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14 octobre 2019 1 14 /10 /octobre /2019 17:00
Airs de fête, de Philippe Dubath

Du 17 juillet 2019 au 11 août 2019, Philippe Dubath a tenu une chronique, Airs de fête, dans le quotidien lausannois 24 heures, sur la Fête des vignerons 2019.

 

Ces chroniques, au nombre de vingt-deux, sont maintenant éditées à L'Aire. Ce sont des choses vues et entendues par l'auteur, en marge des représentations.

 

Aucune de ces chroniques n'est datée. Et c'est très bien ainsi. Car, si, bien sûr, ces choses ont été vues et entendues pendant cette période, cela leur donne un caractère intemporel.

 

Souvent il en est ainsi. Ce qui semble particulier peut atteindre à l'universel en raison de ces traits humains familiers en lesquels tout être peut se reconnaître peu ou prou.

 

Ce livre, comme le furent les chroniques, est illustré de photos de l'auteur, si bien que non seulement les mots, mais les images parlent d'une manière ou d'une autre au lecteur.

 

Soit, en effet, ce livre lui rappelle des souvenirs de la Fête s'il en fut, soit il lui permet de l'imaginer s'il n'a pas eu la possibilité d'y participer pour une raison ou une autre.

 

Dans ce livre il est question de choses toutes simples de la vie, les meilleures. Il parle de ce qu'il voit et entend: faune, musique, chansons, enfants à naître, siestes etc...

 

L'auteur ne s'éloigne pas de la Fête, puisqu'elle est celle de la vie où, comme il le dit un jour, reluquer, guigner est plaisir d'enfance, celui de voir et d'entendre sans être vu.

 

Les choses d'ici-bas n'empêchent pas le divin, au contraire. Deux petites soeurs de l'ordre des Oblates de Saint François de Sales lui ont dit en choeur qu'elles l'y ont rencontré:

 

Oh oui, dans la devise Ora et Labora, dans la solidarité des gens, dans l'amour de la terre, du travail, et dans le fait que cette fête donne le sourire à tout le monde. 

 

Francis Richard

 

Airs de fête, de Philippe Dubath, 104 pages, Éditions de l'Aire (à paraître)

 

Autres livres sur la Fête:

 

La Fête, Blaise Hofmann, Zoé

Fête des vignerons 2019 - Les poèmes, Stéphane Blok et Blaise Hofmann, Zoé et Bernard Campiche Éditeur

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12 octobre 2019 6 12 /10 /octobre /2019 20:40
Un vrai salaud, de Louis-Bernard Robitaille

A minuit passé, le 7 janvier 2010, Alexander Morrison, en rallumant son portable, découvre un SMS envoyé trois heures plus tôt par son ami Slobo avec qui il fait équipe: il lui demande de le rappeler concernant une affaire grave et assez urgente.

 

Quand il le rappelle il apprend de quelle urgence il s'agit: Quelqu'un a découvert le cadavre de ton copain Diouke dans un terrain vague. - Son cadavre? - Il a été battu à mort. Cette mort pourrait le réjouir puisqu'il a en quelque sorte tué Rossana...

 

Slobo, qui sait tout ce qui se passe sur "l'île aux stars", et Alex se trouvent en ce début 2010 à Malagusta, cette île frelatée où pendant la morte-saison on ne croise que des individus louches, des escrocs en rupture de banc et où le copain Diouke s'est exilé.

 

Diouke, c'est William Portelly: Grand séducteur, joueur invétéré, un peu vampire. Beau parleur et joli coeur pour commencer, assez cynique et profiteur pour conclure. Un vrai salaud, en somme. Alex n'a pas très envie de le revoir quand il apprend qu'il est à Malagusta.

 

Alex est chroniqueur mondain et écrit des articles sur les stars du cinéma et du show-biz. Il traîne dans ses bagages des oeuvres de Mallarmé, Stendhal, Benjamin Constant ou Borges... et a depuis longtemps, dans ses tiroirs, le manuscrit d'un roman inachevé...

 

Slobo est né à Sarajevo dans une famille serbe et est photographe de presse, après avoir été photographe de guerre puis engagé volontaire en Bosnie: Après quelques années de vagabondage, il a fini par emménager à Malagusta et n'en bouge plus.

 

Diouke et Alex sont tous deux des Nord-Américains. Diouke est originaire de Toronto et Alex de Boston. Ils se sont connus à Paris il y a plus de trois décennies et se sont fréquentés pendant quelques années. Puis ils se sont revus environ tous les dix ans.

 

Louis-Bernard Robitaille raconte ces rencontres, à Berlin et ailleurs, d'Alex et de Diouke, transcription phonétique en français pour Duke: C'est un surnom qu'on lui avait donné à cause de son air suffisant. Elles révèlent un Diouke destructeur et fragile...

 

Un vrai salaud peut donc être plus complexe qu'il ne paraît de prime abord. En l'occurrence celui-ci a déjà prouvé avec un premier roman, le Kameleon, qu'il écrit magistralement et comme il n'a jamais cessé d'écrire ce doit être qu'il travaillait devant l'éternité.

 

Francis Richard

 

Un vrai salaud, Louis-Bernard Robitaille, 256 pages, Éditions Noir sur Blanc

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9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 19:30
Bergstamm, de Pierre Fankhauser

Il y a dans le roman de Pierre Fankhauser trois écrivains qui se déduisent en quelque sorte les uns des autres: le Maître qui est le prototype, Walter Bergstamm et Werner Bachmann qui en sont les imitations dérivées.

 

Le Maître enseigne au Gymnase de la Cité à Lausanne et la plupart de ses élèves le nomment malicieusement Dieu. Il est le premier Suisse à avoir obtenu le Prix Goncourt. Voilà sans doute le pourquoi de ce nom de Dieu.

 

Walter Bergstamm est un élève de Dieu. Il n'arrête pas d'essayer de copier Dieu. Par mimétisme il veut être reconnu comme un Grand Créateur et n'a donc de cesse de recevoir sa bénédiction et de bénéficier de son aura.

 

Werner Bachmann est le personnage principal d'un roman, inclus dans celui de Pierre Fankhauser, écrit par Walter Bergstamm, Sous le Regard de Dieu, titre significatif, où il confesse un épisode peu glorieux de sa vie.

 

Les rapports entre le Maître et Bergstamm font l'objet d'un autre roman dans le roman, écrit cette fois par un élève de Bergstamm, Marc Barrault, qui lui a donné pour titre La Double Passion de Walter Bergstamm.

 

Les impudiques Dieu et Bergstamm se ressemblent. Ce sont des compagnons d'âmes, qui se battent pour les mêmes idéaux, égaux dans leurs buts et leurs aspirations, et qui se seront disputé un moment la même muse...

 

Entre les chapitres des deux romans, le dénommé Marc Barrault livre au cours d'un entretien accordé à une journaliste une face cachée de Bergstamm, qui éclaire le titre de son propre roman et qui n'apparaît qu'en filigrane.

 

Les thèmes de ces trois écrivains, qui sont en fait quatre, sont la littérature et la gloire, la mort et le suicide, le sexe, qui y occupe beaucoup de place (c'est la vie), et eux-mêmes, car, comme le dit Marc Barrault à propos de son livre:

 

Ce roman parle de moi, pour la bonne et simple raison qu'on parle toujours, systématiquement et strictement de soi.

 

Francis Richard

 

PS

Le personnage du Maître est bien évidemment inspiré de Jacques Chessex, décédé il y a tout juste dix ans aujourd'hui et à qui j'ai dit adieu à ma façon, trois jours plus tard, à la Chapelle Saint-Roch à Lausanne.

 

Bergstamm, Pierre Fankhauser, 208 pages, BSN Press

 

Livre précédent:

Sirius (2014)

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5 octobre 2019 6 05 /10 /octobre /2019 16:45
Une femme obscure, de Daniel Maggetti

Il n'y avait pas de place pour les autres autour de Melanía, pour les autres femmes s'entend...

 

Le lecteur est prévenu. La grand-mère de l'auteur, qui est morte cinq mois avant sa naissance, est Une femme obscure qui fait le vide féminin autour d'elle. Mais elle n'est pas seulement obscure pour cela.

 

Le souvenir de Melanía est en effet un tissu si troué qu'il lui faut bien l'inventer, à défaut d'autres éléments, à partir des dates nues et des indications lapidaires des registres de la paroisse et de la commune.

 

Daniel Maggetti fait oeuvre à la fois de romancier et d'historien pour raconter son aïeule fascinante, sixième enfant, née cinq ans et demi après la cinquième, dans une famille vivant dans le dénuement.

 

Ses deux frères s'en vont: Severino au val Maggia retenu par Clemente, son amant (?), qui lui fait épouser sa fille unique Marta; Matteo en Amérique. A huit ans, elle reste la seule créature vaillante de la famille. 

 

Melanía au contraire de ses frères et sœurs, se développe inexplicablement en cette fin du XIXe siècle dans un village du Tessin. Après la mort de sa tante Antonia, c'est elle, à douze ans, qui régente la maison.

 

Ses deux soeurs, Rosa et Marianna, s'atrophient tandis qu'elle, elle fleurit. En mars 1903, elle tombe enceinte - c'est le cas de le dire - de manière obscure puisque jamais ne sera connu le géniteur d'Agostino.

 

L'année de naissance de Gustu est tout aussi obscure: il serait né en 1902... L'auteur précise qu'il y eut un certain nombre de bâtards dans la commune après l'ouverture de la route pour l'Italie, entre 1900 et 1910:

 

Ce qui déroutait, cependant, dans le cas de Melanía, c'est que personne ne l'avait vue coqueter avec quiconque, elle n'était pas du genre à traîner avec les garçons, et en plus ça avait dû se passer vers Noël; à la belle saison, on avait vite fait de renverser une fille à l'orée d'un pré, mais en plein hiver?

 

Le lecteur n'est pas au bout de ses surprises en lisant le roman vrai de l'auteur, parce que le destin de Melanía ne sera pas de rester fille-mère indéfiniment. Elle épousera un homme, avec la bénédiction de l'Église.

 

A trente-cinq ans, elle se marie avec un parent qui en a près de soixante, ce qui est une bonne chose: assistance pour lui, sécurité pour elle, l'infirmité et l'âge de l'époux excluant de facto la procréation... 

 

Sans ce mauvais calcul, l'auteur n'aurait pas vu le jour... et n'aurait pas tenté de retracer, à partir de pas grand chose, au moins une des vies possibles de Melanía, toujours sur le qui-vive car la mièvrerie nous menace.

 

Francis Richard

 

Une femme obscure, Daniel Maggetti, 128 pages, Zoé (sortie le 5 octobre 2019)

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1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 18:15
Hôtel Belvédère, de Jacques Pilet

Cette nuit, c'était début août, le temps paraissait avoir viré à l'automne alors qu'il faisait si beau la veille. L'hôtel Belvédère qui, des hauteurs de Montreux, domine le lac Léman et s'ouvre sur les montagnes suisses et françaises, était enveloppé de brouillard, plongé dans le nuage.

 

Ainsi commence le roman de Jacques Pilet. Ainsi commence un voyage dans le temps puisque le mois d'août dont il s'agit est celui de 1914 et des déclarations de guerre européennes. Et un voyage personnel pour l'auteur puisque certains des personnages lui ont été inspirés par des membres de sa famille.

 

La Suisse est neutre, mais la guerre gronde autour d'elle et cela ne peut avoir que des conséquences pour ceux qui s'y trouvent au moment où éclate le conflit. En tout cas l'Hôtel Belvédère est inévitablement dans la tourmente: Si le personnel était international depuis plus de trente ans, la clientèle l'était aussi.

 

On pense que la guerre ne durera pas. Le directeur du palace de Glion, Gian Caviezel, un Grison romanche, n'est pas de cet avis. Il est lucide et il écrit dans une lettre à Louise, sa maîtresse française, qui se trouve à Nice: La Suisse échappera peut-être aux combats, elle risque cependant de partir en morceaux:

 

Notre économie s'effondre. Je ne sais si je pourrai garder l'hôtel ouvert. Plusieurs employés s'en vont. Il n'arrive plus de nouveaux clients. […] Ici, les gens se font du souci pour leurs affaires et leurs emplois, ils ne mesurent pas l'ampleur du drame. Ils se croient protégés, par les montagnes, par l'armée, par le gouvernement, par leur bonne conscience… 

 

Petit à petit un autre personnage émerge de l'histoire: Jules Monod, 18 ans, futur protégé de Gian. Son père est paysan, mais lui ne veut pas l'être. Lui aussi doute que la Suisse soit préservée. Il aimerait échapper à la conscription, quitter cette Suisse paisible seulement en apparence, aller loin, très loin, outre-mer.

 

Cet amoureux des livres, dont la sœur, Esther, vend des fruits à l'hôtel Belvédère, rencontre à la Librairie internationale, tenue par un Ukrainien, Tatiana, une étudiante russe qui fréquente les révolutionnaires, mais qui surtout va lui faire découvrir la vie. Elle aimerait agir mais elle est au fond comme lui, spectatrice.

 

Avant d'émigrer, son rêve depuis longtemps, tandis que les horreurs de la guerre continuent tout autour, lui, Jules, ne [s'engage] pas, il [erre) entre des aspirations diverses. Il se [voit] en voyeur. Voyeur de la tragédie européenne. Voyeur du combat social. Et il en [éprouve] un vertige. "Je ne suis même plus un paysan.".

 

Comme bien des Suisses, il tournera le dos à l'Europe ensanglantée (ou à son milieu ressenti comme étouffant). Se sera-t-il agi d'une fuite ou d'une quête de richesses? Il lui aura suffi pour se décider d'une question de son ami français Emile qui, au front, très tôt, a perdu une jambe: Et maintenant que vas-tu faire?

 

Il écrira, au soir de sa vie, dont il fait le récit sans démêler le pourquoi de son départ: Je ne crois pas que l'on décide tout seul de son destin. Il y faut de la volonté mais aussi, en écho, les mots des autres. Le regard qui encourage ou désapprouve, ce qui peut d'ailleurs pousser à faire le contraire de ce qui est suggéré.

 

Francis Richard

 

Hôtel Belvédère, Jacques Pilet, 188 pages, Editions de l'Aire

 

Livre précédent:

Polonaises (2016)

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29 septembre 2019 7 29 /09 /septembre /2019 16:35
Ramdam, d'Antonin Moeri

A cet instant, je ressentis une forte envie d'écrire ce livre; une envie irrépressible de me glisser dans la peau d'un personnage arabo-suisse, un personnage qui verrait s'acharner contre lui un citoyen balèze, dont le lecteur ne saura pas si ce citoyen balèze est une projection ou non de l'esprit d'un homme réduit à sa plus petite dimension.

 

Malik Oussedik est le personnage arabo-suisse. Roger Bugnon est le citoyen balèze. Ils habitent le même immeuble dans une ville de cinq cent mille habitants, au bout d'un lac, dans un petit pays ne disposant d'aucune ouverture sur la mer.

 

Malik vit depuis cinq ans dans son appartement mais le cauchemar [dure] depuis un an. Depuis, Roger occupe l'appartement du dessus: il rentre au milieu de la nuit en claquant la porte; son berger allemand aboie comme une bête traquée.

 

Ce n'est pas tout: il ricane quand il croise Malik et son ami Naïm dans la rue; il passe l'aspirateur à minuit; il laisse allumé son téléviseur à toute heure du jour et de la nuit et, quand Malik essaie de lui parler, il lui répond élégamment:

 

Va chier sale bougnoule! 

 

Malik se défend. Il appelle la police pour faire cesser ce Ramdam. Il voit un responsable du service spécialisé dans la gestion de crises. A sa demande il remplit de notes deux cahiers pour raconter ce qui lui arrive. Il porte plainte.

 

A partir de ces cahiers et de l'épais dossier gris qui lui ont été remis, le narrateur comprend que, tout simplement, le costaud [reproche] à Malik d'exister et que celui-ci, au moindre bruit, exaspéré, le harcèle aussitôt en lui téléphonant.

 

Le narrateur rencontre les témoins de l'affaire: Naïm Baroudi, le confident de Malik, Loulia Vesel, la compagne de Malik, Ariane P., l'amante de Roger. Il explore les passés de Malik et de Roger et leurs relations avec leurs pères.

 

Malik paraît normal, mais il présente des signes qui auraient dû alerter son entourage: trouble du sommeil, indécision, agitation inhabituelle, paroles erratiques, idées de ruine aussitôt suivies d'un gonflement d'égo spectaculaire.

 

Antonin Moeri laisse ouverte la fin de son histoire: au lecteur de l'imaginer, à partir des derniers éléments qu'il lui donne, notamment le jugement que le Tribunal de police rend après avoir examiné la plainte que Malik a déposée.   

 

Francis Richard

 

Ramdam, Antonin Moeri, 192 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livres précédents:

Juste un jour (2007)

Encore chéri ! (2013)

Pap's (2015)

L'homme en veste de pyjama (2017)

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22 septembre 2019 7 22 /09 /septembre /2019 22:10
La dernière carte de Marcel Fischer, de Philippe Erard

Avant que La dernière carte de Marcel Fischer ne se joue, il faut remonter dans le temps, au début des années 1950, quand ses parents se sont connus au Venezuela, pour comprendre, comme le raconte Philippe Erard, comment et pourquoi il s'est mis dans une situation telle qu'il n'aura pas vraiment le choix.

 

Son père, Hans-Rudie Fischer est né à Lausanne, le samedi 19 janvier 1918, sur les hauts de la ville à la maternité. Quand commence la Deuxième Guerre mondiale, il est étudiant à l'Ecole d'Ingénieurs de l'Université de Lausanne qui deviendra l'EPFL. Il est mobilisé et ne devient donc ingénieur-mécanicien qu'en 1948.

 

Il trouve un emploi chez Bobst, à Prilly, près de Lausanne: une importante fabrique de machines pour les arts graphiques, pour les matériaux d'emballages plus précisément. Or son chef lui propose en 1950 de diriger une petite équipe de deux mécaniciens-monteurs pour aller installer une Autoplatine au Venezuela.

 

Là bas, à la légation suisse de Caracas, il fait la connaissance d'une jeune stagiaire, Céline Masson, qui lui dresse un portrait prometteur du pays: Pour l'instant, c'est la croissance économique qui domine et avec elle s'accroît la prospérité générale. Très vite il est atteint par deux virus: Céline en premier et le Venezuela.

 

Comme Céline est atteint des mêmes virus, Hans et elle mènent de front deux projets: se marier et créer ensemble une entreprise de représentation d'entreprises susceptibles d'être intéressées au marché vénézuélien, d'abord en Allemagne, mais en Suisse aussi et éventuellement dans les régions voisines de France et d'Italie.

 

Pour que le bonheur de Céline et de Hans soit complet il ne leur reste une fois mariés qu'à mener à terme un troisième projet, celui de faire un bébé. Peut-être Céline devient-elle enceinte grâce aux bénédictions de Maria Lonza, déesse locale de la fertilité… Quoi qu'il en soit Marcel naît le lundi 22 septembre 1952.

 

Quand Marcel, qui a obtenu une licence HEC à Lausanne en 1973, reprend les rênes de MTE en 1978, il est atteint du virus: Lui, d'ordinaire si réservé, était devenu étonnamment entreprenant et audacieux. MTE, qui n'avait pas eu de dettes bancaires importantes commençait à en accumuler, pour sa croissance.

 

Quand, au début des années 1980, la conjoncture donne des signes de faiblesse, Marcel ne change pas de stratégie. MTE est bientôt surendettée: Ce n'était pas encore la panique, mais l'angoisse montait. La dévaluation du bolivar le 18 février 1983 et le contrôle des changes du 28 n'arrangent évidemment rien.

 

Marcel calcule que, d'ici peu, il lui manquera 5 millions de dollars: S'il ne les trouvait pas, MTE allait droit à la faillite. C'est à ce moment-là qu'une carte lui est tendue qui lui permettrait d'honorer l'échéance. Comme il pourrait éviter ainsi la honte de faire faillite, il se décide à la saisir, en désespoir de cause.

 

C'est le malheureux avantage de ceux qui n'ont rien à perdre de pouvoir beaucoup hasarder, disait Vauvenargues.

 

Francis Richard

 

La dernière carte de Marcel Fischer, Philippe Erard, 216 pages, Editions de l'Aire

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 18:50
Journal d'un amour perdu, d'Eric-Emmanuel Schmitt

Pendant deux ans, le temps de faire son deuil du décès de sa mère Jeannine Schmitt, née Trolliet (1930-2017), survenu quelques jours avant son cinquante-septième anniversaire, Eric-Emmanuel Schmitt, né le 28 mars 1960, tient un journal, Journal d'un amour perdu, celui qu'il avait pour sa mère. Il le tient parallèlement à ses autres activités, nombreuses: 

 

Le travail sauve.

Il m'a toujours arraché à mes marasmes.

 

En effet, il codirige à Paris le Théâtre Rive Gauche; il poursuit son œuvre d'écrivain (La Vengeance du pardon paraît en 2017, Madame Pylinska et le secret de Chopin en 2018, Felix et la source invisible en 2019); il est comédien; il est metteur en scène; il voyage à l'étranger pour la promotion de ses livres; il est obligé d'en lire parce qu'il est académicien Goncourt.

 

Dans ce journal de deuil, il dit ce que sa mère était pour lui: Maman ne m'est pas apparue: j'en suis apparu. Nous faisions corps. D'une fusion primitive, nous avons progressivement dérivé, ce qui peu à peu nous a individués. Il dit que, juste après l'annonce de sa mort, il est devenu orphelin (son père était mort cinq ans plus tôt): Je ne suis plus l'enfant de personne.

 

Au fil de la plume, il livre dans ce journal non seulement tout ce qu'il doit à sa mère (qui l'a notamment initié au théâtre en l'emmenant, l'année de ses dix ans, aux Célestins de Lyon assister à une représentation de Cyrano de Bergerac) mais également quelques aveux qui le révèlent dans son humanité et quelques réflexions inspirées, que j'ai choisies de citer à dessein, en toute subjectivité:

 

La vraie sagesse ne revient pas à détenir des certitudes mais à apprivoiser l'incertitude.

 

La foi n'est pas un savoir mais une façon d'habiter l'ignorance.

 

Une vie de création ne se révèle pas une vie de domination, mais une vie de servitude. On donne tout de soi à l'œuvre qui veut naître.

 

Ce n'est pas une mère qui me manque, c'est elle.

 

On doit parler du deuil en se gardant d'endeuiller, on doit troubler en évitant de semer un trouble irrémédiable.

 

Absurdité du suicide: on sait ce que l'on fuit, on ignore ce que l'on trouve.

 

Ma mère ne me voulait pas seulement en vie, elle me voulait heureux. Envers elle, j'ai un devoir de bonheur.

 

Une fiction mille fois ressassée finit par prendre l'épaisseur de la réalité.

 

Quand un enfant vient au monde, une mère aussi vient au monde.

 

On pense moins à la mort quand on se bat concrètement pour la vie.

 

J'aime la vie d'un amour renforcé par la peur de la perdre.

 

Se méfier de deux assassins: la nostalgie, l'espoir. Ils tuent le présent.

 

Rien de moins unique que de se croire unique.

 

A la fin de ce journal, qui aura été pour lui un viatique, il conclut:

 

Voilà que se termine le voyage de deux années: je le percevais comme une errance, c'était en fait un chemin.

 

Francis Richard

 

Journal d'un amour perdu, Eric-Emmanuel Schmitt, 256 pages, Albin Michel

 

Livres précédents chez le même éditeur:

La nuit de feu (2015)

L'homme qui voyait à travers les visages (2016)

La Vengeance du pardon (2017)

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18 septembre 2019 3 18 /09 /septembre /2019 21:00
Le Cristal de nos nuits, de Frédéric Lamoth

Les Mémoires dont il s'agit dans Le Cristal de nos nuits ne sont pas ceux de l'auteur, comme le lecteur pourrait le penser de prime abord. Ce sont celles de personnages qui se cristallisent à partir d'une réminiscence nocturne.

 

Comme ces histoires ont toutes un lien avec la Seconde Guerre mondiale, le titre ne peut que faire penser à la terrible Nuit de Cristal pendant laquelle furent victimes de nombreux Juifs les 9 et 10 novembre 1938 sur tout le territoire du Reich.

 

Ces sept histoires se passent cependant en Suisse, pendant ces heures parmi les plus sombres de l'Histoire du XXe siècle. Frédéric Lamoth ne leur donne pas de titre, mais, en prologue, il reproduit des coupures de presse de 1939 à 1944, pour l'ambiance.

 

Les réminiscences nocturnes?

 

 - En 1945, après douze ans d'absence, Monique est réapparue aux yeux du narrateur dans un restaurant à côté du Montreux Palace où il l'avait connue;

- L'hiver rappelle au narrateur l'hiver 1943-1944 pendant la Mob, où un drame s'était produit accidentellement en montagne;

- Une commerçante reconnaît dans une cliente la femme qui lui avait donné à garder son fils Horst à partir de février 1941;

- Une jeune femme se souvient de son camarade d'enfance, Rémi, qu'elle a perdu de vue en juillet 1944 quand les Allemands ont incendié Saint-Gingolph;

- Un aviateur américain est hanté par la seule fois où, dans une scierie, il a étreint Irene à l'été 1944, dans le sang et les larmes;

- Un faire-part de décès en 1989 d'une femme juive remémore à un compositeur le temps où il voulait jouer en trio avec elle et un jeune homme, juste après guerre;

- Le fracas des verres d'une fenêtre qui s'ouvre rappelle au narrateur quand un bombardier s'était écrasé sur le Grammont et que les fenêtres avaient volé en éclats. 

 

Toutes ces histoires donnent des visages bien sombres de la Suisse, parce que la guerre ne s'est pas arrêtée à ses frontières ou, en tout cas, a eu des conséquences sur la vie de ses habitants et sur celle de ceux et celles qui s'y sont retrouvés.

 

Ces histoires sont, pour les personnages, au mieux des occasions manquées ou des moments de plus de peur que de mal, mais qui suscitent l'angoisse. 

 

Ces histoires sont au pire des accidents mortels, provoqués par négligence ou pour donner une leçon, ou des relations non consenties.

 

Les circonstances exceptionnelles, si elles les favorisent, n'excusent pas certains actes.

 

Francis Richard

 

Le Cristal de nos nuits, Frédéric Lamoth, 136 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livres précédents:

Sur fond blanc (2013)

Lève-toi et marche (2016)

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18 septembre 2019 3 18 /09 /septembre /2019 11:30
La clé USB, de Jean-Philippe Toussaint

Jean Detrez, le narrateur, travaille sur l'avenir à la Commission européenne, au sein du Centre commun de recherche. Il est le fils de Jean-Yves Detrez, ex Commissaire européen à la recherche. Tel père, tel fils… 

 

Dans le cadre de son travail, il s'intéresse notamment à la blockchain - un immense registre anonyme et infalsifiable -, qui est associée dans le public au bitcoin, mais qui a bien d'autres applications.

 

A l'automne 2016, il présente au Parlement européen un rapport d'une cinquantaine de pages sur les perspectives d'avenir de la blockchain. A la suite de cette présentation il est approché par des lobbyistes.

 

Ces lobbyistes sont intéressés par l'annonce qu'il a faite au cours de son intervention sur la nécessité de développer une technologie blockchain européenne autonome, car c'est un enjeu géopolitique majeur.

 

En effet ils se proposent de servir d'intermédiaires entre clients européens et asiatiques à même de fournir une blockchain cent pour cent européenne, et qui plus est, exclusivement développée sur le continent.

 

En principe Jean Detrez ne doit pas entretenir de relations non déclarées avec des lobbyistes. Il le fait pourtant en se gardant bien toutefois de s'engager formellement et en refusant tout avantage.

 

Lors d'une de ces rencontres au Sofitel, l'un de ses interlocuteurs perd, ou oublie volontairement, La clé USB qui donne son titre au récit. En la parcourant l'intérêt de Jean pour les lobbyistes est aiguisé.

 

En effet il tombe entre autres sur le prototype d'une machine à miner dont il n'a jamais entendu parler et surtout sur la possibilité d'une porte dérobée qui permettrait de contrôler la machine à distance.

 

Cela amène le narrateur à prendre des risques pour vérifier cette hypothèse et à devenir parano parce qu'il a le sentiment que l'on sait qu'il sait quelque chose et que, du coup, il est surveillé en permanence.

 

En apparence il s'agit d'une simple transaction commerciale entre une société bulgare, sollicitant des aides au développement de l'Union Européenne, et une société chinoise fabriquant du matériel de minage.

 

Mais, raconte Detrez, je me rendais compte que, en réalité, tous les acteurs de cette transaction étaient à des degrés divers, indélicats, si ce n'est malhonnêtes. Il a donc vite le pressentiment d'un désastre.

 

Cet expert de l'avenir ne l'est pas du sien. Au début du récit, il en est bien conscient. A la fin, face au désastre, s'il observe que c'est émouvant, il n'éprouve pas ça vraiment et ne peut donc exprimer d'émotions.

 

Francis Richard

 

La clé USB, Jean-Philippe Toussaint, 192 pages, Les Editions de Minuit

 

Livres précédents:

Football (2015)

Nue (2013) 

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17 septembre 2019 2 17 /09 /septembre /2019 11:40
Tout au long de nos soifs, de Claudine Houriet

L'existence réserve des surprises tellement extraordinaires...

 

Cette phrase tirée d'une des vingt-et-une nouvelles de Tout au long de nos soifs pourrait en être l'épigraphe. Car, dans chacune de ces nouvelles, il y a quelque chose qui sort de l'ordinaire dont elle provient pourtant.

 

Les personnages de ces nouvelles sont effet des gens ordinaires même lorsqu'il ne s'agit pas de petites gens. Mais ils ont le don, sans doute comme Claudine Houriet, de voir au-delà de leurs perceptions immédiates.

 

Peut-être est-ce parce qu'ils ont une certaine candeur et que, même lorsqu'ils font du mal, ils le font avec de bonnes intentions dont on dit qu'un certain lieu peu recommandable, et d'ailleurs sans retour, serait pavé.

 

Ce qu'ils voient au-delà de ce que les autres voient touche au merveilleux. Ce sont des visions féeriques qui suscitent l'incompréhension, des récompenses pour ce que l'on a fait de bon cœur, des objets dont ils détectent l'âme.

 

Ces histoires ne finissent pas toutes bien dans le sens habituel, mais, parfois, dans un sens surnaturel, parce que, justement, il existe un monde au-delà des apparences trompeuses, un monde rêvé pour y étancher ses soifs. 

 

Parmi ces soifs, il y a, cela ne surprendra pas, une soif d'amour qui ne se laisse pas toujours prendre ou qui conduit à des extrémités quand il semble vouloir échapper à qui se trouve sous son charme et entend le rester.

 

La vérité est une autre soif inévitable: un garçon de 12 ans, bon élève en classe, mais volontiers poète, entend un jour des voix pendant ses vacances et le raconte dans une rédaction sur Votre plus beau souvenir de vacances.

 

Son professeur le traite de menteur quand il maintient qu'il les a entendues et lui inflige une lourde punition: La classe avait d'abord hurlé de rire. Elle se taisait maintenant, prête à admirer la ténacité, le courage du garçon.

 

Le garçon avait pourtant dit vrai, mais ne pouvait malheureusement pas le prouver. Il ne connaitrait jamais l'explication de ce phénomène extraordinaire qu'il avait vécu dans une clairière de la forêt des environs de Münster:

 

Debout, les yeux fermés, il écoutait avec ravissement le bruissement feutré des murmures et il se sentait dans un monde de beauté et d'amour. Seules des fées étaient capables d'un tel prodige.

 

Quand, enfant, vous dites la vérité à un adulte et qu'il ne vous croit pas, c'est pour vous la fin de l'enfance…  

 

Francis Richard

 

Tout au long de nos soifs, Claudine Houriet, 164 pages, Plaisir de Lire

 

Livres précédents aux Editions Luce Wilquin:

Le mascaret des jours (2014)

L'enlèvement (2016)

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13 septembre 2019 5 13 /09 /septembre /2019 19:45
Grand-Mère et la mer, de Janine Massard

Grand-Mère et la mer se passe en 1960. Le général de Gaulle est au pouvoir. C'est la guerre en Algérie. Albert Camus est mort le 4 janvier dans un accident de voiture.

 

Claire, née dans la dernière décennie du XIXe, a un rêve. Elle aimerait connaître la mer, c'est-à-dire la Méditerranée, avant de... Car elle sait que ses jours sont comptés.

 

La petite-fille de son second mari, Line, 21 ans le 6 août, est une bourlingueuse. Peut-être que tite Line, vu son expérience des pérégrinations, pourrait l'emmener voir la mer.

 

Claire ne veut pas la voir n'importe où. Elle veut aller en France dont son père était originaire. Dans ses rêves, Méditerranée et la France sont synonymes de perfection.

 

Cela tombe bien. Line est secrétaire d'un avocat, qui, avec sa famille, a passé ses vacances l'été précédent dans un petit hôtel sympa de Golfe-Juan. Elles pourraient aller là.

 

Certes Line ne peut pas prendre de vacances quand elle veut, mais elle a accumulé des heures supplémentaires et peut partir une semaine en septembre pour la Côte d'Azur.

 

Claire et Line partent donc ensemble, par le train, en seconde classe, places assises, à partir des rives du Léman, en direction de la mer: Milan-Gênes-Vintimille-Nice-Golfe-Juan.

 

Les voyages sans agence réservent de l'inattendu. Celui-là ne fait pas exception. Mais, plus important, il modifie la vision des choses de Grand-Mère, fascinée par sa petite-fille.

 

A l'issue de leur voyage, reste un décalage entre Claire et Line dans la vision des choses, mais l'écart s'est réduit un peu, alors qu'il reste abyssal entre Line et sa mère Marthe.

 

Line est déjà une jeune femme très indépendante en un temps où les femmes, comme sa mère, sont encore soumises aux hommes et suivent en cela selon elles le droit chemin.

 

Claire, bien qu'elle ne les approuve pas, continue à se soumettre aux règles en vigueur pendant des générations. Elle s'adresse toujours à Dieu... mais pour lui faire des reproches.

 

Claire est admirative parce que Line, qui est pour elle la gamine, a du caractère, mais, dans le même temps, elle est un tantinet agacée qu'elle ne veuille rien faire comme avant. 

 

Line comprend que Claire ait du mal à s'adapter à ces temps qui changent à vitesse accélérée, sait que les femmes ne sont pas vraiment ici les égales des hommes, mais fait comme si

 

Francis Richard

 

Grand-Mère et la mer, Janine Massard, 136 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livres précédents:

Question d'honneur, 216 pages, Bernard Campiche Editeur (2016)

Terre noire d'usine, 292 pages, CamPoche (2014)

Gens du lac, 192 pages, Bernard Campiche Editeur (2013)

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12 septembre 2019 4 12 /09 /septembre /2019 22:30
Course, d'Alex Baladi et de Pierre Yves Lador

Course est à l'origine une BD de Baladi sans texte. Toujours sans bulles, Pierre Yves Lador l'éclaire avec un texte à sa façon. Le résultat est là: une BD d'un nouveau genre, une histoire illustrée d'aujourd'hui sur ce qui meut les humains.

 

Selon Lador, le maître-mot commun de l'ouvrage, c'est invisibles. Mais comme il est savant et qu'il a beaucoup lu, le mot approprié serait plutôt anekphantes...

 

Qu'entend-il par là? Il entend par là les bactéries qui sont les créatures terriennes les plus nombreuses, des créatures microscopiques.

 

Et la Course? La course est horizontale, le rêve vertical...

 

Pour courir vite, plus vite, les humains se font porter: La phorésie est métaphorique pour eux. Même la terre les porte, comme une chienne puces et tiques...

 

Les humains courent tout le temps: Leur seule lenteur est celle du cortège funèbre.

 

Que reste-t-il d'ailleurs d'eux après la mort? L'os. L'os fait rêver, il est de notre corps la partie la plus durable, la plus proche de l'immortalité, de l'éternité, il est l'ultime trace de ce que nous fûmes, sommes, serons.

 

A tous ces humains qui courent, il rappelle: Il y a des milliards d'ossements dans la couche vivante et des milliards de bactéries dans nos intestins, vous ne les battrez jamais à la course...

 

Il leur rappelle donc par là même sur quoi ils courent: Vous courez sur vos ancêtres, que les invisibles ont dévoré avant leur pétrification.

 

Pierre Yves fait alors du Lador. Bienvenue dans son monde, où les mots se répondent et se répandent:

 

La putréfaction ou putréfiction, ou putrification, précède la pétrification et la putride purification. Les bactéries sont les agents de la métamorphose, pas d'histoires sans bactéries. Vous roulez inlassablement sur des tombes antiques.

 

L'exégète des dessins d'Alex Baladi se pose la question existentielle de l'écrivain face à eux:

 

Comment saurai-je si en regardant ces planches par mes yeux, mes nerfs, mon cerveau, mon corps, les bactéries de mes intestins sont influencées et me dictent le texte qui va les accompagner?

 

Pourquoi court-on? le questionne une de ces planches. Il répond:

 

On court pour fuir le passé, pour échapper à un ennemi ou pour attraper le désir par la queue, un rêve, une image, un fantasme, mais plus vite on court plus vite il s'enfuit.

 

N'en déplaise à Rabelais, qui ne doit pas déplaire à Lador, ce n'est pas le rire, selon ce dernier, qui est le propre de l'homme, c'est la course, car il veut la réalisation du rêve...

 

Francis Richard

 

Course, Alex Baladi et Pierre Yves Lador, 80 pages, (Y)

 

Livres précédents de Pierre Yves Lador:

 

Chambranles et embrasures, 192 pages, L'Aire (2013)

Confession d'un repenti, 240 pages, Olivier Morattel Éditeur (2014)

Les chevaux sauveurs, 200 pages, Hélice Hélas (2015)

Poussière demain, 360 pages, Olivier Morattel Éditeur (2018)

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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