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4 juin 2019 2 04 /06 /juin /2019 16:30
Oxalate, de René-Marc Jolidon

- [...] Ma vie n'a pas manqué de sel: elle a simplement manqué d'oseille.

- De l'oxalate en somme.

- C'est quoi encore, ça?

- [...] Le sel de l'oseille, c'est l'oxalate.

 

Fred enseigne la biologie dans un lycée à deux cents kilomètres de là. Quand Lorenzo lui fait cette déclaration sur le sel et l'oseille, il lui répond tout-à-trac avec son côté biologiste, sans se faire comprendre.

 

Cela fait dix ans que Fred et Lorenzo ne se sont vus. Fred rend visite à Lorenzo à l'hôpital où il est en train de vivre ses derniers jours. C'est Alice, l'infirmière belge, qui l'a informé de son souhait de le revoir.

 

En fait Lorenzo n'est sorti de prison que pour mourir à l'hôpital. Il est atteint par le crabe. Il sait qu'il ne s'en sortira pas. Mais, avant de partir, il veut laisser à Fred en héritage les cahiers qu'il a remplis.

 

Oxalate, basé en partie sur ces cahiers, est le récit de la vie de ce paria. Quand vous êtes condamné à la prison, vous ne pouvez être qu'un paria, surtout si vous ne dites rien pour en dissuader les autres.

 

La vérité va s'avérer tout autre. Alice aimerait en savoir davantage sur son patient. Fred, qui n'est pas insensible aux charmes de la Belge, lui raconte qui est Lorenzo après qu'elle a fini son service.

 

Dans un HLM de la périphérie de Delémont, habitent Lorenzo et sa mère, et leurs voisins, les Fonzo, qui ont trois enfants, Gabi, Luigi et Angelo: Tout le quartier pense que Gabi est l'amoureuse de Lorenzo...

 

Le fils unique du concierge s'appelle Pierre-Paul: Pied-de-poule pour tous les enfants du quartier. Il a l'âge de Gabi et de Lorenzo. Son statut de fils du concierge le place du côté des ennemis potentiels.

 

Fred et Lorenzo se sont connus par Gabi, dont la beauté ne laissait pas Fred indifférent:  Pour aimer, on a besoin de cran ou de mesure, pas d'échelle. Sauf celle qui permettra d'accéder à son lit trop haut perché.

 

L'histoire de Lorenzo se tisse à partir des liens qu'il entretient avec tous ces personnages et des drames dont ils sont acteurs, témoins ou victimes. Et pose notamment la question essentielle de la liberté:

 

La liberté, c'est une notion très difficile à définir. Le dictionnaire dit que c'est une absence de contraintes. Ridicule. Ça voudrait dire qu'elle ne peut jamais exister, dit le prisonnier Lorenzo en fin de vie.

 

Et la question essentielle du sens de la vie:

 

Fred pense que tous les humains sont des gladiateurs quelque part un jour ou l'autre de leur existence. Des soldats à la solde de maîtres obscurs qui les poussent hors de leur cage pour entrer dans l'arène où une foule en délire et avide du sang des autres attend que le plus fort d'entre eux tue le plus faible...

 

Francis Richard

 

Oxalate, René-Marc Jolidon, 264 pages, Les Editions Romann

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2 juin 2019 7 02 /06 /juin /2019 16:30
Ruptures, d'Ariel Bermani

Je n'aurais jamais pensé que Ricardo serait capable de faire une chose pareille, d'arracher le petit à l'employée de maison et de le kidnapper au milieu de la rue, en plein jour, à la vue de tous.

 

Dit comme ça par Dolores, la femme de Ricardo, l'enlèvement par celui-ci de leur fils Ignacio, Nachito, 12 ans environ, ne peut être que l'acte de quelqu'un devenu fou, complètement fou.

 

Dolo ne sait pas que Riky l'a vue embrasser un homme, un baiser rapide, les lèvres fermées, alors que son corps était recouvert, à peine, d'un chemisier de dentelle, sans sous-vêtements dessous.

 

La mère de Dolo lui avait bien dit qu'elle ne faisait pas le bon choix en épousant Riky. Qui ne comprend pas qu'elle l'ait trompé: il n'est pas un pauvre type et lui a toujours donné tout ce qu'elle voulait...

 

Dolo et Riky ne communiquent pas: elle ne comprend pas qu'il veut se venger et lui est désemparé parce qu'il ne s'est jamais occupé de son fils, prêt à satisfaire tous ses caprices pour avoir la paix.

 

Bien qu'il ait réussi matériellement en échappant à son milieu modeste, Riky renoue avec ses amis d'enfance qui apparaissent peut-être à Nachito comme des gens bizarres, mais ne sont pas insensés.

 

Riky est l'homme des Ruptures. A l'âge de Nachito, plutôt que de rentrer chez lui, il avait déjà éprouvé le besoin irrépressible, pour ne pas vieillir, de partir d'ici, voyager, disparaître complètement:

 

Quelque chose commençait à se casser, pour toujours...

 

Francis Richard

 

Ruptures, Ariel Bermani, 136 pages, BSN Press  (traduit de l'espagnol par Pierre Fankhauser)

 

Livre précédent chez le même éditeur:

Veneno (2016)

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1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 22:30
Une fleur éclot dans la nuit, de Maxime Patry

S'il ne voyait presque rien dans ce noir charbonneux, ses autres sens étaient alertes. Il était une fleur qui éclot étrangement dans la nuit.

 

Securù habite Terracognita, une riche cité portuaire, située au sud d'une forêt, sur les flancs d'un éperon rocheux: à l'ouest s'étire l'espace de l'océan, à l'est celui du désert.

 

Comme tout fils de bonne famille de la cité, Securù doit faire ses preuves en accomplissant son devoir d'aventurier, qui est de parcourir l'un de ces deux espaces initiatiques.

 

Après seulement, il pourra revenir et, durci de peines et ayant apprivoisé sa part de rêve en lui, avoir le droit de s'installer dans la cité, d'y trouver femme et d'y fonder une famille.

 

Securù, finalement, choisit d'embarquer sur un bateau, où, une nuit, une femme est apparue à la proue, vêtue d'un seul voile léger: elle semblait lascive, présente sans tout à fait l'être.

 

Elle sera dès lors la dame de ses pensées, inaccessible parce que femme du maître à bord, d'un naturel jaloux, bien capable d'abandonner en pleine mer qui [la] poursuivrait...

 

Son voyage initiatique terminé, comme après un songe, il laissera ses souvenirs - ceux inventés de ses rêves comme ceux qui donnaient chair à la réalité - se retirer lentement.

 

A ce moment-là, il placera sa confiance dans les dieux et en lui-même et mettra en oeuvre les préceptes inoubliables qu'on lui a enseignés et dont sa jeune conscience fut pétrie:

 

L'homme décide de la voie qu'il emprunte parmi celles qui s'étendent devant lui. Il est celui qui tient le cap de sa propre barque, celui qui chemine péniblement dans la peine et la douleur pour atteindre la montagne élevée où s'allège son âme.

 

Francis Richard

 

Une fleur éclot dans la nuit, Maxime Patry, 144 pages, L'Âge d'Homme

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30 mai 2019 4 30 /05 /mai /2019 17:00
La Fête, de Blaise Hofmann

La Fête, c'est la Fête des Vignerons, organisée sur la place du Marché de Vevey par la Confrérie des Vignerons depuis 1797. Confrérie qui existe depuis au moins 1647... et a pour devise: Ora et labora.

 

Les fêtes suivantes portent les millésimes 1819, 1833, 1851, 1865, 1889, 1905, 1929, 1955, 1977 et 1999. C'est-à-dire grosso modo une fête par génération, à chaque fois une année impaire.

 

La prochaine fête commence dans quarante-huit jours et se déroulera du 18 juillet au 11 août 2019. La direction du spectacle en a été confiée à Daniele Finzi Pasca, auteur entre autres de Blanc sur blanc.

 

En juillet 2014, Blaise Hofmann est pressenti pour être un des deux librettistes, avec Stéphane Blok. Il doit surtout être assez fort pour tenir tête à Daniele Finzi Pasca. En fait il résistera, à sa manière:

 

Je ferai entendre ma voix par les mots du livret, par ce livre aussi.

 

Les fondements de la Fête, rappelés par l'Abbé-Président de la Confrérie, François Margot, sont: une célébration de la terre, du cycle des saisons et du travail de la vigne. En aucun cas, un hommage au vin.

 

Dans son livre Blaise Hofmann parle très librement et fait pénétrer le lecteur dans les coulisses de la Fête des Vignerons, comme le précise d'ailleurs le bandeau qui accompagne l'ouvrage.

 

Ce sont les coulisses actuelles et précédentes. Le lecteur apprend ainsi que toutes les fêtes, depuis 1889, sont bénéficiaires et que la dernière a fait un bénéfice de plus de 4.15 millions de francs:

 

La Confrérie compte sur cette somme pour vivre pendant une vingtaine d'années, assurer ses frais de fonctionnement, ceux du Musée, distribuer tous les trois ans des récompenses à hauteur de 100 000 francs aux vignerons tâcherons primés, et assumer les frais de préparation de la Fête suivante.

 

A propos des sus-dites récompenses, le lecteur apprend ce qu'est un vigneron tâcheron: "un ouvrier indépendant", un métier à mi-chemin entre l'employé viticole et le vigneron propriétaire:

- il est rémunéré à la tâche

- il est intéressé à la récolte

- il engage son personnel

- il possède ses machines

- il gère seul son exploitation

 

Mais:

- il ne possède pas sa terre

- souvent il ne vend pas son vin

 

Le lecteur apprend bien d'autres choses et c'est très instructif, qu'il participe ou non à la Fête, parce qu'elles ont trait à un événement hors du commun, ce à beaucoup de points de vue.

 

Pour sa part, si Blaise Hofmann s'est acharné à donner tout ce qu'il pouvait donner en dépit du cadre de collaboration qui lui était imposé, c'est parce que la Fête était trop importante pour lui:

 

Intimement, elle réconcilie mes origines terriennes et mon métier d'écrivain. Artistiquement, elle réalise ce vieux rêve de rassembler deux cultures antagonistes: l'art et le folklore, les cultures professionnelles et amateurs, élitaires et populaires. Socialement, elle est un pont entre la campagne où je suis né et la ville dans laquelle j'ai passé mes quinze dernières années.

 

Il ajoute: C'est une passerelle entre les siècles, un voyage au coeur de notre "suissitude", un magnifique générateur de liens sociaux...

 

Francis Richard

 

La Fête, Blaise Hofmann, 272 pages, Zoé

 

Livre précédent:

Monde animal, éditions d'autre part (2016)

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26 mai 2019 7 26 /05 /mai /2019 16:30
L'enquête Elterich, de Marielle Stamm

Marielle Stamm a mené L'enquête Elterich relative à un secret de famille bien gardé et qui remonte à tout juste cent cinquante ans. Ce secret est celui des origines de son grand-père paternel.

 

Quand elle la commence, elle sait seulement que ce grand-père, est né de père inconnu et que, jeune fille, elle portait le nom de son arrière-grand-mère, ignorant celui de son arrière-grand-père.

 

Pourquoi tant de mystères? C'est ce qu'elle va découvrir en menant cette enquête aussi passionnante qu'une enquête policière: bien souvent, la réalité, décidément, dépasse de loin la fiction...

 

Au départ la narratrice dispose de peu de choses: un album de photos familial, la malle que sa soeur a conservée et qui contient, dans des enveloppes à moitié déchirées, d'autres photographies.

 

Sinon, elle sait que Gotèlfe est né le 3 mars 1869, que son fils unique, Henri, parti aux États-Unis pour y faire des études, a essayé d'y trouver trace de son propre aïeul mais qu'il est revenu bredouille.

 

Autre élément, même s'il est mince: elle retrouve, écrite par Gotèlfe, une brève autobiographie manuscrite et doublement titrée L'Enchaînement des Circonstances et Le Hasard dans la Vie.

 

Connaître les origines de son grand-père revient à le mieux connaître lui, qui est atteint du syndrome de Tintin mis à jour par un psychiatre, Serge Tisseron, dans Tintin et les secrets de famille:

 

La grand-mère [d'Hergé], la chambrière d'une comtesse, avait mis au monde deux jumeaux de père inconnu...

 

Cela se traduit inconsciemment par le devoir de se racheter de quelque chose ou plutôt de racheter quelque chose. Comment? En se rapprochant de la perfection tout en respectant [de sa mère le] silence. 

 

L'arrière-grand-père, le père inconnu, se nomme en fait Elterich et ce que la narratrice apprend sur lui est de nature à lui confirmer que l'être humain est complexe et présente de nombreuses facettes.

 

C'est aussi l'occasion pour elle de comprendre la signification pour Gotèlfe d'être bâtard à son époque. Ce secret a été gardé jusqu'à aujourd'hui: les mentalités ont-elles donc tant que ça changé?

 

Grâce à ses recherches sur plusieurs continents, avec le concours de personnes passionnées par son enquête, Marielle Stamm restitue, avec piété familiale, le père qui aura manqué à son aïeul Gotèlfe.

 

Francis Richard

 

L'enquête Elterich, Marielle Stamm, 184 pages, Éditions de l'Aire

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22 mai 2019 3 22 /05 /mai /2019 19:00
Passage des coeurs noirs, de Chiara Meichtry-Gonet

Dans Passage des coeurs noirs, le roman de Chiara Meichtry-Gonet, il est question de vie, mais aussi de mort, sans qu'il y ait pour autant rupture, mais simple passage sans gravité de l'une à l'autre.

 

Ainsi Virgile, à peine a-t-il fait la connaissance d'Heloïse qu'il a envie de lui présenter sa mère, Livia, qui pourtant n'est plus de ce monde, parce que, c'est clair et net, elle est son ange, sa douce.

 

Livia travaillait beaucoup, était une grande voyageuse, mais elle est partie, un jour, simplement un peu plus longtemps... Le père de Virgile, François, n'a plus prononcé un vrai mot depuis...

 

Virgile est un jeune banquier, qui, tout cravaté et costumé, se rend tous les jours dans sa tour de verre, au 18e étage, pour officier. Heloïse est étudiante et doit partir bientôt pour l'Argentine.

 

C'est ce qu'ont décidé les parents d'Heloïse, Madeleine et Guillaume, qui s'aiment mais ne vivent pas ensemble: Heloïse a donc deux chambres, deux lits, deux armoires et deux bibliothèques.

 

Madeleine est responsable d'une unité de soins palliatifs, Guillaume est peintre, et charpentier, parce qu'il refuse d'exposer. Elle habite en ville, lui une jolie maison, un peu plus haut dans la vallée.

 

De son côté, Heloïse n'a tout de suite que Virgile en tête et décide de lui écrire: Comme le lui avaient appris ses parents, les mots écrits seraient le relais de ses pensées, les accroches de son coeur.

 

Virgile et Heloïse s'aiment donc et le cours de leur existence s'infléchit lorsqu'Alma, leur enfant paraît. Comme il n'y a pas rupture avec la mort, trois femmes protégeront cette enfant à l'avenir:

 

Livia qui lui racontait le monde, Heloïse qui la caressait et Madeleine qui l'entourait de tendresse.    

 

Francis Richard

 

Passage des coeurs noirs, Chiara Meichtry-Gonet, 144 pages, Bernard Campiche Editeur

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17 mai 2019 5 17 /05 /mai /2019 22:15
Étude pour un homme seul, de Richard Millet

Il n'est pas fortuit que Richard Millet, passionné de musique classique, ait donné ce titre à son récit: Étude pour un homme seul.

 

Pascal, le narrateur, a quelques traits communs avec lui:

- il est sexagénaire et originaire de Siom en Corrèze, village inspiré de son village de Viam

- il a été le guerrier appliqué de la guerre libanaise

- il est écrivain, décrété indigne d'être lu par les malins, les idéologues, les beaux parleurs, etc. et par des femmes, notamment par une maigre romancière, au visage défait par les années et la vertu idéologique...

- il ne se bat plus que pour des questions de grammaire...

 

Pascal n'est pas solitaire seulement en raison de son art d'écrire et de ses opinions, mais aussi de la maladie qui l'éloigne des femmes.

 

De plus il fait désormais partie de ces célibataires moins disposés que les autres à supporter la climatologie féminine, surtout aujourd'hui que l'homme a perdu la guerre des sexes...

 

Il aggrave son cas quand il écrit qu'il n'a jamais caressé une femme de plus de quarante-cinq ans (chiffre devenu talismanique pour lui) et qu'il a toujours eu des femmes jeunes, voire très jeunes:

 

Qu'on ne voie là ni mépris, ni dégoût; ce sont les femmes qui nous élisent, non le contraire; et mes amours sont telles que c'est le désir qui me les dicte, bien plus que la volonté ou l'illusion de "construire sa vie", même à l'âge que j'ai atteint...

 

La maigre romancière le haïssait pour ses opinions mais aussi pour le seul fait qu'il était un homme, donc coupable envers les femmes. Elle avait cependant raison quand elle lui avait fait cette prédiction:

 

Vous serez seul, désormais, et vous ferez l'amour tout seul, ou bien vous paierez pour le faire...

 

Car ce sont ces airs-là que joue le récit de Richard Millet, de manière inattendue et singulière, avant et pendant la présence de Yelizeveta, femme de ménage d'origine moldave, envoyée par son amie Léonore pour travailler chez lui tous les lundis de 11 à 14 heures.

 

Maladie, âge, opprobre littéraire n'épargnent donc pas Pascal. Il ne pense pas pour autant que la misère sexuelle existe, la sexualité elle-même étant une grande part de la misère humaine.

 

Finalement, la prédiction de la maigre romancière ne s'avère pas malédiction:

 

Le pacte prostitutionnel était la forme raisonnable de l'amour, tout comme la pornographie sa dimension hygiénique, donc éthique, en fin de compte, le paradoxe n'étant ici qu'apparent: tout ce qui sert à réguler le flux sexuel relève de la Loi, donc de la paix sociale; si bien que, dans l'amour, comme dans le rite, la satisfaction du désir finit par résider dans la transaction, le jeu, ou la seule règle du jeu.


Cachez ce Millet que je ne saurais lire!, s'exclament alors les juges et professeurs de vertu...

 

Francis Richard

 

Étude pour un homme seul, Richard Millet, 126 pages, Pierre Guillaume de Roux

 

Précédents billets sur des livres de Richard Millet:

La souffrance littéraire de Richard Millet (21 septembre 2012)

Trois légendes (21 novembre 2013)

L'Être-Boeuf (3 décembre 2013)

Une artiste du sexe (30 décembre 2013)

Le corps politique de Gérard Depardieu (25 novembre 2014)

Solitude du témoin (3 mai 2015)

Province (28 juin 2017)

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16 mai 2019 4 16 /05 /mai /2019 22:45
Les immortelles, de Fabienne Bogádi

Chaque plante, chaque animal, chaque être humain porte tout l'univers en lui, plus un principe qui n'appartient qu'à lui et qui le différencie des autres.

 

C'est un des préceptes que Maman a appris à sa fille Dea, sa déesse. Elle lui a dit aussi: Tout est dans tout, le bien est dans le mal et le mal est dans le bien.

 

Sur le domaine vivent le minotaure, le père de Dea, qui est à la fois abusif et protecteur, Maman donc, la magicienne, et ses cinq frères, les centaures.

 

Le père a voulu que les prénoms de ses fils et de leurs chevaux, commencent par une des cinq voyelles de l'alphabet. L'aimé de Dea est Orfeo, qui monte Orion.

 

La magicienne transmet à Dea sa connaissance des plantes et des simples, au jardin puis dans son laboratoire: Dea note tout dans son cahier bleu.

 

La vie de Dea bascule, le soir de la fulgurance, quand son frère Icare organise un bal au domaine et que survient le beau Jonas qui lui dit notamment:

 

Savez-vous que les deux émanations essentielles d'un être sont sa voix et son odeur? Ils sont les reflets de son âme [...]. Si vous voulez blesser une personne au plus profond, dites-lui qu'elle sent mauvais, ou que sa voix est désagréable ou mal posée.

 

Peut-être Dea aurait-elle dû prêter davantage attention à ces paroles de Jonas ... avant d'en tomber amoureuse et d'en oublier les fleurs et la soif des fleurs.

 

Après la mort du minotaure, puis d'Orfeo, le frère qu'elle aimait, elle dit en effet  adieu à Maman et part avec Jonas pour une grande ville, dans le nord.

 

S'y révèlent un autre monde - tout carré - et un autre Jonas, qui lui donnera tout ce dont elle besoin, à condition de faire tout ce qu'il lui demande...

 

Tout est en place pour que se joue une tragédie aux accents antiques, comme le laissent présager les noms des protagonistes et des chevaux.

 

Fabienne Bogádi intercale au récit un autre récit, en italiques, qui se situe plus tard, comme un chant, sans ponctuation, mais de plus en plus précis.

 

Le lecteur est prévenu par ce chant que cette histoire va mal finir, ce qui est le propre des tragédies, mais il ne sait pas, jusqu'au bout, comment cela se produira.

 

Francis Richard

 

Les immortelles, Fabienne Bogádi, 216 pages, L'Âge d'Homme

 

Livre précédent:

Le corps déchiré, Olivier Morattel Éditeur (2014)

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15 mai 2019 3 15 /05 /mai /2019 17:00
Sur la Chapelle, d'Adrien Bürki

Sur la commune de St Légier-La Chiésaz, dans la région veveysanne, au lieu-dit Sur la Chapelle, se trouvent les vestiges d'une chapelle dédiée à Saint Léodegard, que l'on peut visiter.

 

Adrien Bürki évoque dans son livre l'histoire de cet édifice en quatre récits. Comme c'est joliment dit en fin d'ouvrage, l'église se trouve ainsi au milieu du recueil comme au milieu du village.

 

Prunelle raconte, vers 800, pendant la construction de la chapelle, un hiver, celui de deux pèlerins et de leurs deux mules, pris dans le mauvais temps. Des loups ont attaqué l'une des mules.

 

La seconde mule et les deux corps d'hommes sont découverts un peu plus loin: Les loups n'étaient pas arrivés jusque là, à moins que le feu les eût tenus à distance, mais les crocs de février n'étaient pas moins féroces à la chair.

 

Le personnage lumineux de ce récit est Adèle, une jeune guérisseuse dont le don a fait d'elle une enfant trop tôt grandie [...], une fille trop solitaire et sérieuse pour qu'on pût la trouver jolie.

 

Le personnage lumineux de Chroniques, qui se passe en l'an mil, est Martin, devenu aveugle à sept ans, et qui manifeste le plus grand intérêt aux histoires qu'on lui [raconte]: Sans avoir à le consigner, il retenait tout...

 

Dans Le brasier, l'incendie de la chapelle vers 1400, l'auteur raconte Mermet, le pêcheur, trois enfants, Marie, Ninon et Basile, Jean l'idiot, trois paysans, Perret et ses fils, Jordan et Simon, et le curé.

 

Ce qu'il dit de l'incendie lui-même ne peut laisser indifférent:

 

Cinq jours de pluie et de vent n'avaient pas balayé l'odeur âcre de fumée. Les bancs à l'avant de la nef avaient tous brûlé, et on avait jeté les autres, noircis, mordus par les flammes. Les vitraux avaient cédé sous l'effet de la chaleur, on en avait entendu de loin les éclats tomber en cascade, et les fenêtres béantes regardaient l'assistance intimidée comme de grands yeux noirs d'aveugle.

 

Dans Aigrettes, au XVIIIe siècle, Charlotte ne sait déjà plus l'emplacement exact de la chapelle, qui, le siècle précédent, est devenue une masure (cela signifie ruines): à cette époque Loyse savait qu'elle ne serait plus là très longtemps:

 

Le toit céderait le premier, une des poutres maîtresses, pourrie, entraînerait la charpente dans sa chute, éboulant le faîte des murs [...]. Il n'y aurait pas grand chose à sauver du bois, mais on pourrait récupérer toutes les bonnes pierres, les grandes pour les constructions, les petites pour les murets.

 

Que l'auteur soit rassuré. Il a réussi, à travers ces récits, dont les personnages et les destins sont pour la plupart imaginaires, à illustrer le propos qu'il voulait tenir quand il les a entrepris:

 

Ce ne sont pas les vieilles pierres en elles-mêmes qui nous parlent; elles sont en fait des chambres d'écho où nous pouvons écouter, si nous y prêtons l'oreille, nos propres pas.

 

Francis Richard

 

Sur la Chapelle, Adrien Bürki, 80 pages, Éditions de l'Aire

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12 mai 2019 7 12 /05 /mai /2019 22:15
Vers vos vingt ans, de Laurence Voïta

Et puis, tant que Myriam partira vers les vingt ans de ses grands-parents, elle n'ira pas chercher dans ses vingt ans à elle...

 

Anne pense ainsi quand elle dépose sur la table de son bureau, redevenu depuis peu la chambre de sa fille, le vieil album de photos que Myriam a déjà retrouvé, auquel elle en ajoute six autres.

 

Myriam, trente-cinq ans, a quitté la maison maternelle il y a quinze ans. Après sept ans de vie commune avec Christian, ce dernier vient de rompre avec elle et elle a dû partir de son appartement.

 

Après la mort de David, trente-cinq ans plus tôt, Anne n'a plus voulu aimer d'autre homme. Sa fille adoptive, avec laquelle elle a pourtant bien du mal à s'entendre, lui a permis de rester en vie.

 

Juste après la mort de David, Anne a ramené Myriam d'Afrique, où elle est née. Anne n'est pas très diserte sur les origines de Myriam qui a le teint satiné: elle est café au lait, marron chaud...

 

Lorsque Myriam était enfant, Anne partait seule, chaque année, pendant presque tout l'été: elle la confiait à ses grands-parents, Jean et Mathilda. Mais, aujourd'hui, Jean et Mathilda sont morts.

 

Myriam n'a donc pas pu trouver refuge chez eux et l'a demandé à sa mère, qui l'a hébergé de mauvais gré, habituée à être seule et mal à l'aise quand Myriam l'interroge sur son passé à elle:

 

Non, Anne n'aime pas les souvenirs, ces représentations d'un temps passé qu'on réinvente. Encore moins les photos quand elles sont affectives et racontent nos vies dans des fictions banales, qui se ressemblent toutes.

 

Si Anne ne veut rien donner d'elle, au risque de donner David, et de livrer son terrible secret, elle a sorti les albums, puis un paquet de lettres, et va contacter Olympia, pour qu'elle reçoive Myriam.

 

Olympia est la mère de David, qu'elle a tellement aimé et qui a tari tout l'amour qu'elle avait quand il a disparu: avec elle, elle apprendra tout ce qu'elle veut savoir, sauf peut-être qui sont ses parents...

 

Avec Olympia, Myriam reconstitue le passé de sa famille et fait des comparaisons entre les vingt ans de ses grands-parents, ceux de sa mère et les siens, tandis que Anne se souvient de son côté des siens...

 

La génération de Jean et Mathilda se posait moins de questions. Celle d'Anne a contesté, mais n'a rien pu faire et est convaincue que celle de Myriam n'a pas besoin de penser, que l'émotion lui suffit.

 

Jusqu'au bout Anne a continué à se taire, à combattre sans cesse toute envie de parler, à juguler les mots pour ne pas se trahir. A la fin elle sait que le temps du secret est passé et venu celui de l'apaisement.

 

Francis Richard

 

Vers vos vingt ans, Laurence Voïta, 296 pages, Les Éditions Romann

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7 mai 2019 2 07 /05 /mai /2019 10:00
Les sept mariages d'Edgar et Ludmilla, de Jean-Christophe Rufin

Les sept mariages d'Edgar et Ludmilla est une histoire d'amour, une longue histoire d'amour entre deux êtres qui n'arrivent jamais complètement, au cours de leur existence, ni à s'aimer, ni à se quitter.

 

Comme dans les plus belles histoires d'amour, leur histoire commence en 1958, dans des circonstances particulières, par un coup de foudre d'Edgar pour Ludmilla et de Ludmilla pour Edgar:

 

Il l'avait vue à l'époque en tout et pour tout trois minutes à peine. L'amour est-il capable de frapper si vite et si fort? Certains affirmeront que oui. D'autres voudront le croire, même s'ils en doutent. La plupart diront que c'est impossible.

 

De son côté, Ludmilla a été aussi frappée par l'amour que lui, mais de manière différente. Si à l'amour d'Edgar se mêle une part douloureuse de pitié, chez elle il y a plutôt confirmation de ce qu'elle savait en son for intérieur:

 

Quelqu'un allait venir pour elle: il était là.

 

Edgar et trois autres amis, deux filles et un garçon, sont partis en Union Soviétique pour se faire une idée du pays par eux-mêmes, même s'ils savent qu'ils ne seront pas libres de leurs mouvements.

 

Avec leur voiture, une Marly couleur crème et rouge, ils ont décidé de rallier Paris-Moscou. Et c'est dans un village d'Ukraine que la rencontre inoubliable entre Edgar et Ludmilla se produit.

 

Retourné en France, Edgar n'aura de cesse de vouloir sortir Ludmilla du pays communiste, animé par l'amour et... la pitié. Il y parviendra parce qu'il est à la fois plein d'énergie et la séduction même.

 

Lui avaient plu en Ludmilla, par-delà les formes douces et l'air fragile de la jeune fille, un caractère solide et une certaine dureté d'âme... Ce que ne démentira pas la suite de l'histoire.

 

Dans sa postface, Jean-Christophe Rufin souligne un aspect caractéristique de notre époque, qui l'a inspiré: La vie qui s'allonge favorise non seulement les ruptures mais les retrouvailles... 

 

Si elle les favorise, c'est que les personnes ont le temps d'évoluer et que les mariages multiples entre mêmes personnes, que d'aucuns penseraient improbables, ou risibles, ne le sont donc pas.

 

Edgar et Ludmilla expérimentent, au long de leur vie tumultueuse, le mariage blanc, le mariage d'opérette, le mariage de convenances, le mariage médiatique, le mariage d'exil, le mariage idéal...

 

Quant au septième, il fait partie de l'épilogue, mais Ludmilla pense que le chiffre 7 plairait à Edgar...

 

Francis Richard

 

Les sept mariages d'Edgar et Ludmilla, Jean-Christophe Rufin, 384 pages, Gallimard

 

Livres précédents:

 

Chez Gallimard:

Sept histoires qui reviennent de loin (2011)

Le collier rouge (2014)

Check-point (2015)

Le tour du monde du roi Zibeline (2017)

 

Chez Flammarion:

Le suspendu de Conakry (2018)

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4 mai 2019 6 04 /05 /mai /2019 22:15
Déchirures, de Sylviane Chatelain

Déchirures est un recueil de six nouvelles. La particularité de ce recueil est que la première d'entre elles représente plus des deux tiers du volume.

 

La Voisine aurait donc pu être un roman à part entière. Mais cela aurait été dommage, parce que cette disproportion ne nuit pas à l'unité de l'ouvrage.

 

Dans La voisine, une jeune femme, mère célibataire sans emploi, est obligée de déménager avec sa petite Coralie parce que son loyer est devenu trop élevé.

 

Sa fille ne supporte pas bien ce changement et en veut à sa mère. Une voisine de leur nouveau logis en profite pour s'attirer les bonnes grâces de l'enfant...

 

La mère de Coralie est déchirée. Elle ne sait trop que penser de cette voisine qui, tantôt douce tantôt dure avec elle, lui souffle au fond le chaud et le froid et l'obsède:

 

Même absente, elle est là, occupée à tisser autour d'elle et de sa fille une toile impatiente et impalpable dans laquelle elle a l'impression de se prendre davantage.

 

Sa voisine fait tant et si bien, en la tenant de plus en plus à sa merci qu'elle la soupçonne de vouloir lui enlever son enfant chérie, ce qui serait pour elle insupportable.

 

Dans La Bibliothèque, elle accepte d'aider son amie Annie à déménager ses livres, mais, surprise, cela ressemble comme deux gouttes d'eau au tonneau des Danaïdes:

 

Des étagères qui ne se vident pas. Des cartons qui ne se remplissent pas.

 

Dans Le Tableau, qu'elle ne connaît que par des reproductions, elle se rend au musée où il est exposé mais elle peine à le re-connaître et en est toute meurtrie:

 

Pour l'instant on dirait qu'il ne veut pas d'elle. Il se raidit, se ferme, se détourne. On dirait qu'il la repousse.

 

Dans La Brume, elle le perd de vue pendant une ascension. Elle ne sait s'il l'attend, si elle l'a dépassé, s'il l'appelle, si c'est bien lui, là-bas, et la gagne la peur:

 

De la solitude et du silence. Du froid qui se noue autour d'elle. De cette prison blanche, de ces murs inconsistants dans lesquels elle s'enfonce sans trouver d'issue.

 

Dans Le Chien, elle est au chevet de son mari malade qui lui raconte indéfiniment un rêve récurrent qu'il fait. Un chien (ou un loup) l'entraîne dans un village inhabité et tous deux se couchent à côté du feu qui brûle sur la place:

 

Les rêves naissent de souvenirs parfois complètement effacés de la mémoire. Ils ouvrent des portes fermées le jour, les ouvrent la nuit sur des évidences que le jour transforme en énigmes...

 

Dans La Rivière, elle est enceinte et s'est égarée dans une tempête de neige. Elle a frappé à une porte et on lui a ouvert. Pour retrouver les siens, elle doit absolument se réveiller et se délester de ses rêves:

 

Je ne les aime pas. Ils sont faits d'une étoffe usée, une étoffe si fragile, j'ai peur qu'ils se déchirent, peur des ombres sournoises, de la douleur sans remède qui s'y terrent.

 

Les protagonistes de ces six nouvelles sont donc bien des femmes toutes confrontées à des situations déchirantes et, ô combien, angoissantes. Et leurs déchirures, leurs angoisses, Sylviane Chatelain les rend communicatives...

 

Francis Richard

 

Déchirures, Sylviane Chatelain, 256 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livre précédent:

La Boisselière (2014)

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30 avril 2019 2 30 /04 /avril /2019 22:55
Tamangur, de Leta Semadeni

Tamangur est le paradis des chasseurs, et le grand-père, chasseur lui-même, a vraiment mérité d'être admis dans ce paradis.

 

Après être parti pour Tamangur, le grand-père a laissé la grand-mère et l'enfant. Mais son souvenir est toujours bien présent chez elles deux.

 

La grand-mère n'est pas pressée: Tamangur, c'est là où en réalité on ne veut pas aller. Elle ajoute: Le paradis est difficile à supporter tant qu'on n'est pas mort.

 

La grand-mère et l'enfant (qui a perdu son petit frère, emporté par le fleuve, sans qu'elle puisse rien faire) vivent dans le village, avec Chan, le chien:

 

Le village est un endroit plein d'ombres, profondément encaissé entre les montagnes, et encore plus bas mugit le fleuve, épais et scintillant en direction de la frontière.

 

Des parents de l'enfant il n'est question qu'une fois dans le roman de Leta Semadeni. Ils ne sont, semble-t-il, plus de ce monde depuis déjà longtemps.

 

Elsa habite la maison jaune, avec Elvis. Elle rend souvent visite à la grand-mère et à l'enfant et sent un peu Chanel n°5 et la cave de pommes de terre:

 

La grand-mère a le don de reconnaître les choses au nez et elle veut transmettre ce don en apprenant à l'enfant à flairer. Et finalement, elle est surpassée par l'enfant...

 

Ce sont aussi des histoires qui sont transmises à l'enfant par la grand-mère ou par Elsa, dans toutes leurs variantes, ou encore par le grand-père.

 

Ces histoires la façonnent, de même que les personnages qui peuplent l'univers de son enfance:

- la couturière aux yeux de crocodile, qui vole des souvenirs comme si de rien n'était et qui chante bien,

- la Corneille qui porte des vêtements noirs toute l'année,

- la professeure de piano avec laquelle elle sait prendre un air innocent au bon moment,

- la voisine au rire effrayant,

- Claudia et le ramoneur, qui, au café, pérorent sur leurs hommes,

- Luzia, la fillette de l'Alpenrose, qui lui fait regarder ce qui est intéressant par un trou dans le mur d'une chambre.

 

C'est cependant avec la grand-mère que l'enfant apprend le plus de choses sur la vie d'ici-bas et sur l'âme, qui ne pèse que quelques grammes:

 

Au moment où un chasseur est accueilli à Tamangur, il perd vingt-et-un grammes parce que son âme s'échappe du corps pour retourner là où elle habitait avant.

 

L'important n'est-il pas, même lorsque le corps vieillit, que l'âme reste toujours jeune?

 

Francis Richard

 

Tamangur, Leta Semadeni, 184 pages, Slatkine (traduit de l'allemand (Suisse) par Barbara Fontaine)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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