est la peine Barbecue: est barbenculé, par exemple, celui qui est présumé coupable et terriblement coupable de douter.

 

Au lieu de recevoir leur portion d'huile de nkarp, les Crévettards se font tondre au sens propre et figuré par les Caleos-Cabellos qui n'ont de cesse de gratter jusqu'au sang leurs calebasses, ne leur laissant pas une p'tite noisette de cheveu.

 

Cela ne vous rappelle rien? En tout cas l'épilogue de cette histoire de Promesse ne surprendra pas le lecteur quelque envoûté qu'il soit, nessa, par cette langue enrichie de néologismes auxquels il aura fini par s'habituer:

 

Le silence porte un nom.

Ce nom est teinté de sons.

 

Francis Richard

 

La Promesse de Sa Phall'Excellence, Max Lobe, 144 pages, Zoé

 

Livres précédents:

 

39 rue de Berne (2013)

La trinité bantoue (2014)

Confidences (2016)

Loin de Douala (2018)

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23 janvier 2021 6 23 /01 /janvier /2021 20:00
L'étoile bleue de Sibérie, de François Hüssy

Georgette et quelques autres - Jean-Claude, le mari, le père et la mère, l'amant toujours provisoire - forment le cercle des principaux partenaires-spectateurs de la tragi-comédie de Patricia, réglée pour émoustiller son maître invisible, entretenir son désir qui la fait vivre.

 

Cette tragi-comédie de François Hüssy se déroule le temps d'un week-end et met aux prises deux soeurs, Georgette, l'aînée, et Patricia, la cadette: il est difficile d'imaginer que des soeurs puissent être aussi dissemblables qu'elles deux.

 

Autant Patricia est irrésistible avec ses yeux dont la couleur est celle de L'étoile bleue de Sibérie, cette ravissante petite fleur, autant Georgette est résistible. C'est du moins ce qui semble en les comparant physiquement et moralement.

 

Car Patricia a un corps divin, bien proportionné, avec tout ce qu'il faut, là où il le faut, tandis que Georgette, au prénom paradoxal, est au contraire un véritable remède à l'amour, étant plus qu'enveloppée, pour ne pas dire carrément obèse.

 

Si Patricia collectionne les amants, Georgette est désespérément vierge et ne connaît que le substitut des plaisirs solitaires. Il en résulte une rivalité entre elles qui disparaît quand elles se retrouvent toutes deux seules ensemble, ce qui est rare.

 

Jean-Claude et Patricia forment un couple insolite. Il n'ignore rien de ses frasques, mais, une fois l'adultère terminé, elle lui laisse toute latitude pour faire un sort à son amant provisoire, dont elle ne cherche ni ne veut plus entendre parler.

 

Ce qui va perturber ce scénario répétitif et lassant, c'est le comportement, de Serge, le dernier amant provisoire. Georgette a surpris Patricia en pleine action avec lui, dans son propre studio, dont elle a eu la faiblesse de lui donner une clé.

 

Il faut croire que Serge, qui s'appelle en réalité Frédéric et qui est un fabulateur né, a le mensonge contagieux, puisqu'il devient pour les membres du quatuor une seconde nature, ce qui, inévitablement, a des effets tragi-comiques sur eux.

 

Georgette, pas dupe, rappelle à Serge qu'entre le mensonge et la réalité, il y a la fiction. Elle lui demande donc implicitement, plutôt que de mentir, d'écrire un roman: en s'éloignant de la réalité, la fiction, elle, peut s'approcher de la vérité.

 

L'auteur applique lui-même le précepte. À la fin du roman, il dévoile le maître invisible dont il est question au tout début. C'est l'instant de vérité pour Patricia et Georgette: seule la vérité blesse, dit-on, mais c'est, en l'occurrence, salutaire.

 

Francis Richard

 

L'étoile bleue de Sibérie, François Hüssy, 280 pages, L'Âge d'Homme

 

Livres précédents:

 

Les deux premiers volumes de la trilogie Le voyage de tous les vertiges:

Dans un reflet rouge sur l'eau noire (2012) (rebaptisé: La porte pourpre des étoiles)

Le grand peut-être (2017)

 

Les îles naufragées (2018, édition revisitée de celle de 1998)

Cri de lumière (2019, réédition de celle de 2010)

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15 janvier 2021 5 15 /01 /janvier /2021 23:55
Un itinéraire avec Rimbaud - suivi de - Lettre à Philippe Rahmy, de Gilberte Favre

Ce sont deux récits, sur deux hommes, qui sont morts jeunes et qui, comme Gilberte Favre, écrivaient et voyageaient.

 

Dans Itinéraire avec Rimbaud, chaque chapitre du récit est précédé d'une citation du poète. La première est tirée de Ma bohème où il se dit petit poucet rêveur...

 

Gilberte Favre prétend qu'elle est une petite poucette mais pas si rêveuse. Il faut dire qu'elle raconte la vie à partir de ce qu'elle se rappelle et que ce ne sont pas que des souvenirs roses: ils sont jalonnés de souffrances, de guerres ou d'exodes.

 

Car la vie, qu'elle a appris à connaître, n'est pas seulement sa vie puisqu'elle s'est également nourrie de celles des autres, aussi bien à la faveur de ses rencontres en parcourant le monde que dans les livres, sans lesquels elle ne serait pas née...

 

Après être née avec les livres, elle a vécu, de 1947 à 2020, plusieurs époques, dans les premières desquelles ses contemporains reconnaîtront leur monde d'avant, qui n'a rien à voir avec celui d'aujourd'hui et ne préfigure pas celui d'après.

 

On ne lisait pas les mêmes livres; on n'avait pas les mêmes rapports avec la religion; on ne voyageait pas dans les mêmes pays; on était heureux de constater que Rimbaud n'avait pas seulement laissé des traces à la Charles-town de Verlaine...

 

En dépit de tout ce qu'elle a connu, Gilberte Favre continue à croire en l'être humain: La musique et le chant des oiseaux, la nature et le rire des enfants, le sens de l'humour et l'esprit de fraternité m'accompagneront toujours. Et les livres.

 

Dans Lettre à Philippe Rahmy, Gilberte Favre écrit à l'auteur, qu'elle aurait aimé rencontrer en vrai mais qui s'en est allé juste après lui avoir envoyé le 29 août 2017 un premier et dernier courriel, depuis sa résidence littéraire à Montricher. 

 

Les livres de Philippe Rahmy permettent effectivement de croire en l'être humain: Aujourd'hui, plus que jamais, nous avons besoin de tes mots, de ta vision, écrit Gilberte Favre qui a découvert sa plume étincelante en lisant Béton armé.

 

Gilberte et Philippe ont certes partagé des territoires communs mais ils auraient pu ensemble parler littérature. À défaut, à travers ses livres, elle se sent proche de lui et comprend pourquoi sa mère et sa femme l'admirent et l'aiment:

 

Le don d'empathie est dans tes gènes.

Atteint dès ta naissance de la maladie "des os de verre", tu as choisi, au lieu de t'apitoyer sur ton sort, d'apprendre et de découvrir le monde. Tu l'as fait avec autant de générosité que d'humilité.

 

Dans ce récit, Gilberte Favre donne envie de lire les deux derniers livres de Philippe Rahmy, Pardon à l'Amérique, paru à La Table Ronde en 2018, et Terre sainte, roman inachevé, qui, disait-il, se nourrit d'une démarche personnelle:

 

Juif par ma mère allemande, musulman par mon père égyptien, chrétien par mon baptême, j'interroge et je deviens cet héritage.

 

Gilberte donne enfin envie de lire le premier livre de Philippe, Mouvement par la fin, un portrait de la douleur, où il dit ce qu'est la nature profonde de la fraternité: Notre misère n'est plus du livre, ni du corps, mais faite de notre ressemblance.

 

Dans sa note, l'éditeur résume le livre: La manière dont Gilberte se penche sur ces deux destins (je vais dire quelque chose de déplacé) me fait penser à certains tableaux bibliques où Véronique tend un linge sur la face douloureuse du Christ. 

 

Il précise avec justesse: En effet, souvent Gilberte Favre, comme ses amis Corinna Bille et Maurice Chappaz semblent sortis d'un chapitre de la Bible, d'où cette fraîcheur de sentiment et cette délicatesse qui se manifeste avec force et délicatesse.

 

Francis Richard

 

Un itinéraire avec Rimbaud -suivi de - Lettre à Philippe Rahmy, Gilberte Favre, 184 pages, Éditions de l'Aire (à paraître)

 

Livres précédents:

 

Des étoiles sur mes chemins, L'Aire (2011)

Corinna Bille, le vrai conte de sa vie, L'Aire bleue (2012)

Guggenheim Saga, Editions Z (2016)

Dialogues inoubliés avec Maurice Chappaz, Éditions de l'Aire (2016)

 

Livres de Philippe Rahmy, à La Table Ronde:

 

Béton armé (2014)

Allegra (2016)

Monarques (2017)

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13 janvier 2021 3 13 /01 /janvier /2021 19:15
L'ami arménien, d'Andreï Makine

Là, à notre hauteur, c'est le même air qu'au milieu des nuages, n'est-ce pas? Donc le ciel commence à partir d'ici, et même plus bas, tout près de la terre, - en fait, sous nos semelles!

 

C'est le raisonnement que Vardan, L'ami arménien, tient au narrateur, alors qu'ils ont quatorze et treize ans, respectivement. Ce raisonnement d'homme mûr offrait à cet orphelin une autre manière de vivre et de voir.

 

Ce n'était pas la seule découverte qu'il devrait à Vardan. Il le vit venir en aide à une prostituée ivre que deux hommes venaient tout juste de rabaisser, puis porter un jugement radical et singulier sur leur comportement.

 

Peu après, des agresseurs, en bande, parce qu'il est chétif, maladif, différent des autres, pas normal, prennent plaisir à maltraiter Vardan que le narrateur défend. En fuyant ensemble, ils se retrouvent au Bout du diable.

 

Le Bout est un quartier de la ville de Sibérie où se déroule ce roman d'Andreï Makine. Ce dernier y célèbre l'amitié et s'interroge sur l'identité de son ami dans le monde soviétique des années 1970 avant de répondre:

 

La vraie identité de cet enfant, son unique véritable origine était cette journée d'automne, lente et ensoleillée, à l'écart des existences avides et hâtives des hommes.

 

Des Arméniens, attendant que soient jugés leurs proches, incarcérés dans un ancien monastère, se sont établis à proximité, dans le Bout, ce quartier mal famé. Les autres habitants parlent à leur propos de royaume d'Arménie...

 

Pour le narrateur, cette amitié sera comme un apprentissage de la vie, dont il ne tirera que plus tard toutes les leçons. En attendant il apprendra par son ami quelles tragédies recèlent les photos de famille appendues chez lui.

 

Il faudra que sa vie s'en aille, un demi-siècle après, pour que le narrateur se sente proche de cet ami tôt disparu et qu'il comprenne que l'étrangeté de son comportement s'expliquait par l'acceptation calme de ce qui allait arriver...

 

Francis Richard

 

L'ami arménien, Andreï Makine, 216 pages, Grasset

 

Livres précédents:

 

Le pays du lieutenant Schreiber, Grasset (2014)

L'archipel d'une autre vie, Seuil (2016)

Au-delà des frontière, Grasset (2019)

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9 janvier 2021 6 09 /01 /janvier /2021 20:40
La grande épreuve, d'Étienne de Montety

L'office est sur le point de se terminer. Le père Tellier vient de ranger le ciboire dans le tabernacle, il a vidé les burettes, nettoyé le calice et les coupes sur l'autel, et s'apprête à gagner la sacristie quand Daoud Berteau et Hicham Boulaïd surgissent. Ils sont vêtus de djellabas.

 

C'est ainsi que se termine le prologue du roman d'Étienne de Montety. Dès le départ le lecteur sait donc à quoi il peut s'attendre, s'il a présent à la mémoire l'assassinat, par des djihadistes, du père Hamel dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2016.

 

Dans l'assistance à cette messe de 9 heures, un 4 août, fête de Saint Jean-Marie-Vianney, en l'église de Brandes, il y a devant le père Tellier cinq religieuses, les Petites Soeurs, qui sont pour la plupart âgées. Parmi elles, Agnès est la plus jeune, la plus énergique.

 

À ces quatre personnes il faut ajouter une cinquième, Frédéric Nguyen, qui ne fait son apparition sur les lieux, qu'à la fin de l'épilogue mais qui est l'un des protagonistes de La grande épreuve, à laquelle ils sont confrontés au bout de leurs vies antérieures.

 

Car ce roman est leur histoire. Il s'agit pour Étienne de Montety de comprendre comment et pourquoi ces cinq personnes se sont retrouvées là, ce jour-là. Il observe minutieusement leurs existences et documente leurs évolutions. Il ne les juge pas. Il laisse cela au lecteur...

 

Georges Tellier, après avoir fait la guerre d'Algérie, est devenu prêtre. Dans les années 70, Agnès, à vingt-sept ans, a choisi de devenir religieuse, pour ne pas mener l'existence fade et conventionnelle de ses parents. Poussé par Audrey, Frédéric est entré dans la police.

 

Avant de redevenir Daoud, David a été adopté par Laure et François. Son physique trahit ses origines auxquelles il revient peu à peu avant d'en être un représentant extrême. Quant à Hicham, après être sorti de la délinquance, il trouve son salut dans un islam pur et dur.

 

Expliquer un tel crime religieux, comme le fait l'auteur, n'est pas le justifier. Peut-être cela donne-t-il les clés pour empêcher sa commission. C'est du moins ce que le lecteur espère après que lui ont été détaillés le comment et le pourquoi des engagements qui y conduisent.

 

Francis Richard

 

La grande épreuve, Étienne de Montety, 306 pages, Stock

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6 janvier 2021 3 06 /01 /janvier /2021 19:45
Le deuxième pas, de Damien Murith

Sournoise, acharnée, hideuse avec sa tête d'insecte, elle est la douleur.

 

En soixante-cinq textes, condensés, sans un mot de trop, d'une grande finesse, Damien Murith fait dans Le deuxième pas l'anatomie de la douleur, dès le premier pas du matin.

 

La douleur, quand nous l'éprouvons, nous fait peur. Nos proches la devinent, puisqu'elle est invisible. La colonne brisée de Frida Kahlo nous fait cependant penser qu'elle n'est pas laide...

 

La douleur, ses attentes, ne nous donnent pas envie de vivre, mais de pleurer, de parler de la profondeur de nos blessures, alors que nous ne devrions pas nous plaindre: Il y a pire.

 

Pour la faire cesser, il faudrait un miracle, notre espoir. Pour ne pas nous perdre en explications, nous mentons aux autres quand ils nous demandent comment nous allons bien.

 

Pourtant est-il possible de leur cacher que l'hôpital est notre résidence secondaire, que, pour le véhicule de nos âmes, le corps, le choix, comme le mouvement est un luxe?

 

La douleur nous offre des répits, mais c'est pour revenir, parce qu'elle est chronique. Alors, le salut se trouve dans le passé, notre terre, où nous semons les graines de notre futur.

 

On dit que les grandes douleurs sont muettes. Bien qu'invisibles et indicibles, les autres les comprennent parce que leurs mots pendent misérables tout au bout de nos yeux:

 

Les yeux de la souffrance parlent toutes les langues.

 

Tout cela n'est guère rassérénant et, pourtant, les graines du futur ayant été semées, celui-ci est bien présent dans les derniers textes de cette anatomie, qui ne peut être remède:

 

Au pied des hauts sommets, la douleur en bandoulière, nous retournerons chercher notre dignité. Car la dignité n'est pas la capacité de faire. Elle est l'éclat du regard, la fraîcheur du verbe.

Elle est le désir de vie.

 

Francis Richard

 

Le deuxième pas, Damien Murith, 80 pages, Labor et Fides

 

Les trois volets du Livre des maudits de Damien Murith sont parus à L'Âge d'Homme:

 

La lune assassinée, 112 pages (2013)

Les mille veuves, 104 pages (2015)

Le cri du diable, 120 pages (2017)

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5 janvier 2021 2 05 /01 /janvier /2021 19:10
Dans la ville provisoire, de Bruno Pellegrino

Je n'avais jamais visité cette ville, je ne la connaissais que par les images éblouissantes et kitsch qui lui étaient attachées. Je n'aurais pas eu envie d'y passer un week-end, mais l'idée d'y séjourner me séduisait.

 

À la demande de la fondation, le narrateur va effectivement séjourner dans cette ville pendant quelques mois. Le temps de s'en imprégner, au sens propre et au sens figuré.

 

La fondation lui a donné pour mission de trier les papiers d'une traductrice pour en dresser l'inventaire. Cette traductrice vient de recevoir un prix pour l'ensemble de sa carrière.

 

Pour accomplir sa mission, le narrateur s'installe dans une résidence où les conditions sont rudimentaires et qui se trouve sur une île qu'un large canal [sépare] du centre historique.

 

La traductrice habitait un vieux quartier tout à l'est de ce centre: il prend un bateau pour s'y rendre, non sans s'être muni de la clé que le secrétaire lui a fait parvenir par la poste.

 

Une fois sur place, il choisit la cuisine pour travailler. Comme il y fait froid, il monte chercher le radiateur d'appoint de la chambre, puis dispose les documents un peu au hasard.

 

Pendant les premiers temps il ne fait que déplacer des piles de papier d'une pièce à l'autre puis il se lance et esquisse des catégories: manuscrits, imprimés, lettres, photos...

 

Tout est humide, odorant dans cette histoire: la ville qui s'enfonce, la maison que la traductrice a laissée derrière elle, la chambre dans la résidence où il lit les livres qu'elle a traduits.

 

Le narrateur a le sentiment de n'avoir rien fait après plusieurs mois passés pourtant à remplir des cartons de déménagement et à dresser un inventaire qu'il enregistre dans un fichier.

 

La traductrice l'intrigue. Il cherche à se la représenter et, pour ce faire, tente de se mettre à sa place, de comprendre en quoi l'eau omniprésente peut avoir influé sur son existence.

 

La ville n'est pas seule à être provisoire. Tout le temps qu'il a passé chez la traductrice, tout ce qu'il croit savoir d'elle, tout cela est provisoire. Et peut être rapidement englouti...  

 

Francis Richard

 

Dans la ville provisoire, Bruno Pellegrino, 128 pages, Zoé (sortie le 7 janvier 2021)

 

Livre précédent:

 

Là-bas, août est un mois d'automne (2018)

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2 janvier 2021 6 02 /01 /janvier /2021 21:00
La grâce, de Thibault de Montaigu

Depuis des mois, je ne rencontrais que gêne et sourires goguenards. Toi croyant? La bonne blague. On connaît l'animal. Beaucoup de mes amis pensaient que j'en rajoutais. Que j'enjolivais. Travers d'écrivain. Je vivais les choses dans le seul but qu'elles soient dignes d'être racontées.

 

Pourtant ce n'était pas une blague, même si parler de Dieu aujourd'hui est tabou, incongru, voire inconvenant.

 

Thibault de Montaigu a rencontré Dieu dans ce haut lieu de spiritualité qu'est l'Abbaye Sainte-Madeleine du Barroux, dans le Vaucluse, seule abbaye bénédictine édifiée au XXe siècle, par Dom Gérard.

 

Il n'est pas venu là pour rencontrer Dieu. Il est venu là en quête de traces d'un fugitif célèbre, Xavier Dupont de Ligonnès, qui, jeune célibataire, avait coutume d'y faire des retraites spirituelles.

 

Alors qu'il est sur le point de repartir bredouille, il se rend à la chapelle des moines, où, au fond, un grand Christ drapé de pourpre est suspendu par des cordes.

 

Les moines bénédictins font leur entrée. Ils répondent en latin aux lectures faites par l'un d'entre eux, puis entonnent des hymnes, avec des voix comme libérées de toute chair.

 

Thibault clôt les yeux et sent en lui un point, une minuscule fleur de lumière qui commence à grandir, qui s'épanouit au son des notes, qui se répand à travers sa poitrine et qui remplit tout l'espace:

 

Dieu était là, à l'intérieur de moi et derrière toute chose. Ici et nulle part à la fois, dans l'infiniment petit comme dans l'infiniment grand...

 

Commence pour lui un chemin spirituel au cours duquel, malgré qu'il en ait, il apprend qu'il existe des vérités qui se situent au-delà de la raison.

 

Le livre qu'il projette d'écrire sur Ligonnès peut attendre. Un autre, qui lui demandera quatre ans de travail, naît sous sa plume. Il n'est pas sans rapport avec le mystère de l'incarnation qu'il a éprouvé au Barroux.

 

En effet, La grâce est dédié et consacré à son oncle Christian de Montaigu, devenu moine franciscain à l'imitation du Poverello d'Assise, dont l'itinéraire sur terre lui est comparable.

 

Christian a rencontré Dieu, au même âge que Thibault, sur une route d'Espagne, après s'être arrêté entre Madrid et Saragosse. Il s'est senti appelé par Dieu, a tout plaqué et est entré dans les ordres.

 

Dans ce livre où lui-même est touché par la grâce, Thibault reconstitue donc l'existence de son oncle au prix d'une longue enquête sur lui, menée après sa mort, étant passé à côté de Christian de son vivant, à cause de préjugés minables.

 

Le livre sur Ligonnès, un de ses amis l'écrira à sa place. Celui sur Christian aura été salvateur pour Thibault. Que faire de la révélation qu'il a éprouvée du Barroux? Il répond: 

 

L'écrire, en témoigner, réverbérer cette parole qui donne vie.

 

Comme Dieu lui a donné d'aimer les mots, c'est par les mots qu'il a essayé de lui donner chair, avec ce livre sur son oncle. 

 

À la fin de celui-ci, il se souvient d'une phrase de Julien Green où il dit que la grâce est comme un accord parfait au piano, et le péché cette distraction qui soudain nous fait sonner faux...

 

Francis Richard

 

La grâce, Thibault de Montaigu, 320 pages, Plon

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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