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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 19:30
La famille Martin, de David Foenkinos

Je me suis vraiment dit: tu descends dans la rue, tu abordes la première personne que tu vois, et elle sera le sujet de ton livre.

 

Comme c'est un roman, il est bien difficile de dire si David Foenkinos est le narrateur ou non de cette histoire qui a la couleur de la réalité mais reste une fiction. Car, en panne d'inspiration, celui-ci décide un jour de laisser au hasard le soin de choisir pour lui ses personnages.

 

En tout cas, le narrateur a bien quelque chose de Foenkinos puisque, comme lui, il a reçu le prix Renaudot, que ses livres l'ont rendu suffisamment célèbre pour que d'aucuns le reconnaissent et l'abordent quand ils le croisent dans la rue, qu'il a un compte Facebook et une ex-femme.

 

L'idée, qu'aime finalement le narrateur, est de donner en quelque sorte un auteur à des personnages plutôt que l'inverse, comme dans la pièce de Pirandello, Six personnages en quête d'auteur, de la même manière qu'une couleur pourrait partir à la recherche d'un peintre.

 

Ce hasard organisé ne fait pas les choses comme il les aurait voulues. Il avait repéré une jeune femme qui faisait souvent une pause cigarette devant une agence de voyages, mais la première personne qu'il voit est une femme âgée en train de traverser la rue, tirant un chariot violet.

 

Quatre personnages entrent dans le roman à la suite de Madeleine Tricot, environ 80 ans: sa fille Valérie, 45 ans, son mari, Patrick Martin, 45 ans, leurs deux enfants, Lola, 17 ans, et Jérémie, 15 ans. Tout ce que je savais c'est que j'avais maintenant à ma disposition toute une famille.

 

Pour écrire la biographie de La famille Martin, le narrateur se doit de s'immiscer chez elle pour raconter les vies de ses cinq personnages. Cela n'est pas sans risques. Et le fait est qu'il va perturber la vie de chacun, parce qu'on ne devient pas comme ça le personnage d'un livre.

 

Le narrateur est en fait le sixième personnage de cette histoire, où la réalité, comme il se doit, dépasse la fiction. Encore que la fiction n'est jamais loin, puisque le naturel chez un écrivain, une fois chassé, revient au galop, malgré qu'il en ait, et qu'après tout on ne se refait pas...

 

Francis Richard

 

La famille Martin, David Foenkinos, 240 pages, Gallimard

 

Livres précédents:

Les souvenirs (2011)

Je vais mieux (2013)

Charlotte (2014)

Le mystère Henri Pick (2016)

Vers la beauté (2018)

Deux soeurs (2019)

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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 17:00
Une voiture rayée, c'est dérisoire, d'Anne Bottani-Zuber

Parfois, lorsqu'on est atteint d'un trouble bipolaire, on est plus créatif que la moyenne des gens. Et surtout, jamais on ne s'énerve parce que quelqu'un a rayé sa voiture. Ou parce qu'on a oublié d'acheter des citrons.

Les citrons oubliés, les voitures rayées, c'est si dérisoire.

 

Lise est atteinte par une telle maladie. Elle va d'hospitalisation en hospitalisation, de crise en crise tout au long de sa vie. Le plus incompréhensible est que ces crises sont provoquées aussi bien par des événements heureux que malheureux.

 

En fait, il y a deux femmes en Lise:

 

L'une est grande, ronde et brune et l'ample robe noire qu'elle porte la grandit encore; elle a l'air sévère malgré sa rondeur. L'autre est petite mince et blonde; elle porte un justaucorps blanc et une jupe de tulle blanche et ressemble à la fée-clochette.

 

C'est lorsque leurs deux âmes se rejoignent et n'en font plus qu'une, que tout va bien pour Elise. Sinon, elle sombre dans la dépression quand c'est la première qui l'emporte ou, au contraire, monte dans les hauteurs, si c'est la seconde.

 

Entre deux crises, Lise construit sa vie. Elle se marie même. Et il se passe dix ans avant que son trouble ne réapparaisse. Il suffit cependant d'une émotion trop forte pour qu'il resurgisse et se traduise par une nouvelle hospitalisation.

 

Un nouveau cycle de crises et d'hospitalisations se produit. Ses vies personnelle et professionnelle en pâtissent. Elle vit de plus en plus isolée, à l'exception de Marie, qui lui est fidèle, qui lui téléphone tous les jours lorsque ça ne va pas.

 

Pendant des années, Lise essaie d'écrire à propos de sa maladie. Elle noircit même des pages de papier. Mais elle renonce un jour à briser le silence, posé comme une chape sur sa maladie. Elle trouvera son salut autrement, stoïquement...

 

Francis Richard

 

Une voiture rayée, c'est dérisoire, Anne Bottani-Zuber, 136 pages, Éditions de l'Aire

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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 20:30
Presque génial, de Benedict Wells

Francis regarda le plancher. C'était la question. Il ignorait qui était son père. Sa mère n'avait jamais voulu le lui dire. Elle avait simplement mentionné, une fois, une brève liaison avec quelqu'un qui venait de très loin.

 

Francis Dean, bientôt dix-huit ans, vit avec sa mère Katherine dans un mobile-home, dans un parc réservé à ce genre de véhicules. Ce parc se trouve à la sortie de Claymont, un trou sur la côte est, juste assez grand pour disposer de l'équipement standard d'une petite ville [...] mais un peu trop petit pour avoir droit à des festivals ou à une université.

 

Son beau-père, Ryan Wilco, les a quittés après quatre ans et demi de vie commune. Il a emmené avec lui son demi-frère, Nicky, treize ans aujourd'hui. Ils habitent New-York. Quand ils sont partis, Francis et sa mère ont quitté Jersey City pour démarrer une nouvelle vie à Claymont. Six mois plus tard, Katherine faisait un premier séjour en clinique...

 

Un jour de 2005, sa mère commence un autre séjour en clinique. Elle occupe la chambre 039. Tout près, une seule porte de patient est entrouverte. Francis aperçoit une fille - Anne-May Gardener - dans l'entrebâillement: Elle avait des piercings aux oreilles et dans le nez, ses poignets étaient bandés, sans doute son ticket d'entrée pour la chambre 035.

 

Son ancien voisin et meilleur ami, Glover Chedwick, lui rend visite après qu'il est rentré chez lui. Il semble cumuler tous les stéréotypes du nerd, c'est-à-dire de l'intello. Il porte notamment des T-shirts avec devant une formule censée être drôle et qui, en fait, est risible. Ils font une partie d'Unreal Tournament puis passent la nuit chez les Chedwick.

 

Les jours suivants, Francis rend visite à sa mère. Il profite de l'occasion pour faire plus ample connaissance avec Anne-May, qui se montre plus avenante avec lui. Mais, un jour, tout bascule. Sa mère tente de se tuer. On lui fait un lavage d'estomac et on l'emmène dans un autre service. Francis découvre alors une enveloppe qui lui est destinée:

 

La lettre faisait plusieurs pages, il lut la première phrase en retenant son souffle: "Cher Frankie, il est temps que tu apprennes la vérité."

Il survola les lignes. Quand il arriva au bout, il dut s'asseoir. Ce n'était pas seulement le paragraphe où était écrit qui était son père.

C'était tout le reste.

 

Dans cette lettre, Francis apprend qu'il a été conçu à Los Angeles, à la banque des génies, par insémination du sperme d'un homme au QI élevé. Il décide de s'y rendre pour connaître l'identité du donneur. Il obtient de Glover qu'il l'y conduise avec sa Chevy et Anne-May, dont il est amoureux, les accompagne dans ce road trip d'une côte l'autre.

 

Ces onze mille kilomètres, parcourus en quinze jours, de New York à Los Angeles, en passant par le Midwest, Las Vegas, et San Francisco, et retour, n'est pas un long voyage tranquille et leur confirme que quand on regarde l'histoire d'une vie, un écart minuscule suffit parfois à casser l'équilibre, à tout faire basculer d'un côté ou de l'autre.    

 

Comme le dit l'un des personnages rencontrés: Chez les scientifiques, on part du principe que l'intelligence est héréditaire. Mais ça ne fait pas tout, c'est comme quand on plante des graines dans le sol. L'éducation, la famille, l'environnement dans lequel le petit humain grandit jouent aussi leur rôle, c'est l'engrais. La volonté libre fait le reste...

 

Francis Richard

 

Presque génial, Benedict Wells, 416 pages, Slatkine & Cie (traduit de l'allemand par Dominique Autrand)

 

Livres précédents:

La fin de la solitude (2017)

Le dernier été (2018)

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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 22:55
Jean Lorrain ou l'impossible fuite hors du monde, de Quentin Mouron

Dans ce volume sont réunis un essai, Jean Lorrain ou l'impossible fuite hors du monde, et la réédition de L'Âge de l'héroïne, publié en 2016 à La Grande Ourse. Quentin Mouron explique pourquoi dans son avant-propos:

 

L'Âge de l'héroïne [...] a pu être qualifié de roman policier, ou de roman noir. Je n'ai jamais caché mon scepticisme par rapport à ces dénominations. J'ai toujours préféré parler de roman décadent [...]. Il m'a semblé naturel de l'accoler à un essai portant sur le regard angoissé de Lorrain - et de ses personnages - avec la réalité, à un essai interrogeant les limites de la décadence.

 

Quand ce roman a paru, je l'ai qualifié de polar noir et déjanté et, après l'avoir relu, je persiste et signe. Mais cela n'empêche pas de le qualifier également de roman décadent puisque la décadence peut prendre, comme la ville de Tonopah où se passe l'histoire, le masque du vaudeville appliqué à la tragédie

 

Il est vrai que la lecture de l'essai préalable à celle de ce roman tragique et burlesque permet d'y trouver des correspondances impossibles à deviner autrement. Mais un livre n'appartient plus à l'auteur une fois qu'il l'a donné à lire... Chaque lecteur se l'approprie, dans le sens que son esprit l'interprète à sa façon. 

 

Jean Lorrain (1855-1906) est attiré et fasciné par le monde moderne, et, dans le même temps, en est dégoûté. Mais on peut rire de ce qui nous dégoûte. C'est ce qu'il fait dans Modernités, satire non seulement du bourgeois mais aussi de l'ensemble du monde moderne, mis à distance avant que d'être éreinté. 

 

Lorrain a écrit deux chefs-d'oeuvre, Monsieur de Bougrelon et Monsieur de Phocas. Ils sont si souvent associés [...] que l'on finit par se les représenter comme les deux volumes d'une oeuvre unique, les deux versants d'un même sommet - avec leurs protagonistes interchangeables [...], estampillés [...] décadents.

 

Ces deux livres reflètent l'évolution de Lorrain, qui, dans la lignée d'un Baudelaire et d'un Huysmans, rejette aussi bien la nature sauvage que l'univers industriel bourgeois: La nature et l'industrie ont en commun de produire à grande cadence des objets identiques (non pas au sens biologique, mais au sens esthétique).

 

D'abord, il y a la tentation de fuir la réalité et de se réfugier dans un contre-monde, notamment par le discours tenu sur le monde réel, puis il y a la reconnaissance de l'impossibilité de la fuite et, en conséquence, les crises d'angoisse et les résolutions funestes, enfin il y a la prise de conscience de l'absurdité du refus:

 

Bougrelon [dans Monsieur de Bougrelon] et Ethal [dans Monsieur de Phocas] proposaient une porte de sortie, l'une dans le passé, l'autre par le suicide. Welcôme [dans Monsieur de Phocas], n'offre pas de porte de sortie hors du réel. Mais bel et bien une porte d'entrée.

 

Pourquoi Quentin Mouron s'est-il donc intéressé à Jean Lorrain? Jean Lorrain m'a séduit de la façon dont le séduisaient les voyous, les lutteurs et les garçons-bouchers: par la violence et par le sang. Cette séduction d'un soir est devenue sérieuse, nous avons passé plusieurs nuits ensemble, des semaines, des mois.

 

À la même époque, il commence à travailler sur deux romans qui avaient directement rapport avec Lorrain: Trois gouttes de sang et une nuage de coke et L'Âge de l'héroïne: Leur protagoniste, Frank, est frappé au coin de la décadence, directement inspiré par les personnages de Lorrain... et par Lorrain lui-même:

 

Ils ont été écrits avec la conviction que Lorrain et les décadents continuent à s'adresser à nous par-delà les décennies, qu'ils palpitent encore malgré leurs arythmies, qu'ils n'ont rien perdu de leur pouvoir de séduction.

 

Ce livre est donc un hommage à la fois brillant et... reconnaissant.

 

Francis Richard

 

Jean Lorrain ou l'impossible fuite hors du monde, suivi de L'Âge de l'héroïne, Quentin Mouron, 224 pages, Olivier Morattel Éditeur

 

Livres précédents:

 

Au point d'effusion des égouts, Olivier Morattel Éditeur (2011)

Notre Dame de la Merci, Olivier Morattel Éditeur (2012)

La combustion humaine, Olivier Morattel Éditeur (2013)

Trois gouttes de sang et un nuage de coke, La Grande Ourse (2015)

L'âge de l'héroïne, La Grande Ourse (2016)

Vesoul le 7 janvier 2015, Olivier Morattel (2018)

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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 22:55
Un garçon rencontre une fille, de Nadine Richon

Cette création baptisée "Jaguar Quetzal" avait suscité chez Kamel, encore enfant, des cris de joie ponctués de rires délicieux et il complimentait sa mère chaque fois qu'elle portait ce foulard.

 

Ce n'est pas n'importe quel foulard:

 

Un carré Hermès dessiné par l'artiste Alice Shirley et figurant dans un flamboiement de couleurs, de plumes et de fleurs le sommeil d'un félin paisible et grandiose abandonné à ses rêves tachetés de jaune, de vert et de rose, tandis qu'alentour volettent une quinzaine de papillons ignorant la peur.

 

Kamel, 23 ans, est atteint de dyslexie. Sa difficulté à lire, et surtout à écrire, lui vaut moqueries de la part des autres et accable ses proches. Aucune méthode ne l'aide. Il se plaint de solitude: son attitude oscille entre colères subites et longs replis indifférents. Que va-t-il devenir? se demandent ses parents.

 

Sophie, 25 ans, est une jeune athlète de niveau international. Sa spécialité est le quatre-cents mètres haies. Elle remporte l'épreuve à Berlin et est sacrée championne d'Europe. Elle n'a pas d'amoureux, mais, la veille, elle a rêvé d'un bel inconnu qui la touche mais se liquéfie au moment de son réveil.

 

Un jour, dans le métro, Karim, le garçon, qui s'est enfoncé dans un délire sectaire et s'apprête à commettre un acte terroriste, et Sophie, la fille, qui l'identifie comme l'inconnu de ses rêves (il y en a eu d'autres après celui de Berlin) se reconnaissent juste un instant pour mieux se perdre l'instant suivant.

 

Sur fond d'actualité des années 2019-2021, à Paris et à Alger, et, sous l'égide du Jaguar Quetzal, ces amoureux du métro, qui savent se dépasser, finiront-ils par se retrouver? C'est le suspense de cette histoire où l'imaginaire précède peut-être le moment où, réellement, Un garçon rencontre une fille.

 

Francis Richard

 

Un garçon rencontre une fille, Nadine Richon, 192 pages, Bernard Campiche Éditeur

 

Livres précédents chez le même éditeur:

 

Crois-moi, je mens (2014)

Laisse tomber les anges (2017)

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 21:45
Détourner les hirondelles, de Mélanie Brugger

Après 27 jours de coma, je me réveille dans un corps abîmé, dont une moitié est inerte, alors que l'autre est animée de tremblements intempestifs. J'ai aussi la désagréable surprise de contempler ce nouveau monde en deux exemplaires, mes yeux n'étant plus coordonnés.

 

Adolescente, Mélanie Brugger ne sait pas maîtriser l'art de la société, qui est trop formatée à [son] goût. Du coup, elle est l'objet de railleries, de réprimandes. Heureusement qu'elle pratique le karaté, qui lui permet de s'extérioriser, et que son père lui offre un cheval, qui lui apprend à être transparente en se fondant en lui.

 

Mais, un jour, elle fait une chute de son cheval et tombe dans le coma. Après en être sortie, elle suit une rééducation: La chaise roulante est devenue mon moyen de locomotion (ma prothèse à roulettes), et les pronostics médicaux concernant ma possibilité de me réériger, un jour, sur mes deux pieds, sont des plus pessimistes.

 

Pourtant, après des semaines, des mois, elle retrouve des capacités que personne n'aurait soupçonnées: elle recouvre presque l'usage de ses jambes; elle ressent alors le besoin de s'évader de l'univers dans lequel elle a vécu jusque-là et c'est dans celui enivrant des sommets que son père partage avec elle qu'elle va le trouver.

 

Les photos que son père prend lors de ses excursions ne suffisent pas à combler son envie d'altitude. Il lui est nécessaire non seulement d'éprouver son enveloppe charnelle et de se lancer dans cette autre activité que de monter à cheval, mais de sentir la vie glisser en elle et de retrouver une autonomie semble-t-il inatteignable.

 

Détourner les hirondelles est le récit, au fil des ans, de ses nombreuses randonnées en haute montagne, avec son père et avec d'autres guides. Pendant tout ce temps, elle connaîtra des hauts et des bas dus au relief et aux défaillances de son corps. Mais, finalement, elle sera récompensée pour tout le mal qu'elle se sera donné: 

 

De côtoyer cet univers enchanteur, mais sans pitié de la haute altitude, mon esprit s'est mis à changer et j'ai trouvé mon allégresse dans le fait de me surpasser, ainsi que dans celui d'accrocher à mon baudrier de nouvelles compréhensions de la vie.

 

Francis Richard

 

Détourner les hirondelles, Mélanie Brugger, 200 pages, Les Éditions Romann

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29 septembre 2020 2 29 /09 /septembre /2020 18:10
Les ravines de sang, d'Olivia Gerig

Les ravines d'habitude asséchées se trouvaient inondées de flots rougeoyants qui battaient les pierres et les pentes, se déversant dans l'océan rougissant lui aussi. Ces ondes sanguinolentes balayaient tout sur leur passage emportant végétation, humains et animaux.

 

Cet extrait d'un cauchemar que fait l'un des personnages à la fin des Ravines de sang, synthétise bien le goût ferreux et la couleur rouge du sang qui est répandu tout au long de ce roman d'Olivia Gerig.

 

Ravine, en créole, désigne un torrent et c'est dans ce sens-là qu'il faut entendre le mot du titre. Et l'on peut dire que plusieurs torrents sanglants finissent par converger dans le livre vers l'Île de la Réunion.

 

Dans une information [liminaire] aux lectrices et lecteurs, l'auteure ne cache pas qu'ayant des liens avec l'Île de la Réunion, [elle] souhaitait par ce récit en faire découvrir la beauté, les légendes et l'histoire.

 

Si le lecteur a lu préalablement L'Ogre du Salève et Le Mage Noir (sans qu'il soit pourtant indispensable de les lire), il retrouvera avec bonheur les principaux personnages qui y sont soumis à rudes épreuves.

 

La secte Confrérie du Savoir universel, qui a sévi dans Le Mage Noir, continue de le faire dans ce volume. Le lecteur a toutefois un avantage sur les protagonistes, il connaît, lui, l'identité du gourou.

 

Pour ce qui est des légendes de l'Île de la Réunion, le lecteur prêtera attention à celle de Sitarane, son criminel le plus renommé et adulé par de nombreux Réunionnais. Son évocation n'est pas fortuite.

 

De même devra-t-il prêter attention à l'histoire de ces enfants de l'île, qui, à la fin des années 1960, ont été abandonnés par leurs parents et ont ensuite été envoyés dans des régions dépeuplées de France.

 

Car, dans ce monde noir imaginé par l'auteure, où il y a quelques clartés, tous les détails comptent, y compris la musique, qui se mêle avec justesse aux mots qu'elle emploie et à l'histoire qu'elle raconte. 

 

Francis Richard

 

Les ravines de sang, Olivia Gerig, 384 pages, L'Âge d''Homme

 

Livre précédent à L'Âge d'Homme:

Le Mage Noir (2018)

 

Livres précédents chez Encre Fraîche:

Impasse khmère (2016)

L'Ogre du Salève (2014)

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27 septembre 2020 7 27 /09 /septembre /2020 17:30
Une fille hors pères, de Sarah Baud

Lémania existait depuis six mois seulement. Le jeune État coincé entre la France, la Confédération helvétique et les eaux noires du Léman continuait à accueillir quotidiennement des dizaines de sociétés financières.

 

Max Galula n'est pas un mauvais homme. Sans être cupide, il ne résiste pas à la tentation de l'argent facile et met ses talents d'informaticien au service du futur gouverneur de Lémania, Pierre Geiser, un homme pour qui la fin, être élu par la population, justifie tous les moyens.

 

À Ciudad Juarez, Mexique, dix-neuf ans plus tôt, Julia, sept ans, est enlevée par des trafiquants d'enfants, au grand désespoir de son père, Gavino. Elle devine le sort fatal qui lui est promis. Avec l'énergie que donne l'instinct de survie, elle parvient à leur échapper par la voie des airs...

 

À la même époque, une petite fille, qui n'est autre que Julia, est retrouvée nue, au bord d'une rivière, en Haute Savoie, par un sapeur-pompier, Thomas Perrier. Devenue mutique, elle ne peut lui dire comment elle s'appelle. Alors il la baptise et elle est désormais Nola, Nola Torrent:

 

Torrent pour la fougue, la liberté, le mystère.

Et Nola. Nola qui signifiait, dans une langue orientale, rivière.

 

Aujourd'hui Nola, mutique sélective, est l'assistante de Cathal Brogden, le fondateur de la banque la plus influente du district de Lémania. Sous le nom de Wendy, elle aide Max, à la demande de Geiser, à faire sauter l'immeuble de la Fédération du parti progressiste, que celui-ci préside.

 

L'enquête sur l'explosion est menée par un flic, Stan Trézil, qui n'a pas froid aux yeux et qui est aussi curieux que peut l'être Max Galula. L'un comme l'autre donnent des coups de pieds dans la fourmilière d'activités criminelles, liées au passé de Nola, auxquelles elle va se trouver mêlée. 

 

Il faut lire le roman jusqu'au bout pour donner un sens au titre, mais, très vite, il s'avère que l'héroïne est une fille hors pair: elle mène une double vie d'assistante et de monte-en-l'air, elle est très entraînée physiquement, imprévisible, dangereuse et, même, s'il le faut, capable de tuer... 

 

Francis Richard

 

Une fille hors pères, Sarah Baud, 464 pages, Slatkine

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25 septembre 2020 5 25 /09 /septembre /2020 21:35
Exutoires, de François Hainard

La Ferme des Écarts est ainsi nommée pour des raisons évidentes: le domaine se trouve à environ huit kilomètres du village: on y peut faire ce qu'on veut sans se soucier de ce que pensent les autres, mais c'est compliqué quand il s'agit de livrer du lait ou acheter du pain.

 

Les terres, une soixantaine d'hectares, sont de qualité. Leur rendement permet de nourrir facilement une soixantaine de têtes de bétail, dont une quarantaine de vaches sélectionnées pour leur production intensive. Car l'exploitation est consacrée à la production laitière.

 

Quatre personnes vivent sur le domaine: Roger qui, seul de la fratrie, en a hérité de ses parents, Lydia, sa femme, plus jeune que lui de douze ans, épousée il y a quatre ans, le fils d'un premier lit, qui entend des voix, et Mésange, qui est l'ouvrier attaché à l'exploitation.

 

Roger n'est plus en mesure d'honorer sa femme. De plus, il se laisse aller, il boit, il se couvre de dettes. Son exutoire, c'est de toujours améliorer le domaine; ce sont tous les équipements techniques nouveaux et les machines agricoles qu'il convoite et qu'il acquiert.

 

Lydia, délaissée par son mari, supporte de moins en moins sa condition de femme effacée, écartée, juste bonne à faire le boulot. Son exutoire, c'est la musique classique ou romantique, parfois baroque, beaucoup plus difficilement moderne ou contemporaine.

 

Le fils n'a pas accepté le remariage de son père. Détraqué, il entend des voix, surtout une, plus singulière que les autres, qu'il [n'arrive] jamais à contrôler. Son exutoire, c'est de pianoter sur son smartphone, de regarder des films porno et de commettre plus inavouable.

 

Un jour, Roger, levé tôt matin, a un accident improbable avec le tracteur accouplé à la faucheuse rotative. Dès lors, les Exutoires prennent une autre dimension. La pression augmente dans le microcosme. Le dénouement est le bouquet final de tous les écarts.

 

Francis Richard

 

Exutoires, François Hainard, 160 pages, Éditions du Roc

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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 18:55
Rêver d'Alma, de Marc Agron

Quand la rumeur se répandit que le locataire du troisième étage du 36 rue des Tilleuls avait installé une voiture décapotable dans son salon, les réactions furent vives et contrastées.

 

Maximilien dans une première vie a été critique d'art. Il était du genre mordant, mais ce métier de journaliste ne lui permettait que de vivoter. À l'époque, Alma survenait à leurs besoins, comme serveuse dans une brasserie.

 

Dans une deuxième vie, il est devenu garagiste, en dépit de son incompétence, pour que lui et Alma ne se privent plus et qu'elle puisse enfin réaliser sa passion d'adolescente, écrire des poèmes. Cela a bouleversé leur existence.

 

Aujourd'hui, il n'est plus rien. Car Alma l'a quitté. Cela ne veut pas dire qu'elle ne l'aimait plus. Alors il s'installe dans la Chevrolet, modèle Impala, s'endort sur la banquette arrière et se met à Rêver d'Alma: le rêve qui revient.

 

Il le fait ce rêve, depuis qu'un notaire est venu chez lui, chargé d'exécuter un testament: Lorsqu'il prit connaissance du contenu de l'héritage, la vue de Maximilien se déroba. Alarmé, le visiteur alerta les services sociaux.

 

Maximilien pouvait-il encore s'occuper de lui-même? Il faut dire que le contenu de l'héritage, confirmé à la fin du récit de Marc Agron, avait de quoi faire tourner la roue des êtres qu'il a connus, activer la mémoire des cellules:

 

La chair se souvient.

 

Francis Richard

 

Rêver d'Alma, Marc Agron, 112 pages, L'Âge d'Homme

 

Livres précédents:

Mémoire des cellules (2017)

Carrousel du vent (2018)

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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 15:00
Les roses sauvages, de Marie Javet

Depuis ce jour, les roses sauvages se défendirent des prédateurs à l'aide d'épines très pointues et qui piquent très fort.

 

C'est une légende amérindienne qui le dit. Auparavant les roses sauvages étaient sans défense contre les prédateurs et menaçaient de disparaître. Nanabozo, dieu des eaux et créateur de la Terre, y mit fin un jour en les dotant d'épines.

 

Le roman de Marie Javet est une illustration de cette légende. Les roses sauvages sont ici de jeunes personnes qui ont eu la malchance de rencontrer un Ian sur leur route, depuis la fin des années 1980 jusqu'à celle des années 2000.

 

Ian est l'archétype de l'imposteur et du prédateur. Le lecteur apprend peu à peu qui se cache derrière ces trois lettres et que le handicap dont il souffre lui est d'autant plus douloureux qu'il est intelligent, beau, séduisant et qu'il le sait.

 

La victime de Ian dont il est question au début du livre est une jeune femme qui, après un chagrin d'amour, est partie de Suisse pour l'Angleterre où elle entreprend des études de langue à Cambridge. C'est une fleur sans épines.

 

Comme Sarah est majeure, sa famille d'accueil ne se mêle pas de sa vie privée. Fleur, elle est sans défense face à ce prédateur, qui n'est pas mû par les sentiments, hormis la jalousie, mais par la maîtrise de lui-même et de ses proies.

 

Ian a une passion pour John Milton et son Paradis perduToutes les grandes questions existentielles [y sont] présentes. Il se veut, comme Satan, né de lui-même, par sa propre force vive, comme le dit le poète dans son Livre V.

 

Il rebat les oreilles de ce livre fondateur à Sarah. Le tournant de leur relation se fera quand cette nouvelle Eve, cette nouvelle fleur, goûtera au fruit défendu que, malignement, son tentateur lui mettra volontairement sous les yeux.

 

Une fois connue l'identité de ce beau diable, reste à savoir s'il s'en sortira toujours grâce à sa malignité. Le lecteur ne peut que souhaiter qu'un Nanabozo, animé de bons sentiments, intervienne pour garnir d'épines une fleur ultime.

 

Le lecteur ne découvrira qu'à la fin si Ian se fera piquer, car l'auteure est encline à le malmener. Avant l'épilogue, elle lui aura fait faire malicieusement quelques allers-retours dans le temps et dans l'espace pour mieux le faire douter.

 

Francis Richard

 

Les roses sauvages, Marie Javet, 306 pages, Plaisir de Lire

 

Livres précédents:

La petite fille dans le miroir (2017)

Avant que l'ombre (2018)

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 22:55
Manifeste incertain 9, de Frédéric Pajak

J'ai évoqué des écrivains, des peintres et des penseurs. Leurs destins furent en quelque sorte incertains, et d'abord parce que la société les a ignorés longtemps, les a même répudiés, avant de les célébrer post mortem.

 

Cette fois, Frédéric Pajak, dans cet ultime volume (c'est la Fin du Manifeste), évoque Fernando Pessoa (1888-1935). Pas davantage que les destins qu'il a sollicités dans les volumes précédents, il n'a choisi le destin du poète portugais: il s'est imposé à lui au hasard des lectures.

 

Pessoa est un poète qui a peu publié de son vivant sous son "orthonyme". Il l'a fait un peu plus sous quelques-uns de ses hétéronymes (au nombre de soixante-douze ? de quatre-vingt quatre ?): 

 

L'hétéronyme n'a rien à voir avec le pseudonyme, qui est simplement l'expression d'un auteur sous un autre nom; l'hétéronyme est l'expression d'une autre personne, d'une personne hors de soi, avec son identité propre et distincte, un peu comme l'est le personnage d'une pièce de théâtre.

 

Dans le cas de Pessoa, qui s'est "multiplié" pour se "sentir"  (la plupart des gens pensent avec leur sensibilité, tandis que lui sent avec sa pensée) cela va très loin:

 

Pessoa va, pour presque chacun de ses avatars, leur attribuer une date de naissance, une profession, une biographie, des opinions politiques, et même un horoscope complet.

 

Après sa mort, dans la malle où il a entreposé ses manuscrits, on dénombrera environ trente mille documents, presque tous inédits. Ses livres, en quelque sorte, ont été offerts comme un cadeau à la postérité.

 

Pajak, à propos de ses opinions politiques, écrit qu'il est avant tout paradoxalIl ne craint pas de se contredire. Il a, comme il aime à le répéter, une opinion le matin et une autre le soir. Pour autant, il n'est pas versatile: il accepte sans détour ses contradictions...

 

Pessoa ne fait qu'un avec son oeuvre: Depuis l'enfance probablement, il subit et entretient un mal de vivre irrépressible, une morbidité aiguë. L'écriture est, à n'en pas douter, un exutoire à sa profonde mélancolie.

 

En cela Pessoa est fondamentalement portugais. Car, ce qui fonde l'âme portugaise, c'est un vague à l'âme, un sentiment où, à la nostalgie et au regret, se mêle une puissante mélancolie. On l'appelle la saudade. [...] Toute la poésie de Pessoa en est imprégnée.

 

Comme dans les volumes précédents, à ce destin incertain, Pajak mêle différents épisodes de sa propre vie, tels son enfance, ses blessures, ses passions: Non pas que celles-ci soient si pittoresques, ou si notables, mais elles me sont devenues réelles.

 

Dans ces épisodes se révèle un sentiment qui lui est familier et secret, l'incertitude, sentiment qu'il aura caressé tout au long de son existence, selon ces vers, ici modernisés, de François Villon 1:

 

Rien ne m'est sûr, si ce n'est la chose incertaine,

Obscur seulement ce qui est tout à fait évident,

Je ne doute que face à la chose certaine

Et, pour moi, la science est fruit du hasard.

 

Francis Richard

 

1 Ces vers sont tirés de la Ballade Villon (Ballade du concours de Blois ou Ballade des contradictions) dont voici la version originelle:

Riens ne m'est seur que la chose incertaine,

Obscur fors ce qui est tout évident,

Doubte ne fais fors en chose certaine,

Science tiens à soudain accident

 

Manifeste incertain 9, de Frédéric Pajak, 352 pages, Les Éditions Noir sur Blanc

 

Volumes précédents chez le même éditeur:

Manifeste incertain 1

Manifeste incertain 2

Manifeste incertain 3

Manifeste incertain 4

Manifeste incertain 5

Manifeste incertain 6

Manifeste incertain 7

Manifeste incertain 8

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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 21:15
Château Charbon, de Yasha Breen

J'ai commencé à accompagner les gens parce que le rythme de leurs pas m'intéressait. Ils allaient comme ça, chemin faisant, ils avaient tous des démarches particulières, et faisaient des tas de trucs. Je les accompagnais, je les écoutais, je les regardais. Et je rentrais, rempli de leurs pas, de leurs histoires, de leurs vies et j'écoutais de la musique.

 

Quand Marceau dit qu'il accompagne les gens, c'est une façon de dire qu'il les suit. Il ne cherche pas à leur faire de mal. C'est simplement un solitaire en quête de compagnie, d'amitié. Il est patient et a tout son temps, parce qu'il n'a pas besoin de travailler.

 

Ainsi accompagne-t-il jusqu'à son travail la fille du bus. C'est comme ça qu'il l'appelle au début, en attendant de connaître son vrai nom. Il l'accompagne un jour jusque chez elle, mais il n'est pas plus avancé parce qu'il ne sait pas quelle est sa boîte aux lettres.

 

Dans le passé, il a fait la connaissance d'Anne-Marie: il l'a accompagnée, accostée et elle ne l'a pas rejeté. De temps en temps il la voit. C'est devenu une amie. Elle a compris qui il était et l'a mis en garde de ne pas aborder comme ça les gens qu'il accompagne.

 

Schwartz vit en colocation avec Ruby. Ruby est bibliothécaire; Schwarz un petit dealer, qui plus est un petit voleur. Avec l'expérience il muscle son jeu: Il vend plus, il vole mieux, il est meilleur qu'avant. Bientôt il pourra réaliser son rêve: s'installer au Cambodge.

 

Dans une zone d'activités se trouve Château Charbon. Ces locaux désaffectés hébergent une association culturelle et sportive en vertu d'un bail précaire et d'un loyer symbolique. C'est immense et tortueux: on n'avait pas baptisé cet endroit château pour rien.

 

Dans ce château, l'une des divinités figure sur un grand dessin accroché dans le couloir du premier étage du bâtiment principal. C'est la Hyène, une Guerrière au repos, ravie et repue après une partie de chasse, à flanc sur l'herbe sèche, nimbée d'une lumière lunaire.

 

Avec habileté, Yasha Breen tisse peu à peu les liens entre ces quatre personnages et ce château que fréquente l'un d'entre eux. Le lecteur doit être attentif s'il veut suivre les méandres de cette histoire forte qui a pour protagonistes des jeunes gens d'aujourd'hui.

 

Accompagner les gens comme le fait Marceau n'est toutefois pas sans risques et périls. Il ne faut pas qu'il oublie tout ce qui lui a martelé Anne-Marie. Il ne faut pas qu'il se laisse guider par une curiosité, qui, sans l'être toujours, peut être un défaut, vilain et cuisant...

 

Francis Richard

 

Château Charbon, Yasha Breen, 224 pages, Slatkine & Cie

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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