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22 septembre 2021 3 22 /09 /septembre /2021 17:00
Les dressings, d'Annik Mahaim

Les dressings? Il s'agit d'un mot de franglais, qui est la forme abrégée de dressing-room signifiant en anglais penderie.

 

D'après le Longman, Dictionary of Contemporary English, dressing tout court a en effet trois acceptions:

- mélange de liquides (d'où par exemple french dressing qui signifie salade à la française)

- farce (dans le sens alimentaire)

- pansement appliqué sur une blessure.

 

À partir de dressing, employé en raccourci dans le sens de penderie, le sens dérivé est habillement et c'est dans ce sens-là qu'Annik Mahaim l'emploie surtout, avec à l'esprit l'expression anglaise de dress code:

- standard de ce que vous devez porter dans une situation particulière (toujours selon le Longman).

 

Dans son livre, l'auteure (qui préfère le mot autrice1) passe en revue l'inouïe variété de nos pièces de dressing. Et Dieu sait qu'elles sont variées! Afin de faciliter la lecture de cette revue, elle les classe par genre:

- Dressings en bric-à-brac

- Dressings socio-économiques

- Dressings familiaux

- Dressings intimes

- Dressings thérapeutiques

- Dressings qu'on ne préférerait pas

- Dressings chimériques.

 

Il ne faut pas croire que ce livre soit fastidieux, même s'il fait un grand tour de la question du vêtement, de la vêture, de la tenue, en fonction des circonstances. Car l'auteure est malicieuse et facétieuse, et a pris visiblement beaucoup de plaisir à écrire sur le sujet.

 

Si elle ne prétend pas à l'exhaustivité puisqu'elle ne remonte pas trop loin dans le temps (à l'exception d'Adam et Ève qui, les premiers, vêtirent des parties de leurs corps), privilégiant le nôtre, elle décrypte avec humour ce que les gens portent en répondant aux quand, comment et pourquoi ils le font.

 

Comme diraient les Anglais, elle dé-code les dressings en examinant ses semblables, voire elle-même, sous toutes les coutures. Elle ne le fait toutefois pas à la légère, les références qu'elles donnent en fin d'ouvrage le prouvent.

 

Dans sa chanson Initials BB, Serge Gainsbourg chante:

Elle ne porte rien
D'autre qu'un peu
D'essence de Guerlain
Dans les cheveux

 

L'auteure imagine une scène analogue dans Dressings intimes.

 

Un amant avait besoin qu'elle se revête d'une célèbre marque de parfum, sans laquelle rien ne lui était possible. Or il se trouve qu'il s'agissait du parfum de sa mère à elle:

 

Se livrer nue à de réjouissantes acrobaties en compagnie d'un homme nu, dans l'odeur de maman omniprésente dans le lit, la bloquait quelque peu.

 

Ils trouvèrent un compromis, sans doute helvétique, grâce à une eau de toilette de la même marque, suffisamment différente pour qu'elle puisse en pleine action oublier sa mère, mais pour lui suffisamment semblable à son parfum fétiche.

 

Francis Richard

 

1 - Autrice, grammaticalement plus juste, est moins usité qu'auteure, musicalement plus agréable, bien qu'ambigu: pour les puristes, l'Académie française admet les deux formes... mais c'est l'usage qui, comme toujours, décidera.

 

Les dressings, Annik Mahaim, 96 pages, Éditions de l'Aire

 

Livres précédents:

 

Pas de souci! Plaisir de lire (2015)

Radieuse matinée Éditions de l'Aire (2016)

La femme en rouge Plaisir de lire (2018)

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20 septembre 2021 1 20 /09 /septembre /2021 11:50
Inflorescence, de Raluca Antonescu

Elle pensa à une inflorescence, un petit élément indissociable d'un tout, et nécessaire à l'enchevêtrement de l'ensemble.

 

Cette définition que livre au passage une des quatre protagonistes du roman de Raluca Antonescu en donne le sens figuré. Au sens propre, ce terme de botanique est défini ainsi par le Larousse: Disposition des fleurs sur la tige d'une plante.

 

Le livre est une illustration de ces deux sens. Ainsi dans le récit s'enchevêtrent les temps, les voix et les lieux des protagonistes: de 1922 à 1924, celle d'Eloïse, dans le Jura; en 1967, celle d'Amalia, en Seine-et-Marne; en 2008, celle de Catherine, en Patagonie; de 2007 à 2009, celle de Vivian, à Genève.

 

Ce n'est que peu à peu que l'auteure révèle au lecteur qu'elles font partie d'une même tige et que leurs vies sont indissociables, même si elles vivent séparément.

 

Le point commun à toutes les quatre est que chacune à sa façon cultive un jardin: Éloïse, en apprenant de Mademoiselle Suzie; Catherine, en initiant Julian; Amalia, en suivant les règles du lotissement où elle réside; Vivian, en renouant avec son beau-père François et son fichu jardin.

 

Il y a une cinquième présence, obsédante, dans ce roman, qui est de rouille et d'os (je ne vois pas d'autre expression, empruntée au titre du film de Jacques Audiard, pour le caractériser simplement). C'est un gouffre au sens propre dans lequel on jette tout ce qu'on ne veut plus voir...

 

Ce gouffre se trouve dans le Jura, tout près de là où Éloïse a toujours mené, et mène encore, son existence. Il apparaît dans le récit en 1911, 1923, 1924, 1976 et 2009. Il symbolise ce que l'on veut cacher, ce qui est indicible et difficilement avouable.

 

Les quatre femmes, elles aussi, ont quelque chose à cacher et, notamment, Éloïse, son boitement; Amalia, son origine paysanne; Catherine, son unique enfant; Vivian, sa main meurtrie on ne sait quand ni comment.

 

Bien qu'en apparence le récit semble morcelé, il a un fil conducteur. Ce n'est pas un hasard si c'est Vivian, la plus jeune pousse, qui s'exprime à la première personne tandis que les trois autres sont racontées à la troisième.

 

Vivian, émerveillée par le jardin de son beau-père François, dit à son propos: Il n'y a aucun mouvement brusque, c'est une continuelle métamorphose. Le lecteur, s'il s'en souvient finalement, peut penser que cette petite phrase résume assez bien son ressenti à la lecture de ce roman efflorescent.

 

Francis Richard

 

Inflorescence, Raluca Antonescu, 268 pages, Éditions la Baconnière

 

Livres précédents:

 

L'inondation (2014)

Sol (2019)

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18 septembre 2021 6 18 /09 /septembre /2021 22:00
Le cadavre du 25, de Laurence Burger

- Je crois que personne n'y a pénétré depuis que le locataire y a déposé les boîtes, donc environ huit ans.

- Et vous ne vous êtes jamais rendu compte qu'il y avait un mec qui pourrissait ici depuis tout ce temps?

 

Le cadavre du 25 aurait pu y pourrir plus longtemps s'il n'y avait eu, dans une affaire de blanchiment, une requête pénale de la High Court de Londres demandant que soit saisi le contenu du coffre de la société Alpine Peaks, domiciliée à Jersey, à la vénérable Banca della Santia, à Monaco.

 

L'exécution de cette mise sous séquestre a été confiée à l'inspecteur François Gaudard de la Sûreté publique de Monaco. Accompagné de deux policiers, celui-ci, le 29 septembre, a non seulement inventorié des lingots d'or dans les boîtes à l'intérieur du 25 mais fait cette macabre découverte.

 

Les biens d'Alpine Peaks, administrée depuis la Suisse, étaient détenus à l'origine par une banque privée genevoise, Luce Rennstein & Randaud. Ils avaient été transférés à la Banca della Santia, en raison des réglementations draconiennes adoptées en Suisse sous la pression des États-Unis.

 

Afin de bien comprendre la décision de la High Court, François Gaudard, qui maîtrise mal l'anglais, fait appel à son ex, Rose McGawn, qui est inspectrice à Scotland Yard et qui, elle-même, enquête sur la provenance de fonds dans une affaire de vente illégale d'armes au Proche-Orient.

 

Le cadavre est identifié. Il s'agit d'un athlète suisse, qui était vice-champion du monde de ski-alpinisme. Tout mène François Gaudard à poursuivre son enquête en Suisse pour établir les liens entre la victime et Alpine Peaks. De son côté, l'enquête de Rose McGawn la conduit à Miami.

 

Ce thriller aux nombreux détours se déroule à Monaco, Genève, Londres et Miami. Il a pour thème le blanchiment d'activités illicites. Comme il s'agit de sommes considérables, ce blanchiment ne peut se faire sans la complicité et la corruption de personnes a priori insoupçonnables...

 

Pour résoudre leurs affaires, François et Rose, sans se concerter, ont recours à Olivier, le frère jumeau de François, qui travaille à la Direction des Finances publiques des Alpes Maritimes et qui est un informaticien hors pair. Car, pour qui sait y faire, on trouve tout ce qu'il faut sur le Net...    

 

Francis Richard

 

Le cadavre du 25, Laurence Burger, 376 pages, Slatkine

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16 septembre 2021 4 16 /09 /septembre /2021 22:00
La dernière danse des lucioles, de Stéphanie Glassey

Ses amies avaient adoré. Elles s'étaient absentées à la recherche de leurs propres décorations. Au fur et à mesure de leurs retours victorieux, les lumières s'étaient éteintes, laissant place aux petites boules colorées. Elles dansaient toutes, les lucioles brûlaient.

 

Ainsi pense Sarah le 6 avril 2020...

 

Le semi-confinement a été décrété le 13 mars 2020 par le Conseil fédéral. Les écoles ont été fermées. Parents et enfants se sont retrouvés à travailler à la maison.

 

Le samedi 4 avril 2020, trois semaines plus tard, quatre familles, afin de sortir un peu de cet enfermement, se réunissent en ligne, sur Skype, pour une soirée disco.

 

Profitant du clair-obscur des lucioles, quelqu'un tue en direct une des participantes, Laurie, mariée à Sylvain, qui, aux yeux de tous, la tient inanimée dans ses bras.

 

Au commencement, dix ans plus tôt, il y avait quatre couples, trois hétéro: Sarah et Richard, Leila et Marc, Laurie et Sylvain; un homo: Joséphine et Mary.

 

Sarah a divorcé de Richard et a la garde de Zoé et Nina. Seuls Leila et Marc n'ont pas d'enfants. Laurie et Sylvain en ont trois, une grande fille et deux garçons.

 

Joséphine (qui est à l'origine de la soirée disco) élève avec Mary leurs deux enfants, Solenn et Noah. Qui, heureusement, ne semblent pas traumatisés par le meurtre.

 

Richard, Sylvain et Mary, exerçaient dans le même cabinet d'ostéopathie. Mais ils se sont séparés quand le couple improbable de Richard et Sarah s'est dissous.

 

D'outre tombe, Laurie se souvient. Elle donne des indices au lecteur et attire son attention sur un incident qui s'est produit lors d'un pique-nique en avril 2019.

 

Laurie et Sylvain partageaient un secret. S'ils ne l'avaient pas gardé pour eux, le sort de Laurie eut été autre. Le lecteur n'en sait pas davantage avant la fin.

 

Aussi les soupçons ne peuvent-ils se porter que sur un Sylvain, plutôt fuyant. En attendant, l'auteure montre l'impact sur chacun d'eux du semi-confinement.

 

Cette période, faite de peurs suscitées, d'interdictions et de virtualités, ne favorise ni l'équilibre, ni le bon sens, et est même propice aux actes les plus fous...

 

Francis Richard

 

La dernière danse des lucioles, Stéphanie Glassey, 258 pages, Plaisir de Lire

 

Livre précédent:

 

Confidences assassines (2019)

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14 septembre 2021 2 14 /09 /septembre /2021 17:35
On ne se remet jamais d'une enfance heureuse, de Roland Jaccard

Dites trente-trois.

 

Ce livre comporte trente-trois textes, dont celui qui lui donne son titre.

 

Roland Jaccard a passé sa jeunesse à Lausanne. Sans regrets, il a quitté Paris le 13 juillet 2020 pour y retourner. Sans se retourner vers Paris:

 

Ce qui m'attristait le plus, c'est que tout esprit de révolte avait disparu. Avec les masques, on était parvenu à museler un peuple. Une nouvelle religion, le covidisme, s'imposait au nom de l'hygiène sans rencontrer la moindre résistance. Elle était même plébiscitée.

 

À Lausanne, il avait vécu une enfance heureuse, il espère y finir ses jours (cet été-là, du moins, il séjourne au Lausanne-Palace), à la place de Cioran, qui souhaitait le faire dans un palace de la ville:

 

Adolescent, je voulais être écrivain à Paris. Je l'ai été. Je pensais que Lausanne est la ville idéale quand on est très jeune ou très vieux.

 

Il est difficile de lui donner tort, même si celui qui le lit n'a pas forcément suivi la même route que lui.

 

Dans ce petit livre, par la taille mais pas par l'esprit, ce jeune homme de bientôt quatre-vingts ans évoque des figures lausannoises:

- Benjamin Constant, dont le libéralisme n'est pas une façade et qui a été un modèle pour lui;

- Alexandre Vinet, qui lui a fait comprendre ce qu'est une religion et que le contraire de la foi, ce n'est pas le doute, mais la certitude, qu'elle soit athée ou religieuse, peu importe.

 

Il évoque les piscines lausannoises, celle de Montchoisi, où il abordait les filles, celle de Pully-Plage, où il fait partie des pongistes et où se trouve une bibliothèque, près des vestiaires.

 

Il estime inutile de revenir sur la mort du cinéma en tant qu'art (il préfère le célébrer quand il était vivant et tirer de l'oubli Max Pécas ou Franck Perry), ou sur le déclin de la psychanalyse (il préfère se souvenir de ses rencontres avec Jung ou Freud):

 

Ils apparaissent à la fin du dix-neuvième siècle et leur lente agonie date des années quatre-vingt.

 

Il revient sur Gabriel Matzneff qui fréquentait comme lui la piscine Deligny à Paris et sur un entretien qu'il avait eu avec lui il y a un demi-siècle et que la Gazette de Lausanne avait publié dans son supplément littéraire:

 

Gabriel Matzneff est rapidement devenu un de mes amis les plus proches en dépit de tout ce qui nous séparait et de brouilles momentanées. Il est aujourd'hui dans l'univers du terrible. Il va de soi que j'ai pris sa défense.

 

Le qu'en dira-ton? Peu lui chaut: La dernière fille que j'ai tenue dans mes bras - c'était pendant le confinement - avait vingt ans. Quand il s'ennuie, il regarde Tinder... Mais il n'est pas le seul puisqu'une jeune étudiante ukrainienne a fait L'éloge érotique de Richard M...

 

À propos de Trump, il écrit ce qu'il pense:

 

Les pleurnicheries anti-racistes ou féministes le laissaient de glace, de même que les paniques sanitaires liées à une pandémie qu'il jugeait être l'escroquerie du siècle. Et il ne voulait pas museler le peuple américain, ce qui est pour moi une raison supplémentaire de l'apprécier: Donald Trump et John Wayne, même combat. Un combat perdu d'avance, je l'admets bien volontiers.

 

Aux yeux du troupeau, il pense donc mal et il aggrave son cas quand il écrit:

 

En Mai 68, on proclamait qu'il était interdit d'interdire et qu'on avait toujours raison de se révolter. Voilà qui est devenu inaudible, voire scandaleux. "Crevez dans votre trou!" et tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes, tel est le message subliminal que les pouvoirs politiques ne cessent de diffuser, tout en se dévouant nuit et jour pour sauver des vies, histoire de crédibiliser leur fonction.

 

Quant à la mort, il écrit:

 

Rien n'est plus simple, ni plus naturel que de mourir. Certains paniquent à l'idée qu'ils vont quitter la scène. D'autres voient dans la mort une remise de peine. Mais elle permettra à chacun de rompre avec la monotonie du quotidien. Voilà au moins qui est à porter à son crédit.

 

Dans le premier rabat du livre, l'éditeur fait cette mise en garde, que je veux croire ironique:

 

Si vous appartenez à une autre famille de sensibilité que Roland Jaccard et que vous ne savez pas apprécier ce genre de musique, n'achetez pas ce livre.

 

La sensibilité de l'auteur, même si l'on ne la partage pas, la musique dissonante de ce livre, même si l'on ne l'apprécie pas, peuvent en effet faire le plus grand bien à quiconque...

 

Francis Richard

 

On ne se remet jamais d'une enfance heureuse, Roland Jaccard, 172 pages, Éditions de l'Aire

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13 septembre 2021 1 13 /09 /septembre /2021 17:45
Relax Max !, de Jean-Marie Reber

Toi, tu ne tournes pas rond. Il faudra que tu me dises ce soir ce que tu as sur le coeur et ce que tu mijotes avec cette chère Gina, cette fois avec un minimum de franchise. En attendant, Relax Max! Relax!

 

La vie d'avocat du narrateur est stressante. Depuis qu'il a raté un premier cas d'irresponsabilité, sans difficulté apparente, l'étiquette de médiocre ne l'a plus quitté auprès de certains sans pitié, malgré toutes les années qui ont passé:

 

On pardonne plus vite aux assassins qu'aux avocats qui se plantent.

 

En mal de clientèle, Max ne peut refuser à Gina Renard de mener l'enquête sur l'hypothétique, l'éventuelle, la possible maîtresse de son défunt mari, qui s'est tué accidentellement en percutant un arbre au volant de sa Mercedes.

 

Cela lui est d'autant plus difficile que Gina, d'origine napolitaine, n'a pas que des arguments pécuniaires. Max, bien que vivant en concubinage avec Sophie, sa secrétaire à mi-temps, n'est pas insensible à son look très bandant.

 

Une des faiblesses de Max, la proche quarantaine, est de vouloir séduire les jolies femmes qu'il rencontre. Ce qui le met, dans cette histoire, à plusieurs reprises, dans des situations de malaise vis-à-vis de Sophie, à qui il doit mentir.

 

Nécessité faisant loi, il accepte donc ce mandat, inhabituel dans son métier. Évidemment - sinon il n'y aurait pas d'histoire - ce qu'il découvre sur la mort de Victor Renard et sa double vie n'est pas ce que lui, Gina et Sophie croient.

 

Pour y parvenir, au su de Sophie, dont les recherches et conseils sont avisés, et parfois à l'insu de cette dernière, Max, sous la plume de Jean-Marie Reber, qui excelle dans le dialogue et l'ironie, se révèle être un redoutable débatteur.

 

Aussi se sort-il des situations évoquées plus haut avec une habileté certaine. Sa compagne n'étant jamais complètement dupe et volontiers joueuse, il ne perd rien pour attendre... Et le lecteur, ravi, de se régaler de ces joutes oratoires... 

 

Francis Richard

 

NB

Jean-Marie Reber dédicacera son livre, de 15h à 16h30, le samedi 18 septembre 2021, chez Payot Neuchâtel.

 

Relax Max !, Jean-Marie Reber, 232 pages, Éditions Mon Village

 

Livres précédents aux Éditions Attinger:

 

La vie de château (2009)

Le parfum de Clara (2015)

Les meurtres de la Saint-Valentin (2015)

Rira bien qui rira le dernier (2016)

Le valet de coeur (2016)

Coccinelle, jolie coccinelle (2017)

Un suspect bien maladroit (2017)

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12 septembre 2021 7 12 /09 /septembre /2021 16:15
Souvenirs en similicuir, de Nadia Boehlen

La narratrice de ce roman se penche sur son passé et ce sont des Souvenirs en similicuir rouge qui en émergent, comme la couverture des albums de photos de sa famille, comme les quatre chaises de la cuisine familiale ou comme l'édition des classiques russes acquise par sa mère.

 

Autant dire que ces souvenirs, plus ou moins vagues, sont ceux d'un autre temps, que le roman de Nadia Boehlen le fait revivre et confirme que ce n'était pas forcément mieux avant, même si le monde d'après ne se profile pas sous les meilleurs auspices. Car tout peut se déliter.

 

Les parents de la narratrice sont dissemblables et sont représentatifs non seulement de leur époque mais des alliances difficiles, quoique fréquentes, qui se nouent sur le sol helvétique, le père étant d'origine suisse-allemande et la mère, tessinoise, revendiquant bien haut son italianité.

 

Du côté paternel, Grossvati a été le boucher de son village, Grossmuti, puéricultrice. Du côté maternel, la nonna, qui a mis au monde dix enfants, le dernier à 47 ans, et le nonno sont gens modestes, qu'elle n'a pas connus. Ses oncles et tantes ont tous quitté le village en face du Simano.

 

Sa mère a divorcé de son premier mari. Toute sa vie en a été marquée. Sa mère n'a pas pu faire d'études. Elle pousse donc sa fille à en faire et ne trouve jamais qu'elle soit à la hauteur. Elle ne lui témoigne aucun geste d'affection. C'est son père qui pourvoit la tendresse et qui la console.

 

Alors, poursuivant ses études, elle quitte à son tour la petite ville chef-lieu du Vieux Pays, où ses parents se sont installés, son père étant d'abord mécanicien, puis négociant, sa mère, femme au foyer, n'ayant pour perspective que l'éternelle liste des tâches quotidiennes qui lui pèsent.

 

Elle fait ses apprentissages de la vie, vérifiant en douceur si ce que sa mère lui a dit des hommes est exact, avant de parcourir le monde et de se rendre compte que restera comme une blessure celui d'où elle vient, mais qu'elle en tirera quelque chose à condition de ne pas le renier.

 

Francis Richard

 

Souvenirs en similicuir, Nadia Boehlen, 160 pages, Slatkine

 

Livre précédent:

 

Les poupées de chiffon (2019)

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10 septembre 2021 5 10 /09 /septembre /2021 18:25
Ces orages dans la tête, de Roland Jeanneret

- Papa, il a des fois un orage dans la tête. C'est dur pour lui: il est très fatigué et il peut pas dormir.

 

Dans la tête de Bastien, cinq ans à l'époque, et de sa soeur, Manon, trois ans, cette formule naïve et réaliste est définitivement ancrée.

 

Mais Luc, son papa, n'est pas le seul de la famille à avoir Ces orages dans la tête. Sa tante, Céline, qu'il n'a pas vraiment connue, et son grand-père Roland, qui est médecin, en ont été sujets ou le sont.

 

De quoi s'agit-il? Peut-être de la maladie bipolaire1, bien que Roland en doute, surtout dans le cas de sa fille Céline qui n'a jamais présenté de phase d'hypomanie2.

 

Plus vraisemblablement, il s'agirait selon lui et, dans son cas plus précisément, d'un THADA: Trouble avec ou sans Hyperactivité de l'Adulte avec Déficit de l'Attention.

 

La grande question que l'auteur se pose est l'origine de cette maladie. Est-elle héréditaire? Son comportement y est-il pour quelque chose dans les cas tragiques de sa fille et de son fils?

 

Des mots encombrants et obsessionnels occupent depuis lors son esprit: culpabilité, hérédité, responsabilité. Qu'il se doit d'apprivoiser, d'approfondir.

 

Aussi, en faisant le récit de sa famille où cette maladie a fait beaucoup de dégâts, Roland Jeanneret ne livre-t-il pas seulement un témoignage.

 

Il fait part au lecteur, avec beaucoup de lucidité, d'une expérience au cours de laquelle il montre, sans complaisance pour lui-même, comment il est parvenu à tenir bon.

 

Une des matières à réflexion, auquel conduit ce livre, parce que cette maladie n'arrive pas qu'à lui ou à sa descendance, est celle de la prescription médicamenteuse.

 

Il pense - et son propre cas le confirme - qu'elle est insuffisante, que des entretiens psychiatriques ne suffisent pas non plus et qu'une telle prescription doit être accompagnée d'une réelle psychothérapie.

 

Francis Richard

 

NB

 

Roland Jeanneret signe son livre, de 10h30 à 12h, le samedi 11 septembre 2021 chez Payot Neuchâtel, Rue du Seyon 2.
 

 

1- Maladie bipolaire: caractérisée par l'alternance d'un état dépressif et d'un état euphorique. 

2 - Phase d'hypomanie: phase maniaque, ou légèrement maniaque, suivant le type de bipolarité, qui se caractérise notamment par de l'hyperactivité.

 

Ces orages dans la tête, Roland Jeanneret, 272 pages, Éditions de l'Aire

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2 septembre 2021 4 02 /09 /septembre /2021 21:55
Premier sang, d'Amélie Nothomb

On me conduit devant le peloton d'exécution. Le temps s'étire, chaque seconde dure un siècle de plus que la précédente. J'ai vingt-huit ans.

 

Premier sang commence ainsi. L'histoire semble se répéter puisque le père du narrateur, André, est mort à vingt-cinq ans, quand il avait huit mois, dans un accident de déminage:

 

Comme quoi mourir est une tradition familiale...

 

Sa mère, Claude, ne s'est jamais remise de cette disparition. Ce n'est pas son fils Patrick qui pourrait jamais l'en consoler. Elle ne se remarierait pas. Patrick serait son unique enfant:

 

L'idée qu'il lui faille remplacer son amour pour son époux par l'amour d'un enfant l'indignait...

 

Aussi, préférant se livrer à des mondanités, sans songer à remplacer André, accepte-t-elle de le confier à Bonne-Maman, sa mère. Alors que Patrick a six ans, Bon-Papa, a une bonne idée:

 

Il faut l'envoyer chez les Nothomb.

 

C'est-à-dire dans sa famille paternelle, pour l'aguerrir. C'est ainsi qu'il passe ses vacances d'été, dans les Ardennes, au Pont d'Oye, un château situé à six kilomètres de Habay-la Neuve.

 

L'aguerrir n'est pas un vain mot. Ce qu'il va y apprendre lui servira pour le reste de ce qui pourrait bien être une courte existence et, contre toute attente, il en gardera un souvenir heureux.

 

Ce fut au point qu'il y retourna l'hiver suivant dans des conditions plus sévères encore. Ayant survécu à ce qu'il faut bien appeler de véritables épreuves, il y passa désormais chaque été.

 

Lors de l'été de ses quinze ans, il fit preuve toutefois d'une faiblesse qui donne son titre au livre, qui mit fin à ses rêves d'enfant et le conduisit dans la carrière, c'est-à-dire dans la diplomatie.

 

Amélie Nothomb rend un bel hommage à Patrick Nothomb, car non seulement elle ne sous-estime pas sa rage de survivre, mais elle restitue pieusement sa singulière tournure d'esprit:

 

Tout à l'heure, j'ai déploré de mourir en pleine santé. Maintenant, je trouve bon de mourir ainsi. Je vais pouvoir vivre la mort à fond, l'embrasser de ma jeunesse.    

 

Francis Richard

 

Premier sang, Amélie Nothomb, 180 pages, Albin Michel

 

Livres précédents chez le même éditeur:

Le voyage d'hiver (2009)

Une forme de vie (2010)

Tuer le père (2011)

Barbe bleue (2012)

La nostalgie heureuse (2013)

Pétronille (2014)

Le crime du comte Neville (2015)

Riquet à la houppe (2016)

Frappe-toi le coeur (2017)

Les prénoms épicènes (2018)

Soif (2019)

Les aérostats (2020)

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31 août 2021 2 31 /08 /août /2021 18:15
La Patience du serpent, d'Anne Brécart

Christelle et sa famille sont arrivés à San Tiburcio par hasard.

 

Christelle et Greg rêvaient d'un ailleurs, qui serait libérateur. Avec leurs deux enfants, Luca, trois ans, et Dan, trois mois, ces deux trentenaires ont quitté la Suisse, emportant leurs économies.

 

Christelle et Greg voulaient échapper aux habitudes, au train-train de la vie helvétique. Au départ, ils avaient l'intention de rester toujours mobiles, autant physiquement que psychologiquement.

 

Pourtant ils vont s'arrêter plus longtemps que prévu à San Tiburcio, un petit village mexicain, au bord du Pacifique, où ils s'installent d'abord sur un terrain, élisant domicile dans leur minibus.

 

San Tiburcio est de ces endroits idylliques où des Européens, des Américains et des Canadiens, sortis comme eux du système, viennent se poser un moment avant de reprendre la route:

 

Ils viennent pour repartir, ces nouveaux nomades qui ont fait de la vie errante une philosophie, un combat, une révolution intime.

 

Si Christelle et sa famille restent, c'est à une jeune femme étonnante qu'ils le doivent. Ana Maria Engel Cristobal s'est glissée furtivement un matin sur leur terrain, puis s'est éclipsée sans mots dire.

 

Cette première rencontre muette sera suivie d'autres qui ne le seront pas, au cours desquelles Ana Maria invitera Christelle, qui ressemble à leur aïeule Carlotta, à rencontrer son frère German.

 

Le lecteur sait depuis le prologue que German meurt mystérieusement. Le roman d'Anne Brécart est le récit de la vie à San Tiburcio entre l'arrivée de Christelle et des siens et cette fin tragique.

 

Les rencontres entre German et Christelle provoquent en celle-ci des états d'âme; la vie au village, au fil des saisons, n'arrange rien, de même que le rôle ambigu d'Ana Maria, chasseuse de serpents

 

La Patience du serpent pose la question du pourquoi de l'exil:

- Fuit-on toujours quelque chose, comme le pense German, dont l'arrière-grand-père est venu de Prague au Mexique?

- Ou s'en va-t-on parce qu'on préfère choisir sa vie plutôt que de se la voir imposer?

 

Répondre oui à la première question n'empêche pas de répondre oui à la seconde...

 

Francis Richard

 

La Patience du serpent, Anne Brécart, 192 pages, Zoé (sortie le 2 septembre 2021)

 

Livres précédents:

 

Le monde d'Archibald (2009)

La femme provisoire (2015)

Coeurs silencieux (2017)

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30 août 2021 1 30 /08 /août /2021 22:55
L'aiguilleur, de Bertrand Schmid

"T'as toujours l'aiguillage, Vassili?" La question était rauque. Le vieux Robi connaissait mieux le secteur assigné à chacun que l'administration, dont la voix se perdait dans les bois. Vassili déglutit, posa son gobelet, leva les yeux.

"Oui.

- Ah."

 

Vassili vit seul en forêt sibérienne - tout le monde alentour s'en est allé -, dans la cabane familiale, qu'il ne quitte que pour s'approvisionner en ville. C'est un long trajet, qui lui demande douze jours de route avec son cheval.

 

Ce bûcheron a pour tâche d'entretenir dans son secteur un aiguillage et des voies ferrées, sur lesquelles ne passent guère de trains. En cas du contrôle du Parti, on ne sait jamais, il vaut mieux qu'il l'accomplisse sérieusement.

 

Vassili a aimé Nadja. D'elle il ne conserve précieusement qu'une mèche de cheveux, dans une petite boîte de frêne qu'elle lui a offerte, au moment de son départ, il y a quelques décennies de cela, lui disant de l'ouvrir plus tard.

 

L'aiguillage est à deux jours de la cabane, héritée de ses parents, où est suspendu sur un mur le portrait du Héros... Un jour, au poste d'aiguillage, surviennent en locomotive deux cheminots, à qui il demande d'où ils viennent:

 

De par là. Du camp où qu'on a laissé le convoi parce qu'un bogie a pété, lui dit l'un d'eux.

 

Vassili ne savait pas qu'il y avait un camp, mais il n'en saura pas davantage, sinon qu'il leur a fallu deux jours pour arriver jusque-là, arrêts compris, un trajet qu'ils n'aiment pas faire... parce que la voie n'est pas toujours entretenue.

 

Un jour, à la limite du secteur, après le passage d'un train de nuit, il découvre des lettres qui bouleversent son existence solitaire, parce qu'elles remuent en lui des souvenirs qu'il croyait enfouis et que cela lui donne des ailes.

 

Dans ce court récit, Bertrand Schmid, avec finesse et justesse, donne à voir l'immensité russe, ce qui a pour effet de souligner la solitude de L'aiguilleur, de s'attarder sur ses états d'âme, de préparer au dénouement inéluctable.

 

Francis Richard

 

L'aiguilleur, Bertrand Schmid, 144 pages, Inculte (sortie le 1er septembre 2021)

 

Livres précédents:

 

Ailleurs, Editions d'Autre Part (2011)

La Batrachomyomachie, traduction du grec ancien, Hélice Hélas (2016)

Saison des ruines, L'Âge d'Homme (2016)

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29 août 2021 7 29 /08 /août /2021 21:25
Le Sentier des orpailleurs, de Catherine Fuchs

Catherine Fuchs a tenu des carnets sur un tiers de siècle, de 1988 à 2020. Les entrées ne sont jamais longues. Il n'y en a pas non plus beaucoup par année, mais le temps s'y écoule. Cela ne se voit guère que par quelques points de repères, égrenés ça et là, et de subtils changements.

 

Aussi ne faut-il pas s'attendre au déroulement d'une histoire, qu'elle soit la sienne, distillée par bribes, ou qu'elle soit celle du monde qui l'environne. L'auteure aborde les mêmes thèmes à des années de distance, mais, à chaque fois, avec un regard qui légèrement diffère.

 

Le ton, en concordance avec l'humeur du moment, change également, mais imperceptiblement, comme si la personnalité de celle qui écrit ne faisait que s'affirmer, s'accomplir, et qu'elle ne cessait de parvenir à une maturité sereine, qu'il est difficile de perturber dans sa solidité.

 

Bien sûr elle connaît des moments de faiblesse, mais, vite, elle se ressaisit, poursuivant son chemin, vaille que vaille, maintenant son cap. Autrement dit, elle est humaine, mais pas trop humaine, puisqu'elle finit toujours, grâce à Dieu, par surmonter les obstacles qui surgissent:

 

Sans Dieu, le monde est trop petit, je me cogne aux parois de l'univers, mon âme étouffe.

 

Catherine Fuchs a la foi, mais ce n'est pas une exaltée. C'est sans doute la beauté de la nature qui la conforte en elle et qui lui fait appréhender l'éternité. La peinture ne lui parle pas autant que la musique qu'elle pratique, mais il y a quelques exceptions qui confirment cette règle.

 

L'écriture lui est nécessaire, mais elle ne lui procure pas les mêmes joies. Elle lui permet au moins de consigner les pépites que l'existence lui apporte, pour ne pas perdre, même s'il est impossible de toutes les conserver. Alors elle revient toujours à la musique, irremplaçable:

 

Il y a quelque chose d'irréductible dans la musique, les mots ne la remplaceront jamais: elle seule peut sans doute véritablement évoquer l'indicible...

 

Cependant l'écriture d'autrui la fascine: elle mène directement à la conscience tragique de notre condition, à cette pauvre mais bouleversante noblesse partagée. En cela, toute écriture est attente, eschatologie. L'auteur récurrent qu'elle cite est, sans surprise, Albert Camus:

 

Il n'y pas de paix sans espérance.

 

Elle aime le Sud et la chaleur, la Méditerranée et l'Espagne, l'Italie, surtout la Toscane, où elle se rend, semble-t-il, chaque année à Tatti, depuis son port d'attache de Genève. Elle aime voyager, comme Nicolas Bouvier, dont cette splendide phrase lui revient à la mémoire un Noël:

 

On espérait tout de même un miracle alors qu'il n'en faut pas attendre d'autre que cette usure et cette érosion de la vie avec laquelle nous avons rendez-vous, devant laquelle nous nous cabrons bien à tort.

 

Elle aime pourtant l'automne, plus précisément novembre, qui permet de lâcher prise. En 2005, elle écrit le 23 de ce mois: Le froid est arrivé, porté par une bise grandiose, mais le ciel est resté aussi lumineux qu'aux plus beaux jours d'octobre... Trois ans plus tard, le 12, elle écrit:

 

J'aime novembre et ses feuilles volantes, volées, sa lumière fuyante qui semble indiquer quelque chose, une veine d'or qui traversera l'hiver, un ailleurs possible, probable, dont les reflets illuminent par instants les grands arbres, bientôt dénudés.

 

Ce n'est donc pas simplement par orgueil, comme elle le dit le 5 mars 1998, qu'elle a choisi la poésie plutôt que de devenir scientifique. Ce faisant, elle a certainement voulu déjà répondre à l'appel de célébrer la beauté du monde, laquelle empêche quiconque de jamais désespérer.

 

Le 29 novembre 2018 - toujours novembre -, elle écrit ceci, qui est aujourd'hui on ne peut plus de circonstance et qui pourrait apparaître prémonitoire si ce n'était pas le symptôme d'une société sur le déclin depuis longtemps, parce qu'utilitariste et refusant la prise de risques:

 

Entre la liberté et la sécurité, la société actuelle opte pour cette dernière. Entre la pratique et l'esthétique, la grande majorité des gens sacrifiera cette seconde. Je rêve d'un idéal de liberté et de beauté alors que je vis dans un monde sécurisé, sécuritaire et qui a érigé le confort en norme absolue, loin devant toute considération esthétique.

 

Francis Richard

 

Le Sentier des orpailleurs, Catherine Fuchs, 304 pages, Bernard Campiche Editeur

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24 août 2021 2 24 /08 /août /2021 20:15
Quartier d'orange, d'Emmanuelle Sorg

Le quartier d'orange qui reste sur mon assiette, je le prends dans ma main, je ne le mange pas. Je le sers très fort, j'enfonce mes ongles dans la pellicule pour en faire gicler le jus. Je regarde maman qui me sourit. De ce sourire qui me blesse, où sa bouche se fend et ses yeux disent "Non!".

Mais elle ne le dit pas.

 

La petite enfant qui joue avec le quartier d'orange s'appelle Noemi, comme Noé qui a vécu sur un bateau avec sa famille. Sa maman, Elsa, lui a donné naissance sur une plage de Sicile, le jour de la Vierge Marie, férié en Italie.

 

Elsa avait alors dix-neuf ans. Elle s'était présentée à la mairie du village, où Carla, la quarantaine, l'avait accueillie. Elle se trouvait là parce qu'elle avait du travail en retard et profitait du calme du bâtiment vide pour le combler.

 

Carla a trouvé un travail de traductrice à Elsa, qui, à part l'italien, parle le turc et l'anglais. Aussi Elsa s'est-elle installée sur l'île-volcan et les années se sont égrenées comme les perles d'un collier cassé, il y a quatorze de cela.

 

Elsa n'a jamais voulu dire à personne, pas même à sa fille, comment et pourquoi elle avait échoué sur cette plage pour accoucher. Noemi ne sait donc pas qui est son père et ne sait rien non plus de la longue histoire de sa mère.

 

À chaque fois que Noemi demande à sa mère qui est son père, elle trouve un mauvais prétexte pour ne pas le lui dire, si bien qu'elles finissent par se disputer. Noemi se réfugie alors chez Carla, chez qui elle aime passer du temps.

 

Carla ne sait que des bribes du passé d'Elsa, confirmées quand un homme débarque sur l'île et demande si une jeune femme enceinte y a été recueillie il y a quelque quinze ans. Les gens du village la protègent et le fourvoient.

 

Noemi l'apprend et le prend mal, s'éloigne de sa mère, se rapproche de Carla. Mais, bientôt, en raison de circonstances, se taire, pour Elsa, ne sera plus de mise et sa fille comprendra enfin son manque de sévérité à son égard.

 

Le lecteur en savait bien davantage que Noemi, mais ne savait pas tout. Quand le dénouement survient, il n'est pas complètement surpris. Il réalise cependant que le destin d'Elsa était déjà scellé à l'âge qu'a aujourd'hui sa fille...  

 

Francis Richard

 

Quartier d'orange, Emmanuelle Sorg, 120 pages, Éditions Encre Fraîche

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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