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15 juin 2023 4 15 /06 /juin /2023 22:15
Une disparition, de Daniel Bernard

Je suis perdue. Ne me rappelle plus. Je t'embrasse. N.

 

C'est par ce petit texte envoyé à son téléphone portable que Tatsuya apprend que sa compagne Natsumi rompt avec lui: ils avaient rendez-vous ce jour de juillet 2015, à 14 heures, devant le temple d'Asakusa à Tokyo.

 

Le soir même, à 22 heures, Tatsuya se rend au poste de police de ce quartier et demande conseil à son chef, Akira Sano. S'agit-il d'Une disparition? Au lieu de s'apitoyer, le policier expérimenté le fait mettre à l'ombre:

 

Ne disait-on pas que dans 80% des disparitions inquiétantes, celui qui vient en faire part est suspect, et que dans 80% des cas, de nouveau, c'est le coupable lui-même qui vient se confesser.

 

En réalité Natsumi Nakajima a disparu volontairement, comme elle en a eu le projet depuis très longtemps et en a discuté avec son double. En fait plutôt que de parler de  disparition, il faudrait parler d'évaporation.

 

Dans sa vie, il y a déjà eu deux disparitions, celle de son arrière-grand-père qui, en 1941, n'est jamais revenu de sa mission sur Pearl Harbor, et celle de ses parents qui, en 2011, ont été portés disparus à Fukushima.

 

Le plus curieux dans l'évaporation de Natsumi est qu'elle a dit adieu à son passé le jour même où elle a obtenu son diplôme de pilote de locomotive de Shinkansen, le train à très grande vitesse des Japan Railways.

 

À la décharge de Natsumi, son compagnon, Tatsuya, un horloger-réparateur, n'est qu'un employé modeste aux petites ambitions, même s'il rêve de créer une montre qui ne verra jamais le jour par manque d'inventivité.

 

Tatsuya est relâché au bout de quelques mois, faute de preuves de sa responsabilité dans la disparition de Natsumi. Qui vit désormais sous une autre identité, celle d'une journaliste, Nana Nogushi, spécialiste des trains.

 

Les années passent. Akira, qui a été promu, a emporté avec lui le dossier de la fugitive. Celle-ci rencontre fortuitement Tatsuya aux bras d'une femme dont elle ignore qu'elle est sa collègue Yumi et qui paraît bien enceinte:

 

Natsumi écrirait une lettre à Tatsuya. Quelle lettre? Une lettre de repentir? Jamais de la vie! Une lettre d'excuses? En tout cas pas.

 

Cette lettre, Natsumi l'envoie à Tatsuya. Qui s'empresse de la communiquer à Akira, ayant tous deux la certitude qu'elle provient bien de Natsumi, bien que les traits saillants de cette lettre soient pour le moins surprenants:

 

J'ai honte, mon amour, hazukashii, mais je devais changer les mouvements des aiguilles de ma vie. Un jour peut-être nous retrouverons-nous. J'ai sans doute brisé ta vie sans le vouloir. Ne m'en veux pas. J'ai changé de vie, de monde. Me retrouveras-tu un jour? Me pardonneras-tu? N.

 

L'enquête, compliquée, est relancée par Akira qui en fait une affaire de plus en plus personnelle. Il n'est pas sûr que Tatsuya en soit dupe. Quant à Natsumi, c'est peut-être l'occasion de ne faire plus qu'une avec son double... 

 

Francis Richard

 

Une disparition, Daniel Bernard, 288 pages, Favre (Prix du polar romand 2023)

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5 juin 2023 1 05 /06 /juin /2023 16:45
Witch Hunt, d'Olivia Gerig

La femme n'ignorait pas cette légende. Née dans la région, elle connaissait la mauvaise réputation du lieu et c'était d'ailleurs pour cette raison qu'elle s'y rendait. Elle était sûre de ne pas survivre si elle enjambait la barrière et se précipitait dans le vide.

 

Le roman d'Olivia Gerig commence par le suicide, le 23 mars 1986, d'une femme qui se jette dans l'abîme depuis le pont du Diable qui relie les deux hameaux de Saint-Gervais en Haute-Savoie, achevé le 23 mars 1876 grâce à une ruse faite au diable.

 

Trente plus tard, le 22 mars 2016, alors qu'un mariage doit être célébré au Château Saint-Michel d'Avully, à Brenthonne, une découverte macabre y est faite. Les cadavres d'une fille et d'un garçon, asphyxiés, sont trouvés sur deux bûchers laissés intacts.

 

Le même jour, Elias, un ado accro à un jeu en ligne, se voit sommé de se rendre à minuit à l'endroit indiqué au niveau le plus élevé de ce jeu intitulé Witch Hunt 1, un effrayant sanatorium désaffecté qu'il connaît bien. S'il n'est pas ponctuel, il est mort...

 

La capitaine Aurore Pellet, de la PJ d'Annecy, doit renforcer les équipes de Thonon et mener l'enquête sur le double meurtre. Cela tombe mal parce que son amant Jules, policier parisien, doit la rejoindre pour dîner ce soir-là avec quatre autres convives. 

 

Sa collègue, spécialiste des réseaux sociaux, Marion Lefort, sera en appui au commissariat d'Annecy. Sur place, au château, trois siècles plus tôt, des sorcières ont été brûlées après avoir été pendues, victimes de leur différence avec la pensée dominante.

 

À ces éléments s'ajoutent les faits que les deux victimes identifiées appartiennent à des milieux favorisés et qu'une recherche effectuée par Marion Lefort sur les réseaux sociaux a permis d'apprendre que la jeune fille assassinée a été harcelée au lycée.

 

Bien sûr, les réponses aux questions qui? pourquoi? comment? ne sont données qu'à la fin par l'auteure, non sans que d'autres découvertes macabres interviennent entre-temps. Si crimes atroces et criminels sont de tous temps, les techniques évoluent:

 

Les technologies de l'information sont des armes presque aussi dangereuses que les armes à feu. Elles détruisent, elles mettent à l'honneur, puis anéantissent, permettent de contrôler et de dominer plus rapidement et efficacement.  

 

Francis Richard

 

1 - En français, la chasse aux sorcières...

 

Witch Hunt, Olivia Gerig, 496 pages, Les Éditions Romann

 

Livre précédent à Gore des Alpes:

Buffet de campagne (2022)

 

Livres précédents à L'Âge d'Homme:

Le Mage Noir (2018)

Les ravines de sang (2020)

 

Livres précédents chez Encre Fraîche:

Impasse khmère (2016)

L'Ogre du Salève (2014)

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2 juin 2023 5 02 /06 /juin /2023 22:55
Un été avec Jankélévitch, de Cynthia Fleury

Du 4 juillet 2022 au 26 août 2022, du lundi au vendredi à 7h54, sur France Inter, Cynthia Fleury a passé Un été avec Jankélévitch:

 

D’origine juive et russe, il est le philosophe de toutes les variations de la vie : le charme du «je ne sais quoi» du printemps, l’irréversible de la barbarie historique et l’impossible pardon envers les peuples tortionnaires, la nécessité du courage, de l’engagement éthique et politique, le plaisir ineffable de la musique. Un penseur de l’humour et du sérieux.

 

Le livre contient bien toutes les émissions radiophoniques de l'été 2022, mais celles-ci n'y apparaissent pas dans le même ordre. L'auteure les a en effet regroupées en quatre grands thèmes. Cet agencement permet de se faire une idée du philosophe subtil, donne envie de le lire ou de le relire, nourrit la réflexion.

 

LE PENSEUR DU TEMPS

 

La philosophie ne sert à rien, disait Jankélévitch. Ce qui ne veut pas dire qu'elle est inutile, puisqu'elle permet d'affronter la mort, de surmonter l'angoisse de la mort.

 

La philosophie n'apprend pas à mourir, car on ne peut apprendre d'une chose que si elle est reproductible, ce qui n'est pas le cas de la mort.

 

Le philosophe conjugue celle-ci:

- au futur, à la première personne, la sienne;

- au présent et au passé, à la deuxième personne, celle de l'autre, et à la troisième personne, celle de tous les jours, abstraite et anonyme.

 

Pour dire l'irréversibilité de l'instant, qui fait penser à la naissance et à la mort, Jankélévitch a inventé un mot, primultime: c'est l'instant mort-né, le presque rien, le presque-quelque chose en attente de surgissement, l'apparition disparaissante.

 

Pour le philosophe, la nostalgie, c'est la conscience de l'irréversibilité du temps.

 

Pour lui, l'ennui est l'antithèse de la générosité. L'homme qui s'ennuie est indigne, alors que le monde est en peine, qu'il y a tant à faire, à transformer.

 

À la suite de Henri Bergson, il dit que "Le temps est l'essence de l'homme", que l'homme est "un animal temporel" qui doit prendre le temps à l'endroit, c'est-à-dire "ne pas regarder en arrière" afin de pas être rendu immobile, et esclave.

 

LE PENSEUR DES VERTUS ET DE L'AMOUR

 

Parmi les penseurs dont Jankélévitch est l'héritier, il y a Baltasar Gracián, qui est le théoricien de l'apparence, celle qui trompe bien sûr, mais aussi, et surtout, celle qui confirme la présence de quelque chose, justement d'un je-ne-sais-quoi.

 

Jankélévitch considère que l'humour est supérieur à l'ironie. Il a permis aux Juifs "de déjouer les persécuteurs" tout en se moquant d'eux-mêmes, ce qui leur a évité de substituer une autre idole à "une idole renversée, démasquée, exorcisée"

 

Jankélévitch refuse le purisme moral: Oui, le mensonge existe, et il est déplorable, à dénoncer, mais il peut avoir les allures de la vérité en place, celle du pouvoir et de l'occupant.

 

Jankélévitch fait du courage la vertu cardinale, celle qui rend possible les autres vertus. Mais on ne conjugue pas le courage au passé. C'est toujours du présent.

 

Si Jankélévitch refuse le purisme moral, la pureté est possible si elle est un presque-rien, et non un tout: il ira du côté de l'amour, la seule pureté viable pour l'homme. [...] L'amour n'est nullement qu'un sentiment, c'est l'autre nom de la morale:

 

"Si claires que soient les raisons d'aimer, on n'aime que dans la nuit du discours."

 

La philosophie morale de Jankélévitch se caractérise par le sérieux, qui est l'inverse du dogme: C'est un rapport au temps, à l'irréversibilité du temps, à l'instant qu'il faut saisir pour en faire un événement de responsabilité.

 

Jankélévitch consacre des pages notamment:

- à la gratitude: la donation enrichit et celui qui reçoit et celui qui donne, miraculeusement

- à la justice: il faudra la bonté, et l'équité pour la rendre moins terrible et plus humaine,

- au plaisir: ce qui l'intéresse, ce n'est pas l'aller simple vers l'enfer, mais plutôt celui vers la grâce,

- à l'amitié: elle est à jamais du côté de la vigilance et c'est là toute sa grâce, du côté indéfectible de la joie.

 

LA PHILOSOPHIE INDISSOCIABLE DE LA MUSIQUE

 

Vous voulez définir la philosophie de Jankélévitch: jouez du Liszt ou du Debussy.

 

Alors que la virtuosité de Liszt pourrait être rédhibitoire, elle signe ce qu'il nomme "la profondeur paradoxale de l'apparence", autrement dit l'apparaître mène à l'être, à l'essence des choses.

 

Grâce à Ravel, Jankélévitch affine sa philosophie morale en y ajoutant la question de l'hédonisme, de la sincérité du plaisir, cette cohérence qui peut exister à de rares occasions, entre le plaisir et sa validité, le plaisir juste et non pas honteux.

 

Fauré ? En [...] écoutant [sa musique], en cherchant à la penser, c'est à la fois sa métaphysique et sa morale qu'il définit, et plus simplement la vie de l'homme, sérieuse et superficielle, bouleversante et frivole, entre imposture et grâce.

 

En écoutant Les Pas sur la neige de Debussy, c'est encore le "je-ne-sais-quoi" et le "presque-rien" que l'on entend ici. On croit entendre l'immobilité, mais c'est le mouvement en soi, le mouvement sans le promeneur.

 

Lorsque [Jankélévitch] veut dire quelque chose du je-ne-sais-quoi sans passer par les images, c'est vers la musique qu'il se tourne, celle de Gabriel Fauré ou de Debussy.

 

LE PENSEUR DE L'ENGAGEMENT ET DE L'HISTOIRE

 

Pour Jankélévitch, la philosophie, c'est d'abord dire non, contester. Il n'est pas étonnant qu'il ait reconnu à Mai 1968 sa part essentielle: la contestation.

 

Pour ce qui de l'Histoire, après la Deuxième Guerre mondiale, une notion prend chez lui de l'ampleur bien au-delà de la seule dimension juridique: l'imprescriptible.

 

L'imprescriptible, c'est la vie de l'Histoire et non le fossilisé, ce qui nous oblige à ne pas nous illusionner sur la bonhomie des êtres humains, c'est savoir que cet humain-là est capable de la pire inhumanité, indignité, barbarie.

 

Se pose le dilemme insoluble du pardon et de l'impardonnable. Lui-même ne peut pardonner: "Le pardon est mort dans les camps de la mort.". Il écrit cependant: "Le pardon est un acte absurde, irrationnel, même scandaleux, et pourtant il est sublime."

 

Quand il le faut, il faut s'engager, autrement dit "honorer le sérieux", simplement agir, faire ce qu'il y a à faire, ne pas déléguer à autrui cette obligation. Il ne s'agit pas de jouer les va-t-en-guerre, ni de défendre le pacifisme à tous crins.

 

Jankélévitch s'est engagé pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il ne s'est pas demandé s'il voulait. Il a voulu: Vouloir, c'est trancher, c'est décider. [...] La volonté de vouloir reste toujours mystérieuse, rationnelle et irrationnelle, arbitraire, comme le courage, c'est séance tenante, comme l'amour...

 

Pour lui qui a indissociablement lié métaphysique et morale, la question du mal est fondamentale. Tous les hommes en sont porteurs. Contre le mal, il y a moins le bien que l'amour, au sens où ce qui protège chacun d'entre nous de la tentation du mal, c'est la mise à distance de son ego.

 

Jankélévitch est le penseur de l'aventure: L'aventure est "morale", parce qu'elle correspond à un "sérieux" qui n'est pas contraint: personne ne nous oblige à l'aventure.

 

Pire que l'irréversible, c'est-à-dire l'impossibilité de refaire, il y a l'irrévocable, c'est-à-dire l'impossibilité de défaire. Pour s'en sortir, chacun peut faire autrement demain. Mieux vaut tard que jamais.

 

Le pur et l'impur ne sont pas simples à démêler: Celui qui sait saisir le printemps au milieu des pires hivers a l'âme pure non à cause de sa pureté mais tout simplement parce qu'elle fait son travail d'âme, saisir le je-ne-sais-quoi.

 

Quand est-on libre? Tous ceux qui veulent s'essayer à la liberté ne peuvent pas simplement regarder l'homme libre ou discourir sur la liberté, il faut l'incarner, par ce seul fait de basculer dans le devenir, de s'engager dans le monde, d'acter la responsabilité.

 

Jankélévitch n'est pas complaisant envers la violence: En fait, défendre le sérieux empêche de défendre la violence parce que le sérieux ne peut renoncer à penser la suite, après la violence. Le sérieux est toujours séance tenante, ici et maintenant, mais il construit l'action à l'aune du futur. Il est entièrement tourné vers le futur, et dès lors il sait bien que la violence est sans fécondité.

 

CONCLUSION

 

La philosophie de Jankélévitch est toute subtile car elle tourne autour de l'indicible et l'inexprimable...

 

Francis Richard

 

Un été avec Jankélévitch, Cynthia Fleury, 192 pages, Équateurs

 

Dans la même collection:

Un été avec Colette, d'Antoine Compagnon (2022)

Un été avec Rimbaud, de Sylvain Tesson (2021)

Un été avec Pascal, d'Antoine Compagnon (2020)

Un été avec Paul Valéry, de Régis Debray (2019)

Un été avec Homère, de Sylvain Tesson (2018)

Un été avec Machiavel, de Patrick Boucheron (2017)

Un été avec Victor Hugo, de Laura El Makki et Guillaume Gallienne (2016)

Un été avec Baudelaire, d'Antoine Compagnon (2015)

Un été avec Montaigne, d'Antoine Compagnon (2013)

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch

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28 mai 2023 7 28 /05 /mai /2023 19:55
Le Trille du Diable, de Nabil Malek

"Je viens d'obtenir l'autorisation. Vous êtes transféré à Berlin-Est, auprès d'une unité d'élite. Vous êtes un militaire d'exception, je vous connaissais de réputation, mais je vois qu'elle n'était pas usurpée. Vous parlez parfaitement l'allemand. Après cette mission d'environ deux ans, vous reviendrez au pays et serez en charge de mettre en place ce système."

 

Le capitaine égyptien Amin el Foda, né en 1945, est un héros de la guerre des six jours de 1967, qui n'aura duré que six minutes. Il est honoré de se voir confier mission, deux ans après, de se former à la Stasi.

 

Cet homme, dont le père, Soliman (avec lequel il ne s'entendait pas et qui les a abandonnés) est adepte des Frères musulmans, est lui-même un idéaliste, un stakhanoviste invétéré et un socialiste convaincu.

 

Au cours de sa mission, deux affaires troubles se produisent, dans lesquelles, parce qu'il est d'une naïveté et sincérité confondantes, il se trouve impliqué, bien qu'innocent, sans comprendre ce qui lui arrive.

 

Dans ce pays, qui lui plaît et est conforme à ses idéaux, il est affecté à la Hauptverwaltung Aufklärung, le service de renseignement extérieur de la Stasi, diminutif du Ministerium für Staatssicherheit, MfS.

 

Un couple, Sigrun Thaler et Karl Möll, est envoyé en RFA, pour enquêter sur l'élimination de trois Roméo, des jeunes gens infiltrés pour obtenir des renseignements auprès de jeunes femmes bien placées.

 

Une femme de 26 ans, Léna Hannes, éducatrice dans un pensionnat, est retrouvée morte le 12 novembre 1971, devant le Mur érigé en 1961, abattue, semble-t-il, d'une balle tirée par des soldats américains.

 

Les espions, Sigrun et Karl, disparaissent alors qu'ils devaient prendre contact avec un informateur. Léna, dont Amin était l'amant, n'a pas été victime d'un accident mais bien d'un meurtre, d'après l'enquête.

 

Amin trouve dans l'appartement de Sigrun, hormis des documents prouvant sa trahison, un disque de Giuseppe Tartini, Le Trille du Diable, sonate qu'il écoute chez lui et qui l'étonne lorsqu'elle se fait ample:

 

Peut-être à l'image de Sigrun Thaler qui nous avait tous hypnotisés et entraînés dans une ronde effrénée.

 

Il déplaît quand il expose ses conclusions à ses supérieurs: son sort est scellé. L'amour rend aveugle, les idéaux également: décrété coupable il est incarcéré jusqu'en juillet 1973, où il est subitement libéré...

 

Amin, âgé, écrit son histoire, romancée, de la Guerre froide, que Nabil Malek restitue avec force détails. Il ne connaîtra toute la vérité qu'une fois son roman paru. Son voyage au bout de la colère sera terminé...

 

Francis Richard 

 

Le Trille du Diable, Nabil Malek, 382 pages, Les Impliqués

 

Livres précédents aux éditions Amalthée:

 

La remontée du Nil (2010)

Dubaï, la rançon du succès  (2011)

 

Livres précédents aux éditions L'Harmattan:

 

Le dernier chrétien de Tahrir (2015)

La reine de Beyrouth (2017)

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23 mai 2023 2 23 /05 /mai /2023 22:15
Liban, j'écris ton nom, de Gilberte Favre

Entre 1967 et 2015, j'ai séjourné dix-sept fois au Pays du Cèdre. J'y ai vécu le temps de l'âge d'Or et des guerres, celui des accalmies et des résurrections mais encore celui des attentats et des camps de réfugiés, palestiniens et syriens.

 

Ce livre sur le Liban, qui fut nommé en d'autres temps "Suisse de l'Orient", est un livre de souvenirs, d'hommage à des personnes que la Suissesse Gilberte Favre y a connues ou rencontrées, et à la mémoire de celles qu'elle pleure aujourd'hui.

 

Le titre, Liban, j'écris ton nom, ne peut manquer de faire penser au poème de Paul Éluard. D'ailleurs, un des poèmes, qui se trouve en fin d'ouvrage, intitulé Liberté, comme celui du poète de la Résistance, en reprend le refrain: J'écris ton nom.

 

Le livre touche le lecteur parce que le Liban fut longtemps [sa] patrie de coeur, comme elle le dit. Conjuguer au passé n'est peut-être pas, fût-il simple, le temps qui convient. Le Liban, en dépit des déchirures, reste, à jamais, dans son coeur.

 

Quelques citations prouvent cet attachement indéfectible pour ce pays et son peuple en proie à la guerre, l'Innommable, dont elle partage les joies et les peines, les heureux événements et les morts nombreuses, sur place et par procuration:

 

Au Liban, la mer est infinie. J'aime le Liban parce que j'aime l'infini. (1967)

 

À Jounieh, des noms dansèrent soudain dans mon coeur: Faraya, Broummana, Beit-Mery, Ain Saadé, Beit Eddine, Anjar... Et tant d'autres lieux, de Saïda à Tripoli, aux consonances qui chantaient comme autant de sources libanaises. (1970)

 

Depuis sept ans, je retrouve et quitte le Liban toujours avec la même joie et la même douleur. (1974)

 

Mais pourquoi suis-je revenue dans ce pays qui n'existe plus, qui n'existera peut-être plus, un jour, et qui reste "la maison" où je retournerai toujours, même centenaire [...]? (1983)

 

Au Salon du livre francophone, Européens, Libanais, Occidentaux, Africains et Asiatiques, nous sommes tous unis par un esprit de fraternité. Sans doute parce que nous adhérons à ces mots de Le Clézio affirmant: "Notre seule vraie famille est celle des livres" et que le goût de la poésie fait partie de nos gènes. (2001)

 

En dépit de l'atmosphère internationale du BIEL*, je n'oublie pas que je suis au Liban où le malheur cohabite chaque jour avec le bonheur, l'euphorie avec l'angoisse. (2011)

 

Il faut avoir été confronté personnellement à cet Innommable pour ressentir concrètement le drame que continue d'endurer au quotidien le peuple du Liban. Cette vie éternellement entre parenthèses et qui interdit tous projets. (2012)

 

Au bout du compte, même si je suis inquiète quant à l'avenir du Liban, je crois que le Liban me collera toujours à la peau et à l'âme.

À chaque fois je suis conquise par la gentillesse naturelle des êtres (celle des amis et celle des inconnus des villes et des villages), cette vertu qui ne s'explique pas mais qui, depuis des millénaires, est dans leurs gènes.

Je parie que leur don d'hospitalité sera éternel.

(2015)

 

Francis Richard

 

* Beirut International Exhibition & Leisure, centre de congrès et d'exposition.

 

Liban, j'écris ton nom, Gilberte Favre, 112 pages, Éditions de l'Aire

 

Livres précédents:

 

Des étoiles sur mes chemins, L'Aire (2011)

Corinna Bille, le vrai conte de sa vie, L'Aire bleue (2012)

Guggenheim Saga, Editions Z (2016)

Dialogues inoubliés avec Maurice Chappaz, Éditions de l'Aire (2016)

Un itinéraire avec Rimbaud, suivie de Lettre à Philippe Rahmy, Éditions de l'Aire (2021)

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21 mai 2023 7 21 /05 /mai /2023 19:55
Le jour des silures, de Matthieu Ruf, Aude Seigne, Anne-Sophie Subilia, Daniel Vuataz

Le thème choisi par les auteurs du Jour des silures, nés tous quatre dans les années 1980, est de nouveau, du moins pour deux d'entre eux, la fin d'un temps et le début d'un autre, après événement.

 

En l'occurrence, l'événement déclencheur est la montée des eaux, toujours annoncée, et repoussée indéfiniment dans le temps, que les religions du Livre situe dans le passé et non pas dans le futur.

 

La catastrophe une fois survenue permet de raconter une dystopie qui relève davantage de la prophétie, c'est-à-dire de la croyance, que de la connaissance. Il en va ainsi des récits apocalyptiques.

 

Il n'est pas étonnant qu'étant suisses ils aient imaginé ce qui se passerait si la cité de Calvin était submergée depuis une décennie et que deux mercenaires y plongeaient sur mandat et pour leur compte.

 

Boris et Salömon ont pour mission, donnée par la présidente Colombe, de récupérer les plans de la cité, telle qu'elle était, pour que ceux qui sont restés préparent la décrue qui va finir par arriver.

 

Depuis la submersion, des créatures sillonnent les eaux de la ville et les infestent. Ce sont les silures, des poissons agressifs, de grande taille, des monstres dont il a été impossible de se débarrasser:

 

Dieu merci, les bêtes ne sont pas là tout le temps. Elles montent dans la ville par conglomérats certains jours imprévisibles. Toutes les activités extérieures sont alors interdites, un confinement est décrété.

 

L'alerte est alors donnée. Chacun est en effet en possession d'un vibrant, un palet rouge en plastique. Colombe en a remis un pour les deux scaphandriers, en espérant qu'il ne leur sera d'aucune utilité.

 

Dans ce monde d'après la montée, comme toujours après une catastrophe, des marginaux ne suivent pas les règles. L'un des deux plongeurs les rencontre et, prudent, n'en parle pas tout de suite à l'autre...

 

Le jour des silures, qui donne son titre au livre, est le jour où une alerte est lancée. Pendant une telle alerte, les habitants se rassemblent, participent à un récit-corail, psalmodient des chants propitiatoires.

 

Rien ne se passe comme Colombe l'aurait voulu. Les marginaux, les silures, les deux mercenaires, les derniers plans découverts jouent leur rôle, inattendu, dans l'épilogue conditionnel de l'histoire.

 

Car la condition d'une bonne fin n'est pas de s'obstiner à faire renaître la ville contre la nature, mais de la reconstruire avec elle, c'est-à-dire là où des îles, dans ce territoire d'eau, offrent des possibilités. 

 

Francis Richard

 

Le jour des silures, Matthieu Ruf, Anne-Sophie Subilia, Aude Seigne, Daniel Vuataz, 192 pages, Zoé

 

Livres collectifs précédents auxquels ont participé Aude Seigne et Daniel Vuataz: 

 

Stand-by, Saison 1, 1/4 (2018)

Stand-by, Saison 1, 2/4 (2018)

Stand-by, Saison 1, 3/4 (2018)

Terre des fins (2022)

 

PS

Cette lecture m'a redonné l'envie, exprimée déjà l'an passé, d'achever de lire la Saison 1 de Stand-By et d'en poursuivre la lecture avec la Saison 2...

 

Comme dit le fabuliste:

Patience et longueur de temps

Font plus que force ni que rage...

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17 mai 2023 3 17 /05 /mai /2023 18:45
Autobiographie, de Didier Raoult

Dans cette Autobiographie, ceux qui ont lu les livres ou écouté les émissions de Didier Raoult, sur la COVID-19 retrouveront les faits qui, n'en déplaise aux scientifiques et aux journalistes mainstream, lui donnent aujourd'hui raison1.

 

Les autres la liront avec profit, car ils découvriront tous les mensonges proférés à son encontre, pour lui nuire ainsi qu'à son équipe. Ils n'en seront pas surpris parce que les menteurs finissent toujours, tôt ou tard, par être démasqués.

 

Ce qui, au-delà du rétablissement des faits, est intéressant dans ce livre, c'est qu'il s'y livre, comme il ne l'a jamais fait auparavant, sinon par allusions, relevées seulement par ceux qui savent écouter attentivement, sans le filtre des préjugés.

 

Cette autobiographie est donc également un autoportrait où toutes les facettes d'un homme hors du commun apparaissent. Cela explique pourquoi les médiocres et les incompétents lui en veulent autant, souffrant de la comparaison avec lui.

 

Cet homme a des capacités physiques - c'est une force de la nature - et intellectuelles - il a une grande mémoire et un QI élevé (180) - supérieures à la moyenne. Ce qui a été complexe pour lui et suscite des jalousies chez les moins dotés.

 

Ces derniers ignorent ce qu'est l'estime de soi qui, pour ce stoïcien, est le moteur dont chaque individu a besoin pour connaître ses propres limites et espérer les dépasser. Elle l'a ainsi poussé à vouloir être le premier dans tous les domaines:

 

Le talent et les capacités intellectuelles et physiques sont une chose. La motivation et la persévérance en sont une autre, sans laquelle il est illusoire d'atteindre l'excellence.

 

Depuis des décennies, il consacre dix heures par jour à la médecine et à la recherche - dans sa pratique médicale, il a toujours voulu conjuguer le laboratoire et la clinique - et, le reste du temps, à sa vie de famille, à ses proches et à lui-même.

 

Le médecin individualise le diagnostic; le chercheur s'appuie sur des données factuelles reproductibles; le découvreur, qu'il est encore plus que chercheur, cherche en priorité à observer les mondes inconnus plutôt qu'à valider des hypothèses:

  • Il ne croit pas être détenteur d'une quelconque vérité.
  • Sa nature, scientifique, intellectuelle, anthropologique, ne [le] prête pas à avoir des certitudes définitives, ni surtout à être capable de tout faire pour prouver [qu'il] a raison ou de tout faire parce que tous les moyens sont bons pour montrer qu'on a raison.
  • Il ne fait pas de prédictions: la médecine, ce n'est pas de la voyance.

 

Comme tout scientifique, l'une de ses marques est son scepticisme. Or celui-ci est devenu criminel pour une part de notre société, en particulier la société dominante, qui a tendance à tirer vers ce que Hannah Arendt appelait le totalitarisme:

 

Vous n'avez pas le droit de penser autrement que ce que je pense car ce que je pense est la vérité.

 

(il considère que l'absence de compétition est [...] un problème majeur en science, car il est indispensable d'avoir des contradicteurs, des compétiteurs, pour pouvoir sans cesse être maintenu en éveil)

 

Il ne s'en laisse pas conter et résiste, comme ses ascendants pendant la Seconde Guerre mondiale: il n'est pas du genre pour être promu, [...] à obéir en courbant l'échine parce que c'est souvent beaucoup plus efficace que désobéir en ayant raison.

 

Sa famille est sacrée, ses enfants comme sa femme, à qui il a toujours été soucieux de plaire. Il lui doit son look. En effet elle le préfère barbu avec des cheveux longs, sans montre luxueuse aux poignets ni chaussures sur mesure aux pieds...

 

Il trouve encore du temps:

  • Pour lire: Au cours des soixante dernières années, c'est-à-dire depuis mes 10 ans, j'ai lu en moyenne une centaine de livres chaque année.
  • Pour écrire: Depuis au moins autant de temps, j'ai le goût de l'écriture, même si l'un des seuls grands regrets de ma vie, c'est de ne pas avoir été doué d'un talent suffisant pour espérer faire une carrière de grand écrivain.
  • Pour faire du sport: Du ski l'hiver, du bateau l'été et de la salle de musculation.

 

Mens sana in corpore sano.

Juvénal

 

Francis Richard

 

1 - Notamment pour ce qui concerne le repositionnement des molécules, la prise en charge de toute maladie par les médecins, les virus vivants, les variants, la relative efficacité des vaccins contre la Covid, le port du masque à l'extérieur, les confinements et autres couvre-feux. 

 

Autobiographie, Didier Raoult, 336 pages, Michel Lafon

 

Livres précédents:

 

Carnets de guerre COVID-19 - Volume 1 (2021)

Au-delà de l'affaire de la chloroquine (2021)

Carnets de guerre COVID-19 - Volume 2 (2022)

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch

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14 mai 2023 7 14 /05 /mai /2023 21:45
Nos emprises, de Guillaume Delbos

Je me suis posé beaucoup de questions sans réponses à la suite de cette relation, car ce n'était ni une histoire d'amour avortée, ni de sexe. Plutôt de fascination et de connexion pure.

 

Sur Instagram, où elle a plusieurs comptes, pendant quelques mois, Victor Delbauché suit Léopoldine, une artiste qui le séduit par ses peintures et ses sculptures.

 

Elle ne donne pas son nom de famille et ne se montre pas non plus. Elle veut que ses oeuvres soient aimées pour elles-mêmes et non pas pour sa personne.

 

Après l'avoir suivie, partagé ses travaux, s'être rendu compte qu'ils ont des affinités, notamment musicales, il entre en contact avec elle qui a partagé ses écrits.

 

Il a dès lors affaire à une femme, lui propose de travailler avec lui et de lui présenter son projet de livre conceptuel. Mais elle n'est pas libre avant six semaines.

 

Les discussions entre eux se font sur ses différents comptes et deviennent de plus en plus personnelles. Il lui est difficile de ne pas préférer la femme à l'artiste.

 

Ils veulent en savoir davantage l'un sur l'autre. Leurs échanges se font plus nombreux, truffés de blagues et de confidences, si bien qu'ils ont hâte de se voir IRL1.

 

Mais le lecteur sait depuis le début que ce souhait ne sera jamais exaucé malgré toute la danse de séduction de ces deux ados de quarante piges qui l'annonçait.

 

Quoi qu'il en soit, pendant des semaines, dépendants,  ils se livrent à ce jeu, où, lui, laisse libre cours à son carambolage verbal et, elle, à ses approbations ravies.

 

Ils se livrent à des délires sexuels, mais cette dérive digitale, prend fin, sans crier gare, les cinq cents kilomètres qui les séparent n'étant de loin pas le seul obstacle. 

 

Le prologue, où Victor lucide précise que leur relation fut une histoire de rires suivis d'incompréhensions, d'incohérences et de mensonges, prend tout son sens:

 

Je me suis posé des questions. Énormément. Particulièrement sur les connexions que l'on se fait online, celles qui ont pris le pas sur le reste, celles derrière les écrans. Sur les emprises, les obsessions. C'est un peu le récit d'une tristesse trop contemporaine, la nôtre. La vôtre aussi.

 

Francis Richard

 

1 - IRL: in real life, dans la vie réelle.

 

PS

Sur les réseaux sociaux est employé tout un vocabulaire, principalement d'origine anglo-saxonne. Les notes en fin d'ouvrage sont d'une grande utilité pour les béotiens.

 

Nos emprises, Guillaume Delbos, 264 pages, Les Éditions Romann

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13 mai 2023 6 13 /05 /mai /2023 10:40
Un souffle à l'aube, de Sarah Najjar

Un souffle à l'aube est un roman graphique: sur la page le texte fusionne avec l'image en toute liberté et légèreté.

 

Le texte, poétique, de Sarah Najjar raconte l'histoire d'Alma, insomniaque depuis que son amie s'est donné la mort.

 

L'image est soit encre de Chine, soit aquarelle; le noir et blanc y alterne avec la couleur, la netteté avec la douceur.

 

Alma habite Lausanne et travaille à Berne. Sa vie, depuis son deuil, se résume à métro, boulot, et pas dodo...

 

Pour s'en sortir elle consulte, mais le médecin diagnostique une dépression et lui prescrit des comprimés.

 

Ses autres tentatives pour être soignée ailleurs s'avérant infructueuses, elle se résout à prendre ses cachets.

 

Mais les pilules ne résolvent pas son problème, au contraire. Elle finit aux urgences, puis en arrêt de travail.

 

Son loisir forcé conduit son esprit à des lectures sur la mort et la vie, son corps à des postures de yoga.

Un souffle à l'aube, de Sarah Najjar

Après avoir repris le travail, elle continue dans les bonnes résolutions en s'inscrivant à un cours de méditation.

 

Alma ne renonce pas au yoga, une nouvelle façon de vivre beaucoup plus centrée sur le corps et ses sensations.

 

Si l'insomnie ne disparaît pas, plutôt que de lutter contre, elle l'accepte et, quand elle prend le train, elle médite.

 

Au boulot, elle n'est guère satisfaite. Comme son père lui dit: entre l'être et l'avoir, il faut trouver le bon équilibre.

 

Un jour, le plus beau de sa vie, elle réussit à accueillir tout avec bienveillance et dort enfin, et change de vie:

 

Chaque petite parcelle de mon être

était à la fois détendue et pleine d'énergie.

Un souffle à l'aube, de Sarah Najjar

Quand elle se rend à Genève, dans le cimetière des Rois où son amie est enterrée, elle s'incline sur sa tombe.

 

Alma, après s'être connectée enfin avec le monde qui l'entoure, peut réduire la nuit à ce qu'elle est:

 

Une inspiration au crépuscule,

et un souffle à l'aube.

 

Francis Richard

 

Un souffle à l'aube, Sarah Najjar, 224 pages, Slatkine

 

Rendez-vous avec Sarah Najjar:

 

  • 3 mai - 12 juin: exposition de scènes inédites d'Un souffle à l'aube à la Bibliothèque de Carouge (dessins qui ne figurent pas dans le roman)

  • 13 mai: dédicaces de 14h à 16h à la librairie Sacrées bulles, Yverdon

  • 4 juin: dédicaces de 12h à 14h à la librairie Librerit, Carouge, Genève

  • 17 juin: dédicaces de 16h à 18h à la librairie Payot Morges

  • 18 juin: dédicaces au festival Delémont'BD

  • 24 juin: dédicaces de 10h-12h // 15h-18h chez Cultura, Ville-la-Grand, France

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11 mai 2023 4 11 /05 /mai /2023 11:15
Collectif Plaisir de Lire - Nouvelles inédites

Les éditions Plaisir de Lire fêtent leurs cent ans cette année. C'est un réel plaisir de lire qu'elles connaissent une telle longévité et continuité dans la qualité:

 

Pour l'occasion, la maison d'édition a lancé un concours d'écriture ouvert sur le thème du plaisir de lire.

 

Seize auteurs de Suisse romande ont répondu à cet appel et chacun, à sa manière, a composé, avec bonheur, un texte original sur ce thème de circonstance.

 

Compte tenu de leur nombre, plutôt que de rédiger une note de lecture sur chacun de ces textes, il semble préférable d'en reproduire des extraits, révélateurs.

 

Les éditions Plaisir de Lire ont publié ces Nouvelles inédites dans l'ordre alphabétique des noms d'auteurs. C'est dans cet ordre que les citations sont faites:

 

Le papier, ce côté palpable, matériel du livre, qui apporte un peu de substance à la lecture, on le lui a retiré: il doit revoir l'ensemble des documents à travers cette tablette depuis de longues années et même s'il apprécie son travail, il abhorre cette obligation à utiliser un écran. Et pourtant, aujourd'hui, il découvre une oeuvre qui le dépasse grâce à cette technologie. Pour la première fois, il a même éprouvé du plaisir à lire ce texte sur son écran.

Nicolas Comte, PDL

 

Mon amie est volage, elle va d'aventure en aventure, de bouquin en bouquin. Plusieurs jours durant, elle m'a fait partager son intimité, nous étions devenus inséparables, presque fusionnels. Elle n'était pas loin de penser que cette aventure que je lui faisais vivre avait été inventée pour elle. De mon côté, si tant est qu'un livre puisse s'éprendre de sa lectrice, alors, j'étais amoureux. Qu'elle rie, qu'elle pleure, qu'elle s'émerveille, elle avait tout pour me plaire. Et c'était réciproque.

Patricia Dom-Grillet, Et si les livres pouvaient parler...

 

Je suis avachi, caché sous les ailes de mon biplan qui fait désormais l'autruche. Il gît le bec dans le sable, avec ses deux grandes ailes difformes, lamentablement dépliées à ses côtés. Cet oiseau-là ne volera plus jamais.

[...]

Ce qui me retient encore de sombrer dans une éternelle obscurité, ce sont ces centaines de lettres qui jonchent le sol autour de moi.

[...]

Alors, pour oublier ma solitude et pour garder un lien avec les vivants, je lis les lettres des mères, des frères, des anciens amants...

Maud Hagelberg, Poste restante

 

Lorsque j'appris à lire, mon père me dit un jour que, de toute façon, ce n'était plus de mon âge d'écouter des histoires que je pouvais les lire par moi-même, mais je refusais.

[...]

Pour le petit enfant de huit ans que j'étais, la lecture devint une nécessité, une alliée, un lien transcendant le petit monde de ma vie matérielle, un horizon aux confins illimités, un père, une famille.

Benjamin Jichlinski, Les mots d'une enfance

 

Elle s'arrête. Ses pensées qui l'entraînent à nouveau dans leur ronde infernale doivent cesser. Elle connaît le meilleur moyen, caresse tendrement l'objet qui se trouve dans le creux de ses mains, s'apprêtant à embarquer pour ne plus revenir avant le petit matin. C'est pour cette unique raison qu'elle vient s'isoler chaque nuit dans cet endroit, à la lumière du lampadaire. Seul plaisir qui reste entier: cet ouvrage dont le papier s'effleure, se tourne, livre peu à peu les lettres assemblées, entre en danse, en transe et amène à une évasion dont on ne souhaite plus revenir.

Sylvie Kipfer, Évasion littéraire

 

- Chaque minute, chaque instant, je savais que je pourrais la perdre, qu'elle pourrait me perdre. Chaque enveloppe qui arrivait, je me disais: "C'est peut-être la dernière". Mais ce moment-là, celui où je la tenais dans mes mains, où je la respirais, où je scrutais l'encre, le timbre.., Ah... là, c'était la vie. Le soir, je me couchais sous les couvertures et, à la lueur d'une lampe de poche, je la lisais. Je lisais mon Hortense, enivré de plaisir.

Florence Marville, L'encre du front

 

Je gagnais des amitiés inespérées grâce à l'originalité de mon père. Il était capable de citer sans jamais sourciller des strophes, des extraits, des passages entiers tirés de ses innombrables lectures, de ses intimes dont nous n'égalerions ni les lettres, ni l'esprit. À mes yeux, leurs mots étaient devenus les siens.

Fabienne Morales, Se rire de l'archer

 

Dans sa somnolence, l'ancien poilu songe à ce retour et au futur qui l'attend. Il a bien écrit quelques lettres mais il n'a pas obtenu de réponse. Certaines sont mêmes revenues, non ouvertes, à l'expéditeur. Les postes françaises ne sont sans doute, elles aussi, plus ce qu'elles ont été. Un doute pernicieux s'insinue soudain dans son esprit. Charles le balaie afin de ne pas crever son coeur.

Yves Paudex, Effet miroir

 

Je continuai ma lecture, et je relus le poème plusieurs fois, les yeux rivés sur les mots, fasciné. Mais ce n'étaient pas mes yeux seuls qui étaient fascinés; mon esprit tout entier était pris par le jeu musical des sonorités et du rythme des vers français qu'entendait mon oreille intérieure; à cela s'ajoutait une compréhension merveilleuse du sens , de chaque mot, de chaque phrase, telle que je ne l'avais jamais éprouvée, ni en lisant, ni en parlant ou en écoutant ma langue maternelle.

Michel Pellaton, Heureux qui comme Ulysse...

 

Benjamin avait préparé des cartons de déménagement pour y mettre les livres et les quelques babioles qui se trouvaient dans la chambre. Il n'avait trouvé ni ordinateur, ni téléphone. Pas de téléviseur non plus. [...] Il s'était débarrassé de tout ce qui lui semblait inutile. [...] Il lui avait confié vouloir "apprendre à mourir" dans la sérénité et la sagesse, comme certains philosophes de l'Antiquité.

Sonya Pfister, Entre les pages

 

Il ne comprenait pas les écrivains qui étaient prêts à vendre père et mère pour un peu de lumière. Le succès, la célébrité n'apportaient pas le bonheur, seule comptait la satisfaction de savoir écrire, de dérouler un récit, une histoire, de créer. Et tant mieux si cela procurait du plaisir au lecteur. C'était le bonus. La littérature était pour lui l'art suprême, l'art absolu. Celui qui lui correspondait le plus, celui qui l'éloignait de lui-même, qui le faisait se dépasser, se surpasser.

Cornélia de Preux, Maître liseur

 

C'est le seul endroit où elle aime le jus de raisin, comme s'il fallait remplacer le sang offert par un liquide à teinte similaire. Le thé, c'est pour se réchauffer. Elle a dit oui aux couvertures et au coussin chauffant, il n'empêche, elle frissonne. Elle frissonne en pensant à l'autre fille, là-bas, dans son lit d'hôpital, s'en veut de lui avoir imposé des verbes irréguliers d'anglais, profite de la présence de l'infirmière pour demander qu'on lui passe le livre qui est dans son sac, le livre qu'elle a oublié de sortir, trop occupée qu'elle était de penser à l'autre fille.

Marilou Rytz, À celle qui lit là-bas

 

Les trois rayons inférieurs sont en désordre. Des romans anglophones en mauvais état, des ouvrages d'histoire, des livres de recettes et une vaste collection de guides touristiques qui ont perdu toute leur utilité. Un livre de poche tristounet, La planète mystérieuse, est l'unique livre de science-fiction de ma collection. Il gît seul au bout de la rangée, écrabouillé derrière un Larousse si ancien qu'il ne parle même pas de verlan. L'avenir ne devait pas beaucoup m'intéresser.

Alexandre Sadeghi, L'interligne

 

Avant de partir pour la gare de Cully, Jack jette un coup d'oeil à la proie de la buse. Ce n'est pas un déchet, c'est un livre. Un petit livre beige, moins de deux cents pages. Et dire qu'il a bousillé son vélo et sa story pour un fichu livre... Au fond il ne vaut pas mieux que cette buse idiote qui voulait manger du papier.

Matteo Salvatore, Le passage de la buse

 

Un livre, ça se choisit avec soin, avec amour, avec passion. Il faut que son idée à peine évoquée, déjà fasse saliver notre cerveau. Que notre envie s'éveille. Que notre curiosité soit à l'affût. Que sa couverture charme nos yeux. Que son odeur déclenche à elle seule un besoin animal de se blottir dans un coin avec son trésor et de gronder sur quiconque mettra un pied dans le territoire nouvellement délimité.

Éloïse Vallat, L'art délicat de la lecture

 

Sa bouche, qui semblait encore marquée par le sourire qu'elle avait adressé plus tôt, était habillée d'une barbe cendrée qui étirait son menton jusqu'à son livre:  Le Petit Prince. En découvrant le jeune blond aquarellé, tout de vert vêtu, debout sur une planète violacée, Samuel ne put contenir une exclamation. Discrète, certes, mais pas assez pour que le vieil homme n'ait rien entendu. Déjà, celui-ci avait quitté ses pages pour examiner son nouveau voisin. Et malgré le regard bienveillant de l'aîné, Samuel sentit immédiatement le feu lui monter aux joues.

Bryan Verdesi, Le rêvasseur

 

Puissent ces quelques morceaux, choisis en toute subjectivité, donner envie, et donc plaisir, de lire ces textes écrits pour célébrer un centenaire, gage de pérennité...

 

Francis Richard

 

Collectif Plaisir de Lire -Nouvelles inédites, 146 pages, Plaisir de Lire

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30 avril 2023 7 30 /04 /avril /2023 20:15
Ceux qui rient sont ceux qui savent, de Michel Moret

Méfions-nous de ceux qui croient savoir, mais cela ne constitue pas une raison pour ne plus chercher.

 

Michel Moret en publiant ces quelques textes brefs - neuf en tout et pour tout - a pensé au lecteur pressé d'aujourd'hui. Celui-ci, habitué à passer rapidement d'une chose à l'autre, à zapper, lui en sera certainement reconnaissant.

 

Dans Un lien sacré avec la vie, il raconte comment sa grand-mère, qui eut onze enfants accoucha toute seule de l'un d'entre eux au bord d'un ruisseau et aida sa fille, Berthe, c'est-à-dire sa mère, à accoucher de deux jumeaux:

 

J'avais trois ans et je ne cessais de scruter le ciel pour voir la cigogne qui avait été si généreuse. 

 

Dans Lecture du corps, il passe de celle de corps de vacanciers et d'amants à celles faites par un médecin intéressé par le bon fonctionnement des organes et par un médecin légiste qui déterminera probablement l'identité de l'assassin:

 

Le corps a ses raisons que la raison ne connaît pas.

 

Dans Rencontre inhabituelle, en Ouganda, il raconte sa rencontre avec un gorille qu'il imagine l'entretenir des mystères de l'existence, c'est-à-dire de la vie, de Dieu, du monde, qui a toujours été obsédé par l'idée de la fin:

 

On m'a dit un jour que des étudiants de Mai 68 avaient inscrit sur un mur: "Si Dieu existe, c'est son problème". Ils étaient malins comme des singes.

 

Dans Changement de train, une phrase à propos du photographe Yvan Dalain, juif qui avait défendu la Suisse et sa gestion de certains capitaux pendant la Seconde Guerre mondiale, Michel Moret écrit cette phrase de grande portée:

 

Sous toutes les latitudes, les artistes se heurtent à l'esprit dogmatique de leur milieu.

 

Le fleuve de la vie ne tarit pas est un hymne au bonheur, même si tous les corps ne sont pas égaux dans la résistance au temps et que le destin nous joue des tours parfois scabreux. Ainsi la nuit est-elle propice à la réminiscence et au sens:

 

Toutes les recherches scientifiques et poétiques ont le même socle: l'observation.

 

Le loup et le cerf est une réflexion sur le prédateur et sa proie. Michel Moret établit un parallèle entre ceux qui défendent le développement du loup et ceux qui défendent Poutine, le tueur universel. Il exprime le voeu que sa dame l'humanise:

 

Le mal que l'on fait à autrui, on le fait d'abord à soi-même et à son peuple.

 

Dans Débordements de l'âme, il raconte l'histoire d'une dame inconnue de la famille d'un défunt, venue déposer une rose sur la tombe de celui-ci, tombée en pâmoison, emmenée à l'hôpital. À tort, les commentaires allèrent bon train, en réalité:

 

L'étude des hommes est plus compliquée que l'étude des étoiles.

 

Il est apaisé par Le sourire de Notre-Dame des neiges dans l'aire où des réfugiés juifs passèrent sept décennies plus tôt et où il s'arrête avec son filleul de six ans, qui lui a confié son angoisse d'aimer un jour deux femmes au risque de les blesser toutes deux:

 

Que ce soit en Histoire ou en amour, certaines questions restent sans réponse.

 

Dans Pisser en Suisse, c'est-à-dire en solitaire, il doute parfois que la Suisse existe. Construite autrement, elle a retiré de sa neutralité un bénéfice moral et matériel; n'a pas développé le culte de la personnalité; contrainte, a relevé le défi de la finance.

 

Aujourd'hui le récent métissage franco-suisse est particulièrement fécond:

 

Les Français apportent leur esprit frondeur et aristocratique et les Helvètes, leur pragmatisme et le sens des responsabilités.

 

Si chaque Suisse a sa France, la sienne, c'est sa bibliothèque:

 

Montaigne, Victor Hugo, Flaubert et Balzac pour ne citer que ceux qui renouvellent mon coeur et mon esprit.

 

Francis Richard

 

Ceux qui rient sont ceux qui savent, Michel Moret, 64 pages, Éditions de l'Aire

 

Livre précédent:

Le vieil homme et le livre (2021)

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29 avril 2023 6 29 /04 /avril /2023 22:55
Le bananier de Porcieu, de Robin Des Champs

Copperdick connaît justement un possesseur de tatouage représentant ce fameux Wolfsangel...

Il souhaiterait volontiers qu'on l'aide à le faire disparaître de la surface de la planète...

 

Ces deux phrases se trouvent à la fin du prologue de ce livre. Dans un roman, policier de surcroît, c'est souvent important de prêter attention au prologue...

 

Un groupe de reggae, les Apathic Jams, venus de Colmar, doit se produire le samedi 13 août 2022 dans le petit village de Porcieu-Amblagnieu, 1759 âmes:

 

La salle des Marinières peut accueillir 2000 personnes !

 

Ils sont quatre musiciens, un batteur, Ralph, un trompettiste, Ducksy, un guitariste et un clavier, Jomi, deux chanteuses, Susan la rousse et Betty la brune.

 

Pendant le concert une bagarre se déclenche: pour certains des Blanches ne devraient pas s'approprier la culture rastafari, pour d'autres s'exhiber à moitié nues.

 

Cette altercation fait surtout une victime: dans la mêlée Susan est poignardée et scalpée: deux touffes de ses cheveux, des dreadlocks, ont été découpées.

 

À quelques centaines de mètres du lieu se dresse Le bananier de Porcieu. Le lendemain du concert un des deux amas sanglants de dreadlocks y est retrouvé.

 

La capitaine de gendarmerie Patricia Cerise ne dispose guère d'éléments: les membres du groupe n'ont rien vu; la fouille de la salle, des environs, n'a rien donné. 

 

Reste à étudier les images prises par les caméras de surveillance. Se pose la question de savoir si c'est la même personne qui a scalpé et poignardé la victime.

 

En tout cas les images vidéo permettent de se rendre compte que quatre minutes se sont écoulées entre la première action (le scalp) et le coup de poignard.

 

La capitaine Patricia Cerise, sous la direction du commandant Samuel Belliard du PJGN, Pôle judiciaire de la Gendarmerie nationale, interroge les témoins.

 

Cette affaire d'après-Covid s'avère compliquée. Peut-être que surveiller le bananier serait de quelque utilité pour connaître ou l'agresseur ou les agresseurs.

 

Lequel des mobiles, pouvoir - c'est-à-dire politique -, sexe - c'est-à-dire passion -, ou argent - c'est-à-dire appât du gain-, explique-t-il ces agressions contre Susan?

 

Robin des Champs, qui a habitué ses lecteurs à ses projections dans le futur, colle cette fois à l'actualité de l'été 2022, où une crise a succédé à celle de la Covid.

 

Après rebondissements, on sait à la fin si les deux agressions commises contre Susan ont un lien entre elles et si le prologue donnait un indice prémonitoire...

 

Francis Richard

 

Le bananier de Porcieu, Robin des Champs, 240 pages, Éditions Robin des Champs

 

(robindeschamps69@gmail.com pour la version papier, à la FNAC pour la version numérique)

 

Livres précédents:

 

La trilogie 2148:

2148 - Le Terminal (Requiem Écologie) (2017)

2148 - Liberté (2019)

2148 - Futur antérieur (2022)

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25 avril 2023 2 25 /04 /avril /2023 10:50
Un ami presque parfait, de Patrick Claudet

C'est dans ce contexte  qu'il fit la connaissance de son colocataire.

 

Lui, François Monney, est romand, son colocataire Franz Meyer, alémanique. C'est peu de dire qu'il a de la prévention envers ce dernier, surtout après ce vote historique qui a vu, le 6 décembre 1992, le rejet de justesse par le peuple suisse de l'adhésion à l'Espace économique européen.

 

Ils habitent un garden flat à Ealing. François et Franz pensent qu'ils ne seront jamais amis, en raison de la barrière des langues: le peuple a dit non grâce à la partie alémanique du pays. François s'indigne du paternalisme de Franz, qui se veut protecteur, mais ils ont un terrain d'entente:

 

Peu importe finalement si les Welsches et les Bourbines ne se comprenaient pas; leurs réflexes quotidiens se rejoignaient à la caisse du supermarché. Certes, le service militaire et la démocratie directe comptaient, mais c'était du pipi de chat en comparaison de Coop et Migros.

 

Huit ans plus tard Patrick Claudet balade le lecteur entre Genève et Zurich, où François et Franz résident respectivement. François travaille pour un magazine de tourisme, Franz pour une entreprise qui fabrique des brossettes pour les dentistes. L'un est journaliste, l'autre comptable.

 

Au même moment, François est atteint par sa rupture avec la comédienne Carole Berger qui le trompe avec un Alémanique, Franz par le burn-out qu'il connaît au bureau où son chef, Sven Minder, vient de lui imposer une collègue, Manon, une Française qui lui fait du rentre-dedans.

 

Franz et François, en dépit de leurs préjugés, sont devenus des amis qui se disputent comme un vieux couple. Leur histoire racontée par l'auteur est jalonnée de références à des épisodes survenus en Suisse dans les années 1990 mettant aux prises Romands et Alémaniques.

 

Le clou de cette satire sur cet antagonisme se déroule lors d'une soirée organisée dans un palace genevois, comprenant un repas de charité suivi d'une vente aux enchères au bénéfice d'une association, à laquelle participent François et Franz et où ils risquent de ne pas bien se tenir.

 

Leur amitié incompréhensible n'en est pas moins une amitié avec des conséquences pour les deux. François ne saura jamais à quel point Franz est Un ami presque parfait. S'il fallait résumer cette amitié, peut-être faudrait-il citer ce qu'il lui dit un peu plus tard quand ils se revoient:

 

De toute façon, il n'y a pas grand chose à dire au sujet des Romands et des Alémaniques. On n'a rien à voir les uns avec les autres mais on vit très bien ensemble, fin de l'histoire.

 

Francis Richard

 

Un ami presque parfait, Patrick Claudet, 312 pages, Éditions de l'Aire

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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