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21 février 2023 2 21 /02 /février /2023 20:00
Vu de la caverne, de Jean-François Sonnay

Le Roman des dernières nouvelles de Jean-François Sonnay est une mise à jour, dans quelques décennies, de la célèbre allégorie de la caverne, dans La République de Platon.

 

Depuis cinq ou six générations, il n'y a plus sur Terre qu'un État universel. On l'appelle Oecumenia 1. Y règnent la cybernétique, la surveillance armée et la foi en l'avenir.

 

Le nom officiel de cet État est "Empire H & H", le premier H pour "holistique", le second pour "harmonique", toute ressemblance avec un monde réinitialisé serait fortuite...

 

Les gens ordinaires vivent dans des villes souterraines. En surface ne se trouvent que les activités productives et il y fait une chaleur écrasante et une grande sécheresse.

 

Au-delà du Limes 2, l'ultime rempart d'Oecumenia - l'armée est responsable de son étanchéité -, se trouvent îles et Confins, où vivent des gens peu éduqués, peu productifs:

 

Ils entretiendraient des formes archaïques d'organisation sociale, sans commune mesure avec les standards d'Oecumenia. 

 

Le souhait de tout soldat affecté au Limes est de retourner sous terre, au frais, c'est-à-dire dans la zone 1, la zone 2 étant celle des industries et des labos et la 3, celle des Confins.

 

Dans la zone 1, les lois sont observées; les niveaux inférieurs sont occupés par les gens ordinaires, et les supérieurs par la Direction, les Séniors, la crème de la crème d'Oecumenia.

 

Pour savoir ce qui se passe dans la zone 3, des observateurs franchissent le Limes. Leur objectif principal est d'analyser, pour leur officier traitant, ce qui échappe à la règle.

 

Le narrateur, Gédéon, travaille au trente-troisième sous-sol sur un massicot. Son travail consiste à décortiquer les livres, [...] désosser les reliures, découper les couvertures:

 

Pour permettre de scanner chaque feuillet ainsi redevenu volant.

 

Tous les livres sont numérisés, puis mis au rebut, comme des déchets. Au lecteur ils ne permettent donc plus, comme avec le papier imprimé, de savoir où il en est de sa lecture:

 

Même si le papier est fin comme de la soie, l'épaisseur relative des piles de gauche et de droite permet de mesurer physiquement le chemin parcouru, le déjà-lu et le solde, le passé connu et l'avenir encore incertain.

 

Le père de Gédéon voyageait souvent et était sans doute un informateur. Un jour il a disparu, le laissant seul avec sa mère et faisant de lui un enfant, puis un homme, différent.

 

Tout semble sous contrôle social dans Oecumenia, à l'abri d'un quelconque bouleversement. Gédéon, lui, aura appris à être indépendant, ce qui le prédispose à toute éventualité.  

 

Francis Richard

 

1 - En grec ancien, οἰκουμένη signifie ensemble des terres habitées.

2 - Sous Rome, le limes séparait le monde civilisé de celui des barbares.

 

Vu de la caverne, Jean-François Sonnay, 344 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livre précédent:

 

Il n'y aura pas beaucoup de honte (2018)

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17 février 2023 5 17 /02 /février /2023 18:20
Cara Clarissa, de Silvia Ricci Lempen

Je voulais écrire une lettre à Clarissa, mais je laisse tomber, c'est trop difficile, et en plus je n'ai même pas son adresse. Pire je ne sais pas si elle est en vie.

 

Clarissa est une amie d'adolescence de Giulia, la narratrice de Silvia Ricci Lempen. Hugo et Giulia habitent à Zollikon et ont deux fils, Martin, qui se trouve à Skiathos, et Mario, en Californie.

 

Giulia a envie d'écrire à Clarissa, quarante ans après. Son inconscient lui dicte de revisiter son adolescence romaine, avant que, de bonne famille, elle ne soit allée faire des études à Genève.

 

Au lycée français de Rome, trois filles, Clarissa, Fiumetta et Giulia, et deux garçons, Daniel et Karol, suivaient le cours de théâtre de Madame Thespy, qui choisirait la pièce où ils joueraient.

 

Clarissa et Daniel, d'un côté, Fiumetta et Karol, de l'autre, formaient un couple. Giulia, amoureuse de Karol, était seule, mais elle était l'amie de Clarissa, à l'humeur changeante à son égard.

 

La mère de Clarissa était une artiste qui avait eu du succès mais son mari l'avait contrainte à abandonner son art pour s'occuper de leur foyer et de leurs enfants, ce qui l'avait rendue malade.

 

Madame Thespy avait jeté son dévolu sur une pièce de Musset et avait attribué à Clarissa le rôle de l'amoureuse comblée par son amant, joué par Karol, et à Giulia, celui de l'amoureuse éconduite.

 

En descendant de voiture pour se rendre au restaurant de l'hôtel où Hugo, en sa compagnie, doit rencontrer des clients suédois, Giulia défait sur vingt centimètres la couture de l'ourlet de sa robe.

 

L'employée de l'hôtel qui le lui recoud s'appelle Dora, comme la gouvernante de Clarissa, tante Dora, qui, en raison de la défaillance de sa mère, en avait tenu lieu. C'est l'élément déclencheur.

 

Après quoi, Pendant que son mari s'absente pour affaires, Giulia se rend à leur chalet de Grindelwald. Là elle tente en vain d'écrire à Clarissa et se remémore tout ce qu'elles ont vécu ensemble.

 

Cara Clarissa est le début de la lettre, mais le reste ne vient pas. De toute façon, à quoi bon? Sauf que le hasard fait parfois bien les choses et que le destin peut alors être forcé, en en suivant les signes...

 

Francis Richard

 

Cara Clarissa, Silvia Ricci Lempen, 152 pages, Éditions d'En Bas (traduit de l'italien par Véronique Volpato)

 

Livres précédents:

 

Ne neige-t-il pas aussi blanc chaque hiver ?, Éditions d'En Bas (2013)

Un homme tragique, L'Aire bleue (2014)

Les rêves d'Anna, Éditions d'En Bas (2019)

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10 février 2023 5 10 /02 /février /2023 20:30
Tortues, de Bruno Pellegrino

Tortues est un recueil de textes que Bruno Pellegrino a réécrits pour ce livre. Ils ont paru pour la plupart dans La Revue des Belles-Lettres entre 2019 et 2022 sous le titre général et, au fond, générique: L'inventaire.

 

Chacun de ces neuf textes est un morceau du puzzle de son autoportrait. Une fois qu'est reconstituée leur chronologie, ils correspondent à un moment de sa vie où il a dû trier ce qu'il lui faudrait mémoriser ou oublier.

 

Enfant déjà, inquiet, il range dans un tiroir les biens les plus précieux qu'il voudrait emporter si la maison familiale devait être détruite un jour par un incendie1: Si cela devait arriver, s'il fallait partir, il veut être prêt.

 

À huit ans, il part en vacances pour la Turquie avec ses parents, mais ce voyage ne lui a laissé aucun souvenir. Il ne trouve aucune trace qui pourrait l'aider à le reconstituer: Je déteste avoir oublié, et le savoir.

 

À douze ans, il passe huit semaines en Angleterre avec ses parents et sa soeur. Aujourd'hui il a du mal à démêler ce dont il se souvient réellement de ce séjour qui fut parmi les plus heureux de sa vie en famille:

 

À force de vouloir évoquer l'Angleterre, je risque d'enregistrer de fausses images par-dessus les vraies.

 

À dix-sept ans, il consacre son travail de maturité à Friedrich Dürrenmatt. Il lit ses livres, dont il ne retient rien. Il le rédige à partir de notes, de brouillons, de résumés et d'enregistrements avec sa veuve:

 

J'insérais de longues citations pour avoir dans mon texte un peu de la voix des autres. J'identifiais ma tendance à vouloir tout dire, je faisais avec. C'est toujours comme ça que j'écris aujourd'hui.

 

À vingt ans, il passe une seule journée à Venise avec son amoureuse. Il ne lui en reste rien. Quand il y retourne à vingt-six ans, il consigne tout dans un carnet vert. Mais il efface le contenu de son téléphone:

 

Passé un moment de stupeur, le soulagement - tout ça de moins à trier.

 

Trier chez l'écrivaine lui est justement proposé et il s'y attelle à son retour, pendant des semaines. De quoi être découragé, d'autant qu'il s'agit de tout garder, le contraire de ce que dit une archiviste à la radio:

 

Si fabriquer des archives consiste à en détruire la plus grande partie, alors l'archive n'est pas un moyen de garder la mémoire, mais une méthode pour apprendre à oublier.

 

La tentation serait de vouloir tout dire sur ce livre, de n'omettre de parler d'aucun des textes, de tirer de l'oubli, comme l'auteur, la poétesse Marthe D. ou Jane, la veuve d'un éditeur, menant la grande vie.

 

Si Françoise, qui a pris soin de Gustave Roud après la mort de sa soeur Madeleine, na pas trouvé sa place dans l'histoire qu'il a racontée sur eux, il dit avoir commencé à prendre des notes pour un texte sur elle:

 

Tout vient à point à qui sait attendre...

 

Francis Richard

 

1 - Une tortue ne se pose pas cette question...

 

Tortues, Bruno Pellegrino, 144 pages, Zoé

 

Livres précédents:

 

Là-bas, août est un mois d'automne (2018)

Dans la ville provisoire (2021)

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8 février 2023 3 08 /02 /février /2023 20:00
J'oublierai Sarajevo, de Mirela Bera et Philippe Jeanloz

Sam, comme l'enfant prodigue de l'évangile, retourne chez sa mère, Nina. Maude l'a mis dehors. Elle ne supporte plus de ne plus exister pour lui, qu'il s'échappe toujours pour faire des virées en moto, des photos ou des recherches sur la Toile.

 

En 1991, Sam et Nina sont partis de Sarajevo pour Genève, où elle a un contact, laissant son père, Gregori. Depuis, Sam attend son retour, éternellement. Dans sa chambre, enfant, il a collé au-dessus de son lit la photo d'un basketteur qui lui ressemble.

 

Sam ne cesse de rendre la vie insupportable à Nina et à Maude. Sur le conseil de son ami d'enfance Anastase, avec qui il s'est rendu secrètement un jour à Sarajevo en moto, il part pour le chalet que ce dernier loue avec sa soeur à Merishausen.

 

Gregori n'a pas voulu quitter Sarajevo, son pays en danger qui est comme un ami malade, qu'on ne quitte pas. Il a disparu, sans que l'on sache quel camp est devenu le sien pendant la guerre. Mais il hante les rêves et les visions de Sam, retiré au chalet.

 

Sam se rend compte que l'important n'est pas ce qui est advenu mais ce [qu'il peut] en faire. C'est le moyen pour lui d'oublier Sarajevo et de rejoindre Maude non sans s'être éveillé, avoir ouvert la fenêtre et le coeur, lui adresser ces vers:

 

Huitième nuage

 

Aux fleurs du bien

Aux bouquets non cueillis

Aux mots usés

Aux bougies

À l'amour

Le tien

 

Et la nuit

 

Francis Richard

 

J'oublierai Sarajevo, Mirela Bera et Philippe Jeanloz, 88 pages, Éditions de l'Aire

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26 janvier 2023 4 26 /01 /janvier /2023 20:20
Boris, 1985, de Douna Loup

Je ne sais pas pourquoi j'ai eu l'élan si fort de m'intéresser à toi. Mais je sais que je suis faite de ce qui me précède, tissée de liens venant de loin. Je n'émerge pas du néant, je viens de ce terreau passé.

 

Douna Loup parle ici de son grand-oncle, Boris Weisfeiler. qui a disparu au Chili en janvier 1985, à quarante-trois ans. Ce grand mathématicien d'origine juive, né en Russie, a quitté l'Union soviétique en 1975 parce qu'il lui était difficile d'y exercer son métier.

 

Boris émigre aux États-Unis où il enseignera à l'université de Pennsylvanie et sera naturalisé en 1981. Au cours de son récit, l'auteure cite des extraits de ses carnets de voyage au Canada en 1981 et 1984 où il se révèle grand randonneur, comme il l'était en Sibérie.

 

L'auteure décide en 2018, en sortant d'un concert 1, de faire des recherches sur sa disparition. Un an plus tard elle se rend avec ses filles à Boston, où elle se casse le tibia et le péroné à la patinoire et où elle  rencontre pour la première fois des membres de cette parentèle.

 

Ses recherches la conduisent sur les pas de Boris, à Boston, New York, Asheville, puis au Chili, à Santiago, Chillàn, San Fabian, enfin sur les lieux de sa disparition, près des rivières El Ñuble et Los Sauces, à proximité de la Colonia de Paul Schaefer, une secte nazie.

 

Douna Loup est bien faite de ce qui la précède:

Je vois, à mesure que j'avance sur ses pas, que depuis mon premier roman où l'on retrouve

un homme mort dans la forêt

jusqu'au dernier où une soeur part en quête de son frère inconnu,

il y a souvent la mort qui rôde.

ou des disparus ou des quêtes.

 

Ses voyages de 2019 2, comme celui à Moscou en 2020, n'auront pas été inutiles, même si les questions sur la disparition de Boris semblent sans fin. Douna Loup est bien tissée de liens venant de loin, de liens invisibles qui la rassurent dans cette toile immense et vivante:

 

et je vois comme j'ai été heureuse

de me mettre en mouvement jusqu'aux confins du Sud chilien

de déceler en moi des racines de sang

et des peurs inconnues,

d'être vivante

au milieu de

tout ce réel

 

Francis Richard

 

1 - Je viens d'entendre la chanson Vino del mar, dédiée à Marta Ugarte, jeune femme militante de gauche, torturée puis jetée à la mer d'un hélicoptère par des soldats de Pinochet en 1976.

2 - Au retour à Paris, elle peut dire: Je boitille, mais je suis debout.

 

Boris,1985, Douna Loup, 160 pages, Zoé

 

Livre précédent chez Zoé:

 

Déployer (2019)

Les printemps sauvages (2021)

 

Livres précédents au Mercure de France:

 

L'embrasure (2010)

Les lignes de ta paume (2012)

L'oragé (2015)

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21 janvier 2023 6 21 /01 /janvier /2023 20:25
Le piège de papier, de Kyra Dupont Troubetzkoy

L'imposteur est aussi coupable que sa victime qui fait mine de ne pas voir son crime.

 

Ce livre est composé comme le Livre des livres, excepté qu'il y a un prologue et un épilogue. Il transpose l'histoire des relations entre les hommes et Dieu à celle des rapports mouvementés qu'entretiennent L et la narratrice.

 

Elles se sont connues sur les bancs de l'école. Elles étaient alors déjà rivales. La narratrice s'imaginant que L l'avait supplantée dans le coeur de Victor et se consolant en la déconsidérant et en trouvant qu'elle n'avait rien, pour elle.

 

Quand elles se retrouvent toutes deux à l'université, les choses changent. Ces gamineries sont oubliées. L fait même le premier pas en s'installant à côté de la narratrice dans l'amphithéâtre, si bien qu'elles deviennent enfin amies.

 

La rivalité entre elles deux n'a pas pour autant disparu. Elle était, semble-t-il, sous-jacente et ne demandait qu'à resurgir, du moins dans l'esprit de la narratrice, toute fière de réussir mieux dans ses études que L, égale à elle-même.

 

La suite de l'histoire est faite de rapprochements et de distances entre elles, l'une devançant l'autre, alternativement, dans l'accomplissement de sa voie littéraire et se servant de la fiction comme instrument pour régler des comptes.

 

Si L a ouvert le feu avec la publication de nouvelles, la narratrice relève le défi avec un roman qui connaît un succès honorable sans que L ne se manifeste, mais elle a des excuses: elle met au monde un enfant, puis perd son père:

 

Obnubilée par mes angoisses, je n'avais pas vu que pour elle ce pouvait être difficile. On entend ce que l'on veut bien entendre, [...] c'est fou ce que notre état d'esprit du moment peut nous jouer des tours, nous pousser à fantasmer propos et situations.

 

Le succès littéraire est à la fois mystérieux et explicable. Certains critiques le dénigrent, d'autres l'exaltent. Certains éditeurs le fabriquent, prix littéraires à la clé, d'autres le dédaignent. Et la qualité de l'oeuvre? Un vaste sujet.

 

Ce sujet n'est pas secondaire. Car la rivalité peut être un stimulant pour se dépasser. Mais, dans ce cas-là, les dégâts sont d'autant plus grands. La surenchère entre rivales devient Le piège de papier dans lequel il ne fallait pas tomber.

 

Ce roman de Kyra Dupont Troubetzkoy, dédié À tous les imposteurs, raconte un affrontement entre deux plumes, où il est bien difficile de savoir qui, de l'une ou de l'autre, est le réel imposteur et si une eschatologie est possible...

 

Francis Richard

 

Le piège de papier, Kyra Dupont Troubetzkoy, 264 pages, Favre

 

Livres précédents:

 

Petit essai assassin sur la vie conjugale, Éditions Luce Wilquin (2012)

Le hasard a tout prévu, Éditions Luce Wilquin (2013)

L'envol des milans, 5 sens éditions (2021)

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18 janvier 2023 3 18 /01 /janvier /2023 11:20
Pensées sauvages et délires cultivés, de Benoît Gaillard

Ce petit livre est plein de qualités. D'abord il tient dans la poche: c'est un vrai livre de poche. Ensuite il contient de petits textes qui disent beaucoup. Enfin il ne maltraite pas la langue française mais, au contraire, lui fait honneur en en maîtrisant les mots et les sens.

 

Comme Benoît Gaillard le dit, dans sa Mise en bouche, le lecteur peut engloutir ces Pensées sauvages et délires cultivés comme une oie ou les picorer à l'envi comme une poule. Il peut lire le livre d'une traite de la première à la dernière page ou dans le désordre.

 

Bref c'est un vademecum transportable par le lecteur, à qui sont offerts à la fois de quoi se réjouir, de quoi réfléchir, de quoi se nourrir, de quoi rire de bon coeur ou de quoi au moins sourire. Si l'opus est transporté par le lecteur, celui-ci l'est tout autant en quelque sorte.

 

Pour donner un aperçu, il faut choisir. Le mieux serait de ne pas avoir à le faire, car c'est sinon hasardeux, du moins subjectif, sans doute révélateur de celui qui choisit. Mais le but est de donner envie d'acquérir le livre. Alors ça vaut le coup de prendre quelques risques:

 

Tout corps plongé dans un liquide ne porte

pas forcément de caleçon de bain.

 

Être prudent, c'est estimer le danger

sans pour autant le trouver sympathique.

 

En électricité comme en amour,

il faut lâcher prise

quand le courant passe.

 

Boire tellement la vie qu'elle

en devient si rose.

 

Une ville de théâtre vaut deux villes.

 

L'astrologue est la preuve vivante

qu'on peut rester fidèle à soi-même

tout en se trompant souvent.

 

L'autobiographie est un moyen

efficace de parler de ses racines

en les faisant monter jusqu'à la feuille.

 

Pour le malhonnête, tout autre

que lui est toujours à prendre ou à léser.

 

Mettre un poing au milieu de cette

phrase, c'est faire une faute de frappe.

 

Puissent ces quelques aphorismes inciter le lecteur à aller plus loin. Il ne sera pas déçu, car il y  en a pour tous les goûts et pour toutes les couleurs. Y trouveront leur compte tous ceux qui ne prennent pas tout au sérieux et qui n'opposent pas vainement nature et culture.

 

Francis Richard

 

Pensées sauvages et délires cultivés, Benoît Gaillard, 104 pages, Éditions de l'Aire (illustrés par François Maret)

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12 janvier 2023 4 12 /01 /janvier /2023 21:30
Sous les pavés, la rage, d'Hélène Dormond

Comme il est souvent d'usage, ce recueil de nouvelles a pour titre celui d'une d'entre elles. Mais Sous les pavés, la rage, qui évoque inévitablement le slogan soixante-huitard 1, est bien représentatif de l'ensemble.

 

Dans Coup de siphon, Marie, mariée à Bastien, ne le reconnaît plus. Il déprime, se plaint continuellement. Elle n'a pas envie de sombrer avec lui. Elle a la vie chevillée au corps et elle n'est pas prête à renoncer.

 

Dans Les salades de Mathilde, celle-ci tire derrière elle son oncle Gabin, qui aime s'en laisser conter 2. Prenant le relais de sa grand-mère, elle l'emmène avec elle dans l'espoir que le changement lui soit profitable.

 

Dans Voix de garage, Antoine Béranger, légende du rock français, subit une laryngectomie, de quoi mettre en rage à jamais ce chanteur, s'il n'y avait la petite infirmière Roxanne, comme l'héroïne de The Police.

 

Dans Tout feu, tout flamme, Ernestine reçoit une lettre de son banquier l'informant du découvert de son compte. Alors elle joue sur ordinateur, où elle peut exprimer toute sa rage de vaincre et oublier la réalité.

 

Dans Sous les pavés, la rage, une pluie diluvienne s'abat sur la ville de Lausanne. La Louve, rivière souterraine, est en crue et pourrait, en rage, faire surface, pendant qu'une rage froide saisit une amante... 

 

Dans Survol, Carole se dispute avec Hernando. Elle se jette à l'eau dans le lac, suivie par son homme, mais il a moins de technique qu'elle... Sept mois et huit jours plus tard, Sara, sur son vélo, est encore en rage.

 

Dans Grand débarras, Solène abandonne le superflu à la déchetterie après le départ au loin de son fils Joël, puis elle se rend à un lieu de rendez-vous en France voisine avec l'intention sans aucun doute de rebondir.

 

Dans Présomption d'innocence, Euphémie est en colère contre son patron qui paie mieux ses collaborateurs que ses collaboratrices et va voir un avocat qui ne lui laisse pas d'espoir. Mais elle ne s'avoue pas battue.

 

Dans No man's land, Florian a pour couleurs préférées le vert, de l'herbe, et le bleu, du ciel. Aussi est-il devenu cantonnier et se révolte-t-il quand des enfants s'en prennent à des arbres ou qu'un petit animal meurt. 

 

Dans Bande à part, la narratrice est différente des autres filles. Trop tout, elle est surtout rousse. Elle rêve donc d'Écosse comme de sa terre natale et quitte la Suisse pour y aller. Mais l'herbe y est-elle plus verte?

 

Dans Hors contrôle, Hector se remémore les vacances qu'il vient de passer en Grèce dans l'avion qui le ramène en Suisse. Monsieur Humbert connaît les affres du contrôleur aérien. Ils s'impatientent du temps passé.

 

Dans Fièvre de cheval, le vieil Eugène a trimé dès ses sept ans. Le dédommagement reçu pour avoir été enlevé à ses parents lui permet de partir pour l'Andalousie où, muni de son pécule, il affronte des vicissitudes. 

 

Dans Au café des amis, Aline s'exprime sur sa solitude dans le confessionnal de la nuit, émission animée par Frédéric. Lionel - voisin d'Aline, il ne la reconnaît pas - et nombre d'auditeurs réagissent, sans honte.

 

Tous les protagonistes de ces nouvelles d'Hélène Dormond ont la rage, rage contenue, comme si elle était recouverte par des pavés, c'est-à-dire par des pierres qui pèsent sur elle et, en quelque sorte, l'immobilisent.   

 

Francis Richard

 

1 - Sous les pavés, la plage.

2 - Gabin sourit aux mésanges.

 

Sous les pavés, la rage, Hélène Dormond, 142 pages, Plaisir de lire

 

Livres précédents:

 

Liberté conditionnelle, Plaisir de Lire (2016)

L'envol du bourdon, Hélice Hélas (2017)

L'air de rien, Plaisir de Lire (2018)

Zone de contrôle, Plaisir de Lire (2021)

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10 janvier 2023 2 10 /01 /janvier /2023 17:00
La liste de Musy, de Jacques Allaman

Monsieur Musy a sauvé plus d'un millier de juifs! Je les ai vus lorsque le train est entré en gare. J'étais à Kreuzlingen ce jour-là.

 

Sur son lit de mort, Madeleine se confesse à son prêtre de fils, Marc. Mère célibataire, elle lui révèle qui était son père, dont elle a gardé une photographie dans son secrétaire, avec La liste de Musy.

 

Jean-Marie Musy (1876-1952), qui l'a protégée1, a été élu député au Grand Conseil de Fribourg en 1911, puis porté au Conseil d'État fribourgeois. Il a siégé au Conseil d'administration de la BNS2.

 

Conseiller national en 1914, Conseiller fédéral en 1919, Président de la Confédération en 1925, puis en 1930, ce catholique fait partie de la droite nationale, autoritaire, anti-libérale et xénophobe.

 

Redevenu Conseiller national en 1934, cet ultra-conservateur puissant est farouchement opposé au bolchevisme. En 1938, il finance même, monte et montre un film de propagande: La peste rouge.

 

En 1940, la mère de Marc, après avoir été violée, est enceinte. Son violeur est un Suisse déserteur, qui est parti pour l'Allemagne rejoindre le docteur Franz Riedweg (1907-2005), engagé dans la Waffen SS.

 

Certes Riedweg est un ami de Jean-Marie Musy. Certes ce dernier, membre d'une délégation suisse, rencontre à Berlin Heinrich Himmler mais, aux yeux du père de Marc, c'est un tiède, une lavette.

 

Tout ce que Marc apprend de sa mère le sidère: Mon père, ce SS, se dit-il. Il va perdre sa mère, il ne comprend pas encore qu'il va perdre la foi. Le lecteur le saura grâce au narrateur, qui se dévoile à la fin.

 

Ce roman est l'occasion, pour Jacques Allaman, de raconter l'histoire complexe de ces années noires, côté Suisse, et comment cet anti-communiste de Jean-Marie Musy a sauvé des juifs de la solution finale.

 

Aussi bien documenté qu'il soit, ce livre reste un roman. Il pose les questions de la repentance du fils pour les crimes du père et des rapports entre le christianisme et le judaïsme, éclairés par Léon Bloy...  

 

Francis Richard

 

1 - Madeleine est originaire du même village, Albeuve.

2 - Banque nationale suisse.

 

La liste de Musy, Jacques Allaman, 176 pages, Éditions de l'Aire

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25 décembre 2022 7 25 /12 /décembre /2022 23:00
Une longue route pour m'unir au chant français, de François Cheng

Je ressens aujourd'hui la nécessité de relater l'aventure de ma création poétique, cette longue route par laquelle, contre marées et vents, j'ai rejoint le chant français.

 

Le premier jalon de cette route est, pour un concours, une prose poétique que François Cheng rédige en chinois à la fin de 1944, à quinze ans, et qu'il consacre à L'eau.

 

En 1948, il part pour Paris, seul avec son père, qui doit y assister à une conférence internationale, sans connaître un traître mot de français, pas même "bonjour" ni "merci".

 

Ce bachelier chinois, voyageur sans grand bagage linguistique, nourrit pourtant la folle ambition de se consacrer à la création littéraire et pas dans n'importe quelle langue:

 

À mesure que l'idée d'exil s'impose en moi, s'impose l'évidence: la terre française sera ma terre; la langue française sera ma langue.

 

Il lit avec une avidité, qui s'apparente à de la gloutonnerie, de grands écrivains français mais aussi des écrivains secondaires, et, bien sûr, des poètes français, petits et grands:

 

L'important est que s'offrent à moi les mots, dans leur vivante plasticité, chargée d'une sonorité, d'un parfum, d'une saveur inconnus, magiques.

 

Accompagnant un étudiant chinois qui doit lui remettre une missive de son traducteur et un sceau gravé, il rencontre Gide dont, adolescent, il a dévoré tous les livres en chinois.

 

En poésie, il suit la voie orphique tracée par Rilke, qui prône une vision de la vie dans son entièreté, c'est-à-dire y compris la mort, et se met de toute [son] âme dans sa continuité.

 

Tout au long de sa vie, il fait nombre de rencontres extérieures, mais il se rend compte très vite qu'elles ne le mèneront à rien tant qu'il ne maîtrisera pas vraiment le français.

 

Qui plus est, il n'a aucun diplôme, ce qui est rédhibitoire: En France, rien ne marche sans diplôme, lui dit Gaston Berger qui le prend néanmoins volontiers sous son aile.

 

En raison de son passé calamiteux, il comprend que seules des rencontres d'être à être lui permettront de se frayer un chemin dans l'existence et met en pratique le précepte.

 

Dans les années 1980, il entre résolument dans la création poétique en français, reconnaissant envers ceux qui en ont bouleversé le contenu puis la forme au XIXe, au début du XXe.

 

Venu d'un très vieux pays, où l'on sait que notre verbe nous permet de fonder nos sociétés humaines et, au-delà, de nous relier au divin, il rend cet hommage d'autant plus précieux:

 

Par la rigueur de sa structure ou son souci de style, le français incarne toujours une exigence éveillée de l'esprit. Ce dernier trouve en lui son meilleur refuge.

 

Il ajoute avec une grande lucidité:

 

Une menace pour la langue française ne pourrait venir que des Français eux-mêmes. La langue évoluera, il dépend d'eux que ce ne soit pas dans le sens d'un avachissement.

 

Francis Richard

 

Une longue route pour m'unir au chant français, François Cheng, 252 pages, Albin Michel

 

Livres précédents chez Albin Michel:

Assise-Une rencontre inattendue (2014)

De l'âme (2016)

 

Livre précédent chez Gallimard:

Enfin le royaume (2018)

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3 décembre 2022 6 03 /12 /décembre /2022 23:55
L'âme de fond, de Jean-Louis Caccomo

Dans ce recueil de textes, Jean-Louis Caccomo raconte l'avant et l'après de son internement, sans cause réelle et sérieuse, en hôpital psychiatrique, pendant deux fois dix-huit mois, soit trente-six mois au total.

 

Selon le jugement du Tribunal de Perpignan en date du 6 décembre 2016, il a été interné ces deux fois de manière irrégulière. Ce jugement a été confirmé en appel par la Cour de Montpellier le 20 septembre 2020.

 

Quand j'écris mes articles début 2015 sur ces internements arbitraires, j'ignore qu'ils ont un lien avec la dénonciation par l'économiste libéral d'une filière de faux diplômes à Toulon, identique à celle de... Perpignan.

 

J'ignore aussi que la secrétaire de l'Université de Perpignan, assassinée par un étudiant chinois, à la faveur d'une sortie du même hôpital psychiatrique de Thuir, devait lui remettre des documents sur cette filière...

 

Il n'en reste pas moins vrai que Jean-Louis Caccomo n'aurait pas été interné s'il n'avait pas été un authentique libéral, c'est-à-dire s'il n'avait pas une réelle éthique. C'est sans doute ce qui, d'ailleurs, finalement le sauve.

 

Car, dans ce livre, il raconte bien sûr les éléments clés de l'affaire mais également ses descentes aux enfers, pas seulement à l'hôpital psychiatrique de Thuir où lui a été administrée une médicamentation intense forcée.

 

Sa compagne pendant vingt ans, Pascale, mère de ses trois enfants, dont la garde alternée lui a été refusée en 2015, a tout fait pour l'enfoncer et a obtenu une pension alimentaire exorbitante par le même jugement.

 

Celle qu'il venait d'épouser avant d'être interné, Marine, s'est retournée contre lui et a divorcé. Il s'est retrouvé à la rue. Il a été déclaré en faillite personnelle. Bref, pour avoir dit la vérité, il a tout perdu, fors l'honneur:

 

Dans la fable de La Fontaine du chien et du loup, je préfère être le loup: je ne mange pas tous les jours, mais je n'ai pas de laisse au cou.

 

Cet humaniste libre a tout perdu, mais il a appris: C'est l'échec personnel qui nous conduit à nous interroger, et à nous faire évoluer, à la condition essentielle de reconnaître nos erreurs pour ne plus les commettre:

 

Socrate a dit: "Connais-toi toi-même." Le Samouraï a rajouté: "Connais bien ton ennemi, car il est ton miroir, ainsi tu te connaîtras toi-même."

 

Francis Richard

 

L'âme de fond, Jean-Louis Caccomo, 96 pages, Les Éditions Baudelaire

 

Livre de l'auteur:

 

Le modèle français dans l'impasse, 252 pages, Tatamis (2013)

 

Articles sur l'auteur:

 

L'économiste Jean-Louis Caccomo menacé d'internement psychiatrique (12 janvier 2015)

Une nouvelle maladie mentale en France: être libéral comme Jean-Louis Caccomo (16 février 2015)

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch

 

Entretien il y a deux ans avec Jean-Louis Caccomo sur TV Libertés:

L'affaire Caccomo, présentée par Idriss Aberkane:

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28 novembre 2022 1 28 /11 /novembre /2022 23:55
Rýtingur hotel, de Stéphanie Glassey, Fabrice Pittet, Estelle Tolliac, Olivier May et Marie-Christine Horn

Rýtingur hotel est une anthologie, c'est-à-dire, en l'occurrence un recueil de textes écrits sous la même contrainte: Deux jumeaux, qui ont célébré ou vont célébrer leurs dix-huit ans en 2021, sont les seuls rescapés de l'incendie de la maison familiale, où leurs deux parents ont péri, alors qu'ils avaient deux ans; ils ont été recueillis par un ou deux proches parents; une arme insolite, une dague celtique, rýtingur en islandais, est le seul objet qui ait été retrouvé dans les décombres et qui est la clé de l'histoire.

 

Dans Unian de Stéphanie Glassey, les jumeaux s'appellent Corentin et Tristan. Ils décident de fêter leur dix-huitième anniversaire en Bretagne, terre celte par excellence. Quand ils arrivent à Fougères, ils apprennent que tous les hôtels alentour sont complets et tentent leur chance auprès d'un gîte, qui s'appelle Rýtingur... La jeune femme, qui le tient, accepte de les héberger. Tandis que Tristan prend une douche, Corentin s'apprête à dormir quand, dans le lit, sa main rencontre la dague disparue...

 

Dans Elysia de Fabrice Pittet, les jumeaux s'appellent Iris et Nathan, une fille et un garçon. Pour leurs dix-huit ans, ils se rendent en train en Alsace. À l'hôtel ils ont la visite d'un animal, un wallaby, assis sur le bord de leur fenêtre. L'animal, après leur avoir révélé qu'ils ont été sauvés de l'incendie par un dragon, sort de sa poche ventrale la dague, qui se trouve, en principe, dans un musée. Ils doivent à leur tour sauver le monde d'Elysia après avoir traversé le Voile qui sépare leur monde et l'autre.

 

Dans QAAL d'Estelle Tolliac, les jumeaux s'appellent Adrien et Alexis. Avant de regagner Grenoble par la route, où les attendent leur tante et leur oncle, ils font halte à Périgron dans le modeste hôtel Rýtingur. Alors qu'ils dorment, Adrien pousse un hurlement et montre à son frère les quatre lettres, marquées au fer rouge sur son bras, qui forment le mot QAAL. Ils aperçoivent alors la dague sur la table de chevet entre leurs deux lits, avant qu'une jeune femme, venue d'un autre espace-temps ne les visite.

 

Dans La Dague d'Alkovinos d'Olivier May, les jumeaux s'appellent Larth et Sapsuta, un garçon et une fille. Ils sont plus que frère et soeur: ils sont amants. Le jour de leurs dix-huit ans, leurs grands-parents leur remettent des documents et des photos maintenant qu'ils sont à même d'affronter certaines révélations. Sur une des pièces se trouve le nom d'un chanoine de l'Hospice du Simplon. Ils lui rendent visite. Là ils apprennent le secret de leur origine, à la faveur d'une transe provoquée par la vue de la dague.

 

Dans Rýtingur hotel, les jumeaux s'appellent Gaël et Erwan. Ce dernier, pour leurs dix-huit ans, veut se rendre, comme en pèlerinage, à la demeure familiale incendiée, pour savoir s'il s'agit ou non d'un acte criminel. Réticent, Gaël l'accompagne tout de même à l'hôtel Rýtingur qui se trouve à proximité. Dans la salle de bains de leur chambre, ils découvrent la dague... et, dans la propriété, grâce à un souvenir de Gaël, un lieu inédit, où ils font une rencontre qui bouleverse le destin d'Erwan.

 

Cette anthologie rassemble cinq styles littéraires, cinq rythmes, comme le dit Laurence Malè, l'éditrice, dans sa préface. C'est cette diversité qui ne peut que combler du plaisir de lire l'amateur de mystère et de magie. Car chacun des auteurs, à partir des quelques éléments de récit en commun et de ses propres centres d'intérêt, raconte une histoire tout à la fois contemporaine et d'un autre temps, où son imagination personnelle fait la différence sans que cela nuise pour autant à l'unité de l'ouvrage.  

 

Francis Richard

 

Rýtingur hotel, - Stéphanie Glassey, Fabrice Pittet, Estelle Tolliac, Olivier May et Marie-Christine Horn, 176 pages, Okama

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23 novembre 2022 3 23 /11 /novembre /2022 13:15
L'innocente, d'Anne Bornand

JE SUIS INNOCENTE, SACHEZ-LE

ERREUR JUDICIAIRE !

C'est ce que disent beaucoup de condamnés qui refusent d'admettre les faits et la réalité. Mais croyez-moi, je clame mon innocence à bon escient. J'espère qu'un jour les corps de mes deux bébés seront retrouvés et qu'ils parleront.

 

Roxane Corbier, née le 15 juin 1996 à la clinique de La Source à Lausanne, est détenue depuis trois ans, depuis 2016, pour un... double infanticide:

 

J'ai été condamnée à six ans de prison. J'en ai déjà exécuté trois. Je devrais être relaxée aux deux tiers de ma peine, soit dans une année. Mon comportement exemplaire dans ces lieux me permettra de vivre la fin de ma peine conditionnellement.

 

Elle est L'Innocente de l'histoire et la véritable victime, en prison à la Tuilière, à Lonay, après avoir déposé plainte fin 2015 contre trois des siens.

 

Son père est le directeur de la célèbre et honorable banque Corbier. De plus, il est député PLR au Grand Conseil. C'est un notable du canton de Vaud.

 

Donatien Corbier a deux enfants, Loïc et Roxane. Leur mère, Marie, est morte après avoir ingéré des graines d'aconit retrouvées dans son estomac.

 

Après ce décès, la vie de Roxane est devenue un cauchemar. Un jour, elle a été violée par son frère, la fois de trop, puisqu'elle a attendu deux bébés.

 

À la suite de sa plainte, tous ont menti, son père, son frère, sa grand-mère paternelle. Et magistrats, avocats, psychiatre, se sont ligués contre elle.

 

Pour tenir le coup, elle écrit, espérant qu'un jour la vérité éclatera et qu'elle sera réhabilitée, et elle suit une thérapie avec une psychiatre bienveillante.

 

Roxane raconte son adolescence, sa vie en prison, sa honte et son renoncement à Nicolas, son amour de jeunesse, mais aussi l'amitié fidèle de Lina.

 

Elle ne renonce pas à se battre. Il en va de son honneur. Comme elle est réellement innocente, des éléments devraient finir par plaider en sa faveur.

 

Cette histoire à rebondissements d'une femme confrontée à l'injustice est emblématique. L'auteure la dédie à toutes victimes de violences sexuelles.

 

La liberté n'est jamais acquise sans combat et l'une des citations faites par Anne Bornand au cours du récit en résume peut-être bien toute l'intention:

 

IL N'EST POINT DE BONHEUR SANS LIBERTÉ,

NI DE LIBERTÉ SANS COURAGE.

(Périclès)

 

Francis Richard

 

L'innocente, Anne Bornand, 200 pages, Éditions de l'Aire

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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