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13 mai 2026 3 13 /05 /mai /2026 22:50
Ruptures, de Éliette Abécassis

Peut-être que ces vingt-deux nouvelles n'auraient pu été écrites à une autre époque que la nôtre, où les Ruptures sont lot commun.

 

Dans La fausse amante, celle-ci utilise l'intelligence artificielle pour attirer l'attention d'un voisin qui n'en a pourtant guère pour elle.

 

Dans L'accélération sentimentale, des relations se nouent vite fait, bien fait, aux États-Unis. Il ne s'agira finalement que de dates.

 

Dans L'inconnu du parc, la narratrice considère celui qui s'est assis sur le même banc, comme un étranger, pour réaliser que non...

 

Dans La bibliothèque, le protagoniste ne souhaite pas que celle-ci soit partagée avec son ex et imagine un subterfuge... qui marche.

 

Dans Cupidon, la protagoniste élabore un algorithme pour un site de rencontres. Elle doit le modifier pour qu'il redevienne rentable...

 

Dans Magasin de proximité, une cliente, arrivée à la caisse, remarque derrière elle le caddy d'un homme jeune qui feint de l'ignorer...

 

Dans De si bons amis, deux couples qui se connaissent depuis trente ans se disputent au sujet de ce qui s'est passé le 7 octobre 2023...   

 

Dans Séparés cohabitants, un couple, leur appartement traversé par un ruban jaune, a recours à une application pour se départager.

 

Dans Mes très chers, une femme s'adresse à son frère et à sa soeur, en indivision avec elle, et qui ont vécu aux crochets de leurs parents...

 

Dans Les couples étaient presque parfaits, deux hommes parlent de leurs femmes dans la salle d'attente d'un psy, trouvent une solution. 

 

Dans Coucou ma belle, une femme reçoit un DM1 d'une autre sur Instagram à propos de son homme, un bon exemple qu'elle suivra ...

 

Dans Divorce par Zoom, un homme partage avec son ex, sur la plateforme, son exposé PowerPoint sur comment et pourquoi divorcer.

 

Dans L'équation parfaite, un homme, grâce à des graphiques, peaufine son profil sur Tinder. Celle qu'il rencontre a conçu un algorithme... 

 

Dans Une petite infidélité, un homme et une femme se rendent compte que ce n'est pas cette seule infidélité qui détruit leur couple. 

 

Dans Le syndrome du coeur brisé, une femme a été emmenée aux urgences cardiaques. La réponse à ce qu'elle a subi est dans le titre.

 

Dans Mon pire date, Eva, 20 ans, rencontre Hugo lors d'une soirée BDE2. Elle est juive, lui, sympathisant LFI. Le titre est prémonitoire. 

 

Dans Elles sont vraiment formidables, sont bien mieux vues de leurs parents les deux soeurs de celle qui se démène pourtant pour eux.

 

Dans Rencontre d'été, l'auteure prend plaisir à égarer le lecteur en parlant d'amour fou, la chute inattendue n'en est que plus savoureuse... 

 

Dans Parc 899, les hommes sont... parqués. L'un d'eux s'échappe dans la société transhumaine. Le virus émotionnel alors la contamine. 

 

Dans Adieu mon petit coeur, un homme trompe sa femme. Celle-ci l'apprend. Mais il est victime d'un maître-chanteur et passe aux aveux.

 

Dans Braquage, le corps et l'esprit de son homme sont ravis à la narratrice par elle, à l'incroyable beauté, inimaginable pour le lecteur.

 

Dans Cela n'engage à rien d'écrire, un avocat drague une consoeur, mariée, deux enfants. Ils conviennent finalement d'échanger par SMS.

 

Ces histoires sont certes propres à notre époque ou à celle qui vient, mais, au-delà des moyens, les fins restent les mêmes, intemporelles...   

 

Francis Richard

 

1 - Direct message.

2 - Bureau des étudiants.

 

Ruptures, Éliette Abécassis, 224 pages, Grasset

 

Livres précédents:

 

Chez Albin Michel:

Et te voici permise à tout homme (2011)

Le palimpseste d'Archimède (2013)

Alyah (2015)

Le maître du Talmud (2018)

L'envie d'y croire (2019)

 

Chez Flammarion:

Philothérapie (2016)

L'ombre du Golem (2017)


Chez Grasset:

Nos rendez-vous (2020)

Un couple (2023)

Divorce à la française (2024)

 

Chez Robert Laffont:

La transmission (2022)

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10 mai 2026 7 10 /05 /mai /2026 18:50
Mal de fer, de Silvia Ricci Lempen

As-tu parfois pensé [...] qu'un enfant qui a été détruit mérite quand même plus de pitié que l'auteur de la destruction? C'est le sujet de ce livre-ci, que tu t'apprêtes à lire. J'y raconte comment à l'âge de quarante ans, notre père mort, mon livre autobiographique (le seul, croyais-je) publié et la vie à venir pleine de promesses, je me suis enfoncée, contre toute attente, dans une douleur irrémédiable: le corps criblé d'échardes, et en son milieu la peur.

 

Ces lignes, écrites au printemps 2025, sont adressées par l'auteure à son frère. Sous le titre Antécédents, elles s'adressent également au lecteur. Si celui-ci a lu ses précédents romans sans lire son premier livre, elles les éclairent d'un jour nouveau. Sinon, il ne pourra les lire inconsciemment.

 

Le 7 avril 2014, l'auteure était l'invitée de Tulalu!?. Elle confiait ce soir-là qu'il lui avait fallu attendre un an après la mort de son père pour écrire Un homme tragique, qui lui était consacré, et que l'écriture était pour elle une morphine qui lui permettait de supporter les souffrances de ce monde.

 

Mal de fer, qui aura été le livre le plus difficile qu'elle ait jamais écrit, est autobiographique, tout comme le premier, paru trente-quatre ans plus tôt. Elle y raconte les maux innommés dont elle a souffert pendant toute son existence et confirme qu'il y a des liens étroits entre le corps et l'esprit:

 

La seule période de ma vie d'adulte où mon corps a fonctionné normalement est celle que j'ai passée sous la dalle étanche du désespoir.

 

Autrement - seuls ceux dont le corps n'a jamais fonctionné normalement la comprendront - Silvia Ricci Lempen n'a pas été épargnée et, pourtant, le qualificatif d'innommés convient bien à ses maux. Elle, pour qui la vie n'est jamais si bonne ni si mauvaise, est un mystère pour elle-même et les autres:

 

Aucune, aucun de mes psychothérapeutes ne m'a diagnostiqué jusqu'ici un trouble psychiatrique répertorié, pas plus qu'aucun urologue, gastroentérologue, cardiologue, neurologue, otorhino-laryngologiste n'a décelé une pathologie dans sa spécialité - même s'il faut que je meure un jour de quelque chose.

 

Alors elle retrace son parcours littéraire qui coïncide avec ce parcours de combattante, dans l'ordre, plus ou moins, dès qu'elle est devenue officiellement une écrivaine, sans que disparaisse pour autant la peur qui coule tout le temps dans ses veines, pour laquelle elle a trouvé le mot juste: capillaire.

 

Le lecteur découvrira lui-même tous les maux innommés qui affectent l'auteure pendant ces deux parcours parallèles. Il notera qu'elle a connu une période de bonheur avec les séances chez le docteur H., hypnotiseur, qui, malheureusement, n'a pas duré, sinon, sans doute, elle n'aurait pas écrit ce livre:

 

J'aurais déménagé depuis longtemps au paradis.

 

Elle n'en écrira pas d'autres sur ses parents. Car celui-ci se termine avec l'évocation de sa mère, qui avait fait ce commentaire laconique, cette phrase énorme, après la parution du premier sur son père: Et tu n'as pas tout dit. Écrira-t-elle d'autres romans, dans lesquels elle excelle? Elle-même ne le sait pas:

 

J'ai un futur, c'est certain, de nos jours on vit vieille en bon état. Mais quant à savoir de quoi il sera fait, je ne suis pas devineresse. 

 

Francis Richard

 

Mal de fer, Silvia Ricci Lempen, 272 pages, Éditions de L'Aire

 

Livres précédemment chroniqués:

 

Ne neige-t-il pas aussi blanc chaque hiver ?, Éditions d'En Bas (2013)

Un homme tragique, L'Aire bleue (2014, initialement publié aux Éditions de L'Aire fin 1991)

Les rêves d'Anna, Éditions d'En Bas (2019)

Cara Clarissa, Éditions d'En Bas (2023)

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4 mai 2026 1 04 /05 /mai /2026 17:00
Funambules du silence, de Delphine Bloetzer

Les Funambules du silence sont quatre, deux femmes et deux hommes.

 

Audrey est au chômage: Les livres étaient une de ses seules motivations. Certains jours, son unique nourriture, même. Elle aurait pu devenir libraire ou bibliothécaire, mais elle y avait renoncé, pour échapper aux échanges.

 

Claire est médecin: Claire savait pourquoi elle avait opté pour ce métier mais parfois certains appels transformaient ce choix en sacerdoce. [...] Pour Claire, le destin ne tenait qu'à un fil et tout pouvait basculer.

 

Paul enseigne le français et l'histoire à des adolescents: Il désirait les voir jouer avec les mots, élargir leur vocabulaire, profiter de cette richesse [...]. Il lui tenait aussi à coeur de leur transmettre le goût de la lecture.

 

Marcus est avocat pénaliste et politicien: Sa vie était faite de discours et de fausses vérités. De pouvoir et d'argent. Il aimait la rhétorique, la puissance des mots. Leurs vices. Les sous-entendus. Les doubles sens.

 

Ces quatre personnages vont faire connaissance. Les circonstances de ces rencontres sont fortuites, en ce sens qu'elles n'ont pas été recherchées par eux:

  • Claire est au volant de sa voiture quand Marcus, au volant de la sienne, à la suite d'un moment d'inattention, percute celle-ci par l'arrière: c'est le début de leur relation.
  • Paul est un patient de Claire: lors d'une consultation, à la suite d'un examen clinique, elle lui dit que des petites choses l'inquiètent et qu'il doit passer une IRM cérébrale.
  • Audrey, pour assurer l'ordinaire, a accepté de distribuer des échantillons en gare: assise, elle observe un homme assis sur le banc face à elle, qui lit puis pleure; c'est Paul. 

 

Le passé de chacun de ces personnages, les relations qu'ils entretiennent avec leur famille, une mauvaise nouvelle, ne sont pas sans conséquences sur leur moral.

 

Le destin ne tient pas seulement en médecine à un fil, comme le constate Claire dans sa pratique. Par exemple:

  • Le moment d'inattention de Marcus est dû à la perte d'un procès important pour lui.
  • Les pleurs de Paul sont dus à la révélation de la gravité de son état de santé.
  • La situation précaire d'Audrey est due au départ à la retraite de son ancien patron. 

 

Tous, à un moment donné, se retrouvent face à eux-mêmes, face à la solitude, face au silence. Claire et Marcus, parce qu'ils ont rompu; Paul, parce que son avenir est sombre; Audrey, parce qu'elle redoute les échanges.

 

Leur passé n'est pas non plus sans conséquences. Ainsi Claire était-elle dyslexique; Audrey, autiste; Paul, divorcé; Marcus, sous le joug, comme sa mère et les deux autres membres de sa fratrie, d'un père autoritaire.  

 

Tous auront une échappatoire personnelle: Audrey, la photographie; Claire, la peinture; Paul, l'écriture; Marcus, la politique. Une échappatoire commune: la lecture, d'où l'importance des mots pour soigner les maux...

 

Francis Richard

 

Funambules du silence, Delphine Bloetzer, 240 pages, Favre

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26 avril 2026 7 26 /04 /avril /2026 18:25
Le prieur de Bethléem, de Yasmina Khadra

La colère outragée avec laquelle Alexandre Yakovlevoï referme le manuscrit manque de lui déboîter le poignet. Pendant une longue minute, la figure congestionnée, il attend que l'effet de sa lecture se dissipe, puis, avec application, comme sa mère lui avait appris à le faire lorsque les crises d'angoisse s'emparaient de l'enfant introverti qu'il avait été, il inspire à pleins poumons d'air à les saturer et se met à expirer par la bouche, lentement, profondément, jusqu'à expurger son ventre en entier.

 

Alexandre Yakovlevoï est à la tête des éditions La Seine depuis des années. Le manuscrit intitulé Les Enfants d'ammu1 Saber a été déposé sur son bureau de manière inexplicable, sans lettre d'accompagnement.

 

En Jordanie, parallèlement, se produit une guérison tout aussi inexplicable. Un vieil homme, devenu aveugle lorsqu'il était âgé de cinq ans, a recouvré la vue grâce à quelqu'un qui a posé sa main sur son front.

 

Yakovlevoï disparaît, inexplicablement. La seule chose que l'on sait est que, lors d'un déplacement en province, il a été abordé par un individu qui lui a demandé pourquoi son manuscrit n'avait pas été retenu.

 

On apprend qu'en fait Yakovlevoï a été enlevé par l'auteur du manuscrit, celui-là même qui l'a déposé sur son bureau. Il veut juste connaître les raisons qui l'ont conduit à disqualifier son histoire, et ne le tuera pas:

 

Je ne suis qu'un moine en perdition, contrit jusqu'à la moelle, qui ne trouve plus de pouls à sa foi ni de sens à sa douleur.

 

Frère Wahid - c'est ainsi que l'on appelait ce moine quand il était prieur dans un couvent à Bethléem - lit ledit manuscrit à Yakovlevoï, qui n'en a pas dépassé la première page et qu'il a mis des années à retrouver.

 

Yakovlevoï est un personnage anonyme du manuscrit, qui occupe une grande partie du livre que le lecteur tient entre ses mains et dont l'histoire se déroule en Palestine, où est né justement Le prieur de Bethléem.

 

Orphelin, de père musulman, de mère catholique, Wahid a été élevé à Bassam, un hameau de Palestine, par son ammu Saber, qui avait déjà quatre enfants, trois garçons et une fille, les enfants donc du manuscrit.

 

Yasmina Khadra, conteur de talent, défenseur subtil de la Palestine, indirectement, laisse entendre que tout, dans le conflit israélo-palestinien, dont seront victimes les enfants d'ammu Saber, est de la faute d'Israël.

 

Ainsi les dissensions entre membres de la famille de Wahid, auront-elles, plus ou moins, pour origine, les sionistes; se sentira-t-il trahi quand il verra son ami juif Adriel, le non-violent, revêtu d'un uniforme.

 

En Jordanie, trois nouveaux cas de guérison inexplicable se produisent. Mais ils n'ont rien à voir avec une supercherie. Le ministre demande que l'on trouve le thaumaturge pour savoir s'il peut se sauver lui-même...  

 

Le lecteur ne saura qu'à la fin pourquoi Wahid s'en est pris à Yakovlevoï. Tous les deux auront été en quête de vérité, mais Wahid prétendra que la sienne en était une, tandis que celle de Yakovlevoï n'en était pas...

   

Francis Richard

 

1 - Oncle paternel.

 

Le prieur de Bethléem, Yasmina Khadra, 272 pages, Flammarion

 

Livres précédemment chroniqués:

 

Parus chez Julliard:

 

L'équation africaine (2011)

Les anges meurent de nos blessures (2013)

La dernière nuit du Raïs (2015)

Dieu n'habite pas La Havane (2017)

Khalil (2018)

 

Parus chez Mialet-Barrault:

 

Pour l'amour d'Elena (2021)

Les vertueux (2023)

Morituri (2025)

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22 avril 2026 3 22 /04 /avril /2026 19:00
Je suis drôle, de David Foenkinos

En observant la vie de nombreux artistes, on pourrait se demander s'il existe un lien entre le chaos et le génie.

 

Les exemples ne manquent pas, comme le montre d'emblée David Foenkinos, qui précise: Des désastres de l'enfance découle une lumière étrange que l'on porte sur la vie. On écrit, on peint, on joue différemment. Ainsi l'exemple du protagoniste de Je suis drôle en est-il l'illustration insigne. 

 

Celui-ci, né en 2005, sans que son père l'ait su, s'appelle Gustave Bonsoir (sic). Sa mère, Mélanie, orpheline à douze ans, meurt quand il n'a que cinq ans. Après avoir été placé dans un foyer de l'Aide sociale à l'enfance, il est adopté par Jean-Michel et Catherine, qui n'ont pu avoir d'enfants.

 

Un jour, il fait tomber une cuillère, dit pardon à celle-ci. Ses parents rient. Gustave alors se dit, instinctivement: la meilleure façon d'exister, c'est d'être drôle. Peu à peu il met le précepte en pratique. Il commence par le comique physique, sans succès. Il en a davantage en racontant des blagues.

 

Il note des blagues, les débite aussi bien en famille qu'au collège puis au lycée. Si bien que, lors des spectacles de fin d'année, il recueille des applaudissements par lesquels il se laisse griser: il les perçoit comme la version sonore d'une caresse. Bien que, pris de doutes, il est encouragé par Margot.

 

Il a connu Margot au lycée. C'est elle qui a jeté son dévolu sur lui. Cela tombait bien, parce qu'il était attiré par elle depuis longtemps, sans se l'avouer. Elle fait le premier pas. Ils marchent ensemble, sans mots dire. Finalement ils ne se quittent plus et les parents de Gustave l'adoptent à leur tour. 

 

Après le lycée, avec l'appui de Margot, Gustave se prépare à la vie d'artiste et, pour assurer l'ordinaire - ses parents ne pouvant financer sa vie parisienne -, il est serveur à midi dans une brasserie de la rue d'Assas, note des anecdotes récoltées pendant la journée, suit des cours de théâtre le soir. 

 

La vie d'artiste semble en bonne voie. Mais, comme la première phrase du livre le laissait présager, elle sera chaotique, ce que lui avait confirmé un psychologue, que ses parents lui avaient suggéré de voir à la fin difficile de son adolescence. Il n'aura pas une vie linéaire, aura des hauts et des bas:

 

Tu n'es pas fait pour le tiède.

 

Il sera servi. Ce sera la douche écossaise. Dans sa vie d'artiste, comme dans celles de nombre d'artistes, hommes ou femmes, ce seront les rencontres avec les bonnes personnes qui seront déterminantes. Dans sa vie personnelle, ce seront encore ses origines qui ne laisseront pas de le tourmenter.

 

Le lecteur se demandera finalement si tragédie et comédie ne vont pas bien ensemble. L'un des personnages, à regarder jouer Gustave, parlera même du paradoxe d'une souffrance heureuse. Et celui-ci, au moment où le lecteur ne s'y attendra pas, aura ce mot de la fin, qui suscitera les rires des autres:

 

Je suis drôle. 

 

Francis Richard

 

Je suis drôle, David Foenkinos, 192 pages, Gallimard

 

Livres précédents chez le même éditeur:

Les souvenirs (2011)

Je vais mieux (2013)

Charlotte (2014)

Le mystère Henri Pick (2016)

Vers la beauté (2018)

Deux soeurs (2019)

La famille Martin (2020)

Numéro deux (2022)

La vie heureuse (2024)

Tout le monde aime Clara (2025)

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18 avril 2026 6 18 /04 /avril /2026 22:55
Faunes urbaines, de Xochitl Borel

Faunes urbaines comprend trois opus en un volume. Les points communs entre eux? La présence d'un animal urbain, des personnages atypiques. Il n'y a que des liens ténus entre les trois; ils se lisent dans n'importe quel ordre.

 

Opus 1: L'année du chien

 

2018 est la dernière année du chien selon l'astrologie chinoise. L'histoire de cet opus se passe donc peut-être1 en 2017. Car, pour Louis, L'année du chien a commencé bien avant, avec une pâte cassée de surcroît.

 

Louis Gauthier, vieil étudiant, 30 ans, étudie la sécurité informatique. Il est à Milan, pour six mois encore, pour une recherche en labo liée à [sa] thèse de doctorat, quand, un 21 novembre, il écrase un chien sur la route.

 

Ce chien, sans laisse ni collier, appartient à un homme qui lui demande de l'argent en dédommagement, puis s'apprête à lui tirer une balle dans la cervelle. Louis l'en empêche. L'homme, dédommagé, le lui laisse.

 

Pour soigner le chien, Louis retourne en ville et se rend chez un vétérinaire. Lequel lui dit de le garder le temps que sa patte se remette sinon, en l'état, il sera directement euthanasié. Il en devient donc le maître.

 

Louis est le fils de deux professeurs ordinaires de linguistique. C'est un héritage pesant. C'est sans doute pourquoi il aime parler mal, dans le sens de commettre des erreurs pour faire tiquer ses interlocuteurs...

 

Il n'est pas non plus étonnant, après tout, que Louis, Suisse genevois, donne le nom de Saussure à son chien, en imaginant la tête que ferait son paternel s'il savait qu'il l'a baptisé du nom de son intellectuel fétiche.

 

Louis doit poursuivre sa recherche, trouver quelqu'un pour le garder. Ce sera Astrid qui vend des légumes au marché, au petit bedon sympathique2. En échange il devra passer pour son fiancé auprès de sa famille.

 

La présence de Saussou - le nom que lui donne Astrid - va bouleverser ses rapports avec les autres, à commencer par sa fiancée, Dahlia, puis sa mère, Béatrice3, enfin ses voisins Marco, le peintre, Glad, le musicien.

 

Rentré à Genève, huit mois passés en Italie, Louis fera le point sur ce qu'il en aura ramené, y retournera un autre 21 novembre, un an jour pour jour après la patte cassée de Saussure, ayant pressenti qui lui manquait...

 

Opus 2: Le temps des anoures

 

Suede, originaire d'Haïti, a deux enfants, Monica et Charly, fait des ménages, notamment dans un appartement de 160 mètres carrés, où se trouve un perroquet, qui ne pense qu'à fuir quand une fenêtre s'entrouvre.

 

Suede, surnommée Sioux, se prénomme ainsi, comme sa mère Ma', surnommée Bardot, et sa grand-mère Grand-Ma', surnommée Chinchilla, parce que, dans le passé, leurs ancêtres appartenaient à un maître suédois.

 

Monica, qui a échappé à la tradition, y accompagne sa mère, tandis que Charly est confié à la voisine de palier. Un jour, Mony ouvre la fenêtre. Le maudit perroquet s'échappe alors, se réfugie chez le type étrange. 

 

Un autre jour, Suede elle-même, pour aérer, ouvre la fenêtre. Ce jour-là elle a ses deux enfants avec elle, mais heureusement elle se dépêche de finir et de retransformer l'appartement en cage dorée pour l'oiseau.

 

Ce jour-là, Suede prend en auto-stop un type, Sam, qui lui demande ce qu'elle fait dans la vie, à qui elle raconte qu'elle est hôtesse de l'air... Plus tard, elle le revoit, dans un piètre état, à l'aéroport, où elle l'a conduit...

 

Sam, à qui le portefeuille a été volé, est tombé dans un guet-apens. Suede l'héberge. Il remarque qu'elle collectionne les revues sur les anoures et les amphibiens et apprend que ses profs l'écoutaient en parler.

 

Sam, qui ne connaît pas son père et n'a pu reconnaître son fils, apprend ainsi qu'ils sont deux, des hommes mariés, les pères de Monica et de Charly, et qu'ils n'ont pas divorcé pour elle, voulu même qu'elle avorte...

 

Au début de l'histoire, le lecteur a appris que Suede avait de la sympathie pour toutes les créatures de cette terre mais en dernier lieu pour les humains. À l'exception de Mony, de Charly, de ses frères et de ses parents. 

 

À cette liste elle ajoutait Charlène, sa nièce, qui en avait assez d'étudier, voulait être indépendante, avoir un peu d'argent pour faire ce qu'elle voulait... Désormais elle devra ajouter quelqu'un d'autre à cette liste... 

 

Quant au perroquet...

 

Opus 3: La patience du hérisson

 

La narratrice est avocate et s'appelle Gala. David l'a chargée de s'occuper du dossier Lehmann, du côté du plaignant, lequel demande l'abattage immédiat du cerisier de son voisin qui déborde sur son jardin.

 

Léon Lehmann est le fils du voisin, qui, sénile, croit que son arbre est une femme. Léon lui rend visite, après un long temps et suit les conseils de la gériopsychiatre: ne surtout pas alimenter le délire de son père.  

 

Gala est enceinte de Max. Elle l'annonce à sa mère, qu'elle appelle par son prénom, Denise. Comme elle en est à quatorze semaines, celle-ci est rassurée et lui dit: Quatorze c'est bien, les nausées sont finies.

 

Gala reçoit le voisin de Lehmann, un trentenaire, lui dit qu'elle est confiante, que l'on [a] toutes les chances [...] de gagner ce procès, mais il la félicite pour son bébé: Je me suis sentie nue, soudain, vraiment nue.

 

Après analyse psychiatrique, Lehmann a été jugé inapte. Léon se rendra seul au tribunal, sachant qu'il n'a aucune chance de gagner. Mais il dira son fait au voisin qui, depuis un an, ne laisse pas son père tranquille.

 

La femme de Léon a quitté le domicile familial. Il n'a rien vu venir, lui le roi du logis. Il est prêt à tout lui laisser, sauf leurs deux fils, Nicolas et Jean. Et elle est partie. Dans leur voiture. Emportant avec elle trois valises.

 

Le procès est reporté, Gala tombée malade. Agacée par ce que lui a dit Max, elle est sortie pendant trois heures alors qu'il pleuvait. Elle s'est assisse sur un banc, sous un abribus, où une femme l'a rejointe.

 

Cette femme a sorti d'un sac une bouteille de vin, l'a ouverte avec un tire-bouchon, s'est mise à boire au goulot, sans se cacher, sans se presser, s'est dirigée vers un buisson, où Gala découvrira... un hérisson.

 

Comme elles se rencontrent plusieurs fois, Gala et la femme s'entretiennent, d'abord avec méfiance de la part de cette dernière, puis, quand celle-ci doit partir, avec pour mission donnée à Gala de nourrir le hérisson...

 

Qu'il s'agisse de ce qu'il advient du cerisier ou du hérisson, l'auteure surprend le lecteur: le père Lehmann pourrait avoir eu raison dans sa folie et une petite fille fera rire Gala en lui parlant de son hérisson...

 

Francis Richard

 

1 - Un des mots préférés de Louis: Avec lui, on a la certitude de ne pas mentir.

2 - Le père biologique voulait qu'elle avorte

3 - Louis appelle sa mère par son prénom.

 

Faunes urbaines, Xochitl Borel, 264 pages, Les impliqués Éditeur

 

Livres précédents aux Éditions de l'Aire:

 

L'alphabet des anges (2014)

Les oies de l'Île Rousseau (2017)

Trognes (2024)

 

Livre illustré par Thierry Droz chez Dashbook:

 

Le siècle des couronnes (2022)

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14 avril 2026 2 14 /04 /avril /2026 19:10
Rêves d'azote, de Claire May

J'étais au bord de l'eau avec l'homme que j'aime et nous attendions un enfant qui ne venait pas. Mon utérus était vide, mais, heureusement, à la grâce d'hormones et d'aiguilles, six embryons patientaient sagement là-bas, dans un congélateur à Lausanne.

 

En ce mois de septembre 2023, la narratrice se trouve au bord de la Méditerranée, après un voyage dantesque de quatorze heures, avec son homme, Frédéric.

 

Tous deux ont emporté un livre sur la plage. Lui, Les frères Karamazov de Dostoïevski. Elle, Au bonheur des morts, de Vinciane Despret, acheté chez Payot.

 

Celle-ci, psychologue et philosophe des sciences belge, y raconte ce que les morts nous font faire. Si nous leur écrivons, ils sont notre matrice narrative.

 

C'est alors que l'idée de raconter leur infertilité a traversé l'esprit de la narratrice, infertilité qui les a conduits à recourir à la procréation médicalement assistée:

 

La science n'amène jamais de réponse singulière. Seul le futur s'en charge. Six embryons rêvaient aujourd'hui dans l'azote. L'un d'eux allait-il survivre à ma chaleur utérine? Je n'en savais rien. Le futur n'avait pas terminé son office.

 

La fréquentation des morts n'est pas inconnue de la narratrice. Elle est médecin. Elle a d'abord exercé dans un grand service d'urgences, celui du CHUV1:

 

L'hôpital était un monolithe, une verrue de béton dans les hauteurs de la ville, qui tolérait cette silhouette tristement angulaire, entre la haute cheminée d'une usine d'incinération et la flèche de la cathédrale.

 

Puis, quand elle et lui décidèrent de consulter, elle donna sa démission, sa pratique de la médecine exigeant une métamorphose. Ce serait la psychiatrie:

 

Si l'on travaille en psychiatrie, c'est que l'on a préféré l'esprit aux fonctions vitales. Mais on sait aussi que le désir du premier contrevient parfois au maintien des secondes...

 

En vacances, elle ne peut s'empêcher de penser à un patient, Monsieur A, dont on pouvait faire de multiples récits: la vérité n'est pas unique, mais plurielle...

 

La narratrice, influencée par sa lecture de Vinciane, dont elle parle à plusieurs reprises, s'interroge sur la vie et la mort, sur la filiation, sur la science, sur Dieu.

 

Ses patients à l'hôpital psychiatrique et sa lecture l'invitent ainsi à remarquer: Les regards portés sur la maladie et la mort ne sont pas étrangers l'un à l'autre.

 

Semblablement à ce que les morts font faire, la narratrice se demande ce que la FIV2 lui fait faire. Elle croit que celle-ci a renforcé son amour pour Frédéric.

 

Les livres? Sait-on ce que deviennent les livres? Ils enfantent.[...] Peut-être, se dit-elle, comme elle et Frédéric, tout comme elle, en écrivant le sien, ce récit. 

 

Francis Richard

 

1 - La description correspond au Centre Hospitalier Universitaire Vaudois, à Lausanne.

2 - Fécondation in vitro.

 

Rêves d'azote, Claire May, 192 pages, Hélice Hélas

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11 avril 2026 6 11 /04 /avril /2026 19:30
Elle, de Zaza Riachi Jabre

Quand elle a entendu le grondement, cet immense grondement dans toute la montagne, elle a levé la tête pour voir d'où il venait. Mais à peine avait-elle levé la tête qu'un énorme nuage blanc déferla sur elle.

 

Elle, c'est l'auteure, une survivante, qui raconte dans ce récit la chute, qu'elle fit, entraînée par une avalanche, et dont elle aurait pu ne pas réchapper:

 

Plus tard, on lui dira que ce furent trois cents mètres de dénivelé...

 

Si elle emploie la troisième personne, c'est peut-être pour prendre de la distance avec elle-même. En tout cas, le résultat est là: le lecteur comprend qu'il ne s'agit pas de tirer la couverture à elle, mais de témoigner.

 

Que faisait-elle en montagne? C'est son père qui l'a initiée:

 

Il l'aimait tant, la montagne, et c'est grâce à lui qu'elle l'aime, elle aussi: un amour qui lui vient de son amour pour lui. 

 

Le lecteur peut être surpris par son prénom. Elle répond à son interrogation: son père, exilé aux États-Unis, dans les années 1950, pour se spécialiser, sans revoir sa mère, avait choisi de lui donner à elle le prénom de sa mère, Zahia. Une transmission. Une décision sans appel.

 

Bien. Mais pourquoi Zaza? Sa mère à elle préféra l'appeler Zaza. Tout autant sans appel.

 

D'où venait cet amour du père pour la montagne? Du Liban, où il était retourné, études faites. C'était d'ailleurs un passionné de sport, été comme hiver.

 

Son père a écrit un livre, intitulé très simplement Ma vie1 : 

 

Elle aime le lire et le relire, en particulier les pages où il parle d'elle. Et maintenant elle écrit ce livre, pour parler de lui, pour échanger avec lui.

 

Le Liban? L'été de ses quinze ans, la guerre faisait rage dans le pays. Ce qui permet au lecteur d'apprendre que Zaza est née au début des années 1960... et qu'elle a connu alors un autre grondement, celui des bombardements, venus d'en-haut.

 

Aujourd'hui encore elle ne comprend toujours pas le pourquoi de cette guerre2:

 

Il n'y eut finalement ni vainqueur, ni vaincu. Il y eut la guerre et la mort.

 

Les vies du père et de la fille sont tellement liées que c'est lui qui l'opérera à Beyrouth, à plus de soixante-quinze ans, quand, à la suite de sa chute, furent constatées de multiples fractures compliquées à l'une de ses jambes.

 

Le lecteur n'est pas au bout de ses surprises. Il découvrira comment Zaza, puisque Zaza il y a, sait devenir autre, c'est-à-dire surmonter cette épreuve, celles passées et à venir, par l'ascension:

 

  • L'art, une ascension. Telle l'ascension de la montagne. Une montagne d'art. Une ascension vers la beauté.

 

  • L'ascension est une pratique spirituelle et elle vit le carême comme une ascension:

 

Croyante, pratiquante, elle entretient avec la Vierge une relation particulière qu'elle n'arrive pas à définir avec précision, alors même qu'elle la vit au quotidien.

 

Cela ne veut évidemment pas dire qu'elle n'ait pas peur de perdre au jeu de la vie - de perdre la vie. Alors cette femme mariée, et mère de quatre enfants, s'encourage: 

 

Il faut monter encore.

 

Francis Richard

 

1 - Une petite recherche sur la Toile permet d'apprendre que ce livre d'Émile Riachi (1926-2014) est paru en 2008.

2 - La guerre actuelle en est, hélas, une répétition.

 

Elle, Zaza Riachi Jabre, 64 pages, BSN Press

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10 avril 2026 5 10 /04 /avril /2026 17:50
Ils vécurent heureux, de Jacques-Étienne Bovard

Ce roman de Jacques-Étienne Bovard aurait pu s'appeler Un été 2082. On ne peut pas dire qu'il annonce un avenir radieux. D'aucuns diront donc qu'il s'agit d'une dystopie.

 

Mais, commençons par le commencement. Zénon Denolieu se rend chez un médecin, le docteur d'Argy, le 17 juin de 2082, cette année fatidique. Il vient pour guérir de son mal:

 

- L'hyperbolie des élans vitaux que vous présentez est rare à ce stade, mais ne constitue pas une pathologie, lui dit le Dr Roman d'Argy.

 

Oui, mais cela lui vaut d'être assujetti à la HappTax, taxe, en faveur des défavorisés, sur les plaisirs particuliers et l'état de bonheur général, mesurée par une sonde dans la moelle.

 

Il n'existe pas de solution chimique acceptable pour son problème. Aussi lui est-il prescrit un seul remède: Écrire à volonté, pour atténuer l'intensité de ses émotions et sensations.

 

Le docteur d'Argy suggère, de plus, pour que soit également lissé le coefficient de General Happiness de Madame - Eva Denolieu -, que celle-ci pratique de même de son côté. 

 

Zénon est violoniste, spécialiste de Paganini. Eva est Learning Animator à Knowledge Garden, c'est-à-dire qu'elle transmet aux jeunes son amour des maths et de la physique.

 

Ils vécurent heureux est le livre en cinq mouvements de la tentative de Zénon de l'être un peu moins avec Eva pour ne pas être trop taxés, et d'échapper à d'autres joyeusetés.

 

Parmi ces joyeusetés, il y a l'omniprésence de l'État obèse, sous la forme de normes, de taxes, de bureaucraties, de contrôles, et la dénonciation des makarioï 1 que tous deux sont. 

 

La Suisse romande est ainsi devenue ValVauGe Maxicounty, la Confédération, SwissFed. Car cette époque des rescapés du RNH3 se caractérise par l'usage généralisé du panglais.

 

Zénon, lui, emploie l'italien musical, métier oblige, et adresse ses écrits, destinés à résoudre son problème, à Achille. Achille? Son jumeau qui n'a pas survécu à l'atterrissage.

 

Eva a hérité d'une ferme à Praz Magnoux et des ennuis étatiques qui vont avec. Zénon est mis en demeure, s'il veut rester au Filarmonic Orchestra, de s'occuper de Kleber Laufuss.

 

Kleber Laufuss? Vingt-trois ans, dyspraxique, dyslexique, hyperanxieux etc. Zénon sera donc son mentor pour qu'enfin il obtienne son Entry Approval au Filarmonic Orchestra.

 

Parallèlement Zénon prépare le Concorso à Genova, au cours duquel il devra tirer au sort et jouer trois des 24 Caprices de Paganini, puis deux autres oeuvres de Paganini, etc.

 

Pour être le Primo Premio et avoir le privilège de jouer avec l'instrument du Maestro, Zénon, le 7 juillet, décrit, en termes galants, toute l'ampleur de la tâche qu'il a à accomplir: 

 

Juste la face nord de l'Eiger, en solitaire et costume de bain, le Léman à la nage dans le sens de la longueur, L'Odyssée entière par coeur - dans même plus trois mois.

 

Les choses ne se passent pas du tout comme prévues, ni pour les différents prétendants de l'État qui auraient bien voulu s'accaparer l'héritage d'Eva en son absence, ni pour lui:

 

Pénélope et Ulysse ont gagné.  

 

Francis Richard

 

1 - Bienheureux, en grec.

 

Ils vécurent heureux, de Jacques-Étienne Bovard, 280 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livres précédents chez le même éditeur:

La cour des grands (2010)

Passé sous silence (2024)

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7 avril 2026 2 07 /04 /avril /2026 22:55
Le coeur lourd, d'Alain Finkielkraut

Vincent Trémolet de Villers a eu le privilège de s'entretenir à plusieurs reprises avec Alain Finkielkraut: Ce livre est le fruit de ces entretiens. Ils se sont déroulés sans certitude d'être publiés.

 

Comme le dit le journaliste du Figaro dans sa préface, les pages que le lecteur découvrira sont des pages tourmentées, poignantes, fascinantes.

 

La France de l'enfance d'Alain Finkielkraut est celle que j'ai connue - il est de deux ans mon aîné. Parmi les exemples qu'il donne, je n'en retiendrai que trois, qui se suivent, même s'il faudrait tous les citer: 

C'était tous les ans l'étude d'une pièce de Molière, d'une pièce de Corneille et d'une pièce de Racine.

C'était un pays qui ne se demandait pas ce qu'il allait devenir.

C'était l'antisémitisme résiduel.

 

De parents juifs, rescapés de la Shoah, il confie: Je me suis senti devenir français quand j'ai vu la France, au moment même où elle changeait de visage, se dépouiller rageusement d'elle-même.

 

Plus loin, il précise: Me sentir français, c'est en étrange pays dans mon pays lui-même, avoir la nostalgie de la France.

 

Plus loin encore, il ajoute: Je suis français par la montagne Sainte-Victoire, la basilique de Vézelay, l'église romane de Saint-Léon-sur-Vézère, les paysages de Dordogne, le col du Ventoux, les vaches normandes, le cimetière de Loumarin où repose Albert Camus, mais aussi par la place de la Concorde illuminée la nuit...

 

Pour Alain Finkielkraut, enracinement n'est pas un gros mot: Malgré Barrès et grâce à Simone Weil, le mot d'"enracinement" ne me fait pas peur.

 

D'ailleurs il en donne la confirmation en disant: Je suis enraciné dans la langue française. C'est pourquoi, Juif polonais, né en France et naturalisé à un an, il est inconsolable de voir cette terre nourricière s'effriter et, même, s'effondrer.

 

Au cours de ces entretiens, Alain Finkielkraut parle des animaux et cite Winston Churchill: Les chiens vous regardent d'en bas, les chats vous regardent de haut. Donnez-moi un cochon! Il vous regarde dans les yeux et vous traite en égal.

 

Alain Finkielkraut n'a pas de goût pour l'affrontement - il aime les réconciliations - mais il trouve trop facile de dénoncer la société du spectacle en évitant, pour ne fâcher personne, de dénoncer ceux qui l'incarnent.

 

Vincent Trémollet de Villers l'interroge, entre autres, sur l'immigration:

Avec l'opposition des dominants et des dominés qui succédait dans la gauche intellectuelle à la lutte des classes, on a constitué les islamistes en malheureux et on a qualifié d'islamophobes, c'est-à-dire de racistes, tous ceux qui regardaient en face la réalité de ce choc de civilisations.

 

Sur les évolutions sociétales:

Je rends grâce à l'égalité des conditions qu'elle ne soit plus d'actualité.

Mais:

Le grand parcours de l'émancipation, inauguré à la Renaissance, trouve son achèvement dans la mise en examen de la culture, c'est-à-dire de l'esprit même de la Renaissance.

 

Sur la gauche:

J'ai surtout vu la gauche abandonner une à une ses causes les plus chères: la laïcité, l'école, le droit à la sûreté et, pour ne pas faire le jeu de l'extrême-droite, la nation, ce bien de ceux qui n'ont rien, comme disait Jaurès. [...] C'est parce que je suis de gauche que je ne suis plus de gauche.

Il se dit:

  • conservateur, c'est-à-dire pour l'écologie intégrale: sauver la terre mais aussi la langue, la culture, la transmission, la beauté du monde;
  • libéral, c'est-à-dire pour l'initiative individuelle et la concurrence;
  • socialiste, c'est-à-dire pour que le marché ne règne pas en maître sur tous les secteurs d'activité;
  • mais pas progressiste: pour autant, il n'est pas réactionnaire, il est catastrophé.

 

Sur Israël:

  • Le Grand Israël est le pendant juif de la charte du Hamas.1
  • L'État juif parce qu'il est juif vit sous le regard du monde entier.
  • Israël est un rêve extravagant qui a pris corps. C'est une construction et une renaissance. C'est un refuge dangereux. C'est un réconfort et une source de tourments. C'est une fierté malheureuse. C'est un miracle en grand péril, extérieur et intérieur.
  • À force d'invoquer Auschwitz, on ne sait plus ce qui s'est passé à Auschwitz. À force d'en appeler à la compassion, on ne voit pas la différence entre une guerre meurtrière et l'extermination méthodique d'un peuple.

 

Sur l'antisémitisme:

  • La mémoire qui a vaincu l'oubli ne protège plus les Juifs de l'antisémitisme. La volonté de ne jamais oublier s'est retournée contre eux. Pour empêcher le retour de la Bête immonde, on a vu récemment se constituer un front républicain grâce auquel un antisémitisme débridé prospère à l'Assemblée nationale.
  • L'antisémitisme qui sévit aujourd'hui sur le Vieux Continent est un antisémitisme d'importation2. Rima Hassan et Houria Bouteldja ne sont pas les héritières de Maurras. Elles sont les porte-parole de la "nouvelle France" sur laquelle la gauche radicale compte pour accéder un jour au pouvoir.

 

Sur l'antisionisme:

  • L'antisionisme n'est pas, et n'a jamais été, la critique de la politique israélienne. Il est l'hostilité déclarée à l'existence de l'État d'Israël...

 

Il n'est pas de ceux qui, parmi les Juifs, prennent le prétexte de la nouvelle démonisation d'Israël pour disqualifier comme antisémite toute critique de la politique israélienne:

Pour la première fois de notre histoire, nous devons faire face à la haine sans avoir la consolation de l'innocence. C'est cela, le coeur lourd.

 

Francis Richard

 

1 - Une confédération jordano-palestinienne est sans doute plus sensée qu'un État palestinien coincé entre Israël et la Jordanie. Mais dans tous les cas de figure, c'est la séparation qui s'impose.

2 - Ce n'est pas une importation du conflit israélo-palestinien, mais une importation du 7 octobre.

 

Le coeur lourd, Alain Finkielkraut, 176 pages, Gallimard

 

Livres de l'auteur précédemment chroniqués:

 

Chez Stock:

L'identité malheureuse (2013)

La seule exactitude (2015)

 

Chez Gallimard:

À la première personne (2019)

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3 avril 2026 5 03 /04 /avril /2026 18:30
L'appartement de marbre, de Anna Ruchat

Au début des années quatre-vingt, un jour de la fin du mois de juin, une fille très pauvre et encore très jeune et sauvage fut convoquée dans une ville de Suisse alémanique pour un entretien d'embauche.

 

Cette jeune fille, indépendante, s'appelle Teresa. Elle a dix-huit ans. Elle vient d'une région italienne frontalière avec la Suisse. Par l'entremise d'un architecte qui emploie son père comme maçon, elle est reçue par une famille de Zurich à la recherche d'une fille au pair. 

 

La famille est composée de Maria, archéologue, de Bruno, médecin, et de deux enfants en bas âge, Giovanni et Pietro. Ils habitent L'appartement de marbre, auquel on accède par un ascenseur, dont un étroit escalier suit le pourtour. Le cabinet de Bruno est au même étage.

 

Si Teresa est embauchée, elle occupera la chambre d'Esther, la première enfant de Maria, laquelle est partie pour l'Allemagne, où elle suit des études, et ne revient pas souvent. Les garçons ne veulent pas la laisser repartir. Un mois et demi plus tard, elle revient à Zurich:

 

Ce qui frappa le plus Teresa durant ces premiers jours dans la famille Marchesini, ce n'était pas tant le comportement des personnes en elles-mêmes que ce mélange de luxe, d'élégance et de négligence dont elle comprit par la suite qu'il était très répandu parmi les collègues et les amis des parents.

 

À ce moment-là Teresa aurait dû croiser Esther, mais elle est repartie. Elle n'est pas chez les voisins de l'étage en-dessous, Christof et Gertrud Meili, sans enfants, qui se font toujours un plaisir d'accueillir ceux de Maria, lesquels aiment aller chez eux, peut-être trop.

 

Maria et Bruno Marchesini sont très occupés. Teresa a beaucoup à faire. Ainsi aide-t-elle en cuisine à la Krippe italienne où Giovanni et Pietro sont scolarisés. Le soir elle leur donne le bain, leur fait à dîner, parfois les met au lit. Elle a du mal à suivre ses cours d'allemand.

 

Esther a le même âge que Teresa. Maria lui parle d'elle pour qu'elle ne soit pas surprise quand elle la rencontrera. Car elle n'a pas eu la chance de grandir comme Giovanni et Pietro avec un papa et une maman. Le lecteur en apprendra plus en lisant les carnets de Maria...

 

Car le récit se compose d'extraits des carnets de Maria (remplis sur une longue période, de 1976 à 2015, dans lesquels elle s'adresse à son premier homme puis au second), de chapitres purement narratifs, et, plus tard, de témoignages de Giovanni, de Pietro et de Teresa.

 

Le trouble qu'éprouve le lecteur tout au long du récit ne sera pas complètement dissipé quand quelques coins du voile qui recouvre les relations entre les différents protagonistes seront levés. Esther, devenue proche de Teresa, apparaissant comme la clé de cette histoire... 

 

Francis Richard

 

L'appartement de marbre, Anna Ruchat, 208 pages, Zoé (traduit de l'italien par Véronique Volpato)

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1 avril 2026 3 01 /04 /avril /2026 19:00
Rire ou sombrer - Ce que la brume sait de moi, de Élodie Perrelet

Le plafond défile. Les néons m'agressent avec l'acharnement d'un écrivain raté: toujours trop, jamais bien. C'est peut-être ça la fameuse lumière au bout du tunnel - version hôpital public.

 

Élodie Perrelet met tout de suite le lecteur dans l'ambiance. Il n'est pas au bout de sa peine... pour elle. Car ce qu'elle a vécu, c'est l'enfer, qui comporte ici trois niveaux.

 

Son récit commence ainsi par l'hôpital public, le tumulte. Il se poursuit par la clinique privée, le silence. Il se termine par une clinique du juste milieu, où elle respire mieux.

 

Que lui est-il arrivé? Petit à petit, le lecteur l'apprend. D'abord par des indices comme l'administration d'une substance, un calmant ou un anesthésiant, et les médicaments.

 

Puis l'adjectif qui explicite le titre, où le verbe sombrer prend tout son sens: l'hôpital du début où elle s'est trouvée est psychiatrique. Le temps n'y est pas le même que dehors.

 

Enfin le diagnostic qui lui a été porté: Je me demande si je suis vraiment bipolaire. Le mot tourne dans ma tête comme une chanson idiote. Deux pôles, deux faces, deux moi:

 

Peut-être que je suis juste trop humaine.

 

Dans son récit, sa mère joue un grand rôle. Élodie pense à elle, demande souvent à la voir. N'appelle-ton pas sa mère quand on croit être, ou que l'on est, en fin de vie?

 

À l'hôpital, sa mère finit donc par lui rendre visite. Elle se veut apaisante, mais tout ce qu'elle peut lui dire l'agace. Pourtant sa mère vient désormais la voir tous les jours.

 

Quand on lui annonce, un matin, qu'elle est prête à sortir et qu'elle ne le sent pas, sa mère est là pour l'encourager, et sa voix est un ancrage dans un monde qui vacillait.

 

Ce retour chez elle, au huitième étage d'un immeuble, l'éteint: Ma mère, ce radar affectif calibré pour repérer mes effondrements finit par capter l'ampleur du désastre.

 

Pour la sauver, sa mère, dont l'amour maternel est démesuré, lui offre alors, pour la requinquer, un séjour dans une clinique de luxe, ce qu'elle accepte, avec résignation chic. 

 

Toute bonne chose a une fin, et le porte-monnaie de sa mère aussi. Après avoir craquée et s'être réparée en compagnie de deux autres jeunes femmes, elle rentre au 8e étage.

 

Le jour de ses quarante ans, elle se rend compte que toutes ses années n'ont été supportables que grâce à sa mère. Toutes deux font alors une escapade en Franche-Comté.

 

Élodie rechute. Elle se retrouve à l'hôpital. Sa mère ne l'abandonne pas, ne lui reproche rien. Elle est là. Encore et toujours. Cette fois le retour est le bon. Elle part, seule, loin.

 

Au bord d'une route indonésienne, dans le silence, elle comprend que tout ce qu'elle a vécu n'aura pas été vain: Une pensée simple se lève avec le jour: je suis libre, j'existe.

 

Le lecteur, rasséréné, convaincu avec l'auteure que tout a tenu ensemble, et que cela peut durer, se remémore quelques piques, qui la dépeignent, relevées au fil de sa lecture...

 

Francis Richard

 

Rire ou sombrer - Ce que la brume sait de moi, Élodie Perrelet, 112 pages, BSN Press

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31 mars 2026 2 31 /03 /mars /2026 17:12
La femme qui inventa l'amour, d'Alexandre Jardin

Pourquoi devient-on extraordinaire quand on aime? Parce que l'Amour absolu, cet enthousiasme poétique qui dissout nos limites, fut découvert dans l'Antiquité chinoise par une femme. Dans un monde sans amour, encore endormi, mais au bord de cette découverte, cette princesse du XIIIe siècle avant J.C. eut le génie d'éprouver des émotions inconnues, non calibrées, et de les nommer.

 

Est-ce un mythe ou une réalité? Peu importe. Vraiment. Alexandre Jardin ne se prononce d'ailleurs pas. L'important est de faire partie des Réveillés qui savent que cette invention, propre à l'humanité, lui aura fait accomplir de grandes choses, des choses extraordinaires, folles, comme l'est la vie.

 

Dans le royaume himalayen du Quinghai, à Xining, la princesse Xi observe un oiseau-jardinier qui s'est installé sur sa terrasse pour construire, jour après jour, un étrange pavillon. Il le crée pour sa femelle, qui vient, part, revient. Quand elle consent à y pénétrer, il danse: il a gagné son coeur.

 

Dans le royaume himalayen du Quinghai, à Xining, la princesse Xi voit, par sa fenêtre, l'aristocrate Cheng passer sur un fil. Le funambule se dérobe ainsi par la voie des airs aux hommes lancés à sa poursuite par le général Kong, à qui, simple soldat, il a répondu avec impertinence, en s'amusant:

 

Elle seule devine la nature profonde de cet homme sans que son coeur la saisisse complètement. [...] Si son coeur piaffe, elle ne sait pas encore que la vérité abyssale de toute personne réside dans ce qui échappe encore aux habitants de l'ancienne Chine: l'émotion personnelle, l'éveil du coeur.

 

À sept ans, avec la complicité de sa nounou, elle a triché, envoyé, à sa place, une fillette des glaciers qui lui ressemblait suivre le rituel du Renoncement à l'enfant intérieur. Aussi a-t-elle grandi avec la conviction muette que l'enfance est un poème salvateur qui ne finit jamais si l'on en prend soin.

 

À vingt-huit ans, Xi sait bien que, quand son père, le roi, mourra, elle sera mise à mort en vertu d'un autre rituel, funéraire celui-là, selon lequel la cour et l'entourage immédiat du défunt doivent être conservés à ses côtés après le grand début du trépas: Le coeur individuel est tenu pour négligeable.

 

Xi tient en piètre estime son demi-frère Kong, qui est l'héritier hélas désigné. Comme elle n'a pas sa langue dans sa poche, elle le dit tout de go à son père sur le point de rejoindre les ancêtres de la dynastie des Dragons célestes: Père, vous n'étiez pas obligé de choisir le plus méchant d'entre nous.

 

Un petit matin, elle voit Cheng sortir un large pinceau et écrire de la poésie pure sur les murs des bâtiments du port lacustre à l'insu de tous. Cette poésie, toute d'intimité et d'affirmation brutale de soi, s'adresse à elle. Un sentiment inconnu, très énigmatique s'empare d'elle, le bonheur d'un Éveil. 

 

Ils se revoient. L'enfant en eux se délivre et part à la conquête de l'autre. Ils jouent. Ils brisent les règles. Xi devient un monde entier pour Cheng. Et Cheng pour elle. Le sentiment qu'ils éprouvent l'un pour l'autre leur donne de l'énergie. Il ne reste plus qu'à le nommer, par un simple mot, bref.

 

Xi rencontre Moko, une ermite-voyante, qui lui suggère le mot Amour, c'est-à-dire le nom du plus haut sommet de Quinghai: Ce pic - plus haut que l'Everest actuel - désigne en langue courante le maximum du réel sur la Terre. En acceptant la fréquence de ce mot, elle ne sera plus jamais séparée de la vie. 

 

Inspirée, Xi poétise: Il n'y a qu'un seul bonheur dans cette vie, c'est d'aimer et d'être aimé. S'écoutant, elle crée le kanji qu'elle nomme "Amour": Treize coups brefs, instinctifs, capture le rayonnement du mot himalayesque. Pas moins de treize, car ce sentiment est construit, riche et complexe.

 

L'histoire ne s'arrête évidemment pas là. Dès lors l'Amour change le monde, à commencer par le royaume de Quinghai, puis tout l'Empire. Moko en avait prévenu Xi: On peut faire beaucoup avec la haine, encore plus avec l'amour. Après bien des tribulations, il semblerait, las, qu'il n'en reste rien:

 

Rien? Non, l'idée de l'amour rêve dans les coeurs désormais. Les oiseaux-jardiniers continuent de bâtir des nids. Le kanji signifiant "Amour" reparaîtra des siècles plus tard après une ère d'oubli. Il ne cessera de rêver en nous. Un kanji ne meurt jamais.

 

Francis Richard

 

La femme qui inventa l'amour, Alexandre Jardin, 320 pages, Michel Lafon

 

Livres précédemment chroniqués:

 

Laissez-nous faire!, Robert Laffont (2015)

Le roman vrai d'Alexandre, Éditions de l'Observatoire (2019)

Française, Albin Michel (2020)

Frères, Albin Michel (2023)

Les #gueux, Michel Lafon (2025)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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