Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
19 juin 2026 5 19 /06 /juin /2026 20:00
Le grimpeur et le grognard, de Régis Debray et Sylvain Tesson

Ce livre, qui est coédité par Gallimard, Équateurs et Terre Neuve Éditeurs, est une correspondance, sans lieux, ni dates, entre Régis Debray et Sylvain Tesson.



La page de couverture peut prêter à confusion: Le grimpeur, c'est Sylvain Tesson, et Le grognard, c'est Régis Debray. 

 

Pour les lecteurs, il convient d'expliciter le bandeau: le motto du premier est de courir le monde et celui du second de faire l'histoire.

 

Les deux épistoliers ne sont pas de la même génération. Debray est né en 1940 et Tesson en 1972. Ce qui n'empêche pas l'amitié et le débat sans concessions, auquel les lecteurs ne sont sans doute plus habitués.

 

Dans son avant-propos, Olivier Frébourg résume bien l'objet de la joute: une ligne de vie tendue entre l'histoire et la géographie, entre cour et jardin. Et ça claque.

 

Car les deux bretteurs ne se ménagent pas. Il s'agit d'une véritable passe d'armes entre gens qui ne sont pas du  même bord selon Debray, ce que Tesson récuse en doute, tout en soulignant que leur différence réside surtout dans sa peur à lui des grands mots tels que justice, égalité, progrès, auxquels il préfère humour, vin rouge, beauté.

 

Ce qui les différencie surtout, Debray le souligne en disant: Militant, je ne le suis plus depuis longtemps, mais aventurier, il vous arrive de l'être encore.

 

Tous deux sont des nomades. Tesson se demande: Qui est le plus nomade de vous ou de moi? Le baladin occidental ou le théoricien de l'Internationale?

 

Tesson n'est pas contre la technique, mais contre la technologie: sa technophobie, c'est l'angoisse devant le remplacement de la clef à molette par le process.

 

Debray, quant à lui, considère que l'âge numérique n'est pas un enfer. Il y voit un purgatoire, qui change la donne mais n'appelle qu'un circonspect "faire avec".

 

Tesson se dit généreux, mais à titre individuel. Il interpelle son épistolier sur la gauche et la droite à la définition desquelles Debray s'est passionnément intéressé: La première veut intervenir dans le général. La deuxième a besoin de cas d'espèce.

 

Debray est beau joueur: Les lendemains chantants ayant déchanté, restent les sommets pour nous enchanter.

 

Tesson et Debray ne sont croyants ni l'un ni l'autre, mais Tesson a une devise trinitaire: Avec le Christ, loin du christianisme, dans la Chrétienté.  

 

Debray, en quelque sorte, le rejoint: N'étant pas du choeur ni du parvis, mais d'une même civilisation, je ne vous apprendrai rien en vous rappelant que le partageux agnostique, est un descendant par la main gauche de cette foi.

 

Tesson revient à ce qui distingue les êtres: Les uns veulent changer le monde, les autres le courir. Les uns passer à l'Histoire, les autres disparaître dans la géographie. Les uns songent à la condition humaine. Les autres, à leur seule biographie. Vous apparteniez à la première catégorie, j'appartiens à la seconde.

 

Debray embraye: Il y a simplement les adeptes du où? et les adeptes du quand? Ceux qui regardent la boussole et ceux qui regardent la montre. En forçant la note: les bourlingueurs et les flemmards. Les coureurs et les assis. Pourquoi vanter les uns et débiner les autres? Il faut de tout pour faire un tout.

 

Tesson dirait au fils de vingt ans qu'il n'a pas: Connais ce que tu veux aimer. Jouis avant de croire. Marche avant d'arriver. Blesse-toi avant de soigner. Étudie ce que tu veux défendre, éprouve ce que tu espères maintenir.

 

Debray, lui, ne désarme pas: Si une société peut changer de chimère d'un siècle à l'autre, il lui en faudra toujours une pour garder sa cohésion et continuer d'aller de l'avant (la réalité est mal faite, on n'y peut rien).

 

À Tesson revient le mot de la fin: Le monde qui arrive, en clignotant très vite, semble avoir négligé que la tranquillité est une noblesse, le calme, un luxe, et le paisible contrôle de sa vie, la marque de la force.

 

Francis Richard

 

Le grimpeur et le grognard, de Régis Devray et Sylvain Tesson, 96 pages, Gallimard 

Partager cet article
Repost0
18 juin 2026 4 18 /06 /juin /2026 19:30
Brûlez tout, de Christophe Molmy

Tout serait bientôt prêt. Il était excité à l'idée de tout renverser, briser ce complot qu'il subissait depuis toujours. La lutte était inégale. Ils n'étaient qu'un petit nombre à avoir ouvert les yeux, mais il avait hâte de commencer.

 

Tel est le premier personnage de ce polar, un personnage anonyme, en révolte contre tout, contre tous, un anar que le lecteur surprend au moment où il quitte son studio, après s'être assuré qu'il remarquerait si quelqu'un s'y introduisait en son absence.

 

Les personnages suivants sont des policiers de la brigade criminelle: Coline, Sacha (le chef de groupe), Yannick, Louis, Guillaume et Julien. Ils espèrent surprendre quatre voyous en flagrant délit, après des semaines de planques, de filatures et d'écoutes.

 

Il leur faudra attendre qu'ils reviennent dans l'immeuble repéré par eux pour que le moment vienne de donner le top d'interpel. Cela se passe mal. Yannick est blessé par balle à la tête quand leur véhicule démarre; Sacha blessé à la jambe, pas seulement...

 

Parallèlement le groupe doit enquêter sur d'autres affaires: 

  • Un veilleur de nuit tué dans un centre d'analyses médicales.
  • Un attentat à l'explosif contre la permanence d'un parti politique, rue du Chemin Vert.
  • Une tentative d'homicide contre un intellectuel qui lutte contre des groupuscules qui attaquent la démocratie, mais aussi le capitalisme et le libéralisme, agression dont la vidéo est postée sur les réseaux sociaux par un dénommé Watchmen, qui postera juste après une vidéo de la destruction d'antennes relais en banlieue.

 

Même les utilisateurs de téléphones balourds1 peuvent commettre des erreurs... En tout cas, grâce à un contact de Corine, à la SDAT2, un suspect pourra être identifié et ne reconnaîtra qu'une chose, qu'il est Watchmen, c'est-à-dire comme tous ceux qui se battent contre l'État profond... et que ça ne fait que commencer...

 

Effectivement la suite du roman de Christophe Molmy confirme cette prophétie du suspect mis en garde à vue. Car aux affaires sur lesquelles le groupe enquête déjà vont s'en ajouter d'autres, suscitées par les vidéos de Watchmen devenues virales, invitant même à des rassemblements dans la rue, chaque jour plus violents... 

 

Pour démasquer celui qui se cache derrière Watchmen, le groupe utilisera une méthode éprouvée. En informatique on utilise un logiciel espion, en matière criminelle un tonton, c'est-à-dire un indicateur en argot policier. Technologie oblige, il recourra de surcroît à un appareil de surveillance des communications mobiles3...

 

Francis Richard

 

1 - Non traçables.

2 - Sous-direction anti-terroriste.

3 - IMSI Catcher.

 

Brûlez tout, Christophe Molmy, 360 pages, Fayard

Partager cet article
Repost0
16 juin 2026 2 16 /06 /juin /2026 19:25
Même la nuit ne veut pas de moi, de Arthur J. Essebag

Ce livre autobiographique commence, comme pour justifier le titre, par un cauchemar que l'auteur fait alors qu'il se trouve, lui et sa famille, à Marrakech, pour un mariage juif. Dans ce cauchemar, il est, parmi huit otages, prisonnier dans un tunnel, un oesophage de béton.

 

Le lendemain, justement, le samedi 11 octobre 2025, deux ans après le 7 octobre, il apprend que tous les otages seront libérés dans les 48 heures. C'est pour lui la joie, le soulagement. Il doit aller là-bas et demande à son assistante de lui trouver un vol Marrakech-Tel-Aviv.

 

Au moment de partir, mauvaise nouvelle: Le président Trump doit arriver en Israël, et d'ici là, l'espace aérien est complètement fermé... Il vivra le moment tant attendu devant la télévision et l'écran de son téléphone où les images viennent de son filleul, Noam, qui est sur place.

 

Le dernier otage rentrera le 26 janvier 2026. Ce jour-là Arthur enlèvera le ruban jaune qu'il portait: Tous les juifs de la planète l'ont porté au moins une fois. Par pudeur, par fierté, par instinct. Peut-être même sans réfléchir, simplement parce qu'on ne savait plus quoi faire d'autre.

 

Dans ce livre, où le mot qui résume le mieux son auteur est empathie, celui-ci emmène le lecteur:

  • Le 10 juin 2024, à une séance de thérapie de groupe que suivent, à Tel-Aviv, des rescapés du 7 octobre, femmes et hommes: Je quitte la salle lessivé. Eux sortent de l'enfer et continuent à marcher. Moi, j'ai écouté quatre-vingt-dix minutes et je tiens à peine debout.
  • Le 2 juillet 2024, à un entretien, à Tel-Aviv, avec une blogueuse israélienne dont le podcast est très suivi: il se passe de manière inattendue et se termine par trente secondes de légèreté, qui, ici, valent de l'or.
  • Le 31 mai 2025, à Paris, où, au cours d'une promenade, son filleul et lui voient un jeune homme arracher des images d'otages: Voilà le naufrage des consciences. Quand le bien et le mal se noient dans un slogan.
  • Le 13 juin 2025, à Tel-Aviv, où, son séjour avec sa femme et ses deux enfants coïncide avec une attaque massive de missiles iraniens: Pas un missile n'a touché le territoire. Pas un drone n'a percé la frontière.
  • Le 5 novembre 2025, à Paris, où il rencontre un otage à qui ses tortionnaires ont fait croire que, libéré, il retrouverait sa famille, sachant pertinemment que sa femme et ses filles étaient mortes: en racontant son histoire, cet homme empêche l'oubli, il empêche le mensonge et surtout il empêche l'indifférence.
  • Le 6 novembre 2025, à Neuilly, où, devant quatre cents personnes, il raconte Le Bédouin: une femme se lève pour dire que son fils est mort pour essayer de retrouver des otages et que personne ne parle des soldats.
  • Le 8 octobre 2025, à Paris, à la Librairie Lamartine, où il dédicace Le Bédouin et prend, au contact de l'assistance, la mesure de quelque chose qui [le] dépasse très largement.
  • Le 20 septembre 2025, à une tribune1 qu'il signe avec vingt personnalités, du monde artistique, des médias, des affaires, qui devient très vite la liste des 20 génocidaires à boycotter: or un génocide, c'est l'anéantissement d'un peuple parce qu'il existe et employer ce mot à tort, c'est voler leur histoire aux morts.
  • Le 8 mars 2025 à Paris, où il est évacué d'un restaurant par ses agents parce que neuf individus étaient venus pas pour parler, pas pour intimider, pour [l'] agresser.
  • Le 2 décembre 2025 à Marseille, où il parle devant un amphithéâtre plein pour présenter Le Bédouin: Nous devons rester droits. Lucides. Dire la vérité. Oui nous espérons tous que ce cessez-le-feu ouvre la voie à une paix réelle. Parce qu'à Gaza, il y a un peuple qui souffre. Un peuple otage du Hamas. Qui mérite un avenir. Mais rien ne sera possible sans vérité.
  • Le 8 janvier 2026 à Paris, où il apprend qu'en Iran des manifestations sont écrasées dans le sang et constate que, entre autres, les soi-disant humanitaires se taisent: L'Histoire ne se souviendra pas de ceux qui criaient le plus fort, mais de ceux qui se sont tus.
  • Le 25 janvier 2026 à Tel-Aviv, où, pour la première fois il parle du Bédouin en Israël: Transmettre, ce n'est pas endoctriner. C'est donner des repères. C'est apprendre que tout ne se vaut pas. Que la vérité n'est pas une opinion. Que la liberté va toujours avec la responsabilité.
  • Le 1er décembre 2025 dans un collège juif de la région parisienne: Israël n'existe pas parce qu'il y a eu la Shoah, la Shoah a eu lieu parce qu'Israël n'existait pas.
  • Le 14 décembre 2025 à Sydney, à Bondi Beach: Le danger n'est pas demain. Il est déjà installé. Aujourd'hui, on tue des Juifs qui allument une bougie. Demain, la cible changera. Et alors, on dira: Personne n'a vu venir. C'est faux. On a vu. On a entendu. On a laissé faire.

 

Le livre aurait dû se terminer sur une note pessimiste: La paix est là. Ma colère ne s'éteint pas. Celle de nos ennemis non plus... Mais, le 26 février 2026, les Américains et les Isaéliens attaquent l'Iran:

Si le régime des mollahs tombe, ce ne sera pas seulement une victoire militaire. Ce sera une respiration. Un espace.

Pas une fin. Un possible.

 

Près de quatre mois plus tard, le régime des mollahs n'est pas tombé, mais il est tout de même affaibli...

 

Francis Richard

 

1 - Parue dans Le Figaro Vox du 19 septembre 2025.

 

Même la nuit ne veut pas de moi, Arthur J. Essebag, 256 pages, Grasset

 

Livre précédent chez le même éditeur:

 

J'ai perdu un Bédouin dans Paris (2025)

Partager cet article
Repost0
13 juin 2026 6 13 /06 /juin /2026 19:55
L'écrivain français - tombeau, de Richard Millet

Se dire un écrivain français, à l'heure de la new yorkisation générale, n'est pas [...] acceptable, car relevant d'un souci d'appartenance "identitaire" nationale et sexuelle décidément impossible selon les normes du littérairement correct...

 

Ce constat va de pair avec la dénationalisation de la France, c'est-à-dire avec la ruine de l'accord millénaire entre pays et nation qui la caractérisait.

 

Le souci de Richard Millet pour le maintien de territoires lointains, tel la Nouvelle-Calédonie, dans l'ensemble français, est donc lié à quelque chose qui dépasse la politique et relève plutôt du littéraire en ceci que la solitude de l'écrivain n'empêche pas le sentiment d'appartenance aux espaces dessinés par la langue de la République autant qu'aux ermitages que la singularité de l'écriture y bâtit.

 

Français, il ne se fait guère d'illusion sur la France: Nous vivons dans un pays réduit à son seul souvenir - muséification et tourisme achevant, avec des parcours fléchés en globish et la sous-culture yankee, d'entretenir un paysage devenu décor, et un parler dont la couleur locale peut encore se monnayer.

 

Dès les premières pages, le lecteur comprend que, dans ces conditions, se penser en écrivain français semble un anachronisme. L'auteur précise même que c'est suspect de nationalisme ou de la nostalgie d'une grandeur dont la plupart des Français ne se soucient ou ne se souviennent plus...

 

Où Richard Millet a-t-il su qu'il était catholique, et français? Au Liban où il a été élevé et où le cosmopolitisme était tout le contraire du métissage, en tant que conscience de soi et d'autrui, autrui me donnant de moi-même une image dont sans lui je n'aurais pas la vérité, tout en faisant en sorte que je lui offre de lui sa propre image.

 

Le lecteur ne sera pas surpris que la honte s'empare de l'auteur devant les étrangers qui apprennent notre langue et s'étonnent que la France ne veuille plus être elle-même, ni incarner la beauté et l'histoire de sa langue... Il comprendra qu'il ait voulu continuer à écrire sur, et à parler de, ce qu'il voyait du monde contemporain.

 

Cela lui a valu d'être un écrivain déchu, voire maudit, en tout cas impossible. Cet opprobre a-t-il fait de lui un saint? Le mot répugne au catholique qu'il est. Un héros? Le seul héroïsme auquel il prétend est le fait d'être soi [...], et plus que jamais, en un pays entré en inversion générale, c'est-à-dire se séparer toujours plus du Consensus, refuser de faire partie d'une culture et d'un peuple dégradés.

 

Rester soi? C'est écrire, envers et contre tout, parmi les leurres que lancent le doute, l'angoisse, les accès de désespoir: L'héroïsme ne serait alors peut-être rien d'autre qu'un très singulier rapport à la syntaxe et à l'histoire d'une langue [...]. Car écrire [...] ne s'enseigne pas; cela s'apprend par soi-même...

 

Le style1? Il est surtout une tension dont un écrivain fait son système rythmique, par quoi il s'écarte heureusement de la "communication", écrivant même contre l'usage général, souvent de façon parfois contradictoire ou antagoniste, voire dans une ferveur agogique...

 

Sont-ils déjà au tombeau, les écrivains, qui, comme lui, sont séparés de la meute pour garder foi en notre langue et dans la littérature? Que nenni: Écrire [...] c'est renvoyer l'opprobre au rang d'un non-événement. Car nous ne nous soucions pas de retourner dans le Système, encore moins être "réhabilité", mais bien de vivre jusqu'à la fin dans cet exil qui est, on le sait depuis Platon, la condition de l'écrivain.

 

Oui, mais ils mourront? Nous mourrons seuls, sans sépulture officielle, bannis de l'histoire officielle, mais vivants, car certains que les femmes qui nous auront aimés se souviendront de nous, tout comme gardent déjà mémoire de nous, [...], c'est un des privilèges de la littérature, [...], les personnages de romans que nous aimons et qu'on appelait naguère des héroïnes...

 

Ils liront? Oui. Ils ne séparent pas l'acte d'écrire de celui de lire, qui consiste à se retrancher du rang des menteurs; s'abstraire de l'immédiat; se bannir soi-même, ou se faire regarder avec une sorte d'inquiétude quand on le fait en public...

 

En tout cas, il ne faut pas compter sur Richard Millet pour rentrer dans le rang. N'écrit-il pas qu'il y a du déshonneur pour un écrivain chaque fois qu'il écrit mal ou se prostitue à l'idéologie dominante? Il écrira donc jusqu'au bout, pour secouer les cendres du langage, restera, envers et contre tout, plus que jamais [lui-même] dans cette langue où la lumière du plein midi est privatisée par le publicitaire et la propagande...

 

Francis Richard

 

1 - Le style c'est tout l'homme, disait Buffon...

 

L'écrivain français - tombeau, Richard Millet, 96 pages, Les provinciales

 

Précédents billets sur des livres de Richard Millet:

 

Fatigue du sens (17 décembre 2011)

La souffrance littéraire de Richard Millet (21 septembre 2012) :

- Langue fantôme, suivi de, Éloge littéraire d'Anders Breivik

- Intérieur avec deux femmes

- De l'antiracisme comme terreur littéraire

Trois légendes (21 novembre 2013)

L'Être-Boeuf (3 décembre 2013)

Une artiste du sexe (30 décembre 2013)

Le corps politique de Gérard Depardieu (25 novembre 2014)

Solitude du témoin (3 mai 2015)

Province (28 juin 2017)

Étude pour un homme seul (17 mai 2019)

Français langue morte suivi de l'Anti-Millet (30 juillet 2020)

Paris bas-ventre, suivi de, Éloge du coronavirus (22 juillet 2021)

Nouveaux lieux communs (8 juin 2024)

Ozanges (25 septembre 2024)

L'entrée du Christ dans la langue française (26 octobre 2024)

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

Partager cet article
Repost0
9 juin 2026 2 09 /06 /juin /2026 19:35
Bosphore Tango, de Metin Arditi

Si le lecteur n'a pas lu les deux premiers volumes de La trilogie de Constantinople, Le danseur oriental et L'espion d'Atatürk, il est de son intérêt, pour comprendre Bosphore Tango, de bien avoir présent à l'esprit quels en sont les personnages principaux, tels qu'ils sont présentés en tête d'ouvrage, notamment:

 

  • Sélim, le fils de Jako et Lorans, qui appartiennent à la communauté juive et qui ont une bonne grecque, Eleni.
  • Deniz, la fille de Gülgül, pourtant homosexuel affiché et qui est musulman, de père juif et de mère chrétienne, et de Bella, dont l'amante est Beliza.
  • Renée, une coursière arménienne au Grand Bazar d'Istanbul.
  • Izak Mendel, le médecin de la communauté juive d'Istanbul.

 

Pour se mettre dans l'ambiance, lire le prologue ne lui sera pas non plus inutile:

En 1935, après avoir permis de déjouer une tentative d'assassinat contre Mustafa Kemal Atatürk, Gülgül, ancien champion de Turquie de lutte, est forcé à l'exil. Vingt ans plus tard, il dirige un pensionnat huppé de la région lausannoise. Sélim, son petit cousin âgé de quinze ans, y est pensionnaire depuis l'âge de sept ans.

Alors qu'à Lausanne chacun prépare la rentrée scolaire, à Istanbul éclate un pogrome épouvantable.

Car l'histoire se passe aussi bien en Turquie qu'en Suisse, tout d'abord à partir de 1955, comme le préfigure le prologue, ce jusqu'en 1982, puis de 2005 à 2008. 

 

Le lecteur notera d'emblée qu'en Turquie, au cours de ces décennies, plusieurs minorités ont maille à partir avec la majorité et le pouvoir musulmans, à savoir les minorités juive, grecque et arménienne, des boucs émissaires de rêve. Ce qui n'est pas nouveau sous le soleil de Constantinople, devenue Istanbul en 1930.

 

En août 1955, Deniz et Sélim perdent ensemble leur virginité et ne se revoient pas pendant vingt-quatre ans, mais s'écrivent... Sélim est reparti pour Lausanne, où, en 1974, il est nommé professeur d'histoire contemporaine à l'Université, tandis que Deniz s'est mariée avec Yusuf, dont elle se sépare en 1975.

 

Quand, en septembre 1980, après la mort de sa mère, Lorans, Sélim retourne à Istanbul, lui et Deniz se retrouvent à son enterrement. Celle-ci lui donne rendez-vous à un studio de danse... Entre-temps il a appris que son père, Jako, à l'enterrement duquel il n'avait pas été convié en 1956, avait séduit Renée en 1942, alors qu'elle n'avait que dix-sept ans...

 

Au studio de danse, laquelle revêt beaucoup d'importance dans la trilogie de Metin Arditi, un morceau est joué à la fin de chacun des cours, Bosphore Tango, et Deniz et Sélim dansent ensemble sous les applaudissements des autres couples...

 

Sélim et le Dr Izak Mendel ont le même âge. Sélim veut en savoir davantage sur la mort de son père. Or le père d'Izak, médecin lui aussi, a été appelé pour constater le décès, qui n'était pas... un accident de santé. Eleni lui en dira sûrement davantage sur le décès de ses deux parents...

 

En 1982, à la suite d'un énième coup d'État en Turquie, Deniz et ses deux filles, Sâré, et son compagnon Jonathan, Alev, et sa collègue Nathalie, prennent le chemin de l'exil... en Suisse, juste à temps pour assister à la mort de Gülgül dans un studio de danse... place Saint François à Lausanne, qui a la même devise que celui d'Istanbul:

Ce que j'aime dans la danse, c'est tenir dans mes bras une femme qui ne devrait pas y être.

Et où sera joué Bosphore Tango...

 

Les prières des morts, selon les dernières volontés de Gülgül, seront dites par un imam, un rabbin et un prêtre orthodoxe arménien...

 

La suite du roman, de 2005 à 2008, est tout aussi passionnante et tumultueuse que la partie qui s'achève en 1982. Un nouveau personnage apparaît: Jalila Özdemir, une auteure célèbre, quadragénaire, qui déclare sur la chaîne de télévision turque TRT2 le 1er juin 2005:

Celui qui n'aime pas son pays tourne la tête. Celui qui l'aime le regarde au fond des yeux. J'aime la Turquie par-dessus tout, un grand pays, habité par un grand peuple. Durant l'Empire, sous un régime absolu, la cohabitation avec les minorités a été exemplaire. Et voilà que tout bascule sous un régime démocratique. J'essaie de comprendre ce paradoxe.

 

Comme dans les deux volumes précédents, il est question dans celui-ci de danse... et de filiation. Et cette deuxième partie confirme la place de ce second thème. Une phrase, prononcée par la grand-mère de Jalila, lorsqu'elle avait sept ans, à l'adresse de sa mère, l'avait marquée à jamais:

Tu verras qu'elle finira par te ressembler.

 

Le psychiatre que consulte Jalila, qui est dépressive, l'incite à éclaircir le pourquoi de cette phrase qui l'a tellement heurtée enfant. Elle s'adresse donc à son père qui lui révèle le secret de sa naissance le 25 août 1956... Dès lors, recherches faites, elle fera le lien entre elle et certains des personnages de la première partie de Bosphore Tango. 

 

Toutefois savoir la vérité ne sera finalement pas pour elle synonyme d'apaisement. Ce qui fait la personnalité d'un être humain ne relève en effet pas seulement de la génétique mais de l'expérience vécue, tant il est vrai qu'il est bien difficile de déterminer la part d'inné et la part d'acquis qui la façonnent et qu'il est difficile de renier cette dernière.

 

Francis Richard

 

Bosphore Tango, Metin Arditi, 240 pages, Grasset

 

Livres précédemment chroniqués:

 

Le Turquetto, 288 pages, Actes Sud  (2011)

Prince d'orchestre, 380 pages, Actes Sud (2012)

La confrérie des moines volants, 350 pages, Grasset (2013)

Juliette dans son bain, 384 pages, Grasset (2015)

L'enfant qui mesurait le monde, 304 pages, Grasset (2016)

Carnaval noir, 400 pages, Grasset (2019)

Rachel et les siens, 512 pages, Grasset (2020)

L'homme qui peignait les âmes, 304 pages, Grasset (2021)

Tu seras mon père, 368 pages, Grasset (2022)

L'île de la Française, 234 pages, Grasset (2024)

Le danseur oriental, 400 pages, Grasset (2025)

L'espion d'Atatürk, 320 pages, Grasset (2025)

Partager cet article
Repost0
7 juin 2026 7 07 /06 /juin /2026 18:55
Siliclone, de Jean-Paul Oury

Siliclone est le premier roman d'anticipation de Jean-Paul Oury. L'histoire se déroule en effet en 2045, c'est-à-dire dans quelque vingt ans.

 

L'auteur imagine la gouvernance mondiale, sans partage, mais de manière bienveillante, de l'Algorithmocratie: 

Cette nouvelle aristocratie a consolidé son pouvoir en résistant à la pression de la disruption technologique. Elle maîtrise les algorithmes, les machines et domine un monde dans lequel on trouve deux catégories d'individus: les humains qui exercent encore une activité et restent compétitifs face aux machines et les purposeless1 - les sans but - qui se font remplacer par les machines, et vivent du revenu universel.

 

Il considère donc que la Collapsocratie, qui voulait suivre la voie de la décroissance, a échoué, que l'Algorihmocratie, qui suivait la voie de la technologie pour la technologie, l'a emporté, et que l'esclavage des déterminismes naturels a été remplacé par celui imposé à ceux qui ne maîtrisent pas la technologie.

 

Dans cette dystopie - cette histoire a ses côtés sombres -, l'auteur montre jusqu'où peut aller une minorité pour se perpétuer et dominer la majorité des humains. 

 

Son objectif? Donner la possibilité à chaque individu qui a encore un rôle dans la société, de disposer d'un siliclone, sorte de double androïde de lui-même. Une innovation qui met les femmes et les hommes devant une opportunité inédite: celle de se faire doubler et représenter par une machine totalement indiscernable d'eux-mêmes - en toutes circonstances de leurs vies, y compris après leurs morts.

 

Dans la première partie, Jean-Paul Oury donne treize exemples d'individus qui ont décidé, ou se sont laissé convaincre, de disposer d'un siliclone, ou de siliclones, grâce à la société Double_X:

  • Doc Alex, le dirigeant de ladite société: un siliclone pour pouvoir subsister à tout prix, et continuer de marquer sa présence auprès de ses descendants.
  • Élan Muskle, le patriarche: sept siliclones pour les déléguer à la tête de ses sept entreprises et deux à celle de ses deux projets spécifiques.
  • Jean-Patrick, qui a fait fortune dans le conseil: un siliclone pour réaliser son rêve de toujours, se réincarner sous la forme d'un guitariste de jazz manouche avec tous les talents qui vont avec.
  • Luc Templier, Président de la République: un siliclone pour parer à l'hypothèse d'un attentat.
  • Elwira, influenceuse: un siliclone pour créer l'illusion quand elle a la flemme.
  • Sam Bambosa, paralympiste: un siliclone pour dédoubler les attributs exceptionnels de son corps d'athlète.
  • Marc-André de la Verrière, général: un siliclone pour garantir une permanence H24 et 7/7 de l'élite de l'armée.
  • Ignesse, sculptrice: un siliclone pour venir à son renfort.
  • Le père Ladurée, religieux: un silicone pour l'assister à faire de la foi chrétienne un vecteur de communication pour dialoguer avec la foule des purposeless. 
  • Audrey et Jacques Lamy, parents modèles: deux silicones notamment pour les seconder dans l'éducation de leurs trois enfants.
  • Edouard Quicé, chef cuisinier: un ou des siliclones pour réhabiliter la cuisine de bistrot.
  • Glawdys Johansen, diplomate intergalactique: un siliclone pour l'aider notamment à rencontrer une créature de l'autre monde.
  • Walter Szymanowsky, architecte à l'initiative du plan Siliclone, membre de l'Algorithmocratie: un siliclone, obéissant à ses ordres, pour non pas être remplacé, mais assisté.

 

Dans la deuxième partie, Jean-Paul Oury raconte comment, dans les treize cas, le ou les siliclones se comportent en situation. Et c'est réjouissant, plein de trouvailles et de rebondissements... Et, dans la troisième, comment il est possible d'en tirer des maximes ...

 

La conclusion de l'architecte de l'opération est philosophique:

On peut disposer de la meilleure technologie possible, on ne peut remplacer l'humanité dans toutes les valeurs qu'elle incarne.

 

La coda ne l'est pas moins:

En 2045 [...], il semblait impossible de résister au confort que [les siliclones] apportaient... un atout dont l'humanité n'arriverait jamais à se passer, quel que soit le prix à payer dans son avenir proche ou lointain.

 

À suivre...  

 

Francis Richard

 

1 - À la fin de l'Empire romain, la moitié des habitants de la ville de Rome ne travaillaient pas et vivaient de l'annone...

 

Siliclone, Jean-Paul Oury, 174 pages, Amazon

 

Trilogie Greta vs Einstein chez VA Éditions: 

Greta a tué Einstein (2020)

Greta a ressuscité Einstein (2022)

De Gaïa à l'IA (2024)

Partager cet article
Repost0
5 juin 2026 5 05 /06 /juin /2026 19:30
La Légende, de Boualem Sansal

J'ai voulu nommer les faits, les mécanismes, les responsabilités. Non par vengeance, encore que j'y aie droit, mais parce qu'une nation qui ne sait plus nommer le mal s'expose à le subir.

 

Ces deux phrases qui figurent dans l'avertissement de La Légende en résument l'intention.

 

Plus loin, au-delà de l'avertissement, il explicite le titre de ce livre singulier, celui d'un homme libre qui l'était avant et qui l'est aujourd'hui, mais autrement:

 

Il y a bien eu une légende. Elle est née en prison. Elle s'est propagée dehors. Elle m'a porté comme une vague porte un corps: parfois elle le sauve, parfois elle le noie. Et j'ai mis du temps à comprendre que la légende, même quand elle nous protège, nous prend quelque chose, notre droit d'être simplement un homme.

 

Puis il raconte l'arrestation: on m'a menotté, passé la cagoule, jeté dans une voiture et emmené dans un lieu secret, où six jours durant on m'a posé les mêmes questions, brèves, insinuantes et terriblement éreintantes.

 

Le septième jour, ils l'ont sorti de ce gouffre et emmené au tribunal: Là, le juge d'instruction m'a notifié des choses abominables, et, par la magie d'une signature et d'un coup de tampon, me voilà officiellement transformé en accusé, placé sous mandat de dépôt.

 

De quoi l'a-t-on accusé ? De tout, résumé en trois mots très lourds: Terrorisme. Espionnage. Atteinte à la sûreté de l'État.

 

Quand on voit l'homme, apparu sur les écrans de télévision cette semaine, ces accusations ne tiennent pas, ne sont pas crédibles. D'ailleurs son procès n'a duré que cinq minutes, en l'absence d'avocat: cinq ans de prison ferme, une amende faramineuse, cinq mille pesos, l'opprobre national, la saisie de nos biens personnels, la déchéance de nationalité et l'expulsion expresse1 du pays.

 

Ce qui lui coûte le plus d'être emprisonné et écroué sous le numéro 46661? Non pas l'enfermement, mais la dépossession du temps. Car attendre est la seule fonction permise au prisonnier.

 

Où est-il emprisonné? À Koléa, qui est, dit-on, la plus grande prison d'Afrique2, à 26km à l'ouest d'Alger. Là le Règlement est au-dessus de l'explicatif et de l'argumentatif, il règne, il gouverne, il justifie tout et clôt. Là il y a un rituel: C'est la continuité globale qui use, qui fait mal.

 

Dans cette prison, dans le quartier de haute sécurité 18B, où il a été incarcéré, d'autres détenus l'ont appelé La Légende, prêtant à ses amis français de grands pouvoirs pour renverser la dictature de Tebboune...

 

Pour supporter l'enfermement, les détenus se projettent. Lui se réfugie dans la poésie qu'il récite: José-Maria de Heredia, François Villon, Verlaine, Victor Hugo, ou qu'il écrit...

 

Ce qui le tient, c'est Naziha, sa femme, à laquelle il s'accroche et à qui il dédie ce livre: Elle a porté mes douleurs et les siennes. Mon amour pour elle n'égalera jamais le sien pour moi. Naziha qui a accepté de témoigner ce qu'elle a vécu pendant qu'il était en prison, qui a tenu, pour lui, pour elle, pour les leurs et qui lui a rendu visite les mardis3.

 

Boualem Sansal fait appel de sa condamnation expéditive. En appel, elle est confirmée. Les États en effet craignent plus l'écrivain que l'opposant: Parce qu'il ne parle pas seulement des faits. Il modifie la manière par laquelle les faits seront compris et mis en perspective dans les grands courants souterrains qui agitent le monde et le fissurent, et les immenses contre-courants en arrière-plan qui structurent le continuum. En somme, la littérature est un instrument de clarification.

 

Pendant sa détention - durant le ramadan, l'islam aura été une prison dans la prison -, un jour, il quitte la prison sans en sortir: On m'a transféré à l'hôpital Mustapha, en son unité pénale. Une miniprison dans cet immense hôpital, le célèbre CHU Mustapha Pacha, hérité en parfait état de marche et de santé de la maudite colonisation...

 

Un cancer lui est diagnostiqué. Après trois horribles mois à l'hôpital, il retourne en prison pour être à nouveau hospitalisé trois jours plus tard. Il aura suivi la thérapie prescrite par le professeur Belhadj, une sommité mondiale: Moi je dis qu'il m'a soigné et je lui en suis infiniment reconnaissant. 

 

À l'extérieur, il n'est pas oublié. Un comité de soutien s'est constitué4. Des médias, des citoyens, des élus, des écrivains battent la mesure. Mais la gauche n'est pas au rendez-vous: Quel dommage, elle parle si bien de la liberté, des droits de l'homme, de la morale, de l'art pour l'art. Comme elle sait si bien pointer le camp du mal...

 

À la fin du livre, Boualem Sansal fait le récit de sa libération. Il en donne une version courte, puis une version longue. La destination finale étant les Éditions Gallimard dans le 7e arrondissement de Paris...

 

À partir de ce moment-là, tout bascule: le lecteur jugera par lui-même de la monstruosité qui lui est faite. Mais le fameux camp du bien, celui de Libération, du Nouvel Obs et du Monde se révèle alors tel qu'il est, une imposture: Là-bas on m'a condamné pour avoir parlé, ici pour être parti sans mot dire, ni demander mon reste. 

 

Boualem Sansal ajoute: Il est dans l'ordre des choses que la victime meure deux fois: de la main de son ennemi puis de la main de ses amis.

 

De deux lignes, celle de la négociation, qui mène à la grâce, c'est-à-dire à la reconnaissance de culpabilité, et celle de l'affrontement, qui est combat pour la liberté, c'est-à-dire résistance, Boualem Sansal a choisi la deuxième.

 

Plus tôt, il reconnaît avoir compris peu à peu cette vérité première: Le pouvoir ne combat jamais ce qu'il comprend, il combat ce qui lui échappe... 

 

Francis Richard

 

1 - Expresse au bout de cinq ans...

2 - Plus de six mille détenus.

3 - Malade, elle n'a pu venir deux mardis de suite, mais on ne lui a donné aucune explication: en fait elle était malade... et, lui, a fait une EMI, une expérience de mort imminente...

4 - Tous les noms du Comité figurent en annexe du livre.

 

La Légende, Boualem Sansal, 252 pages, Grasset

 

Livres de l'écrivain précédemment chroniqués:

 

Le français, parlons-en ! (Article publié le 3 novembre 2024, soit 13 jours avant son arrestation et incarcération)

2084 - La fin du monde (Article publié le 5 novembre 2025, soit 7 jours avant sa libération)

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

Partager cet article
Repost0
2 juin 2026 2 02 /06 /juin /2026 19:00
Passage du soir, de Léonie Adrover

J'aurais dû détourner la tête, ainsi que le veut l'usage lorsqu'on s'aperçoit qu'un inconnu vous observe. Mais elle me fixa avec une insistance telle que je me sentis harponnée, et par un réflexe de politesse je la saluai d'un léger signe de menton, me demandant si j'étais supposée la reconnaître.

 

C'est le premier contact, à distance, entre la narratrice et l'inconnue. Elle lit un tome des oeuvres traduites de Zweig, ce qui a retenu l'attention de la femme aux cheveux plus blancs que noirs, avec laquelle elle engage un bref échange.

 

Ce vendredi soir, quand celle-ci descend du trolleybus, elle lui emboîte le pas, au bord du lac, renonçant à rejoindre Caro. Au bout d'un certain temps, l'inconnue lui dit qu'elle est la personne [qu'elle] cherchait, pour tenir sa promesse...

 

L'inconnue a en effet promis de se souvenir de ce qui lui a été raconté et demande à la narratrice de faire de même, c'est-à-dire de se souvenir à son tour de ce qu'elle s'apprête à lui confier et de trouver quelqu'un à qui attacher ce fil.

 

Le passage du soir est, en quelque sorte, ce soir-là, un passage de témoin, chaque participant étant le maillon d'une chaîne de souvenirs personnels, transmis au suivant, un pont à défendre contre l'oubli, Blanche en étant le dernier.

 

Pourquoi le moment est-il venu pour l'inconnue, Blanche donc, de passer le témoin? Parce qu'atteinte d'une maladie incurable, elle a programmé son suicide assisté pour le surlendemain, un dimanche à dix-sept heures précises même:

 

J'ai choisi un dimanche parce que les débuts de semaine ont tendance à me relancer, et ce ne serait pas bon.

 

Que s'agit-il de transmettre? Une histoire qui ne doit pas finir. Qui commence avec Werner pendant la Grande Guerre, se poursuit avec Emiliano en 1944, à qui Werner demande de faire revivre sa femme Marie, en faisant son portrait.

 

En écrivant dans des cahiers tout ce dont il se souvenait à propos de son ami Werner, Emiliano a alors l'idée de former une chaîne, de passer le flambeau plus loin pour que l'histoire survive même après lui, et trouve la bonne personne.

 

La bonne personne est Judith, née en 1938, la préférée de Blanche dans l'histoire, même si, devant la mort, il n'y a pas une vie humaine plus valable qu'une autre. Sans doute est-ce parce que Judith est une femme droite, libre avant l'heure.

 

Tout le long du récit que fait Blanche à la narratrice les deuils se succèdent et elle lui en fait le reproche: Je m'attache à ces gens, et puis tu me les reprends. Mais, en fait, elle ne les lui reprend pas: c'est bien l'idée, ils vont rester en toi... 

 

Dans l'histoire il y aura toutefois un maillon invisible, ou plutôt purement fonctionnel, dont la seule utilité sera de relier Judith à Patrick. Ce dernier, né en 1963, l'aura rencontré en 1991 dans des circonstances floues, avant l'accident...

 

Blanche, infirmière, sera là, à l'hôpital, pour l'écouter. Il lui racontera alors sa propre histoire, puis, ce qu'on lui avait raconté quelques années plus tôt, avant de disparaître à son tour mais, bien vivant cette fois, sans laisser d'adresse.

 

Le récit se termine avec l'histoire de Blanche elle-même, née en 1945, avec les tergiversations de la narratrice sur la manière de passer le témoin. Le lecteur ne sera pas surpris par le choix qu'elle fait, par l'avertissement à son intention:

 

Si vous me lisez aujourd'hui, c'est que Caroline a agi selon ma volonté; qu'elle m'a permis de rattacher à votre mémoire l'histoire de mes fantômes, et d'y adjoindre la mienne qui va en s'estompant.

 

Francis Richard

 

Passage du soir, Léonie Adrover, 224 pages, Seuil

Partager cet article
Repost0
31 mai 2026 7 31 /05 /mai /2026 17:45
Fordlandia, de Jean-Marie Warêgne

John habillé de son costume en coton beige et Inès revêtue de sa robe claire aux motifs floraux délicatement brodés avaient fait des adieux rapides aux nouveaux arrivants. Ceux-ci, à peine débarqués du cargo de la compagnie Ford, étaient plutôt étonnés de les voir quitter la ville alors qu'eux, arrivant de Belém do Para, venaient tout juste de mettre pied sur l'embarcadère endommagé du port.

 

Ainsi commence le roman, basé sur une histoire vraie, de Jean-Marie Warêgne, économiste de formation et ancien diplomate belge.

 

La date de ce départ de John et Inès se situe en 1931. Quatre ans plus tôt, en 1928, à Détroit, ville qui s'est enrichie avec l'automobile, et quelques pages plus loin, le lecteur retrouve John, mais cette fois avec une autre femme, Mary, au Michigan, le palais à la gloire du cinématographe et de la ville.

 

Après la séance, où John et Mary ont vu un film avec l'ineffable Buster Keaton, ils se dirigent vers la Tin Lizzie de John, le nom familier donné à la fameuse Ford T, pour rentrer chez eux. John ne dira à Mary que plus tard pourquoi, ingénieur agronome, il a été engagé par le constructeur automobile.

 

John l'a été sur base de ses résultats universitaires brillants et sur le fait qu'il était fils d'agriculteurs - cela ne pouvait que plaire au grand patron - et sa première tâche a été, pendant un mois, de s'absorber dans la lecture des trois rapports édités par le Département du Commerce des États-Unis:

 

Les autorités américaines, lassées manifestement par le coût exorbitant du caoutchouc anglais provenant de Malaisie, s'étaient résolues, fin 1922 et au début de l'année 1923 à approcher le gouvernement brésilien afin de mettre sur pied une mission commune de recherche et d'exploration des terres les plus propices à l'implantation de l'hévéa, sachant que l'arbre se trouvait à l'état naturel notamment [...] dans la forêt amazonienne en territoire brésilien...

 

L'auteur, qui s'est beaucoup documenté pour son roman, où tous les personnages sont fictifs sauf ceux qui sont indispensables au cadre historique réel, précise, pour l'information du lecteur, que les trois quarts de la production mondiale de caoutchouc trouvaient leur débouché en Amérique du Nord... 

 

Dans ce projet, qui est en fait phénoménal, la tâche de John consiste à déterminer, et donc à suggérer, les endroits les plus propices pour faire des plantations d'arbres à caoutchouc dans la forêt amazonienne et à effectuer une synthèse des connaissances en la matière, accompagnée de tableaux chiffrés. 

 

John n'est pas seul à travailler sur ce projet, car Henry Ford a décidé de bâtir une nouvelle ville, Fordlandia, au lieu choisi pour les plantations. Ainsi y travaillent Stanley, architecte, Robert, ancien officier mécanicien, William, ingénieur électricien, David, médecin, ancien dirigeant d'un hôpital au Panama. 

 

Une des suggestions de John, une parcelle au bord du Rio Tapajos, à Boa Vista, est retenue et le projet a un commencement d'exécution avec l'envoi de Einar sur place pour établir un ponton, dégager toute la forêt en coupant tous les arbres sur tout l'espace requis pour l'édification des constructions.

 

Il n'est pas inutile de préciser que Henry Ford est un patron soucieux du bien-être de ses employés et de leur santé, mais, en contrepartie, qu'il déteste le principe même du syndicat ouvrier, ce qui aura son importance pour expliquer le comportement de ses cadres quand le moment sera venu dans le récit.

 

John arrivera à Bélem en mai 1929 et repartira donc du Brésil en 1931. Mary l'y aura rejoint fin 1930, temporairement. Entre-temps beaucoup d'eau du Tapajos aura coulé et tout ne se sera pas passé comme prévu dans les bureaux de Détroit et sur place. Le lecteur comprendra pourquoi l'épigraphe:

 

Un homme est grand non parce qu'il n'a pas échoué; un homme est grand parce que l'échec ne l'a pas arrêté.

Confucius

 

Francis Richard

 

Fordlandia, Jean-Marie Warêgne, 272 pages, L'Harmattan

Partager cet article
Repost0
27 mai 2026 3 27 /05 /mai /2026 22:55
Travelling, de Ed Wige

Travelling, c'est-à-dire voyage en cours, comprend trois étapes: l'arrivée, le transit et le départ. Ce qui ne veut pas dire que le récit soit antéchronologique. Il faut le comprendre comme l'arrivée à Genève, le transit à Shanghai, le départ pour Genève.

 

C'est l'histoire de deux personnages, Andrea et Deniz, qui forment un couple. Mais un couple ambigu, comme le pseudonyme de l'auteure, Ed Wige1. En effet l'un et l'autre prénom, d'origines italienne et turque, peuvent être masculin ou féminin, ou l'inverse...

 

L'intention affichée de l'auteure est de faire le pari de ne pas genrer ses deux personnages principaux 2, d'après la quatrième de couverture... Alors acceptons de jouer le jeu, même si nous sommes réticents devant tout déni de différences physiques ou psychiques...

 

Toujours est-il qu'avant d'arriver à Genève - qui peut donc s'interpréter comme un retour -, Andrea a enchaîné les missions humanitaires. De retour, ou pas, en Suisse, Andrea cherche dès lors activement du travail. Et en parle à son amie Anja, bien féminine, elle...

 

Anja, en couple avec Corinne, ne voit pas le problème d'une proposition dans une multinationale en Asie: Des millions de personnes travaillent tous les jours en entreprise, ce n'est pas un gros mot, argue-t-elle. Mais Andrea, à peine de retour, imagine la tête de Deniz:

 

Parle à Deniz, lui suggère alors Anja.

 

Le tandem, formé à l'université quinze ans plus tôt, se rendra à Shanghai, où il subira une inquisition sanitaire, où tout leur [sera] prémâché: l'hôtel, les visites d'appartements, les démarches administratives, expatriation qui rappellera à Deniz son arrivée en Suisse...

 

Quoi qu'il en soit, c'est là-bas, après l'avoir envisagé, sans l'avoir vraiment décidé, que leur bilan de santé détaillé révélera au couple trentenaire qu'il aura un bébé. De plus Andrea aura 35 ans prochainement et Deniz, qui n'a rien d'autre à faire, lui cherchera un cadeau. 

 

Car la maison, que Appleseed a fournie au tandem, est entretenue par Jenny... Aussi Deniz ne comprendra pas ce qui lui arrive: Andrea s'éclate dans son nouveau job, le couple va fonder une famille et s'en réjouit, leur niveau de vie n'a jamais été aussi ouf, mais...

 

Certes Deniz s'occupera de son côté, passera de plus en plus de temps au Pearl, un bar de drag, où, un jour, il a suivi Jenny et où il se produira sur scène, maquillé par Quinn... Andrea l'y rejoindra. Après ce qui s'est passé chez Appleseed, ils se retrouveront:

 

Quelques mois plus tard, le couple rentre à trois en Suisse.

 

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. L'auteure n'a aucun mal à égarer le lecteur. Car, désormais, Deniz et Andrea navigueront à vue dans le flou artistique de la vie... et il sera de peu d'importance que l'épilogue ait lieu en Suisse ou en Chine: Stop & Exit... 

 

Francis Richard

 

1 - Derrière ce pseudonyme ne se cache pas Danica Hanz.

2 - Nos relations aux autres nous définissent avant tout.

 

Travelling, Ed Wige, 208 pages, Paulette Éditions

Partager cet article
Repost0
25 mai 2026 1 25 /05 /mai /2026 19:20
Rattraper la vie, de Nadine Richon

Née dans un creux du féminisme, elle a vécu comme un électron libre, tantôt rebelle et tantôt soumise au désir de se conformer. Conceptrice et rédactrice dans le secteur de la mode et du luxe, elle s'était finalement ancrée au service d'une prestigieuse institution culturelle.

 

En raccourci, tel est le portrait de Claire.

 

Il exerce son métier dans un hôpital public, où il dirige le service de gériatrie. Réellement haut potentiel, il ne se mêle jamais d'aucune querelle et assure de bonne grâce le service minimum en société, désarmant d'effusion soudaine quand il se sent, parfois à tort, accepté jusque dans ses distractions intempestives, ses brusqueries involontaires envers un collègue ou un ami.

 

En raccourci, tel est le portrait de Rouben.

 

Claire et Rouben ont des points communs. Elle a un fils schizophrène, Hugo, lui une fille bipolaire, Elsa. Elle a un ex-mari, lui une future ex.

 

Tous deux participent un jour à un groupe de parents confrontés à la maladie mentale de leur enfant. C'est ce jour-là qu'ils se rencontrent.

 

Hugo? 

 

Ma mère sous-estime mes capacités. Pourtant, elle n'est pas dans ma tête, si elle savait ce que je vis elle partirait en courant au lieu d'essayer de comprendre. Il faut juste me laisser. Je fais ce que je peux, je me dépêche, elle déteste attendre et mon père c'est encore pire.

 

Bref, Rouben devient le nouvel amoureux de Claire:

 

Il a quatre ans de moins que moi, je n'ai pas l'habitude d'être la plus âgée !, confie-t-elle à son amie Alice qu'elle a connue sur les bancs de l'université au milieu des années 1980.

 

À propos d'âge, Alice a soixante-huit ans et est un peu plus âgée que Claire.

 

Quand Hugo fait la connaissance du nouvel amoureux de sa mère - on dirait du sérieux -, le courant passe: 

 

Rouben ne me bassine pas avec des discours sur l'hygiène, le sport, la santé, même s'il est médecin... Il soigne les vieux, dommage, il ne peut rien pour moi, mais je l'aime bien. Il a proposé de m'apprendre à cuisiner, pourquoi pas ?

 

Claire ne saura bientôt plus où elle en est, aussi bien comme amante que comme mère. Il y aura donc des hauts et des bas dans les relations entre les trois.

 

Parmi les hauts, il y aura un vol des trois en Montgolfière; parmi les bas, une balade nocturne à vélo qui aura tourné mal pour Claire, mais qui sera un choc salutaire pour Hugo et Rouben.

 

Comme le dit fort justement le Professeur Philippe Conus1 en conclusion de sa postface:

 

Au long de ce livre, Claire [...] s'égare et se reprend, et finit par reconstruire sa vie et par trouver quelques réponses: puisse son expérience inspirer les parents qui cherchent un chemin et les soignants qu'une telle lecture rendra certainement meilleurs.

 

Francis Richard

 

1 - Chef du service de Psychiatrie Générale au CHUV.

 

Rattraper la vie, Nadine Richon, 240 pages, Bernard Campiche Éditeur

 

Livres précédents chez le même éditeur:

 

Crois-moi, je mens (2014)

Laisse tomber les anges (2017)

Un garçon rencontre une fille (2020)

Partager cet article
Repost0
23 mai 2026 6 23 /05 /mai /2026 22:15
Notre-Dame-des-Démolies, de Olivier Vonlanthen

Il ne sert pas à grand-chose celui-là, de coup, ni ceux qui précèdent d'ailleurs, seulement il fallait en être sûre, oui, bien sûre, que la bête en Madame n'ait plus d'abri où se loger.

 

Marthe, née le 4 décembre 1931 à Fribourg en Suisse, vient d'assassiner Madame de neuf coups de couteau, début 1968, à Montpellier, avant d'asperger son corps d'eau bénite, de l'apprêter dans son plus beau tailleur et d'appeler la police:

 

Venez vite, j'ai tué Madame.

 

Marthe, persuadée que son employeuse, Marguerite Sabatier d'Espeyran, avait l'intention de l'empoisonner, s'expliquera plus tard. En attendant, elle répète qu'elle a bien fait, et le brigadier-chef inscrit sept lettres dans son rapport:

 

Démence.

 

Il écrit ce mot et sait qu'il lui manquera toujours quelque chose.

 

Martha Grossrieder, de nationalité suisse, est écrouée le 20 janvier 1968, libérée le 16 février 1968 pour être internée à Font d'Aurelle1.

 

Comment Marthe en est-elle arrivée là? Olivier Vonlanthen, qui s'est basé sur une authentique affaire judiciaire pour écrire son roman, remonte le temps pour éclairer le lecteur.

 

À chaque fois, à la suite d'un traumatisme, Marthe perd l'esprit:

  • À Fribourg, en février 1960, le lendemain soir de Carnaval, au cours duquel le Bonhomme Hiver a été brûlé, Marthe, qui loge chez sa soeur Régine et s'occupe de ses cinq enfants, met au lit ses neveux, après leur avoir fait dire leurs prières. Plus tard elle regarde par la fenêtre et leur dit:

C'est l'homme en noir! Il est venu pour vous emmener dans sa voiture, il me l'a dit l'autre jour, mais ici vous êtes en sécurité!

  • À Rabat, en août 1958, au soir d'une mauvaise rencontre avec de prétendues religieuses, après que Madame et Monsieur se sont couchés, Marthe s'adresse à leur deux enfants:

Venez les enfants, on va faire un tour!

  • À Matran2, en 1956, au château des Morettes, Marthe n'a pas pu terminer la haie du jardin et s'en va trouver Monsieur pour que Maryse, l'autre employée le fasse, mais celui-ci lui a donné congé... et, après l'avoir lutinée, lui dit, parce qu'elle s'est laissée faire:

Vous avez choisi la bonne part, c'est bien. (Allusion irrévérencieuse à l'évangile de Luc sur Marthe et Marie)

  • À Ueberstorf, en juin 1949, devant une grotte creusée en l'honneur de Notre Dame de Lourdes pour la remercier de la survie des bêtes et des hommes, elle a un malaise:

Elle n'y comprenait rien et avait mal sans douleur, dedans, au cerveau surtout, brusqué de décharges intenses, brèves, comme des chocs électriques...

   et sort en courant...

 

L'épilogue révèle pourquoi, personnellement, l'auteur s'est intéressé à cette ténébreuse affaire, où des hommes, et des femmes, abusent de leur pouvoir sur une jeune femme, et où la religion catholique mal comprise, ou mal transmise, conduit celle-ci à une foi noire et superstitieuse... avec pour conséquence un crime hors du commun.   

 

Francis Richard

 

1 - Hôpital psychiatrique.

2 - Commune du canton de Fribourg.

 

Notre-Dame-des-Démolies, Olivier Vonlanthen, 140 pages, La Veilleuse

Partager cet article
Repost0
21 mai 2026 4 21 /05 /mai /2026 18:30
Les combattants de la connaissance, de Olivia Gerig

La saison sèche de l'an 2015 s'annonçait comme la pire que la Colonie du Léman ait connue.

[...]

Le gouvernement Asphélyon avait promis la stabilité et la paix. Il y était parvenu en veillant depuis trente ans sur les tours de verre qui abritaient les trois colonies issues du Grand Regroupement: la Colonie du Léman, la colonie Alémane et la colonie Transalpine.

 

Le grand réchauffement hypothétique de la planète est devenu réalité dans cette dystopie imaginée par Olivia Gerig, où la Coalition helvétique a remplacé la Confédération suisse, après la guerre de 2040...

 

Il existe trois sortes de survivants, en petit nombre, au désastre climatique et guerrier, consécutif à ce réchauffement:

  • Les regroupés dans les Tours, où est faite table rase du passé: il s'agit de ne plus même se souvenir des erreurs qui ont conduit l'humanité à sa perte.
  • Les Sentinelles, qui vivent hors les Tours et pour lesquels le passé ne doit pas être effacé.
  • Les Survivalistes, qui refusent toute adaptation et rêvent de restaurer le monde d'avant.

 

Les survivants regroupés dans les Tours vivent dans l'abondance et la sécurité, mais sont privés de liberté, de connaissance, de culture. Le destin de chacun est écrit à l'avance. Il doit dans ce système communautaire et égalitaire (pour ne pas dire totalitaire: il est, entre autres, interdit de s'éloigner de sa Tour):

  • Être formé à un métier.
  • Rejoindre une unité et, alors, être muni d'une puce de contrôle.
  • Épouser un membre de l'unité qui lui est attribué.
  • S'installer à l'étage correspondant à son année de naissance.
  • Concevoir des enfants pour contribuer à la survie des humains.

 

Pour que ce programme s'accomplisse dans les meilleures conditions, les habitants des Tours sont contraints à une routine sportive stricte et, une fois adultes, à des contrôles médicaux trimestriels...

 

Ce beau programme va être remis en cause par Tristan, 16 ans. En effet, avant de mourir, sa grand-mère, Maryanne, qui a bien connu le monde d'avant, qui est la plus vieille survivante de la Tour de l'Ouest de la Colonie du Léman, lui confie un secret: à l'aide d'un papier qu'elle lui a remis, il pourra accéder à la malle aux savoirs.

 

Les combattants de la connaissance est le récit des aventures de Tristan et de ceux, garçons et filles, qui se joindront peu à peu à lui dans sa quête de la malle aux savoirs, censée se trouver dans la maison de sa grand-mère, située dans les Monts Maudits, à l'autre bout de la Colonie du Léman.

 

Lors de ces aventures, ils rencontreront les autres survivants qui vivent hors les Tours et qui ne seront pas tous bien intentionnés à leur égard. Ils pourront constater par eux-mêmes que repartir de zéro est dangereux et qu'il faut apprendre de ses erreurs. Ils affronteront bien des obstacles et braveront bien des dangers...

 

Mais l'essentiel ne sera-t-il pas pour eux de connaître la mémoire du monde, c'est-à-dire un héritage fait de réussites et d'erreurs, sans quoi il serait impossible de le rebâtir sur des bases saines? Pour ce faire, ils devront livrer la bataille de la connaissance, une leçon éternelle, quelles que soient les circonstances...

 

Francis Richard

 

Les combattants de la connaissance, Olivia Gerig, 256 pages, Auzou.ch

 

Livres précédents chez Encre Fraîche:

L'Ogre du Salève (2014)

Impasse khmère (2016)

 

Livres précédents à L'Âge d'Homme:

Le Mage Noir (2018)

Les ravines de sang (2020)

 

Livre précédent à Gore des Alpes:

Buffet de campagne (2022)

 

Livre précédent aux Éditions Romann:

Witch Hunt (2023)

 

Livre précédent chez BSN Press:

Hors jeu (2023)

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
  • Contact

Profil

  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

Références

Recherche

Pages

Liens