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26 mars 2019 2 26 /03 /mars /2019 23:55
Deux soeurs, de David Foenkinos

Les Deux soeurs s'appellent Agathe, et Mathilde. Elles ont tout au plus un an de différence. A la mort de leur père, en 2002, elles avaient respectivement quinze et quatorze ans:

 

On aurait presque pu croire qu'elles étaient jumelles.

 

Aujourd'hui Mathilde, la cadette, file le parfait amour avec Étienne, et ça dure depuis cinq ans. L'été dernier, ils ont passé leurs vacances en Croatie et ont parlé de se marier...

 

Mathilde est professeure de français dans un lycée. Elle aime ses élèves comme si c'étaient ses enfants. En ce moment elle leur fait étudier un passage de L'Éducation sentimentale:

 

Chaque année, Mathilde aimait partager sa passion pour ce roman; c'était, à ses yeux, le plus beau livre de Gustave Flaubert.

 

Mathilde a bien remarqué qu'Étienne était mal à l'aise. Elle ne soupçonne pas qu'il a une raison à cela: il a décidé de la quitter mais ne sait pas comment lui dire qu'Iris est revenue.

 

Il y a cinq ans, Iris l'a quitté, est partie pour l'Australie. Il a suffi qu'elle revienne pour qu'il se rende compte qu'elle était la femme de sa vie et réciproquement. Elle reprend sa place:

 

Il n'y a finalement que deux camps. Les vainqueurs et les vaincus.

 

Mathilde appartient désormais aux vaincus. Comme un malheur n'arrive jamais seul, son choc émotionnel se traduit professionnellement par une distorsion éclair de sa lucidité:

 

Une erreur dans un océan de perfection, et c'est l'erreur seule que l'on regarde.

 

Agathe travaille dans la banque et son mari, Frédéric, dans les appareils connectés, dits intelligents. Ils ont une enfant, Lili. C'est la famille idéale. Ils appartiennent aux vainqueurs.

 

Bien que leur appartement ne soit pas très grand, ils accueillent Mathilde chez eux quand elle doit quitter le sien et s'occupent d'elle, en pleine détresse psychologique.

 

Les deux soeurs ne s'entendent pas vraiment, sans doute parce qu'elles manquent d'affinités, mais elles s'entraident tout de même par le seul fait qu'elles sont des soeurs.

 

En apparence l'une peut donc dire de l'autre qu'elle a de la chance de l'avoir comme soeur. Mais, en réalité, ce n'est peut-être pas vrai quand il s'agit de changer de camp...

 

David Foenkinos montre comment la souffrance, aiguisée par une curiosité douloureuse (l'expression est de Flaubert) conduit un être à des extrémités, pour connaître le bonheur...

 

Francis Richard

 

Deux soeurs, David Foenkinos, 176 pages, Gallimard

 

Livres précédents:

Les souvenirs (2011)

Je vais mieux (2013)

Charlotte (2014)

Le mystère Henri Pick (2016)

Vers la beauté (2018)

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24 mars 2019 7 24 /03 /mars /2019 22:30
L'Aigle de sang, de Marc Voltenauer

- Andreas, tu n'es pas mon frère

[...]

- Tu as été... adopté!

Elle marque une pause, respire profondément.

- ... et tes véritables parents sont morts!

 

Cette révélation de Jessica conduit Andreas Auer, l'inspecteur de police suisse, à mener l'enquête à Gotland où ses parents biologiques seraient morts dans un accident.

 

Comme Andreas est quelqu'un d'obstiné, il va mener cette enquête trente-sept ans après les faits, en remuant le passé enfoui et en donnant un coup de pied dans une fourmilière.

 

Gotland est une île de Suède dans la mer Baltique. A l'époque des faits, des femmes et des hommes, âgés de vingt à trente ans, veulent renouer avec la tradition païenne des Vikings.

 

Au nombre de treize, leur clan, les Enfants de Freyja, se réunit dans des lieux vikings de l'île et y participent à des cérémonies secrètes, revêtus de casques, de bijoux et de tuniques.

 

Seuls quatre d'entre eux connaissent les identités de tous. Sinon ils ne connaissent que ceux qu'ils ont invités à en être, en s'engageant à ne jamais rien dire sur leur appartenance.

 

Plus le temps passe, plus les rites du clan - notamment celui de L'Aigle de sang - deviennent insupportables à d'aucuns de ses membres, qui ne peuvent le quitter impunément.

 

Quels liens avec la quête d'Andreas? C'est ce que le lecteur découvre peu à peu avec lui. Mais la tâche n'est pas aisée du fait de la véritable omerta qui entoure le passé du clan.

 

Trente-sept ans donc après, des cold cases sont résolus, non sans dommages, après l'arrivée d'Andreas sur l'île. Car les responsables inconnus de la secte savent terroriser les autres...  

 

Quand le lecteur pense que l'affaire est close, elle est relancée par Marc Voltenauer, qui, avec malignité, sait, tout en brouillant leurs rôles, préserver longtemps l'anonymat des quatre dignitaires du clan...

 

Aussi le lecteur, malmené, mais ravi, ne s'apaise-t-il que lorsque Andreas, calme, rasséréné, empreint de son passé retrouvé, peut rentrer en Suisse, pour y mener d'autres enquêtes... 

 

Francis Richard

 

L'Aigle de sang, Marc Voltenauer, 512 pages, Slatkine & Cie

 

Livres précédents:

Qui a tué Heidi?, 448 pages, Slatkine & Cie (2017)

Le dragon du Muveran, 670 pages, Plaisir de Lire (2016)

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23 mars 2019 6 23 /03 /mars /2019 16:55
1, rue de Rivoli, d'Antonio Albanese

1, rue de Rivoli est l'adresse d'un immeuble appartenant à Matteo Di Genaro. Un homicide vient d'y être commis, par strangulation.

 

Matteo croit que cet immeuble ne lui appartient plus mais il n'a pas été vendu il y a dix ans par Olivier, son gestionnaire, comme il le lui avait demandé.

 

En fait, entre-temps, depuis deux ans, l'immeuble est devenu un squat où vit une communauté d'activistes de gauche.

 

Son ami Jean-Michel, flic à la brigade criminelle, lui a donné rendez-vous sur place et lui apprend qu'il en est toujours propriétaire et quels sont les faits:

 

La victime s'appelle Charles de Fidos, 24 ans. C'est le fils de François de Fidos, le politicien [...] La soeur de la victime, Cécile de Fidos, semble être à la tête de la communauté.

 

Matteo vit de ses rentes immobilières. C'est une sorte de bobo qui voit entre la gauche et la droite une seule différence:

 

C'est que j'apprécie les idées de gauche, mais les gens de gauche me font gerber, alors qu'à droite, ce sont les idées ET les gens qui me font gerber.

 

Matteo n'aime pas les enfants, à l'exception de sa filleule de neuf ans, Léa, la fille de Jean-Michel, un petit génie du clavier d'ordinateur.

 

Celle qu'il qualifie affectueusement de nain ou de teckel va lui être d'un grand secours pour son enquête où le suspect est africain:

 

Je lui trouve une bonne tête, et je vois bien que c'est le contraire du délit de sale gueule, et donc tout aussi arbitrairement dégueulasse...

 

Pour mener son enquête, Matteo se fait passer pour quelqu'un qui vient pour une chambre dans le squat. Or celle de Charles vient juste de se libérer...

 

Comme lors d'une enquête précédente (Une brute au grand coeur), Matteo émaille son récit de digressions où il fait part au lecteur de sa vision particulière des choses:

 

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, malgré ma condition involontaire de propriétaire-héritier d'un nombre incalculable d'immeubles, je ne suis pas contre l'occupation illégale.

 

Mais ce n'est pas la moindre de ses contradictions... Et le lecteur fait bien de ne rien savoir de la façon dont [il] s'arrange avec [sa] conscience.

 

Ce nanti n'est pas non plus avare de sophismes, propres non pas à renvoyer la gauche et la droite dos à dos, mais à se les mettre toutes les deux... à dos.

 

Alors il faut prendre ce roman noir pour un pied-de-nez de l'auteur à l'égard aussi bien de ceux qui pourfendent que de ceux qui défendent les valeurs dites bourgeoises.

 

Le paradoxe est peut-être qu'un préjugé de Matteo va lui permettre de chasser l'autre préjugé qui fait automatiquement d'un Africain un coupable.

 

Francis Richard

 

1, rue de Rivoli, Antonio Albanese, 96 pages, BSN Press

 

Livres précédents chez le même éditeur:

 

Une brute au grand coeur (2014) (sous le pseudonyme de Matteo di Genaro)

Voir Venise et vomir (2016)

 

Livres précédents à L'Âge d'Homme:

 

La chute de l'homme (2009)

Le roman de Don Juan (2012)

Est-ce entre le majeur et l'index dans un coin de la tête que se trouve le libre arbitre? (2013)

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17 mars 2019 7 17 /03 /mars /2019 19:45
Les gratitudes, de Delphine de Vigan

Vieillir, c'est apprendre à perdre.

Encaisser, chaque semaine ou presque, un nouveau déficit, une nouvelle altération, un nouveau dommage. Voilà ce que je vois.

Et plus rien ne figure dans la colonne des profits.

 

Ainsi parle Jérôme Milloux, orthophoniste de son état, qui exerce en semaine dans un Ehpad, établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes1, où a été admise madame Seld.

 

Avec Marie Chapier, Jérôme est le narrateur de cette histoire dont l'héroïne est donc Michelle Seld, née en 1935, histoire qui raconte les derniers temps de cette vieille dame attachante.

 

Du jour au lendemain, Michelle, qui préfère qu'on l'appelle Michka, ou Michk', n'a plus été capable de rester seule chez elle. Il y avait pourtant eu des signes avant-coureurs de ses peurs et de ses pertes.

 

Par exemple, elle avait du mal à trouver ses mots: ils ne venaient pas du tout ou alors elle les remplaçait par d'autres, si bien que Marie et Jérôme se sont mis à son drôle de langage, involontairement drôle.

 

Marie est une voisine, qui habitait juste au-dessus de madame Seld et dont Michka s'est occupée quand elle était encore enfant. Elle travaille et ne peut donc rendre visite à Mich'k, qu'en fin de semaine.

 

En ce lieu, Jérôme et Marie se relaient auprès d'elle en quelque sorte, sans jamais se rencontrer. Ils ne se connaissent finalement que par l'intermédiaire de Michka, qui parle de l'un à l'autre.

 

Les gratitudes, ce sont celles que Marie et Jérôme éprouvent à l'égard de Michka dont l'humanité leur apporte tant, celle que Michka éprouve à leur égard pour tout ce qu'ils font pour elle et à l'égard d'un couple qu'elle a perdu de vue.

 

Pendant la guerre, ses parents ont été déportés. Petite fille juive, elle a été recueillie à La Ferté-sous-Jouarre entre 1942 et 1945 par Nicole et Henri (elle ignore malheureusement leur nom) et aimerait enfin les remercier.

 

Au début de son livre, qui montre que les beaux sentiments, n'en déplaise à Gide, peuvent faire de la bonne littérature, Delphine de Vigan pose une question miroir qui s'adresse aux âmes et qui éclaire singulièrement son roman:

 

Vous êtes-vous demandé combien de fois dans votre vie vous aviez réellement dit merci? Un vrai merci. L'expression de votre gratitude, de votre reconnaissance, de votre dette.

 

Cette question heurtera évidemment toutes celles et tous ceux qui pensent ou croient que tout leur est toujours dû...

 

Comme dirait Michka:

 

Merdi Delphine!

 

Francis Richard

 

Les gratitudes, Delphine de Vigan, 176 pages, JC Lattès

 

1 L'équivalent français d'un Ems (établissement médico-social) suisse.

 

Livres précédents:

Rien ne s'oppose à la nuit (2011)

Les loyautés (2018)

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12 mars 2019 2 12 /03 /mars /2019 23:55
Marathon, Florida, de Carole Allamand

Me voici donc flottant entre deux continents, et surtout deux langues.

 

Et le lecteur flotte avec l'auteure, entre Marathon, Florida, et Genève, entre deux livres, comme entre deux rives, entre une enquête policière là-bas et une autobiographie ici. Car le livre de Carole Allamand en contient deux, de dimensions inégales (qui forment les deux parties d'un tout), proportionnelles, dirait-on, aux lieux où ils se passent.

 

Ce sont des mots-clés qui relient les deux livres, comme le feraient des ponts entre ces deux rives, montrant à la fois la distance et la proximité existant entre un écrivain et son oeuvre. Les histoires qu'un écrivain raconte ne sortent jamais de nulle part. Elles sont en quelque sorte le miroir plus ou moins déformé par son imaginaire de ce que sa mémoire a retenu.

 

Il en va de même dans ce livre à deux faces, comme Janus, l'une tournée vers un passé réel, correspondant à une moitié de vie, et l'autre vers un passé rêvé, correspondant à l'autre. La première partie doit ses prémices à la deuxième. Le lecteur, qui a dans l'esprit le rêve américain, découvre en lisant la deuxième les éléments provenant de la réalité européenne.

 

A Marathon, en Floride, deux couples, les Salvatore, Tony et Grace, et les Baker, Bob et Marilyn, sont devenus plus que des amis. Et leurs enfants également. Les Salvatore tiennent un hôtel-restaurant, le Paradisio, Bob Baker est officier de la police judiciaire: Pendant près de quinze ans, les Salvatore et les Baker avaient vécu comme une seule famille.

 

Tout était donc pour le mieux dans le meilleur des coins ensoleillés. De plus, Alberto [Salvatore] et sa soeur étaient bons élèves resplendissant de santé et toujours le rire aux lèvres. Quant au petit Luke [Baker], il se distinguait déjà à la natation... Et puis tout s'était écroulé... Alors que Cordelia Norma Salvatore travaille comme infirmière, le corps de son frère Alberto est retrouvé en contrebas d'une jetée sur la côte est de l'Île Sans Nom...

 

Norma abandonne son job à l'hôpital, dans le New Jersey, où elle n'aura passé que six mois, et revient en Floride pour élucider le mystère de la mort de son frère. Trois ans plus tard, devenue sergent de la police judiciaire de Marathon, elle obtient de son chef, qui n'est autre que le capitaine Bob Baker, la réouverture de l'enquête après qu'elle a fait un rapprochement.

 

Al était journaliste et enquêtait sur les scandales écologiques. Or son corps présentait aux jambes et aux bras une affection semblable à celle que présentent certains résidents de l'Île Sans Nom. La firme Crodino LLC, la plus grande compagnie locale d'épuration des eaux, a, entre autres délits, fait, à cet endroit-là, usage d'un dispersant hautement toxique qui est à l'origine de telles lésions sanguinolentes.

 

C'est à un véritable thriller que convie l'auteure qui connaît bien le continent américain et en détient les codes. Si bien que le lecteur est réellement transporté outre-atlantique et s'y laisse prendre. Quand il en arrive à la deuxième partie, il est tout d'abord incrédule: quels liens peut-il y avoir avec la première? Puis il rencontre ces mots-clés qu'il y a découverts et qui deviennent alors pour lui des mots de passe...

 

Francis Richard

 

Marathon, Florida, Carole Allamand, 272 pages, Zoé

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9 mars 2019 6 09 /03 /mars /2019 19:25
Une femme en contre-jour, de Gaëlle Josse

L'histoire d'une vie vient d'être dite, écrite. Je n'ai rien inventé. Ou si peu, écrit Gaëlle Josse à la fin de son livre. Cette vie de Vivian Maier est pourtant un vrai roman, ou plutôt le roman vrai de la vie d'Une femme en contre-jour.

 

Le si peu que l'auteur a inventé, au sens de découvrir, permet, sinon de révéler cette femme en pleine lumière, du moins d'éclairer quelques-unes des zones d'ombre qui entourent et qui ont laissée en contre-jour celle qui fut gouvernante de jeunes d'enfants.

 

Pour écrire le portrait de cette femme hors du commun, l'auteure s'est inspirée bien sûr de nombreux articles mais surtout de deux sources essentielles:

- un film documentaire: Finding Vivian Maier, de John Maloof, coréalisé avec Charlie Siskel;

-un site sur la toile: celui de l'Association Vivian Maier et le Champsaur.

 

Qui est Vivian Maier? Une photographe de rue des années cinquante et soixante, qui va au contact sans se poser la question des imprévus et des dangers: Elle montre une société brutale, des existences âpres, malmenées, des horizons fermés, des enfances meurtries, parfois traversées par la grâce.

 

Dans ses innombrables autoportraits, elle se montre dans une troublante présence-absence, en dévoilant des fragments de corps ou de visage, champ et hors-champ, décalée, décentrée, inventant une forme de désagrégation, d'effacement du sujet comme une métaphore de sa propre existence.

 

Vivian Maier (1926-2009) a laissé derrière elle des milliers de photos, de planches-contacts, de pellicules non développées, de négatifs, acquis en 2007 par John Maloof lors d'une vente aux enchères de ses biens mis en garde-meuble.

 

John Maloof ne connaîtra l'identité de la photographe que peu de temps après sa mort, mais aura entre-temps racheté les lots des autres enchérisseurs, à l'exception de celui de l'un d'entre eux, récupéré par Jeremy Goldstein avant lui. 

 

Vivian Maier restera à jamais un mystère: Insoluble secret d'une existence, terrifiante solitude d'une femme dont le geste photographique, le geste seul donna un sens à la vie, la sauva peut-être du désespoir.

 

Car Vivian Maier n'aura même pas vu elle-même toutes les photos exceptionnelles qu'elle aura prises tout au long de son existence, dont Gaëlle Josse restitue, avec un regard semblable au sien, quelques jalons et des traces légères, souvent déroutantes.

 

Francis Richard

 

Une femme en contre-jour, Gaëlle Josse, 160 pages, Notabilia

 

Livres précédents:

L'ombre de nos nuits (2016)

Une longue impatience (2018)

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7 mars 2019 4 07 /03 /mars /2019 22:30
Au-delà des frontières, d'Andreï Makine

Le bannissement concerne une quantité de personnes. La population française a diminué de moitié et ne compte plus que trente millions d'habitants. Cette contraction a déjà reçu un nom: le Grand Déplacement.

 

Ce passage est extrait d'un brûlot, un roman d'anticipation, Le Grand Déplacement, écrit par un jeune homme désespéré par le déclin de la France, Vivien de Lynden.

 

La mère de Vivien, Gaïa, a confié le manuscrit au narrateur, afin qu'il lui trouve un éditeur, mais éditer ce Grand Déplacement est le moyen de se faire haïr par tout le monde.

 

Tout le monde? Les Blancs, les Noirs, les antisémites, les racistes, les catholiques, les féministes, les créatifs, les journalistes, les politiques, les députés européens...

 

Car le Grand Déplacement c'est l'expulsion vers l'Afrique, plus précisément en Libye, de millions de personnes, des Français de souche pour la plupart, châtiés par l'exil pour refus d'assimilation.

 

Et chacun prend des coups bien assenés par cet auteur de vingt-sept ans, qui se fait le porte-parole d'un petit groupe de jeunes gens identitaires, qui se disent hussards.

 

Ces hussards rejetteraient Gaïa, hypocrite bobo, divorcée, engagée dans l'humanitaire, puis le journalisme mensonger, ayant pratiqué le vagabondage sexuel interethnique.

 

La rencontre de Vivien avec Gabriel Osmonde l'a ébranlé. Celui-ci fait partie de ceux qui se prénomment les diggers: ceux qui creusent, cherchent au-delà des mensonges de la société.

 

Mais cela n'a pas empêché Vivien de se suicider... Et sa mère est convaincue que Vivien voulait... montrer que le vrai "déplacement" est tout autre que cette expulsion en Libye...

 

Dans une clef USB, qui a appartenu à Vivien, le narrateur découvre des textes qui sont le résumé de ses discussions avec Gabriel Osmonde. Il écrit notamment ces lignes:

 

Je suis alors frappé par cette évidence: racisme et antiracisme, passéisme et révolution, laïcisme et fanatisme, cosmopolitisme et populisme sont deux moitiés d'une même scène où s'affrontent les acteurs, incapables de quitter ce théâtre. Or la vérité de l'homme est en dehors des tréteaux!

 

Les diggers veulent une refondation de l'humain, une rupture, une troisième naissance dans la vie (vingt ou trente mille jours), après les deux premières naissances, biologique puis sociale.

 

Dans Alternaissance, écrit par Osmonde, que lisent le narrateur puis Gaïa, cette rupture est expliquée. Elle passe par un jeu qui consiste à quitter cette vie sans avoir à mourir...

 

Ceux que Bernard Frank avait appelé les hussards avaient quitté la scène en se désengageant: ils s'étaient retirés sous leur tente selon l'expression de Philippe Héduy...

 

Francis Richard

 

Au-delà des frontières, Andreï Makine, 270 pages, Grasset

 

Livre précédent:

Le pays du lieutenant Schreiber, Grasset (2014)

L'archipel d'une autre vie, Seuil (2016)

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27 février 2019 3 27 /02 /février /2019 23:00
Une famille, de Pascale Kramer

Une famille, celle que décrit Pascale Kramer dans son roman, est composée de Danielle et d'Olivier, des trois enfants qu'ils ont eus ensemble, Edouard, Lou et Mathilde, et de... Romain, qui avait quatre ans quand ils se sont rencontrés.

 

Romain est le fils de Danielle, femme d'espérance, et de Christian, qui avait disparu quelques mois avant sa naissance et n'avait refait signe qu'au bout de quelques semaines, d'une clinique où il assommait de chimie une insondable dépression.

 

La vie commune de Danielle et de Christian n'a duré que deux ans. Celle de Danielle et d'Olivier dure depuis trente-trois. Olivier est à la retraite. Danielle continue à suivre quelques patients après avoir vendu son cabinet de rééducation.

 

Lou, femme de Jean-Baptiste, va accoucher et accouche de Jeanne, leur deuxième enfant après Marie. Edouard et Aurore ont eu deux enfants, Thibaut et Clémence. Thibaut a été atteint par une grave maladie au moment de la naissance de sa cadette.

 

Mathilde a eu une aventure avec Lukas, un ami d'Olivier, de trente ans plus âgé qu'elle, puis est partie pour Barcelone. Dans cette famille conventionnelle, elle est la rebelle, qui débarque sans crier gare, par bus de nuit, pour voir le nouveau-né.

 

Romain lui a donné l'exemple, en quelque sorte. Mais c'est un exemple fort puisqu'il a disparu pendant des années, avant de réapparaître, puis de disparaître à nouveau. Son problème, dévastateur pour lui-même et la famille, est l'alcoolisme. 

 

Le récit, au moment de l'heureux événement, est fait, tour à tour, du point de vue d'Olivier, de Mathilde, d'Édouard, de Danielle et de Lou. Par touches successives, le lecteur pénètre dans leur intimité et les connaît finalement mieux qu'eux-mêmes.

 

En effet, comme les sensibilités de ces protagonistes sont différentes mais que les faits sont les mêmes, il peut les approfondir et les comprendre. Au courant des pensées intimes et mis dans les secrets, il devient et, c'est prenant, un de leurs familiers.

 

Francis Richard

 

Une famille, Pascale Kramer, 192 pages, Flammarion

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25 février 2019 1 25 /02 /février /2019 22:45
Les corps glorieux, d'Auguste Cheval

Mougeolle, un grimpeur de légende, la soixantaine, raconte à trois jeunes cyclistes, une fille et deux garçons, qui passent régulièrement devant chez lui, le voyage de trois coursiers.

 

A l'époque (qui n'est pas précisée mais doit être lointaine), un début octobre, ces coursiers, Cervoisier, Pierre et Edmond, partent en train pour Istanbul, via Zurich et Munich, avec leur vélo.

 

Cervoisier a appris que sur un marché de la ville turque le tabac se vend à sept francs suisses le kilo, peut-être moins: ce serait une bonne affaire que d'en rapporter chacun une quantité.

 

Le voyage de retour à vélo jusqu'à Lausanne leur prendrait environ deux à trois semaines et, discrètement, ils emprunteraient les frontières montagneuses, celles où le trafic ne passait plus...

 

Pierre laisse derrière lui son amie Juliette, le trio un autre coursier, Fontaine, chargé par eux de dire au bureau qu'ils seront absents pendant tout ce temps et qu'il faudra les remplacer.

 

Le périple que le trio entreprend est une véritable épreuve physique, que vont pimenter quelques tribulations. Mais il n'y aura pas là de quoi les décourager vraiment, sinon douter un peu.

 

Car, comme les trois jeunes gens qui écoutent le récit que leur en fait Mougeole, les trois anciens sont mus par une amitié forte, par l'amour qu'ils vouent au corps, à l'effort et au vélo.

 

Le vélo les met aux prises avec les éléments:

 

Si l'on ne saurait rien du vent sans le message des arbres, sans le mouvement des branches, sans la danse des feuilles, il serait impossible de connaître le vent sans le vélo.  

 

Le vélo les révèle à eux-mêmes:

 

Ils comprenaient à nouveau que c'est à l'air libre, dans le libre mouvement de leur corps que leur pensée fonctionnait au mieux, que le corps et l'esprit devaient réfléchir ensemble et qu'ils devaient n'accorder foi à aucune pensée qui serait née un jour où le corps était entravé.

 

Le vélo leur aura fait faire de belles rencontres sans qu'ils les aient cherchées. Peut-être cet apprentissage humain y prédispose-t-il et les bonheurs qu'il procure sont-ils communicatifs... 

 

Francis Richard

 

Les corps glorieux, Auguste Cheval, 134 pages, Éditions de la Marquise

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23 février 2019 6 23 /02 /février /2019 20:50
La Voisine, de Yewande Omotoso

Il était de notoriété publique que les deux femmes partageaient une haine et une haie, qu'elles élaguaient l'une comme l'autre avec une ardeur qui démentait leur âge.

 

Les deux femmes, octogénaires, s'appellent Hortensia James et Marion Agostino. Elles habitent toutes deux Katterijn Avenue, l'une au n°10, l'autre au n°12, dans une banlieue chic du Cap. L'une est en quelque sorte La Voisine de l'autre:

 

En vérité elles ne pouvaient être plus opposées. Hortensia, Noire, menue, Marion, Blanche, corpulente. Le mari de Marion, décédé, celui d'Hortensia, pas encore. Marion et ses quatre enfants. Hortensia sans progéniture.

 

Hormis les domestiques, Hortensia est la seule Noire du quartier. Elle occupe une maison dont Marion est l'architecte et que celle-ci n'a jamais réussi à acheter à chaque fois qu'elle a été mise en vente, au point d'en être toujours obsédée.

 

Marion a fait des études d'architecte à une époque où les filles de familles blanches d'Afrique du Sud ne faisaient pas de telles études, réservées aux hommes. Hortensia, originaire de la Barbade, a fait à Londres des études de design.

 

Marion a été éduquée dans un monde de Blancs où les Noirs n'étaient bons que pour les tâches serviles. Hortensia - c'est scandaleux - a épousé un Blanc, un riche Anglais, avec lequel elle s'est retirée au Cap après avoir vécu au Nigeria.

 

Quand Peter meurt, Hortensia apprend par le notaire qu'elle n'est pas la principale bénéficiaire des biens de son mari: c'est une fille qu'il a eue avec sa maîtresse. Quant à Marion, son mari, Max, lui a surtout laissé des dettes à volonté.

 

Hortensia est depuis des années habitée par une colère permanente, qui l'a rendue désagréable avec tout le monde. Marion n'a guère meilleur caractère et se montre incompétente comme mère et, même, comme être humain tout court.

 

Dans ce roman, Yewande Omotoso donne réellement vie à cet antagonisme rassurant pour les deux femmes: elles s'affrontent verbalement à fleurets non mouchetés, destinés à blesser, comme un jeu entre elles, cruel et amusant.

 

Le lecteur comprend finalement le pourquoi de la citation de Simone Weil, tirée de La pesanteur et la grâce et mise en épigraphe de ce roman habilement mené: Le mur est ce qui les sépare, mais aussi ce qui leur permet de communiquer. 

 

Francis Richard

 

La voisine, Yewande Omotoso, 288 pages, Zoé (traduit de l'anglais par Christine Raguet)

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21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 23:00
Les poupées de chiffon, de Nadia Boehlen

Seize des dix-sept nouvelles qui composent le recueil de Nadia Boehlen, ont paru en revue - Amnesty, Journal des Bainsterra cognita. Une seule donc est inédite et se laisse découvrir par le lecteur.

 

Dans la nouvelle-titre du recueil, Les poupées de chiffon, la narratrice raconte sa mère, une orpheline, élevée chez des religieuses, et qui a toujours refusé de se plier aux conventions:

 

Elle n'a jamais cherché à correspondre à l'image d'une bonne mère ou d'une épouse modèle. Elle a toujours conservé des goûts simples détachés de toute référence culturelle.

 

Dans Lucio (le prénom de son cousin, futur possédant), la narratrice parle de sa mère, élevée au Tessin, un monde de dureté, mais non sans joies, avec [des] rires et [des] jeux simples. 

 

Les filles ne faisaient pas d'études. Elle, elle en a fait. Elle enseigne même à Lausanne et se demande ce que deviennent les valeurs issues des Lumières quand il s'agit de migrants.

 

Dans Le bruit des tirs et l'odeur des roses, la narratrice est une réfugiée de Syrie en Suisse: son mari a disparu vingt jours plus tôt. Elle découvre qu'elle est enceinte juste avant de s'en aller.

 

Au début, médecin, Nizan a volontairement disparu pour prodiguer des soins aux civils pris au piège du conflit. Puis il a disparu pour de bon. Les choses ont mal tourné. Elle est partie, comme convenu.

 

Dans "Inscris toi au gymnase", elle et son frère Marcio sont café au lait. Ils ont quitté Salvador de Bahia avec leur mère pour la Suisse, laissant au Brésil, leur père, un musicien noir.

 

S'ils travaillent bien en classe, ils pourront s'inscrire au gymnase: cette voie secondaire, dans le canton de Vaud, n'est pas comme l'apprentissage soumise à autorisation; elle est donc sans risque.

 

Ces premières nouvelles du recueil, parues dans Amnesty, indiquent bien quels sont les sujets humains qui tiennent à coeur à l'auteure: les migrants, les mariages mixtes, les différences sociales, la condition féminine.

 

Dans celles parues dans le Journal des bains, le rejet des convenances est présent dans les trois histoires: un pied de nez à la vertu, une place acquise sans manoeuvrer, un goût à la vie donné par l'eau.   

 

C'est peut-être, Recommencer, la nouvelle inédite, qui est la plus aboutie du recueil, sans doute parce qu'elle est plus intime et que la narratrice y cherche à ne plus penser à Eric, s'y efforce de rencontrer un autre:  

 

Pour déplacer les sentiments.

 

Mais lui est-il vraiment possible de recommencer et de ne pas s'ennuyer avec un autre que lui?

 

Francis Richard

 

Les poupées de chiffon, Nadia Boehlen, 128 pages, Slatkine

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14 février 2019 4 14 /02 /février /2019 22:45
Ostwald, de Thomas Flahaut

Une usine ferme. La ville qu'elle faisait vivre agonise. La ville meurt.

 

L'usine, c'est Alstom, la ville, Belfort.

 

En fait, Alstom est parti. L'usine s'est vidée de ses humains. Mais la ville n'est pas morte.

 

Les parents de Félix et de Noël travaillaient chez Alstom. Ils ont divorcé: leur père a été licencié et vit à Ostwald, dans la banlieue de Strasbourg; leur mère a accepté une mutation et est restée à Belfort.

 

Marie, Félix et Noël forment un trio. Il semble que Marie soit en couple avec Félix, mais, hébergée par Noël, dans son studio de Strasbourg, elle passe la nuit avec lui, sans qu'il y ait pour autant ménage à trois...

 

Un peu plus tard, alors que Félix et Noël se trouvent à Belfort chez leur mère partie à Marseille pour son travail, un incident grave se produit à la centrale nucléaire de Fessenheim, située loin au nord-est.

 

Ils n'ont donc rien à craindre. Mais leur mère préférerait qu'ils la rejoignent à Marseille. Cependant ils n'en auront pas le temps parce qu'auparavant l'ordre d'évacuer le territoire de Belfort [est] donné.

 

Avec d'autres réfugiés, Félix et Noël partent en camion pour un camp, un gymnase de verre perdu entre une forêt et un étang. Noël, le narrateur de Thomas Flahaut se souvient d'y être déjà venu avec son père:

 

La forêt n'avait pas encore été trouée pour accueillir le gymnase. Ce devait être en automne, la base nautique était déserte. Je me souviens du vert-brun des algues d'eau douce recouvrant le béton du déversoir d'où l'eau de l'étang glissait lentement vers le calme glauque d'un marécage préhistorique...

 

A l'étang de Brognard, situé à une quinzaine de kilomètres au sud de Belfort, le risque est déclaré moindre. On devrait le croire. Nous sommes en sécurité. C'est ce que nous disent les radios et les transistors:

 

Ces objets antiques, sortis d'une cave ou d'un grenier, ont été apportés par des gens plus avisés que nous, des campeurs aguerris sans doute, qui s'étaient préparés sans le savoir à leur vie de réfugié dans ce gymnase.

 

Félix n'a qu'une hâte, celle de partir du camp, conscient que s'ils restent on les laissera y pourrir. Quand les choses se gâtent et que l'opportunité se présente, ils s'en vont à vélo, direction Belfort, puis Ostwald:

 

La zone évacuée qu'il faut traverser pour y arriver doit être vide, et ce vide nous rassure.

 

La fin du périple des deux frères est prévisible. Le salut ne pourra se trouver que dans la fuite et une nouvelle séparation, tandis que le monde ancien qu'ils ont connu vole partout, autour d'eux, en éclats.

 

Francis Richard

 

Ostwald, Thomas Flahaut, 176 pages, Éditions de l'Olivier

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9 février 2019 6 09 /02 /février /2019 16:45
Ambassadrice de la marque, de Joséphine de Weck

Marie, après son bac (un préalable du paternel), a deux ans pour tout tenter. Elle entre dans une école de théâtre en Belgique, puis rentre en Suisse, un master d'interprétation dramatique en poche...

 

Si le démarrage de sa carrière de comédienne n'est pas désespérant, il y a tout de même des trous de plusieurs mois. L'idée d'être hôtesse au Salon de l'auto de Genève germe alors d'un de ces trous.

 

Après un entretien d'embauche et une formation intensive, elle se retrouve Ambassadrice de la marque, en uniforme (baskets blanches, jupe-tailleur bleu marine et blazer gris), potiche devant cabriolet.

 

Condamnée à disserter sur la vitesse d'ouverture de la capote et le coloris beige, elle va devoir passer une dizaine de jours sans fin, tout de même bien payés, à faire du SBAM tout le long de la journée:

 

SOURIRE - BONJOUR - AU REVOIR - MERCI.

 

Elle doit feindre d'être heureuse d'être là pour accueillir le chaland et donc lui sourire, mais ce ne doit pas être un petit sourire: elle doit arborer un sourire BANANE. Dans ses cordes de comédienne...

 

Il s'en passe des choses pendant ces dix jours du salon et Joséphine de Weck en fait le récit satirique et humoristique. Et son héroïne n'est pas un simple pot de fleurs, puisque, objet animé, elle pense:

 

Dépendre du désir des autres m'est insupportable. Que ce soit au théâtre ou au salon, au fond, cela ne change rien. Il faut plaire, être un produit intéressant, séduisant. Existe-t-il un endroit où l'on peut être soi-même, sans concession? A y réfléchir, le monde de la vente est moins hypocrite que celui des arts. Dès le départ, on sait qu'on est utilisé pour vendre.

 

Le slogan du salon est: Votre rêve devient réalité. C'est un oxymore très fort, mais, au bout de l'histoire, Marie, qui le prend ironiquement à son début, voit-elle vraiment ses cauchemars devenir certitudes?

 

Francis Richard

 

Ambassadrice de la marque, Joséphine de Weck, 88 pages, L'Âge d'Homme

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

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