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2 janvier 2020 4 02 /01 /janvier /2020 19:15
Neiges intérieures, d'Anne-Sophie Subilia

Ce qui nous relie tous les quatre, c'est l'architecture et le paysagisme.

Ces 40 jours doivent nous servir. On s'inspire pour plus tard. Ce sera d'autant plus vrai si on nous confie le mandat de la nouvelle cité alpine.

 

Nous, ce sont deux hommes, N. et S., et deux femmes, C. et la narratrice. Tous quatre embarquent sur l'Artémis, un seize mètres d'aluminium, douze tonnes, taillé pour les mers de glace: pour capitaine, on a choisi Z sans le connaître, qui a choisi T. en le connaissant.

 

Le voilier, au nom bien choisi, les mènera à bon port, après avoir caboté longtemps au-delà du cercle polaire, dans la mer de Baffin, alors qu'une heure suffira pour faire le chemin inverse: les camarades et moi, on remontera dans un coucou rouge à hélices.

 

La narratrice remplit de notes quatre cahiers pendant ce périple, de mi-août à fin septembre. Et met en épigraphe, pour chacun des trois premiers, une citation qui est de circonstance: une de Paul-Émile Victor, une d'Hérodote et une de Victor Hugo.

 

Elle fait précéder le quatrième d'un proverbe, qui illustre peut-être le mieux ce qui se passe en elle, sur et autour du bateau où elle a embarqué avec ses camarades: l'intérieur de ta maison t'appartient, mais l'extérieur appartient au passant qui la regarde.

 

Ces notes soulignent ainsi par exemple le contraste entre l'exiguïté d'un voilier pour six personnes, qui vivent dans une promiscuité qui les mettent à l'épreuve, et l'immensité de l'espace qui l'entoure, où le blanc de la mer domine d'une escale l'autre.

 

Ces notes montrent que la vie en collectivité dans des conditions d'hygiène et de nourriture limites, de froid et d'humidité, donc rien moins que confortables, ne favorise guère les relations sereines, mais plutôt les tensions, les arrière-pensées, les non-dits.

 

Ces notes révèlent la complexité de toute âme humaine puisque, par exemple, la narratrice voit en C. à la fois une rivale quand elle la trouve séduisante et une soeur humaine dans cet univers clos qui est majoritairement masculin quand celle-ci est malmenée.

 

Les Neiges intérieures, enfin, semblent faire allusion aussi bien aux carences affectives de la narratrice, dont elle est bien consciente, qu'à ces neiges qui forment un jour une fine visière blanchâtre bordée de gris mauve derrière des montagnes brunes...

 

Francis Richard

 

Neiges intérieures, Anne-Sophie Subilia, 160 pages, Zoé

 

Livres précédents:

 

Jours d'agrumes, L'Aire (2013)

Parti voir les bêtes, Zoé (2016)

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28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 20:30
Prendre le signalement de l'univers, de Françoise Gardiol

Le titre de ce livre de pérégrinations en Iran, l'ancienne Perse, Prendre le signalement de l'univers, est tiré d'une formule lumineuse de Théophile Gautier, ce voyageur enthousiaste du XIXe siècle.

 

L'auteure, Françoise Gardiol, ethnologue, s'est rendue en 2016 dans ce pays diabolisé, en compagnie de Gérard, un ami complice en expérience professionnelle. C'était pour faciliter rencontres et démarches...

 

Elle est ainsi partie à la découverte de ce carrefour des événements de l'Histoire, comme était surnommée la Perse au XVIIe siècle, certes en compagnie de Gérard, mais sans guide:

 

Comment communiquer avec des interlocuteurs aux parlers inconnus, comment goûter une cuisine nouvelle, comment se déplacer en bus locaux, comment repérer son chemin sur un territoire étranger, autant d'initiations passionnantes.

 

Ce sont des initiations passionnantes parce qu'elles permettent la rencontre de l'autre et l'échange. Françoise Gardiol suit en cela ce que disait Montaigne: Je voyage sans livre ni en paix ni en guerre.

 

Ce n'est qu'après le voyage effectué qu'elle lit sur le pays visité et s'inspire très modestement de ce qu'en disent les pages des philosophes, des historiens et des poètes d'hier et d'aujourd'hui.

 

Hormis au bord de la Caspienne, lors de ses rencontres elle est frappée par la douceur du parler de chacun dans un farsi [qu'elle] écoute comme une musique et par une attention bienveillante qui ouvre sur l'échange.

 

Dans un musée à Chiraz, elle est éblouie par une galerie impressionnante de quarante savants et penseurs, qui ont écrit des ouvrages érudits entre le IXe et le XVe siècle, dans la continuité de la science grecque:

 

Une totalité de savoirs, une plénitude de pensée, une ouverture d'esprit, une créativité intellectuelle, une curiosité scientifique, un talent d'innovation.

 

(Les sciences se sont développées effectivement bien plus tard en Occident et ont alors dépassé celles d'Orient, avant qu'elles ne soient peut-être à leur tour dépassées par elles...)

 

De même, autre exemple, est-elle impressionnée à Yadz par la vie souterraine en étages des habitations et par leurs tours carrées ou rectangulaires qui pointent vers le ciel: c'est, dit-elle, ébouriffant d'air et d'inventivité.

 

Ces particularités architecturales sont effectivement une adaptation climatique, car l'air frais y descend et l'air chaud en remonte à partir d'un petit bassin d'eau situé tout en dessous...

 

Dans ce livre, l'auteure raconte son périple dans l'Iran d'aujourd'hui, de Téhéran à la Caspienne, en passant par Chiraz, Persépolis, Yadz et alentour, Esfahân, Kashan. Mais elle ne voyage pas seulement dans l'espace mais aussi dans le temps: 

 

Quand mes yeux regardent un paysage, ils ne s'attachent pas à un instant photographique du présent.

 

Son intention est à la fois de fouiller l'humble tissu de la vie quotidienne et de plonger dans l'épaisseur de l'Histoire. Comme elle n'en reste pas au stade de l'intention, elle peut affirmer:

 

Les lieux visités, au contraire de cimetières, se révèlent des paysages composites de signes et de passions, vibrants de vie et ouverts sur le futur.

 

Et, comme l'accompagnent le respect pour l'humain, la dignité de l'autre, la tolérance du différent, elle ne peut que s'enrichir personnellement et les autres avec elle:

 

Le voyage c'est aller de soi à soi en passant par les autres, comme l'expriment les Touaregs.

 

Francis Richard

 

Prendre le signalement de l'univers, Françoise Gardiol, 304 pages, Éditions de l'Aire

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26 décembre 2019 4 26 /12 /décembre /2019 18:45
Survivante, de Julie Guinand

Comme la fin du monde n'a pas eu lieu en 2019, enfin pas encore, il reste 5 jours à passer, force est de constater que le journal que tient Julie Guinand pendant 162 jours, depuis la catastrophe, est oeuvre de fiction.

 

En tout cas, un beau jour, l'électricité est coupée, le téléphone fixe n'a plus de tonalité. Cela n'est guère rassurant quand on se trouve au milieu de nulle part, au bord du Doubs. Et le deuxième jour, cela commence à bien faire:

 

Ma bonne humeur résiste au mutisme de la machine à café, à celui de l'imprimante, de mon chargeur de téléphone. Elle cède lorsque j'ouvre le frigo: éponger le centimètre d'eau stagnante me met en rogne.

 

Tout ce qu'elle a l'habitude de faire sur Internet devient impossible. Elle résiste à la tentation d'y aller pendant un jour supplémentaire, mais allume son ordinateur au milieu de la nuit du troisième et clique sur le logo de Firefox:

 

Hum, nous ne parvenons pas à trouver ce site. Ça me fait pleurer.

 

Elle doit se rendre à l'évidence: c'est parti pour durer un moment. Et se rend également compte de toutes les inventions géniales qu'elle utilisait sans y penser, en les trouvant seulement jusque-là moyennement géniales.

 

Dès le début, elle tient un journal, ce qu'elle n'a pas fait depuis ses dix-sept ans. Au bout de trois semaines, elle sait qu'il y a un avant et un après qu'elle doit réorganiser sa vie, s'adapter (ce que l'être humain doit faire toujours):

 

Je peux/dois tirer un trait sur les soirées télé (en pleine saison finale de Jane The Virgin, ça fait vraiment ch...).

Je dois apprendre à me passer de douches chaudes, de lumière, de crème glacée, de musique (de musique!).

 

Dès lors le journal devient le récit, plein d'humour, de cette nouvelle vie, qui a ses bons et ses mauvais côtés: ainsi le vingt-huitième jour, en regardant le calendrier, elle fond en larmes parce qu'elle a trente ans ce jour-là.

 

Et puis, peu à peu, le lecteur apprend qu'elle n'est pas venue seule un an plus tôt et que la fin du monde lui serait supportable s'il était là. Elle se demande même si elle aurait eu lieu s'il avait été là, une rupture entraînant l'autre.

 

Elle pourrait rester là où elle est maintenant qu'elle s'est bien adaptée à son nouveau monde: elle n'a jamais autant lu, marché, travaillé ou écrit. C'est compter sans l'esprit d'aventure qui s'insinue en elle par petites bouffées:

 

Un seul espoir insensé me retient ici: celui que tu reviennes un jour.

 

Francis Richard

 

Survivante, Julie Guinand, 144 pages, éditions d'autre part

 

Livre précédent:

 

Dérives asiatiques (2016)

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19 décembre 2019 4 19 /12 /décembre /2019 18:00
Cristaux de songes, de Catherine Dubuis

Cristaux de songes est un recueil d'une cinquantaine de textes, de deux à trois pages, tout au plus. Ces textes parlent des joies et des peines, des jours et des nuits, dont la vie de personnes de tous âges est faite en ce monde.

 

L'emploi des mots cristaux et songes dans le titre est bien trouvé parce que la brièveté est exigeante. Il faut en très peu de lignes cristalliser une histoire en excitant son imagination, puis inviter le  lecteur à en combler les lacunes.

 

Ces histoires se caractérisent par le dévoilement d'une intimité, puisque dans chacune d'elles le lecteur accède aux pensées de celles ou de ceux qui en sont les acteurs. Leurs situations banales en deviennent singulières.

 

Dans ces pensées il y a souvent des choses que l'on ne peut, ou ne doit pas, dire, qui demeurent donc au fond de soi. Elles contribuent à l'apprentissage et au for intérieur, qui se font à la faveur d'échecs et de réussites.

 

Le côté obscur de ces textes, ce sont les amours enfuies et attentes déçues, les humiliations et frustrations, les peurs et occasions manquées, les vieillissement et deuil, les apparences trompeuses et promesses non tenues.

 

Leur côté lumineux, ce sont les plaisirs charnels (la tétée, le bain, la jouissance involontaire...), les désirs et soulagements, les parfums et beautés naturels, les réelles métamorphoses et les surréalités nées de l'esprit.

 

La conclusion de la première d'entre elles, Sommeil, prépare au microcosme libératoire de Catherine Dubuis, qui est le sien bien sûr, mais en lequel tous ceux et toutes celles qui écrivent se reconnaîtront, peu ou prou:

 

Qui sait? A force de les ignorer, ces histoires, surgies à la marge du sommeil et de la veille, se lasseront peut-être d'envahir mon esprit. Ou alors, un beau matin, oui, très beau, je trouverai l'énergie d'enfin les coucher, comme des femmes, dans le lit blanc d'une page blanche.

 

Francis Richard

 

Cristaux de songes, Catherine Dubuis, 128 pages, L'Aire

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14 décembre 2019 6 14 /12 /décembre /2019 23:30
Peu importe où nous sommes, d'Antoinette Rychner

Antoinette Rychner dédie Peu importe où nous sommes à ses fils:

 

Au vaillant Aloys,

à Benjamin, le dernier né.

 

L'histoire vraie de ce livre est la survenance, un jour de septembre 2018, de la leucémie de Burkitt qui frappe son aîné de cinq ans, alors que son frère n'est encore qu'un bébé de trois mois.

 

Le tutoiement que l'auteure emploie dans son récit s'adresse à son dernier né, pour que, sans doute, il sache un jour ce qui s'est passé et combien il aura compté pour elle dans ces moments difficiles.

 

Le plus difficile dans de telles circonstances est l'incertitude qui précède le diagnostic, puis l'organisation à mettre en place, enfin la nécessité de tenir le coup alors qu'il y a tant à faire.

 

Les solidarités naturelles ne leur font pas défaut à elle et au père: nombreuses sont les personnes qui vont les aider. Et, quand le père ne peut être là, elle trouve en elle le ressort pour tenir.

 

Car une routine finit par s'installer. Le père passe les nuits avec le grand frère à l'hôpital. Elle dort avec le dernier né dans la maison de famille qui se trouve à proximité. Ils ne font que se croiser:

 

Nous n'avons d'autre possibilité que de reléguer le relationnel, l'émotionnel ou nos prérogatives de couple à notre vie future.

 

La chimiothérapie doit durer six mois, c'est-à-dire au total six cures. Le temps passe. L'hôpital et les personnes qui s'y trouvent, personnel médical, patients, familles, lui deviennent familiers.

 

Aussi, quand la petite famille est autorisée à rentrer chez elle pour un premier congé d'un jour et demi, avant la troisième cure, se sent-elle incapable de s'occuper seule du petit malade.

 

Le même désarroi se manifeste lorsque le deuxième congé, d'une durée de plusieurs jours cette fois-ci, est autorisé pour préparer les fêtes de fin d'année à la maison. L'auteure alors s'alarme:

 

Je ne sais comment appréhender autant d'autonomie; j'ai peur de tout repenser; peur du changement tout simplement.

 

Quinze jours avant Noël, après la quatrième cure de chimiothérapie, son compagnon et elle doivent faire face à une nouvelle libération, de vingt jours consécutifs, autant dire un siècle...

 

Ils ne sont qu'à mi-parcours et elle n'en peut déjà plus. Ils ne sont d'ailleurs pas au bout de leurs peines, car les problèmes de santé sont imprévisibles et les font passer par des hauts et des bas:

 

Moralement, nous avons besoin de nous accrocher à une échéance même conditionnelle.

 

Ils sauront affronter les choses et le médecin reconnaîtra l'effort extrême que lui aura coûté leurs batailles, ce qui irriguera longtemps son auto-estime et sa confiance en ce que peut [sa] famille.

 

A l'issue du protocole, si la maladie n'est plus détectable, on parle de rémission. Après cinq ans sans récidive, de guérison, leur a-t-on dit au début de ce parcours de septembre 2018 à février 2019...

 

Francis Richard

 

Peu importe où nous sommes, Antoinette Rychner, 160 pages, éditions d'autre part

 

Livres précédents:

Le prix, Buchet-Chastel (2015)

Devenir pré, éditions d'autre part (2016)

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13 décembre 2019 5 13 /12 /décembre /2019 18:00
Le Casting, de Philippe Lamon

Top Baby Kids Fashion organise un grand casting pour les bébés, âgés de zéro à trois ans: les dix les plus craquants gagneront avec leurs parents une semaine merveilleuse de shooting professionnel tous frais payés à Djerba.

 

En lisant cette annonce dans le magazine, auquel elle est abonnée, la belle Many, femme au foyer, se dit que ce serait une belle opportunité pour sa fille Zia et pour le couple qu'elle forme avec Sylvain.

 

Comme elle l'explique à celui-ci, qui a un job de dingue chez Prosper & Bloomberg (il finit souvent très tard), ce serait une façon pour lui de [s']investir un peu plus pour Zia et de rompre la routine de [leur] couple

 

Attention: ce ne sera pas un concours de beauté de mini-miss comme il en existe aux États-Unis, mais un rendez-vous tendresse, une expérience unique à vivre en famille, une fête de la vie qui commence.

 

Many et Sylvain ont rendez-vous au restaurant avec leurs amis Maude et Florent. Tout semble réussir aux premiers, y compris leur fille Zia, tandis que les seconds sont à la peine, y compris avec leur fille Chloé.

 

Les deux couples sont amis - Maude et Many sont amies d'adolescence - et néanmoins rivaux: ils n'ont pas le même train de vie social, pas la même manière d'éduquer leur fille, pas la même apparence physique.

 

Le Casting de Top Baby, auquel Many convainc Maude d'inscrire Chloé, ne va rien arranger à leur longue rivalité. Pour rompre la routine des couples, il n'y aura rien de tel et qui se sent délaissé regardera un peu ailleurs.

 

A l'occasion de ce concours révélateur, Philippe Lamon fait une satire de l'époque dans ses aspects les plus triviaux, où le paraître et le dévoilé ont plus d'importance que l'être et l'intime, comme sur les réseaux sociaux... 

 

Francis Richard

 

Le Casting, Philippe Lamon, 230 pages, éditions cousu mouche

 

Livres précédents:

Baba au rhum (2016)

Comment j'ai vengé ma ville (2013)

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7 décembre 2019 6 07 /12 /décembre /2019 22:30
2148 Liberté, de Robin des Champs

Dans ce volume, qui commence à l'automne 2149, la situation de la planète a encore empiré avec la prolifération du virus H15N11. Les États, au dirigisme centralisé, sont incapables de l'enrayer et se révèlent impuissants à faire face à la phase de récession sanitaire, économique et sociale sans précédent qui en résulte.

 

Sur une population mondiale de 14,8 milliards d'individus, 4,6 milliards ont été atteints par la maladie et 1 milliard sont décédés. En raison de la hausse des températures, due à une catastrophe, une majorité de cette population vit dans des villes souterraines, tandis qu'une minorité de marginaux vivent dans des cavernes.

 

A la surprise des scientifiques, le virus mute et donne un sursis à l'humanité qui aurait dû disparaître en six mois au rythme où ont été enregistrés les décès qu'il a provoqués. Mais les humains  mutants, qui sont rapidement en train de récupérer leurs facultés, vont peut-être faire disparaître les humains non mutants...

 

Depuis l'IPN Law de 2118, loi d'interdiction de procréer naturellement, les enfants sont créés par des moyens techniques élaborés afin d'obtenir des individus les plus parfaits possibles. En conséquence les individus de sexe masculin sont devenus relativement rares, n'étant plus utiles que pour leurs gamètes mâles.

 

(Certains individus sont créés avec les deux sexes...)

 

La population mondiale est donc majoritairement de sexe féminin, servie par des robots qui effectuent des tâches de plus en plus complexes. Ce sont les apparatchiks qui, sans vergogne, sont évidemment les bénéficiaires de cette société, où il est tenu davantage compte de l'intérêt du groupe que de celui des individus.

 

Ce qui va encore modifier la situation, c'est qu'une sociétaire, Isabelle, et un marginal, Alain, tous deux atteints par le virus H15N11 enfreignent l'IPN Law, en procréant un enfant, qui sera inévitablement atteint par le virus. Non seulement ça, mais, insoucieux de l'intérêt général, ils fuient à bord d'un voilier.

 

Les fugitifs sont faits prisonniers par une vedette bleue sombre caractéristique du fameux groupement de surveillance des comportements civiques: le GS3C. L'enfant, une fille, naît en captivité. Ses parents la prénomment Liberté, alors que les autorités la baptisent H15N11 Alpha, comme un vulgaire produit.

 

Seulement le nouveau-né n'est pas un produit, et non plus un nouveau-né normal: les autorités ne soupçonnent pas les effets que le virus a eus sur son organisme, pendant la grossesse de sa maman. Sinon ils auraient pris plus de précautions avec cet être monstrueux, car c'est une entité biologique et informatique...

 

Robin des Champs tire toutes les conséquences de cette apparition sur la planète de ce petit être hors du commun. L'avènement de Liberté arrive à point nommé et bouleverse la donne. Le lecteur comprend alors pourquoi l'auteur a mis en épigraphe deux citations d'Ayn Rand et une autre de Margaret Thatcher.

 

Francis Richard

 

PS

L'auteur peut être contacté à l'adresse mail suivante: robindeschamps69@gmail.com

 

2148 Liberté, Robin des Champs, 298 pages, Robin des Champs

 

Volume précédent:

2148 (Requiem Écologie) (2017)

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6 décembre 2019 5 06 /12 /décembre /2019 21:15
Anamnèse, de Salvatore Minni

N'oublie jamais qui tu es... est un mantra qui revient à de nombreuses reprises dans Anamnèse où le lecteur a du mal à distinguer le vrai du faux, la réalité de la fiction.

 

Il faut dire que l'héroïne, une soi-disant Marie, ne le laisse pas en repos. C'est une psychanalyste, qui, forte et fragile, a du mal à trouver son équilibre mental dans l'existence...

 

On le serait à moins, vu les symptômes qui sont les siens: Des cauchemars récurrents, des hallucinations auditives. Ce n'était pas bon signe. Elle le savait mieux que personne.

 

Mais, comme on dit, ce sont toujours les cordonniers qui sont les plus mal chaussés. En l'occurrence, l'adage ne fait pas exception à cette règle qui est de portée universelle.

 

C'est bien souvent dans le passé qu'il faut chercher la cause d'un tel mal-être, mais à condition que le patient ne soit pas dans le déni ni dans le fantasme en l'évoquant.

 

Le mantra ci-dessus, sur l'identité, se loge dans l'esprit de Marie, mais celui-ci est aussi le siège d'une dualité que personnifie le dieu Shiva, dieu destructeur puis créateur.

 

Son père, Luc, lui a rapporté du Tibet, une statuette de ce dieu, dont le nom seul n'est déjà pas sans avoir une profonde influence sur elle au point de la hanter dans ses songes.

 

Un certain Paul, qui ne lui dit pourtant rien, prétend qu'amoureux d'elle il l'a connue sous le prénom de Vanissa, peut-être son double, et qu'elle l'a laissé endosser un crime...

 

Tout le monde est bien sûr imaginatif mais les psys ne le sont-ils pas davantage encore que les autres, ne serait ce qu'à force d'entendre tout ce que leur racontent leurs patients?

 

Si l'auteur ne donnait pas les clés des songes de Marie au cours de son récit et, surtout, à la fin, le lecteur de ce thriller serait complètement perdu et traumatisé à son tour.

 

Car le récit est jalonné de morts aussi bien rêvées que réelles, survenues dans des conditions propres à glacer le sang de n'importe quel lecteur, normalement constitué.

 

Peut-être que le point final lui aura permis de faire la part des choses, dont celle qui revient à la pathologie de la praticienne dans cette histoire, mais ce n'est pas une certitude...

 

Francis Richard

 

Anamnèse, Salvatore Minni, 288 pages, Slatkine & Cie

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5 décembre 2019 4 05 /12 /décembre /2019 19:00
Dynastie, de Vincent Kappeler

Vincent Kappeler écrirait des petits livres cocasses. Est-ce bien le qualificatif approprié? On peut en douter. Car Dynastie est un roman, ou pas, plus que cocasse.

 

Dynastie est l'histoire des vingt-six rejetons d'Archibald Zonzon, dont le patronyme est déjà tout un programme. Car faut-il rappeler les définitions de zonzon?

 

Un zonzon peut être aussi bien un bourdonnement qu'une prison (en argot) quand il est substantif. D'aucuns, confondant le mot avec zinzin, y voient un adjectif signifiant fou.

 

Quoi qu'il en soit, Archibald est né avec une anomalie improbable, une langue de taille adulte, qui ne s'appropria véritablement sa bouche que vers l'âge de 16 ans.

 

En regardant une émission de télévision, où il faut deviner des lettres qui apparaissent, s'étant trompé, ce jeune homme, au développement tardif, se trouve un destin:

 

Il aurait autant d'enfants qu'il avait eu du mal à prononcer chacune des lettres de l'alphabet.

 

Pour mener son projet à bien, il lui faut trouver une fille sans ambition et si possible en échec scolaire. Parmi ses camarades de classe, Claudine sort largement du lot.

 

Après deux chapitres d'introduction, les suivants donnent la parole à chacun des vingt-six enfants du couple qui sont tous de vrais Zonzon, sauf deux d'entre eux, les jumeaux.

 

Leurs destins sont similaires à celui de leur père, c'est-à-dire qu'il leur arrive à tous des aventures qui, fort heureusement, ne sont pas celles que connaît le commun des mortels.

 

Quand ils ne souffrent pas d'une anomalie, ils sont suffisamment inventifs pour se comporter comme s'ils en avaient une, ou pour se l'infliger, si d'autres ne les en affligent pas.

 

Les prénoms de chacun des enfants commencent dans l'ordre par une lettre de l'alphabet, de A à Z donc. Il y a, si l'on excepte les jumeaux, autant de filles que de garçons.

 

Alors, ce livre jubilatoire est-il un roman? Ne serait-ce pas plutôt un recueil de nouvelles, avec juste quelques liens entre elles, des liens de parenté, dans un registre burlesque?

 

En tout cas, lecteur sérieux s'abstenir. Car rien ne l'est dans ce roman, à commencer par le nombre d'enfants nés d'une seule femme et pour finir par ce qu'il advient de sa lignée.

 

Francis Richard

 

Dynastie, Vincent Kappeler, 128 pages, L'Âge d'Homme

 

Livre précédent chez le même éditeur:

Loin à vol d'oiseau (2015)

Les jambes d'abord sont lourdes (2017)

Love stories (2018)

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30 novembre 2019 6 30 /11 /novembre /2019 07:00
Emprise fatale, de Suzy Heim

A Saint-Tropez, le vicomte Amaury de Chastenay flâne dans le quartier de la Ponche à la recherche d'une proie.

 

Ce prédateur, qui veut faire de sa proie son animal de compagnie et l'initier à ses déviances ne trouve pas là son bonheur, mais dans un orphelinat de Genève. Et ce n'est pas sur un petit garçon que ce veuf en mal d'enfant jette son dévolu mais sur une petite fille.

 

Cette petite fille, de père inconnu et de mère pute, s'appelle Yvette Grognuz. Elle a dix ans quand elle est adoptée par le vicomte. Cette adoption est une aubaine pour l'un comme pour l'autre: elle devient riche héritière sous le prénom d'Ambre et il devient Père.

 

Ambre reçoit la parfaite éducation d'une fille de bonne famille. Père et elle habitent un manoir, à Buchillon. Elle va à l'école à Gilamont, après avoir été mise à niveau par un précepteur. Le seul grain de sable dans cette mécanique, c'est Sacha, un camarade d'école.

 

Jusque-là en mal d'affection, Ambre tombe amoureuse de ce garçon de son âge et partage avec lui ses premiers émois. Père, contrarié dans ses plans, parvient, croit-il, à mettre fin à cette idylle, ce qui renforce chez Ambre ses capacités de fourberie et de nuisance.

 

Père n'est pas un prédateur sexuel pour Ambre. Ce dandy lui révèle préfèrer les garçons et aimer se travestir. Les déviances auxquelles il veut l'initier sont tout autres. C'est un psychopathe, aux pulsions destructrices, fin connaisseur des armes et des poisons.

 

L'initiation d'Ambre, qui veut devenir criminologue, commence à quatorze ans alors que Père et elle fêtent Noël. Elle découvre alors quel père délirant il est et se demande si elle a vraiment envie de suivre sa voie... Mais, comment échapper à son Emprise fatale?

 

A trente ans, Ambre revient sur son parcours, véritable thriller psychologique. D'avoir un bon fond n'empêche pas de succomber à des délires quand l'occasion de rédemption se dérobe. Alors ne reste qu'une solution, celle qu'un certain Sigmund Freud un jour identifia...

 

Francis Richard

 

PS

Pour un exemplaire dédicacé, l'auteure peut être contactée à l'adresse suivante: su.heim@bluewin.ch

 

Emprise fatale, Suzy Heim, 162 pages, ISCA

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26 novembre 2019 2 26 /11 /novembre /2019 18:00
Citadelle de sable, de Frédéric Mairy

Dans Citadelle de sable, Frédéric Mairy, Helvète d'adoption, tente de savoir ce qui le rattache à son pays d'origine, la Belgique. Après avoir écarté patrieracines, il se dit que provenance conviendrait peut-être.

 

Il essaie de ressusciter le portrait mythifié que sa mémoire a gardé de ses grands-parents, Albert et Emma, à qui il rendait visite à Namur avec ses parents, même si c'est une image morcelée, comme celle du pays.

 

Il tente de savoir d'où il provient et ce qu'il y laisse. En faisant ses études à Strasbourg, il aura touché inconsciemment au trait d'union entre son pays natal et celui où il ne peut s'empêcher de rentrer sans y avoir vécu.

 

Un tout autre lien unit les membres de sa famille, tant paternelle que maternelle, le scoutisme, dont la devise est d'être toujours prêts. Il cite alors Shakespeare, qui fait dire à Hamlet: The readiness is all, et il commente:

 

L'essentiel est d'être prêt, non pas à s'entraider, à s'engager, ou à être un citoyen actif, mais à l'avènement du grand départ, notre seule certitude.

 

Avant le grand départ, il y a toutefois l'éternel retour dans ce pays si attachant, une terre magique, peuplée d'esprits facétieux et de fantômes, située aux portes d'un monde auxquelles sans cesse [il reviendra] frapper.

 

Sur cette terre se trouvait la citadelle d'Emma et d'Albert, un parallélépipède au toit plat fascinant, dont ce dernier avait signé les plans et dont les images auront façonné l'auteur comme tant d'autres paysages.

 

Seules les pages impaires de ce livre sont noircies de caractères. Elles sont autant de touches d'une fresque intime qui conduisent à l'essentiel et qui, comme l'écrit l'auteur in fine, débouchent sur ce simple constat:

 

De la bougie, seule danse la flamme, le reste n'est que fumée.

 

Francis Richard

 

Citadelle de sable, Frédéric Mairy, 116 pages, éditions d'autre part

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23 novembre 2019 6 23 /11 /novembre /2019 23:30
Vol 417, de Marie-José Imsand

Le titre, Vol 417, fait référence à un vol de renvoi, ou d'expulsion, d'étrangers et à la votation 417 du 4 décembre 1994 dont l'objet était la loi fédérale sur les mesures de contrainte en matière de droit des étrangers, acceptée par le peuple suisse par 72,9% des bulletins valables.

 

Dans son roman, qui se passe en décembre 1995,  Marie-José Imsand donne la parole à plusieurs narrateurs au sujet de l'application, un an plus tard, de ces mesures de contrainte, qui sont, entre autres, la détention, puis le renvoi, ou l'expulsion, de requérants d'asile.

 

Le point de vue le plus radical est celui d'Alberto Rosso, tenancier d'origine italienne d'un bistro, le Magenta (comme le nom de son village), qui, un matin, de colère, prend ses clients en otages pour leur faire comprendre la violence que représente une séquestration.

 

Par là même, Alberto Rosso entend protester contre l'arrestation d'amis immigrés de son immeuble, qui ont été expulsés à l'aube, et faire savoir au peuple suisse que c'est une indignité. Il le fait en mémoire de son père qui a perdu sa santé en travaillant ici jour et nuit sur des chantiers...

 

Parmi les otages, il y a Célia Magda, trente-trois ans, divorcée. Mais elle est soupçonnée d'être la complice d'Alberto Rosso, parce que son petit ami fait partie du groupe d'immigrés qui habitent l'immeuble du tenancier à Lausanne et qui ont été arrêtés à cinq heures du matin.

 

Célia enseigne le français à des migrants dans un centre d'accueil. L'an passé, à l'occasion de la fête de fin d'année, elle et son petit ami, un jeune Roumain, se sont connus, évitant dès lors de fréquenter les lieux publics afin d'échapper aux regards jugeant leur différence d'âge.

 

Le jeune Roumain raconte les conditions cruelles de sa détention au centre administratif de détention de Frambois dans le canton de Genève, tout près de l'aéroport. Il n'est pas le premier à s'y retrouver depuis la votation 417, l'étape suivante étant de quitter la Suisse par vol spécial.

 

Charles Edward Sun, psychiatre, dans le cadre de l'enquête sur l'affaire du Magenta, pris d'assaut et détruit par la police, rédige un rapport et prend des notes personnelles pleines d'empathie pour Célia Magda, qu'il interroge et qui lui relate ses amours avec son bel homme de l'Est.

 

Ces points de vue convergent et soulignent le caractère inhumain de la procédure de détention puis de renvoi des étrangers arrêtés, qui, en l'occurrence, ne sont pas des criminels, mais qui sont - c'est le pire - traités comme tels lorsqu'ils sont embarqués pour leur vol spécial.  

 

Francis Richard

 

Vol 417, Marie-José Imsand, 104 pages, BSN Press (sortie le 21 novembre 2019)

 

Livres précédents chez le même éditeur:

Le musée brûle (2016)

Affaires étrangères (2018)

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17 novembre 2019 7 17 /11 /novembre /2019 23:45
Révolution aux confins, d'Annette Hug

Révolution aux confins est un roman inspiré de l'histoire vraie de José Rizal (1861-1896), poète et médecin, qui fit des études à Madrid et Paris, puis passa deux années en Allemagne avant de rentrer aux Philippines.

 

En février 1886, José Rizal arrive à Heidelberg, où il devient l'assistant du professeur Otto Becker, directeur de la clinique universitaire d'ophtalmologie, qui lui a été recommandée comme étant la meilleure de la ville.

 

A la brasserie Gulden, il fait la connaissance d'étudiants dont les passe-temps favoris sont de boire de la bière et de croiser le fer dans une arrière-salle, où il va aider un médecin, le Dr Immisch, à recoudre les têtes ou les visages...

 

Venu pour parfaire son allemand et réviser un roman, Noli me tangere, qu'il a entrepris à Madrid et poursuivi à Paris, à la demande de son frère, il se lance dans la traduction d'une pièce de Schiller en tagalog, sa langue maternelle.

 

Après avoir retravaillé son roman, il se rend à Leipzig dans le but de le faire imprimer. Ensuite il en enverra les deux mille exemplaires à Manille par bateau, clandestinement, pour échapper à la censure espagnole.

 

La pièce de Schiller que son frère Paciano préfère est Marie Stuart, mais, à Leipzig, il se met plutôt à traduire Wilhelm Tell. La lecture de cette pièce faisant fondre en lui-même les paysages suisse et philippin...

 

Le tagalog est certes sa langue maternelle, mais les mots des anciens sont très profondément enfouis, et parfois Rizal n'en perçoit plus que le son vague et lointain. Or il n'existe pas de dictionnaire allemand-tagalog...

 

Annette Hug, qui a appris le tagalog, fait le récit, en connaissance de cause, de cette traduction et transposition, ainsi que de l'épopée de Guillaume Tell et des conjurés du Grütli à partir desquels Schiller a écrit sa pièce.

 

Rizal, venu de la colonie espagnole des Philippines, a commencé ses études à Madrid. La République [en Espagne] renaîtra de ses cendres, dit alors en secret le professeur Miguel Morayta, à la conférence duquel il assiste.

 

A ce moment-là, Ryzal pense que son pays est très loin d'une révolution, mais [qu'] il lui faut des réformes; et [que] celles-ci sont possibles. [...] Il s'agit de commencer par les petites choses... Il n'a donc rien d'un insurgé.

 

Plus tard, bien que ses espoirs [reposent] sur la science, l'éducation populaire, l'amélioration des conditions d'hygiène, on prétendra, qu'il est le chef de l'insurrection menée en août 1896 par une confrérie secrète, le Katipunan...

 

Rizal n'avait pas pensé à ce mot pour traduire l'alliance dans le Guillermo Tell...

 

Francis Richard

 

Révolution aux confins, Annette Hug, 208 pages, Zoé (traduit de l'allemand par Camille Luscher)

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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