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9 juillet 2022 6 09 /07 /juillet /2022 22:55
Gameuse, d'Annik Mahaim

Gabriella n'a pas pour projet de tuer les contes, de leur retirer tout intérêt, de ruiner leur magie, encore moins de les censurer... Elle veut simplement ajouter des embranchements au grand arbre des histoires, cet arbre vivant, quasi généalogique.

 

Pour ce faire, Gabriella s'installe devant son écran et joue du clavier. Son but est de créer un jeu vidéo à partir des histoires contenues dans une chemise en papier fort violette.

 

Le cadre est donc particulier, puisqu'il comprend des cinématiques, des boîtes de dialogue, des menus avec choix et non-choix, des détournements dus aux bugs et algorithmes.

 

C'est une satire malicieuse de l'époque et de celles qui l'ont précédée, puisque l'avatar de Gabriella, Combattante, emprunte à six reprises la route du temps, c'est-à-dire le remonte.

 

Après avoir eu pour mission de sauver la petite sirène1, elle doit redonner espoir à la ménagère désespérée2, préserver deux fois l'intégrité de Barbarelline3 à l'ère du peace and love.

 

Son avant-dernière mission est de démolir le plafond de verre auquel se heurtent les pionnes blanches face aux pions noirs: pour y parvenir Gabriella doit reprendre la main...

 

Sa dernière est d'exploser le tutoriel beauté, qui veut obliger la gent féminine à l'esthétique, chirurgicale ou pas, pour atteindre à la plastique impeccable qui plaira à l'autre gent...

 

En fond sonore, et pour illustrer le propos, deux chansons trottent dans la tête de Gabriella, Femme libérée de Cookie Dingler et Femme des années 80 de Michel Sardou... 

 

Même si l'auteure se défend d'avoir écrit un essai sous cette forme ludique4, le fait est que toutes les protagonistes sont confrontées aux préjugés des hommes et... des femmes.

 

Francis Richard

 

1- L'héroïne du conte de Hans Christian Andersen.

2- Une desesperate housewife en quelque sorte.

3- Inspirée sans doute de Barbarella, le personnage de la bande dessinée de Jean-Claude Forest...

4- Un mot désuet que ne comprennent plus des lycéens français...

 

Gameuse, Annik Mahaim, 112 pages, Isca

 

Livres précédents:

 

Pas de souci! Plaisir de lire (2015)

Radieuse matinée Éditions de l'Aire (2016)

La femme en rouge Plaisir de lire (2018)

Les dressings Éditions de l'Aire (2021)

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5 juillet 2022 2 05 /07 /juillet /2022 16:00
Les Démons de Mulatu, de Grégoire Müller

La passion de Yolande pour la Peinture, ce n'est pas à Gustave qu'elle la doit. Par contre, encore maintenant, chaque fois qu'elle prend un peu de recul pour voir où elle en est avec une de ses oeuvres en cours, c'est comme s'il était là, juste derrière elle. Silencieux, s'abstenant de juger, mais bien présent.

 

Yolande Mulatu s'est retrouvée toute seule à seize ans. Sa mère Solange a fait une tentative de suicide et s'est retrouvée dans un hôpital psychiatrique, et son petit frère Axel est mort dans ses bras, au cours de sa chute.

 

Préalablement son père Amadu Mulatu, un Éthiopien d'origine, a disparu sans laisser de traces. Gustave était le meilleur ami de ses parents et est devenu non pas son oncle ni son mentor, mais son ombre tutélaire.

 

La véritable destinée de Yolande est la peinture. Si elle habite Delémont, c'est de la grange de Gustave qu'elle a fait son atelier, le lieu où sa vocation de peintre pourrait s'épanouir, ne se souciant guère des ragots:

 

Cela avait fait jaser les gens: ce vieil excentrique et cette jeune métisse.

 

Les années ont passé et, à la fin des années 2010, Yolande Mulatu consacre désormais l'essentiel de son temps à son art, dans cette vieille grange, située sur une pente douce en plein pâturage, près de Porrentruy.

 

Les Démons de Mulatu décrit l'univers et le destin de cette artiste-peintre, qui n'a pas de complaisance pour le monde de l'art. Grégoire Müller, en connaissance de cause, dépeint l'envers du décor de celui-ci.

 

Car il y a des gens dans ce petit monde qui sont à l'affût de la perle rare et qui sont prêts à tout pour l'exploiter. Ce qui les intéresse, ce n'est pas tant la valeur artistique des oeuvres que leur valeur marchande.

 

Pour faire d'un artiste une valeur sûre, ces gens de ce monde artificiel développent une stratégie qui comprend vernissages de galeries, articles de presse, voire publications d'ouvrages, ventes aux enchères.

 

Un artiste, digne de ce nom, qui prend tous les risques de l'authenticité, ne peut qu'éprouver un malaise face à de telles manoeuvres, d'autant plus quand ses oeuvres révèlent volontiers son âme dans son intimité.

 

Amadu avait légué à Yolande une question, tirée d'un conte éthiopien: À quoi te fieras-tu: au hasard ou à ton intelligence? Elle avait fini par comprendre et admettre que, dans sa propre vie, l'un n'exclurait pas l'autre.

 

Avec la pandémie, l'artificiel du monde de l'art a atteint des sommets. Alors, si l'on ne peut s'en passer, le meilleur moyen n'est-il pas de s'en servir pour préserver des oeuvres dont le pouvoir est d'inspirer des vies?

 

Francis Richard

 

Les Démons de Mulatu, Grégoire Müller, 208 pages, Les Éditions de l'Aire

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3 juillet 2022 7 03 /07 /juillet /2022 19:15
Vérita, de Karel Gaultier

Dans l'ensemble des articles qui relataient les travers de personnages connus sur le Rocher, il semblait avoir pris en grippe l'oligarque russe Karatov et ses transactions financières dont la base légale apparaissait souvent contestable. Ses articles étaient signés Vérita, journaliste d'investigation.

 

Qui se dissimule derrière le pseudo Vérita? En tout cas le lanceur d'alerte est bien renseigné et d'aucuns, connaissant sa réputation, n'hésitent pas à entrer en contact avec lui pour lui transmettre des informations.

 

Qu'il ait pris en grippe l'oligarque russe, est un euphémisme. Aussi, quand il reçoit des photos d'une partouze qui s'est déroulée sur son yacht, mettant aux prises des personnalités, n'hésite-t-il pas à les mettre en ligne.

 

S'il voulait nuire à la réputation de l'oligarque, il n'aurait pu faire mieux. Car, le résultat est là, inattendu, la femme soumise de Youri Karatov, Katarina, qui n'a jamais été pour lui qu'un trophée, demande le divorce.

 

Non seulement cela, mais Katarina Karatova demande à recevoir la moitié de sa fortune, qui, entre parenthèses, provient surtout de celle de son père à elle. Évidemment l'oligarque n'entend pas se laisser dépouiller.

 

Un galeriste lui propose de diminuer sa fortune apparente en faisant l'acquisition non déclarée d'une toile de Picasso, La Crucifixion, peinte en 1929, qui serait un brouillon de celle du Musée Picasso de Paris.

 

Des meurtres sont commis tout au long du récit. Il s'agit à chaque fois de proches de l'oligarque ou de personnes qui en savent trop sur lui, sans qu'il soit possible de réellement l'incriminer ou d'y voir une autre main.

 

Katarina, elle-même, est l'objet de rumeurs quant à sa fidélité. Or ni Youri, ni elle, ne tiennent à ce que leur fille Ivana, qui va avoir vingt ans, ne souffre de leurs différends. Ils font donc provisoirement la paix.

 

Hormis deux des protagonistes, Edmond Berger et Gretel Artsmann, personne n'est au courant que La Crucifixion est un faux: le premier l'a peinte, la seconde feint de l'avoir découverte avec d'autres esquisses.

 

Cela n'empêchera pas La Crucifixion d'être mise aux enchères comme s'il s'agissait d'un véritable Picasso lors d'une orgie mondaine et mondialisée afin de sauver la mise de tous ceux qui sont mêlés à l'affaire:

 

Au fond, la question de savoir si l'oeuvre était authentique ou non ne se posait plus. Seule comptait la spéculation qui allait transformer un tableau inconnu en la toile la plus chère du monde.

 

L'identité de Vérita n'est, bien sûr, révélée qu'à la fin. Les mondes de la mafia, de la banque, de l'art, du barreau, de la politique, sont dépeints sans concession par l'auteur, sous les cieux de Genève, Paris ou Monaco.

 

Vérita aura lui-même menti pour ne pas se dévoiler et aura même été hypocrite afin de mener à son juste terme le clair dessein qui le meut depuis des années. Ses attitudes illustrent le paradoxe de Gustave Thibon:

 

Le mensonge est un hommage à la vérité, comme l'hypocrisie est un hommage à la vertu.

 

Francis Richard

 

Vérita, Karel Gaultier, 352 pages, Slatkine

 

Livre précédent:

 

Jackson Hole (2020)

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30 juin 2022 4 30 /06 /juin /2022 22:55
Le Grand Zack, de Guy Mettan

- Quant aux hommes, je ne sais pas si je les aime ou si je les déteste encore plus, déclara Sapienza. Parfois je les aime à la folie. Ils me touchent et je serais prête à mourir pour eux. Mais souvent ils me dégoûtent et je les fuis.

 

Ainsi parla Sapienza à Abe, son ancien collègue d'ONG et néanmoins ami. Cet homme, avant de partir en retraite, a, une dernière fois, tenu à retrouver la camarade de ses débuts.

 

Lui a poursuivi sa carrière dans des organisations internationales; elle a fondé en Afrique  une ONG, École pour tous, qui finançait des écoles, des repas et des fournitures scolaires.

 

Comment peut-on donc aimer selon Sapienza ? Pour aimer, il faut oser. Ignorer le jugement d'autrui, toujours mesquin. Fuir les comparaisons et la morale. Il faut être libre.

 

Or Sapienza trouve que chez les prétendus civilisés bien éduqués il n'y a de compassion et de tolérance que sur les lèvres et qu'elles ne descendent jamais dans les coeurs.

 

Aussi Sapienza, excessive, a-t-elle une piètre opinion des hommes occidentaux d'une manière générale: ils sont condescendants et méprisants à l'égard des autres hommes.

 

Certes elle a raison de dire que les occidentaux, appartenant au soi-disant camp du Bien, ne se comportent pas toujours mieux que ceux qu'ils disent appartenir à celui du Mal.

 

Certes elle a raison de dire que les occidentaux ont bien souvent répudié indûment l'héritage de ceux qui les avaient précédés sur Terre, mais elle généralise et se trompe donc.

 

Certes elle a raison de récuser la violence qui détruit, la violence qui nie, la violence cachée, celle qui se cache derrière le voile de la science, mais elle tombe dans un travers.

 

Ce travers est de rejeter la technique en tant que telle, et de ne retenir que les mauvais usages qu'on en fait sans tenir compte des bienfaits qu'elle a apportés, apporte, apportera.

 

Le reproche qui pourrait lui être fait, c'est donc de tomber dans le  catastrophisme et d'en arriver comme nombre d'extrémistes à dire que l'humanité ne mérite pas de vivre:

 

Elle peut disparaître. Elle n'a apporté que destruction et souffrance.

 

Tout ce qui est excessif est insignifiant, disait Talleyrand et les faits, qui, comme Lénine le disait, sont têtus, montrent qu'en l'occurrence de tels propos n'ont pas vraiment de sens.

 

Sapienza, en revanche, est beaucoup plus crédible quand elle raconte à Abe La légende du Grand Zack qui veut dominer et asservir le monde au moyen de ladite technique.

 

Le Grand Zack, un occidental, a en effet la prétention de savoir mieux que les autres hommes ce qui est bon pour eux. Autrement dit il est prêt à faire leur bonheur malgré eux.

 

S'oppose à ses desseins un homme, qui, en apparence, est aussi faible qu'il est puissant et qui, ici ou là, dans des langues diverses, est qualifié d'ange, un ange qui dit la vérité.

 

La vérité est que Zack et ses semblables, par des moyens techniques, conditionnent les autres hommes de telle sorte que, pour assouvir leurs plaisirs, ils aspirent à la servitude:

 

Il nous suffit de procéder par petites touches invisibles, en canalisant, en ouvrant, en refermant, en augmentant ou en diminuant la pression dans les tuyaux suivant les besoins.

 

Il n'en reste qu'un à résister au Grand Zack, c'est le fameux ange. Aussi décide-t-il de l'affronter dans sa prison et de lui faire une proposition que, croit-il, il ne pourra refuser. 

 

Seulement ce prisonnier est un homme libre. Muet pendant tout l'entretien, il susurrera à Zack les mots de la fin à l'oreille, ce qui redonnera à Abe un ultime espoir dans l'humanité.

 

Francis Richard

 

NB

 

Le lecteur, qui suit l'actualité, aura identifié ceux qui ont inspiré à l'auteur Zack et son contraire angélique.

 

Le Grand Zack, Guy Mettan, 96 pages, Éditions des Syrtes

 

Livre précédent chez le même éditeur:

 

La tyrannie du Bien, 256 pages (2022)

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29 juin 2022 3 29 /06 /juin /2022 21:30
Take it easy, d'Eric Felley

J'ai le privilège de travailler pour un fleuron libéral de l'économie du pays, où l'esprit corporate est encore imprégné du sens de la famille comme un héritage précieux. Il y a trente ans, nous n'étions que des mutuelles de villages de montagne. Puis, au gré de fusions, d'acquisitions ou d'absorptions, et grâce à la loi sur l'assurance maladie obligatoire, le succès a été fulgurant.

 

Samuel Sauthier, surnommé Sam Sammler 1, alias SS, décrit en une phrase ce que la plupart des gens entendent par libéral. Le fleuron dans lequel Sam travaille a prospéré grâce à la loi sur l'assurance maladie obligatoire, autrement dit grâce à une loi qui n'est pas libérale du tout.

 

Plus loin Sam utilise le même adjectif pour qualifier des comportements qui, pour le moins, ne sont pas éthiques. Là encore, il s'agit de détourner le sens du mot, qui vient pourtant du mot liberté, laquelle n'existe pas sans respect de l'autre et en particulier de ce qui lui appartient.

 

Ceci étant dit, le personnage soi-disant libéral n'est rien moins qu'estimable, même si, à tout pécheur miséricorde, il n'est pas exempt de circonstances atténuantes. Car, dans la société qui l'emploie et qui n'est hélas pas la seule du genre, il occupe un poste qui n'est guère enviable.

 

Auparavant il prêtait sa plume au journal de l'entreprise, mais, à la faveur d'un remplacement, il s'est retrouvé dans le service clientèle, où le jeu consiste à trouver par écrit un prétexte pour ne pas rembourser des prestations. Il y a si bien réussi qu'il n'a pu réintégrer son poste originel:

 

L'ennui, quand on fait du bon boulot dans un sale boulot, est que personne ne veut vous changer.

 

Les Ressources Humaines lui ont accordé de partager son emploi du temps: Trois jours par semaine, je continuais au courrier. Les deux autres je rejoignais une équipe confidentielle. De quoi s'occupe-t-elle? D'exploiter le potentiel commercial du suicide assisté, sans réelle visée humaniste.

 

Tout cela n'explique évidemment pas pourquoi, le soir de Noël, il se retrouve en cellule de dégrisement. Alors le récit comble cette lacune. Comme dit plus haut, sans vouloir l'exonérer de toute culpabilité, ce n'est pourtant pas un affreux criminel, sauf peut-être aux yeux d'un animaliste.

 

Car les seuls crimes qu'il ait commis sont d'avoir involontairement écrasé le chat familial et d'avoir un peu trop abusé de boissons alcoolisées. Sinon, ce qui ferait vomir un député français fraîchement élu 2, il se régale d'araignées et de blattes dont il apprécie les chairs succulentes...

 

S'il a des pensées coupables, ce sont surtout dans ses rêves, où il accomplit des forfaits qu'il ne commettrait certainement pas dans la vraie vie. Et là, il faut le dire, il réalise toutes sortes de fantasmes qui sont dignes de la collection dans laquelle le livre satirique d'Eric Felley est édité.

 

Quant au titre, Take it easy, il s'inscrit dans la lignée de certaines entreprises d'aujourd'hui où il est d'usage de doubler [les] fins de phrase en anglais, signe de connivence dans le monde des affaires et, bien sûr, dans les entreprises qui pratiquent avec bonheur le crony capitalism 3...

 

Francis Richard

 

1 - Sammler veut dire collectionneur en allemand...

2 - Aymeric Caron

3 - Capitalisme de connivence

 

Take it easy, Eric Felley, 104 pages, Gore des Alpes

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18 juin 2022 6 18 /06 /juin /2022 22:55
Un été avec Colette, d'Antoine Compagnon

Du 5 juillet 2021 au 27 août 2021, du lundi au vendredi à 8h55, sur France Inter, Antoine Compagnon a passé Un été avec Colette. C'était l'été de l'instauration du passe sanitaire en France, mais il n'était pas exigé, et pour cause, de le présenter pour écouter la radio...

 

Dans ces émissions, soufflait un vent de liberté qui faisait un peu oublier combien elle était restreinte en France pour ceux qui refusaient de se faire vacciner avec un produit dont il n'était pas prouvé qu'il protégeait de l'épidémie ni qu'il en empêchait la contamination...

 

Pourquoi parler de vent de liberté s'agissant de Colette? Parce qu'en lisant le livre que lui consacre Antoine Compagnon, celle-ci apparaît comme une femme libre, en dépit du fait que, jeune mariée, elle ait été quelques années sous l'emprise de son premier mari, Willy:

 

Peu de femmes furent aussi libres que Colette, de leur corps, de leur sexualité, de leur plume. Elle fit mille métiers pour assurer son indépendance.

 

Colette sut rompre avec Willy, mais aussi avec un élément qui la liait à sa mère, Sido. L'auteur raconte qu'obéissant aux suggestions de Willy, mais aussi au plaisir sacrilège d'en être délivrée, elle coupa sa longue chevelure qui était le chef-d'oeuvre de vingt années de Sido.

 

Quoi qu'il en soit, même si elle eut du ressentiment à l'égard de Willy, à qui, en dehors de ses infidélités, elle reprochait surtout la vente des droits de la série des Claudine, qu'il avait d'abord signée de son seul nom, elle lui devait toutefois d'être devenue un grand écrivain.

 

Compagnon rappelle qu'un grand écrivain, c'est un écrivain après qui la langue n'est plus tout à fait la même. [....] Un grand écrivain, c'est aussi un écrivain qui crée des mythes, renouvelle notre mythologie. Or, dans le cas de Colette, elle en a créé au moins trois:

- Claudine,

- Sido,

- Gigi.

Sans parler d'elle-même...

 

Compagnon raconte évidemment les mille métiers que Colette a exercés: mime plus que danseuse ou actrice, journaliste, écrivain (au ton insolent), nourrissant une activité par l'autre; l'amour, qu'elle cherche comme tout le monde, auprès d'hommes et de femmes:

 

Les questions de genre et même de transgenre font aujourd'hui notre ordinaire; elles ne surprennent plus comme en 1900 ou en 1930, quand Colette les abordait sans masque, parlait franchement de l'homosexualité et du travestissement1.

 

Colette est gourmande - elle aime la cuisine familiale et rustique -; elle est familière avec les plantes comme avec les bêtes; elle est un écrivain sensuel pour qui le goût, l'odorat, le toucher, l'ouïe2 et, bien sûr, le regard sont vraiment essentiels et imprègnent toute l'oeuvre.

 

Colette ne cessera jamais d'écrire très librement bien qu'elle n'ait pas la plume facile. Dans Le Figaro Littéraire du 24 janvier 1953, jour de ses quatre-vingts ans, elle dit: Écrire ne conduit qu'à écrire. Avec humilité, je vais écrire encore. Il n'y a pas d'autre sort pour moi.

 

Francis Richard

 

1- Cela n'en faisait pas une féministe comme on l'entend aujourd'hui puisqu'elle se gardait de faire de la politique, mais elle l'était dans le sens où presque toutes ses femmes font preuve de leur force.

2- Elle a écrit pour Ravel le livret de L'Enfant et les Sortilèges.

 

Un été avec Colette, Antoine Compagnon, 256 pages, Éditions des Équateurs

 

Dans la même collection:

Un été avec Rimbaud, de Sylvain Tesson (2021)

Un été avec Pascal, d'Antoine Compagnon (2020)

Un été avec Paul Valéry, de Régis Debray (2019)

Un été avec Homère, de Sylvain Tesson (2018)

Un été avec Machiavel, de Patrick Boucheron (2017)

Un été avec Victor Hugo, de Laura El Makki et Guillaume Gallienne (2016)

Un été avec Baudelaire, d'Antoine Compagnon (2015)

Un été avec Montaigne, d'Antoine Compagnon (2013)

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17 juin 2022 5 17 /06 /juin /2022 22:40
À l'amour - À la mort, de Tasha Rumley

Amour et mort, éros et thanatos, sont liés. C'est banal de le dire, mais la réalité est souvent d'une banalité... À la faveur de sept récits Tasha Rumley les met en scène et, à chaque fois, les deux termes confirment leur liaison.

 

Dans Bambi, le malheur frappe par deux fois, comme pour s'assurer que sa cause l'emporte toujours, ce qui se termine par un constat cruel. Celui qu'elle aimait, son amour, avait donné la mort. Ils étaient maintenant souillés.

 

À quatre heures du matin, L'heure morte, pour l'insomniaque et le désespéré, est rompue pour toujours la complicité entre une Suissesse et une Kirghize, après qu'un amour illusoire de chacune pour un homme les a séparées.

 

Le père s'est donné la mort. L'alcoolisme de sa femme, la sensualité de sa maîtresse ou la dépendance de son fils? Celui-ci ne devrait pas être le Petit frère des deux filles de la maîtresse, sauf si l'amour joue un de ses tours.

 

Le 29 février n'existe que les années bissextiles. Dans Ex aequo, ce jour de 2016 est fatal à Théo, allergique, mort subitement d'une piqûre. Le 29 février suivant, Élise programme le possible remède médical à son coeur brisé.

 

Aurélien pratique cultures physique et spirituelle. Sa mère, ses grand-parents ne sont plus, mais ils sont Vivants les morts. Leur héritier, leur présent, leur avenir, après deux ans à l'EPFL, écrit un livre, dont ils seraient fiers.

 

Anastasya travaille en Suisse. En congé en Géorgie, sa mère lui apprend que la tombe de son père, mort pendant la guerre de 2008, ne contient peut-être pas son corps. Des tombes et des bombes devront céder devant l'amour.

 

Le recueil se termine par La petite mort d'une femme, qui, adieu les clichés, y parvient avec son homme-objet. Il n'est qu'un instrument sur son corps et elle imagine que, simplet, il ignore cet acmé quand il lui fait l'amour.

 

Francis Richard

 

À l'amour - À la mort, Tasha Rumley, 200 pages, Bernard Campiche Éditeur

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14 juin 2022 2 14 /06 /juin /2022 22:00
Sous ton feuillage, de Francine Wohnlich

Quand il chaussait ses lunettes de lecture, le verre élargissait son regard et en révélait la bonté. Être regardée la nourrissait. La gonflait de vie et de réalité.

 

C'est le printemps. Clémence vient de quitter Ivo. Sa vie ne sera plus la même. Alors qu'il pouvait être faible, il l'émouvait et représentait une solidité paradoxale sur laquelle elle avait un réel besoin de s'appuyer.

 

Il faut revenir à l'automne. Ivo, après le départ de sa femme, n'arrive toujours pas à être un père véritable pour Ludo et Madenn. Leurs irruptions dans sa vie de couple lui font perdre pied et le rendent insupportable.

 

Ivo est désemparé face à eux deux. Il ne les comprend pas. Ils sont l'un comme l'autre en rupture avec leur père. Pour l'un, il met en péril la planète, rien de moins. Pour l'autre, il manque à ses devoirs de nourricier.

 

Ivo et Clémence ont leur chez soi, lui, son appartement, elle, le cabanon, qui voisine avec la maison de Bertil, qui y vit avec ses trois enfants, Tarsis, Cassiopée et Iseult, Jude, sa femme, étant en cure d'alcoolisme.

 

Bertil semble réussir là où Ivo échoue. Ivo, à son exemple, trouve dans les enfants de Bertil ceux qu'il aurait bien aimé avoir. Ils le lui rendent bien d'ailleurs, ce qui ne laisse pas d'intriguer Clémence qui n'en a pas.

 

L'hiver suivant, Clémence rompt avec Ivo, malgré qu'elle en ait, parce qu'il la détruit, même si elle sait ne jamais pouvoir vivre sans lui, un jeu auquel Éros souvent se prête et que l'auteure excelle à restituer.

 

L'épilogue se situe en été. Clémence, dont la mère s'est montrée défaillante, vit heureuse auprès de son arbre. Elle imagine qu'il l'écoute quand elle s'adresse à lui et lui confie être en perdition, comme l'est son Ivo:

 

Ce feuillage est un soulagement, son ombre une protection, une présence rassurante et continue, son bruissement une berceuse. 

 

Francis Richard

 

Sous ton feuillage, Francine Wohnlich, 176 pages, Éditions Encre Fraîche

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12 juin 2022 7 12 /06 /juin /2022 18:00
Le percussionniste, d'Evelyne Rivat Métrailler

Le premier jour d'automne 2001, un quatrième petit garçon vient au monde, écrit Elisabeth Logean au début de sa préface.

 

L'auteure de ses jours est celle de ce livre, Evelyne Rivat Métrailler. Avec son mari, ils l'ont prénommé Virgile. Ils vivent dans un coin tant aimé, le Valais.

 

Virgile n'est pas un enfant comme les autres, ni comme ses trois frères. Il est en effet atteint d'une maladie génétique rare: le syndrome Cornelia de Lange.

 

En un mot Virgile est polyhandicapé:

 

- il ne parlera jamais et ne s'exprimera qu'en tapant sur des objets variés avec sa main, d'où le surnom que sa mère lui a donné: Le percussionniste;

 

(il se fera comprendre aussi par des gestes à lui, plus éloquents que n'importe quelles paroles)

 

- il ne mangera ni ne boira jamais par la bouche (et sera nourri par gastrotomie), mais il prendra l'habitude de la remplir avec un tissu qui le réconforte;

 

- il ne sera jamais autonome, comme ses trois frères, qui devront composer avec lui comme ils le peuvent, ou le veulent, qu'il soit là ou en institution;

 

- il n'écrira jamais ni ne calculera de sa vie et, quand il ira à l'école, les enfants valides apprendront davantage en sa présence que le contraire;

 

- à plusieurs reprises, alors que personne ne sait comment son cerveau fonctionne, il montrera que face au danger, il sera capable de choisir la vie.

 

Comment peut faire une mère confrontée à de tels handicaps de son enfant?  Elle fait, tout simplement. Son secret est de vivre dans son monde:

 

Un monde riche de valeurs telles que l'amour gratuit, le don de soi, la confiance et la beauté de l'instant, égayé par un sourire lumineux.

 

Cela ne veut pas dire que ces quelque vingt ans passés n'aient pas été difficiles, mais toutes ces valeurs, comme pour d'autres la foi, soulèvent des montagnes.

 

Cette mère dit de son fils Virgile: Il a chamboulé notre vie et c'est une réussite. Si c'était à refaire, elle le referait. Avec ce récit, elle clame au monde entier:

 

Que chaque vie comme celle de Virgile vaut la peine d'être vécue, que chaque instant en sa compagnie compte double, que le mystère de sa personnalité ne sera jamais élucidé...

 

Francis Richard

 

Le percussionniste, Evelyne Rivat Métrailler, 144 pages, Slatkine

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5 juin 2022 7 05 /06 /juin /2022 22:00
Terre-des-Fins, de Bruno Pellegrino, Aude Seigne et Daniel Vuataz

Mes graffitis quitteront jamais cette ville. Je le dis sans tristesse. Je vois juste les choses en face: les wagons que je peins, ils dorment aux entrepôts, fin de l'histoire.

 

Cette ville est Terre-de-Fins, autrement dit Terdef. Liv, la graffeuse qui parle, quoique bègue, est la narratrice. Avec son frère Zed, également graffeur, elle vandalise pour vivre les rares trains à destination de Terdef, ce troufignon du monde.

 

Terdef est une ville terminus, où plus personne ne descend. C'était une ville minière, jusqu'au jour où le minerai s'est avéré toxique. Ce qui sauve les rares habitants, ce sont les oeuvres de Mitch Cadum, qu'il a continué à faire avec ce minerai.

 

La dernière oeuvre de Mitch Cadum est monumentale. Le musée de la capitale a envoyé une stagiaire, Sora, pour l'aller chercher. Manque de chance pour elle, elle se trouve dans le train vandalisé par Liv et Zed et est rudement malmenée par lui.

 

Zed a sauté du train, mais Liv s'est fait prendre. Faute de preuve qu'elle ait volé, mais pour avoir pris un train sans passagers, elle doit nettoyer, notamment une pièce de l'artiste local, qu'elle a recouverte de peinture une nuit noire, sans électricité.

 

Sora l'aborde alors. Elle connaît bien les oeuvres de Cadum. Elle en apprécie le côté monumental et friable à la fois, la couleur changeante, la beauté dangereuse. Bref, elle aimerait le rencontrer et est prête à y mettre le prix, une aubaine pour Liv.

 

Sora ne sait pas où elle a mis les pieds. Car Zed a appris à Liv à considérer les gens sous l'angle de ce qu'on peut en tirer, à évaluer combien de sandwichs ou de petite monnaie ils valent. Seulement il y a un hic, que ni Liv, ni Zed n'ont su prévoir...

 

Sans ce hic, il n'y aurait évidemment pas d'histoire, qui plus est une histoire écrite dans un langage parlé - ce qui est une performance pour une bègue - qui est pétulant et restitue un monde inimaginable pour une citadine éduquée comme Sora.  

 

Dans la première phrase de ce récit, citée plus haut, Liv disait que ses graffitis ne quitteraient jamais Terdef. On sait qu'il ne faut jamais dire jamais. La toute fin de l'histoire, à laquelle Liv rêvait depuis l'enfance, en apporte une belle preuve.

 

Dans sa chambre d'enfant, Liv avait décoré les murs de sa chambre avec des affiches que la compagnie de chemin de fer liquidait. Sur la plus grande, où une femme en noir et blanc [...] se suffisait à elle-même, était écrite cette invite au voyage:

 

Boucler les valises. Sauter dans le train... et loin.

 

Francis Richard

 

Terre-des-Fins, Bruno Pellegrino, Aude Seigne, Daniel Vuataz, 144 pages, Zoé

 

Volumes du trio précédemment chroniqués:

 

Stand-by, Saison 1, 1/4

Stand-by, Saison 1, 2/4

Stand-by, Saison 1, 3/4

 

PS

Cette nouvelle lecture du trio m'a donné l'envie d'achever celle de la Saison 1 de Stand-By et de la poursuivre avec celle de la Saison 2...

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4 juin 2022 6 04 /06 /juin /2022 21:45
Ambre et Lune, d'Anne-Claire Decorvet

La Chose est entrée chez nous dans les derniers jours de juin: répugnante, innommable... Et dès le premier instant je fus inapte à lui donner son nom. C'était un soir de peur, un soir d'alerte. Un soir que je n'ai jamais oublié.

 

Ambre Amaury accepte finalement de répondre aux questions d'une étudiante, rencontrée au musée, lors de la rétrospective consacrée à son oeuvre, intitulée Encres d'une vie.

 

Sur le moment, elle lui a menti. Elle lui a dit qu'il n'y avait pas eu d'événement fondateur à son inspiration, alors que l'arrivée de la Chose, quand elle avait dix ans, le fut, justement:

 

N'est-ce pas depuis ce jour précis que tu dessines et peins sans répit, poursuivant ton trait de feuille en feuille comme un allumé court après l'opium.

 

Aujourd'hui, quelque cinquante ans après, elle en raconte la genèse à l'étudiante (qui a une grande faculté d'écoute et qui l'enregistre) et lui restitue le monde dans lequel elle vivait.

 

Les allées et venues de chacun y étaient surveillées; quand les sirènes retentissaient, les gens devaient rentrer chez eux; les parents n'étaient autorisés à n'avoir qu'un enfant.

 

La mère d'Ambre était, semble-t-il, une cible particulière; elle recevait régulièrement des lettres comminatoires de la Préfecture, qui lui envoyait un émissaire pour l'intimider.

 

Sa mère avait caché la Chose dans un coffre et ne voulait pas s'en débarrasser en dépit de ses supplications: Ambre ne pouvait pas mesurer à quel point elle lui était attachée... 

 

Son amie Lola, qui, maintenant, vit sous son toit, s'étonnait alors de sa naïveté. À plusieurs reprises, elle l'avait mise en garde parce qu'elle se croyait libre, en n'étant pas pucée.

 

En effet, en raison d'une allergie au micronium, elle avait été dispensée de cette opération. Restaient les caméras, mais elle avait appris qu'inactives, ce n'étaient que des leurres.

 

Les yeux d'Ambre, qui parcourt ce monde pour le découvrir et alimenter sa fabrique à dessiner, se dessillent peu à peu, mais insuffisamment pour réaliser jusqu'où aller trop loin...

 

Ambre et Lune, dont le titre ne s'explique qu'à la fin, met en parallèle le récit de la naissance de l'artiste, cinquante ans plus tôt, et celui où elle se livre à l'étudiante mésestimée.

 

Dans le monde totalitaire d'alors, ce n'est pas le talent d'Ambre qui apportera du malheur, mais la paranoïa des Grands qui voient partout des complots et règnent par la peur.

 

Aussi, ce que la narratrice dit de la peur, à propos de l'étudiante, apeurée par la présence du chien adopté par Lola, a-t-il une portée beaucoup plus générale que dans le cas particulier:

 

Elle est haïssable, la peur, bien davantage que la mort en face ou la folle témérité, car elle ronge l'âme et la détruit peu à peu, comme une eau lime la pierre en un millier d'allers et retours. 

 

De même la culpabilité que ressentent les victimes quand le malheur survient ne doit-elle être imputée qu'aux bourreaux, qu'il faut savoir fuir, pour survivre, avant l'engloutissement.

 

Francis Richard

 

Ambre et Lune, Anne-Claire Decorvet, 264 pages, Bernard Campiche Éditeur

 

Livres précédents:

 

Un lieu sans raison (2015)

Avant la pluie (2016)

Café des chimères (2018)

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3 juin 2022 5 03 /06 /juin /2022 22:15
Chemins obliques, de Marie-Hélène Miauton

Dans ce recueil, je dis les choses "d'une vue oblique", pour reprendre Montaigne 1; mon vagabondage intellectuel prend des voies détournées, passe par des chemins de traverse, renonce parfois à toute rationalité pour appréhender les paraboles 2 du chemin, obliquement.

 

Marie-Hélène Miauton a pèleriné 3, semble-t-il, en 2018. Cette année-là, à partir de la Suisse, elle s'est rendue à Rome en suivant la Via Francigena, dans les pas de l'archevêque Sigéric de Canterbury, qui, en 990, y est allé pour recevoir son pallium des mains de Jean XV:

 

La voie [...] pénètre en Suisse à Vallorbe, passe par Lausanne, longe la rive du lac Léman, grimpe le Grand-Saint-Bernard pour dévaler sur Aoste, traverse le Piémont et la plaine du Pô avec ses rizières jusqu'à la joyeuse Pavie, coupe par les Apennins pour arriver à Lucques, croise Carrare, sinue dans l'inoubliable Toscane, parvient dans le Latium et rallie enfin la Ville éternelle.

 

Pourquoi entreprendre un tel périple? Dans son avant-propos, l'auteure répond:

- pour prendre de la distance;

- pour ralentir le temps;

- pour se tenir disponible [...] à un éveil spirituel.

 

Marie-Hélène Miauton n'est pas partie seule. Sur un tiers du trajet, elle a marché avec Jean-Pierre, son infatigable compagnon de route, mais, à la suite d'un accident, celui-ci a dû poursuivre son chemin à vélo:

 

Autant j'ai aimé avoir mon compagnon auprès de moi, pour le plaisir de sa présence et le partage des moments importants, autant je me suis sentie libre et heureuse de marcher sans lui.

 

Car il y a un équilibre à être ensemble et un autre à être seul: il est bénéfique d'expérimenter les deux.

 

Ce livre, composé de chapitres qui peuvent se lire indépendamment les uns des autres, n'est pas un récit touristique - l'auteure ne se disperse pas en flâneries -, mais un recueil de réflexions qui lui sont venues en marchant, ces réflexions se nourrissant de paysages et de rencontres.

 

Ainsi établit-elle le lien entre civilisation et agriculture; se souvient-elle que, dans l'Égypte antique, le fait de nommer signifiait donner la vie; trouve-t-elle Dieu perspicace d'altérer la vue des hommes au fur et à mesure qu'ils prennent de l'âge; apprécie-t-elle que l'Italie témoigne de la justesse de s'éloigner de l'état de nature en ayant ajouté du plaisir et de la beauté à ce qui n'est que fonctionnalité; fait-elle l'éloge des routes qui ne se contentent pas de relier les hommes entre eux, mais leur parlent aussi de vie et d'aventure...

 

Marie-Hélène Miauton a limité l'emploi de ses compagnons électroniques au strict nécessaire: la localisation réciproque avec Jean-Pierre, la visualisation du trajet précis de chaque étape, la prise de photos:

 

Les appareils ne sont jamais responsables de l'usage qui en est fait, nous seuls le sommes!

 

Marie-Hélène Miauton n'a emporté avec elle qu'un livre - ce qui ne veut pas dire qu'elle soit la femme d'un seul livre (la crainte de Thomas d'Aquin) -, L'Anthologie de la poésie française, de Georges Pompidou. Cette lecture lui a confirmé que l'âme humaine ne change pas au cours des siècles, en dépit de l'alternance des modes et des conditions de vie...


Cette dilection pour la poésie lui a en tout cas évité de devenir seulement [une rêveuse] ou uniquement [une] pragmatique:

 

La poésie tente d'éclairer les choses de l'intérieur, à l'inverse d'un projecteur qui ne met en lumière que leur matérialité.

 

Certains poètes lui parlent plus que d'autres, tels Rimbaud, Hugo, Baudelaire, Péguy, Mallarmé, Apollinaire ou, plus proches dans le temps, Gustave Roud, Philippe Jaccottet, ou encore, aujourd'hui, Anne Perrier:

 

Seuls les poètes posent les questions qui importent vraiment!

 

Francis Richard

 

Chemins obliques, Marie-Hélène Miauton, 152 pages, Éditions de l'Aire

 

1 - "Mes fantaisies se suivent, mais parfois c'est de loin, et se regardent, mais d'une vue oblique."

 

2 - Le chemin est une source incessante de réflexions et sans doute est-il lui-même une parabole de la vie. Étymologiquement, la parabole correspond [...] à la trajectoire d'un projectile lancé et tombant à terre...

 

3 - Ma relation avec Dieu est [...] restée intellectuelle au lieu de l'amour véritable que lui portent les mystiques et de nombreux fidèles fervents.

 

Livre de l'auteure précédemment chroniqué:

 

Criminalité en Suisse - La vérité en face, 216 pages, Favre (2013)

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2 juin 2022 4 02 /06 /juin /2022 22:55
Protocole Magog, d'Olivier Marbot, Jacques Trauman et Philippe Lavault

Les menaces, les personnages et les actions décrits dans ce roman sont très proches de la réalité. Le scénario est donc, malheureusement, parfaitement plausible!

 

Dixit, dans l'avant-propos, Guillaume Poupard, lequel est le Directeur Général de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information, ANSSI, qui s'occupe en France de cybersécurité et est rattachée au Secrétariat général de la défense et de la sécurité, SGDSN.

 

Le prologue indique que l'intrigue ne se déroule pas seulement sur le territoire français, mais aussi au Kazakhstan, un des pays membres de la Communauté des États Indépendants, qui regroupe aujourd'hui encore neuf des quinze anciennes républiques soviétiques.

 

Tout commence par l'assassinat à Nice d'un informaticien de génie, Abel Saouf, alors qu'il s'apprête à prononcer une conférence - ce qui ne l'enchante guère - au Palais des Congrès, poussé qu'il a été par son associé Alain Clerc, avec lequel il a fondé une petite société, Frontofex.

 

Abel est le technicien, Alain le commercial. L'un connaît bien l'informatique, l'autre pas vraiment, mais cela n'a pas d'importance: Alain fait des promesses qu'Abel finit par tenir. Alain habite Paris, Abel, Nice. Être à distance, ce n'est pas plus mal: ils se disputent quand ils se voient.

 

Alain et Abel se sont connus à la banque BFC. Alain y était trader. Abel y travaillait pour un prestataire qui vendait des robots pour les salles de marché. Quand la commandante de police, Sanda Pleynel, interroge Alain, celui-ci lui dit qu'Abel travaillait sur un logiciel mystérieux:

 

Protocol Magog

 

Quoi qu'il en soit, ce mystérieux logiciel semble intéresser des investisseurs, ce dont Abel ne veut pas entendre parler. N'est-ce donc pas à cause de ce logiciel qu'Abel a été assassiné? Alain, en tout cas, n'a aucune raison de tuer la poule aux oeufs d'or de leur juteuse petite entreprise.

 

Un des investisseurs est plus insistant que les autres, un Russe ou un Ukrainien, Alain ne sait pas trop. Celui-ci, un peu plus tard, est assassiné à son tour, à Paris, selon le même mode opératoire... Le nom d'un oligarque kazakh, Bolat Sadykov, apparaît mêlé à cette ténébreuse affaire.

 

Les mots-clés de l'enquête menée par Sanda Pleynel, seule, puis avec son ami d'enfance retrouvé, Alasdair McPhee, sont la banque BFC, le Kazakhstan, l'oligarque Bolat Sadykov et, bien sûr, le mystérieux logiciel, qui contient un algorithme rendant possible la crypto homomorphique:

 

La demande est chiffrée, la requête est aussi chiffrée et seul le résultat est clair...

 

À quoi un tel logiciel peut-il servir? Quand une cyberattaque se déclenche, les trois auteurs spécialisés, qui dans la banque, qui dans le roman, qui dans la cybersécurité et les relations internationales, le révéleront, après moult péripéties où le sexe, le pouvoir et l'argent font bon ménage... 

 

Francis Richard

 

Protocole Magog, Olivier Marbot - Jacques Trauman - Philippe Lavault, 320 pages, Favre (sortie le 3 juin 2022)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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