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12 juillet 2019 5 12 /07 /juillet /2019 15:30
Gabriel d'Esneval - Ni grâce ni pardon, de Gilles Leclerc

Ce volume est le deuxième d'une série romanesque consacrée aux aventures de Gabriel d'Esneval. Point n'est besoin d'avoir lu le premier pour le lire. Encore que.

 

Le lecteur ne sait pas si, dans le premier volume, l'identité de Perce-Coeur est connue. Il apprend seulement qu'il s'agit à la fois d'un héros et hors-la-loi normand.

 

Après avoir châtié, dès avant la Révolution, tous ceux qui tyrannisaient les corps et les âmes, le cri court, à l'automne 1794, que ce représentant du droit et de la justice est mort.

 

Le lecteur sait seulement que Gabriel Trioux a vu son père, Gaspard, bourrelier de son état, tué sous ses yeux quand il avait douze ans, qu'il a été adopté par le Comte d'Esneval.

 

De roturier Gabriel est donc devenu gentilhomme. Il a notamment appris le maniement des armes avec le garde du corps de son père adoptif, Maître Fogazzaro.

 

Au début de ce récit, la Terreur révolutionnaire produit encore ses effets, atténués toutefois au coeur des campagnes grâce à la bienveillance des seigneurs locaux.

 

C'est la faim qui, dans un premier temps, a poussé les hommes à la folie, et de la folie à la révolte. Mais aujourd'hui, c'est la soif de pouvoir, dit Madame Solange.

 

Madame Solange est la gouvernante du manoir d'Esneval. Elle et Maître Fogazzaro se proposent de rejoindre en Angleterre Gabriel, qui se trouve auprès de sa femme Louise.

 

Louise est enceinte d'un troisième. C'est la nièce de Maître Fogazzaro, lequel n'arrive pas à convaincre le Comte de faire partie du voyage. Étienne Villeneuve soutient ce dernier.

 

Étienne, ami d'enfance de Gabriel, est devenu Commissaire-Citoyen de Rouen. Il sait que les habitants du manoir sont surveillés et que le voyage à Brighton est risqué.

 

Malherbe, officier de police, enquête sur Perce-Coeur. Il admet que Madame Solange et Maître Fogazzaro fassent leur voyage à condition que celui-ci revienne pour être entendu.

 

En leur absence, le Comte d'Esneval se fait enlever. Quand Gabriel l'apprend de la bouche d'Étienne et de Camille Legendre, un autre de ses amis d'enfance, il décide de le retrouver.

 

Qui a enlevé le Comte? Cet enlèvement a en tout cas un rapport avec la disparition de Perce-Coeur. L'intrigue dans un contexte historique tumultueux devient policière.

 

Ce contexte de délations, de passions, de violences, de terreurs, prend d'autant plus de relief, par contraste, que l'auteur s'exprime dans une langue au fond très XVIIIe...

 

Madame Solange avait raison. C'est désormais la soif de pouvoir qui motive d'aucuns et ceux qui s'opposent à eux, oublieux de leur humanité, ne leur accordent Ni grâce ni pardon.

 

Francis Richard

 

Gabriel d'Esneval - Ni grâce ni pardon, Gilles Leclerc, Esneval Éditions

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6 juillet 2019 6 06 /07 /juillet /2019 16:45
Au petit bonheur la brousse, de Nétonon Noël Ndjékéry

Avec les années, il en était arrivé à considérer Guillaume Tell et la Mère Royaume comme un couple d'aïeux vaporeux qu'il n'avait certes pas connus, mais dont la hardiesse, l'abnégation et l'honnêteté le façonnaient plus sûrement que les sempiternelles réprimandes de ses géniteurs.

 

Bendiman Solal, Ben pour ses proches, est en effet né en Suisse, de parents tchadiens, Zakaria Solal et Liliane Kanda, et a coulé une enfance marquée par les feux des célébrations du 1erAoût, les lampions de la Fête de l'Escalade...

 

Les parents de Zakaria et Liliane ont été massacrés dans la brousse alors qu'ils se trouvaient dans la caravane qui sillonnait le pays, lors de la campagne pour la première réélection du président de la République du Tchad, Didi Salman Dada, alias L'Autre-là.

 

Zakaria et Liliane sont alors devenus pupilles de la Nation: Le Parti devint à la fois leur maman et leur papa de sorte qu'avant même de savoir distinguer un bulletin de vote d'un papier hygiénique, ils en étaient déjà devenus d'ardents zélateurs.

 

Des années plus tard, Zakaria et Liliane se marient et reçoivent entre autres cadeaux une mangeoire [version tchadienne du fromage français]: Zakaria fut nommé chef comptable à l'ambassade du Tchad en Suisse avec résidence à Genève.

 

A l'ombre tutélaire du Jet d'Eau, symbole de l'Esprit de Genève, qui conduit des parties en conflit sur le chemin de la paix, cette période baignée d'insouciance prend fin avec le rappel de Zakaria au Tchad, au moment où Ben doit entrer au collège.

 

Ben est séparé de ses géniteurs après sa descente d'avion peu avant minuit et se retrouve avec Prosper, le frère de son père. La nouvelle tombe sur le coup de midi: Madame et Monsieur Solal [ont] été arrêtés et mis au secret... pour raison d'État.

 

Bienvenue au Tchad! Dès lors l'existence de Ben est consacrée à la recherche de ses parents, dont le lieu de détention est maintenu secret pour raison d'État. Par rapport à la Suisse, quelles que soient ses imperfections, le changement est radical...   

 

Ben, dans sa nouvelle école de Takoral, est qualifié de négropolitain [condensé de nègre et de métropolitain] et surnommé Mini Tell, pour moquer son côté justicier et son besoin obsessionnel de calquer son comportement sur Guillaume Tell.

 

Ben apprend, à ses dépens, qu'au Tchad tout s'achète, que la corruption gangrène policiers et soldats, que la vie humaine ne vaut rien, que ceux qui prennent la brousse un jour pour rejoindre les rebelles peuvent se rallier un autre à la raison d'État.

 

Tout au long du roman, le sort de ses parents tourmente Ben et, pour le connaître, il va devoir se montrer rusé. Par ailleurs une série de nombres le turlupine: 10-15-6. C'est vraisemblablement une clé de la raison d'État infligée à ses parents.

 

Dans Au petit bonheur la brousse, Nétonon Noël Ndjékéry fait donc une peinture bien sombre du Tchad, tout en tenant habilement le lecteur en haleine jusqu'au bout, en ne dévoilant que dans les dernières pages le fin mot de l'histoire des Solal.

 

Mais il faut toujours espoir garder, car, comme l'écrit l'auteur:

La lumière renaît toujours des ténèbres.

 

Francis Richard

 

Au petit bonheur la brousse, Nétonon Noël Ndjékéry, 384 pages, Hélice Hélas

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4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 16:30
Un été 1928, de Gilles de Montmollin

Pour être exact, le roman de Gilles de Montmollin commence non pas lors d'Un été 1928, mais lors d'un printemps de ce millésime, au nord de l'archipel du Svalbard, dans l'Océan Arctique, et sur la côte occidentale de l'Afrique, entre Cap Juby et Agadir.

 

Dans chacun de ces deux endroits, les héros de cette aventure font leur apparition: Albert Schneider et Antoine Esnault. Le premier est un homme d'affaires sans vergogne qui a fait fortune grâce à un système de Ponzi. Le second est pilote à l'Aéropostale.

 

Au nord de l'archipel du Svalbard, Albert Schneider est à bord du dirigeable Italia quand celui-ci se fracasse sur la glace lors de sa troisième expédition. Auparavant Albert a repéré l'épave du Narwhal, le yacht de son ami Ambrose, disparu l'été précédent.

 

Entre Cap Juby et Agadir, Antoine Esnault se fait tirer dessus par un Maure alors qu'il pilote un Breguet 14 de l'Aéropostale à basse altitude. Ce héros de la Grande Guerre surréagit: il vire, pique et passe au ras du tireur et de l'homme qui l'accompagne.

 

Albert Schneider réchappe de l'accident de l'Italia mais doit renoncer à retrouver le Narwhal, se promettant d'y retourner ultérieurement. Antoine Esnault est viré de l'Aéropostale à cause de l'incident: les Espagnols ont mis cette condition au maintien de la ligne.

 

Embauché pour piloter un hydravion FAB par une riche américaine, Ethel Floyd, dont le navire mouille à proximité du Spitzberg, Antoine Esnault apprend là-bas qu'il doit retrouver les éventuels survivants de l'Italia et surtout l'un d'entre eux, Albert Schneider.

 

L'aventure débute réellement avec la rencontre des deux protagonistes, dont les destins vont se trouver désormais liés, malgré qu'ils en aient. C'est une aventure extraordinaire, pleine de péripéties et de suspense, où se mêlent savamment fiction et réalité historique.

 

Dans cette aventure divertissante, improbable par moments, mais toujours plausible, qui se déroule sur eau, sur terre et dans les airs, l'auteur ne se montre pas avare d'authentiques détails techniques, ce qui prouve un respect du lecteur qu'il convient de saluer.  

 

Francis Richard

 

Un été 1928, Gilles de Montmollin, 240 pages, BSN Press

 

Livres précédents:

Pour quelques stations de métro, Mon Village (2013)

La fille qui n'aimait pas la foule, BSN Press (2014)

Latitude noire, BSN Press (2017)

Une sirène, BSN Press (2018)

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2 juillet 2019 2 02 /07 /juillet /2019 18:30
La même nuit, le même meurtre, de Jacques Roman

L'homme est un loup pour l'homme.

Plaute

 

Ce n'est guère une conception optimiste, ni humaniste... Mais elle a laissé son empreinte, depuis Plaute, hélas. Particulièrement chez tous ceux qui en sont restés à une morale primitive, celle de la horde, comme celle des loups.

 

Jacques Roman, lui, met comme sous-titre à son récit dédié à son frère Jean-Pierre disparu: A propos de l'homme et des loups. Peut-être avait-il cette sentence à l'esprit quand il s'est mis en tête d'entreprendre son récit mortel.

 

Son récit est celui des relations entre Caïn et Hebel, revisité par lui. Car, sans doute pour le comprendre, il se met à la place de Caïn, lequel, après avoir tué son frère avec sa faux de paysan, a livré son corps à la horde des loups.

 

Ce meurtre, cette nuit-là, s'est traduit par le hurlement épouvanté d'Adam: Qu'as-tu fait de ton frère?: Jamais je ne l'avais entendu crier. Il ne criait pas. Non. Il hurlait comme hurlent les loups. Le mari de ma mère...

 

Pourquoi les présents de Caïn sont-ils ignorés, tandis que ceux de son frère sont agréés? Comment peut-il admettre qu'il n'est pas le fils de Dieu, comme sa rêveuse de mère le lui a mis en tête, mais celui du mari de celle-ci.

 

Il ne comprend pas non plus: Pourquoi [...] Adam, lorsqu'il disparaissait durant des jours et des jours, emmenait-il Hebel avec lui, Hebel, mon frère? Pourquoi m'abandonnait-il, me laissant seul avec ma mère?

 

Après qu'il a d'abord tué un chien, son premier meurtre (que la mémoire orale n'a pas retenu) il tue son frère, son petit frère Hebel, son ami charnel: J'avais fait disparaître la fraternité, fait disparaître le fraternel.

 

Jacques Roman comble ainsi les trous du récit de la Genèse: il y introduit notamment Harsa, le seul ami de Caïn, le frère de Temech, sa femme, l'énergique, qui lui a dit: Si tu n'avais pas tué Hebel, Hebel un jour t'aurait tué...

 

Jacques Roman présente Caïn comme quelqu'un qui, après son crime, est frappé de douleur, est devenu sombre, et demande que soient bannis l'agressivité et le crime, tout en ayant une vue pessimiste de l'homme:

 

Aujourd'hui, je pense que les hommes n'apprennent rien. Ils se cassent la figure, ils gémissent, ils implorent, et, à la première occasion, ils recommencent.

 

Sauf quand ils acceptent, en adoptant la morale traditionnelle, c'est-à-dire la morale évoluée, de contraindre leurs instincts sans pour autant porter aux nues la raison...

 

Francis Richard

 

La même nuit, le même meurtre, de Jacques Roman, 48 pages, Éditions d'en bas

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27 juin 2019 4 27 /06 /juin /2019 21:15
Simili Love, d'Antoine Jaquier

Il fallait s'y attendre, tôt ou tard. Ainsi Antoine Jaquier trouve matière à un roman dans les deux fantasmes qui permettent à l'humanité de jouer aujourd'hui à se faire peur.

 

Il y a en effet d'une part le réchauffement climatique qui serait d'origine humaine, d'autre part le transhumanisme qui serait l'aboutissement obligé de l'intelligence artificielle.

 

Les soi-disant experts du GIEC et les victimes volontaires des GAFA prédisent la réalisation de ces fantasmes dans quelques décennies, en vertu du principe de précaution...

 

En attendant cet avenir radieux, ou pas, ils sont tous demandeurs de taxes et de lois liberticides pour s'en protéger. La peur est le commencement de la sagesse servitude.

 

Simili love se passe donc évidemment au-delà de 2040, c'est-à-dire au début de l'ère Foogle qui remplace dès le 1er janvier de cette année-là tous les réseaux sociaux d'antan.

 

La Grande Lumière est faite sur les informations numériques collectées sur le web depuis qu'il existe et un conglomérat, DEUS, regroupe agro-alimentaire, pharma et finance.

 

Le Grand Tri est effectué par des algorithmes: L'humanité a été classée en trois catégories: les élites, 5%, les désignés, 25%, et les inutiles, 70%. Max fait partie de la deuxième.

 

Ce meilleur des mondes ne l'est pas. Il a toutes les caractéristiques du totalitarisme et non pas de l'ultralibéralisme, le faux-nez que d'aucuns donnent au capitalisme de connivence...

 

L'une de ces caractéristiques est la réduction du nombre des inutiles en raison, pour les mathématiciens et les écologistes, du manque de ressources en énergie et du réchauffement:

 

Sans l'accès aux soins et aux antibiotiques, leur espérance de vie est retombée sous la barre des quarante ans...

 

Max, grâce à un héritage, est un désigné. Écrivain, il est le père d'une série sur le web, les Naïades. Il est donc dans le système et tombe amoureux de Jane, l'androïde qu'il a acquise:

 

Le simili-love [...] bat dans les circuits de chaque androïde pour son propriétaire.

 

Ce roman d'anticipation se figerait dans cette situation si ne s'y trouvaient pas les prémices d'une évolution cohérente et inéluctable, incapable pour autant de tuer le besoin de liberté.

 

Francis Richard

 

Simili Love, Antoine Jaquier, 256 pages, Au Diable Vauvert

 

Livre précédent à La Grande Ourse:

Légère et court vêtue (2017)

 

Livres précédents, à L'Âge d'Homme:

Avec les chiens (2015)

Ils sont tous morts (2013)

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19 juin 2019 3 19 /06 /juin /2019 22:55
Personne n'aime Simon, de Philippe Battaglia

Ce livre parle d'amour et de dieux.

 

Simon a été mis à sa naissance dans un orphelinat par ses parents. Car Personne n'aime Simon: il dégage un je ne sais quoi qui engendre chez toute personne qui le côtoie  une haine farouche à son égard.

 

A toute règle générale, il y a toutefois des exceptions: la soeur de Simon, Charlotte, aime celui-ci sans restriction - et c'est réciproque - et il en est de même de trois chats qu'il a adoptés, puis d'un quatrième.

 

Le père de Charlotte et de Simon est décédé plusieurs années avant. C'est maintenant le tour de leur mère. A la demande de sa soeur, Simon accepte de se rendre à l'enterrement de la vieille qu'il a toujours haïe.

 

Que ne ferait pas Simon pour sa soeur Charlotte? C'est cela l'amour. Mais il ne réussirait pas dans ses entreprises pour la défendre, s'il ne mettait pas les dieux de son côté. En l'occurrence, la gent animale.

 

La gent animale? Des chats, des gallinacés, un alligator femelle de la famille des Alligatoridae, de l'ordre des Crocodilia, de la classe des Reptilia, de l'embranchement Chordata (Vertebrata), et... un insecte.

 

Qui se cache derrière chats, gallinacés et alligator? Simon l'apprend après qu'il s'est rendu, pour y retrouver Charlotte, à la Nouvelle-Orléans, où sévit une loge et où un aviculteur est dépassé par les événements.

 

Ce récit de Philippe Battaglia, relève du fantastique, mais c'est un fantastique plein d'humour, où les notes en bas de page ne sont pas moins intéressantes et déconcertantes que le corps du texte lui-même...

 

Francis Richard

 

Personne n'aime Simon, Philippe Battaglia, 136 pages, L'Âge d'Homme

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18 juin 2019 2 18 /06 /juin /2019 18:40
Le roman vrai d'Alexandre, d'Alexandre Jardin

A dire vrai, je n'ai lu aucun des livres qu'Alexandre Jardin a écrits avant son Laissez-nous faire!, dont le titre déjà, puis le contenu me correspondaient assez bien. Je n'ai d'ailleurs vu aucun des films qui furent tirés de certains de ses romans. Je n'ai donc eu vent de sa légèreté que par ouï-dire, ne regardant que très peu la télévision.

 

Mais, quand ils ont paru, mon père m'a passé les livres de son père, Pascal Jardin: La guerre à neuf ans (préfacé par Emmanuel Berl), Guerre après guerre, Le Nain jaune, Je te reparlerai d'amour, et j'ai offert à mon père La bête à Bon Dieu quand il a paru. Plus tard, après la mort de mon père et du sien, j'ai lu Toupie la rage.

 

Tout cela pour dire que la famille Jardin ne m'est pas inconnue et, littérairement parlant, j'ai beaucoup apprécié le style du père d'Alexandre (comme j'ai beaucoup aimé ses dialogues de films) sans être à même, historiquement parlant cette fois, de contester sa façon de dire son père, ce que fait Alexandre dans Le roman vrai d'Alexandre.

 

A dire vrai, cela ne me gêne pas que l'homme et l'écrivain ne se confondent pas. Je dirai même que je peux apprécier l'écrivain sans apprécier l'homme, comme je peux apprécier l'homme et ne pas apprécier l'écrivain. La vérité de l'un transpire de toute façon en l'autre. Et Alexandre Jardin a donc raison de ne pas renier ses précédents écrits.

 

A dire vrai je suis avec Proust contre Sainte Beuve: un livre est le produit d'un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vies. Aussi ne suis-je pas surpris qu'il y ait une discordance entre l'Alexandre des romans et l'Alexandre qu'il fut dans la vie de tous les jours. Ce n'est pas le problème.

 

Le problème est qu'il ait prétendu être dans la vie comme il apparaît dans ses romans, qu'il les ait présentés comme en grande partie autobiographiques. C'est cette discordance qu'il ne supporte plus et qui le conduit, pour ne plus mourir, à vouloir enfin être soi, à ne plus désormais mentir aux autres et ne plus se mentir à lui-même.

 

Dans son roman vrai, il passe donc aux aveux: il a été un athlète de l'esbroufe, digne rejeton d'une lignée d'experts de la triche, ce pendant trente ans, entre ses vingt et cinquante ans. En riant il aura raconté des bobards sur les autres et les siens, non seulement dans ses romans, mais dans la vie et sur les plateaux de télévision: c'est fini.

 

Ce qui l'a fait changer, ce sont d'abord deux femmes, dont les prénoms riment: Ariane, chroniqueuse qui [pimentait] la presse genevoise (que j'ai croisée une ou deux fois) et qui fut son miroir le plus intègre, et Zanne, sa compagne, qui est pour lui aujourd'hui semence de confiance et de cohérence. Puis sa vie militante aux côtés des faiseux.

 

Le nouvel Alexandre Jardin est-il crédible? L'avenir le dira lorsque paraîtront ses prochains livres. Ils seront bien différents: Tout mon zèle sera de vider le réel de son sang frais pour le transfuser dans des livres acharnés de vérité. Mes romans rendront compte des événements - advenus ou non - qui marchent désormais d'un pas rapide.

 

Francis Richard

 

Le roman vrai d'Alexandre, Alexandre Jardin, 320 pages, Éditions de l'Observatoire

 

Livre précédent:

Laissez-nous faire!, Robert Laffont (2015)

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15 juin 2019 6 15 /06 /juin /2019 14:50
Le livre, de Christophe Meyer

Dans moins d'un quart d'heure, elle sera morte.

Pas juste morte. Pas d'un coup. Mais d'une mort lente, très lente, infiniment lente.

Morte dans d'atroces souffrances.

Elle le sait.

 

Le livre commence ainsi. Il commence bien.

 

Léa, 22 ans, fait de la plongée spéléologique. Le samedi 26 janvier 2013, elle se livre à son sport favori dans le siphon de Lucelle, près de l'abbaye, manque d'y laisser la vie et y découvre une grotte inconnue.

 

En l'an de grâce 1149, Raoul, le jeune disciple d'Antoine, un moine cistercien, y cache Le livre à la demande de celui-ci et se voit interdire de lui révéler la cachette, car seul le pape est habilité à lire un tel livre.

 

Les deux premières pages en ont été copiées par Antoine. L'évêque de Bâle les a fait parvenir au pape. Il s'agit d'un livre si litigieux que seuls les papes successifs et leurs archivistes s'en transmettront l'existence.

 

Le 27 janvier, Léa retourne à la grotte et trouve dans une niche un colis d'au moins 5 kilos, épais d'environ 10 cm, de la surface d'une page de format A4, couvert de cuir, fermé par une ceinture à la boucle métallique.

 

Rentrée chez elle, Léa ouvre le colis et un livre ancien lui apparaît, rédigé dans une langue qu'elle parvient à identifier à de l'araméen. Sur Internet, elle trouve le nom d'un spécialiste de cette langue: Giuseppe Rossi.

 

Léa adresse un courriel à ce professeur de l'Università Cattolica del Sacro Cuore à Brescia, avec en pièce jointe la photographie de la première page du manuscrit, en lui demandant s'il pourrait traduire le livre.

 

Deux jours plus tard, Rossi est assassiné à Rome... Le domicile de Léa est cambriolé par deux fois par des inconnus. Rossi lui a envoyé un courriel, dont elle ne prend connaissance que le lendemain de sa mort.

 

Dans ce courriel, le professeur lui propose de la rencontrer d'urgence en Suisse - il sera accompagné d'un collègue responsable des archives du Vatican -, et lui demande donc de lui communiquer son adresse.

 

En découvrant le livre, Léa ne se doutait évidemment pas qu'elle allait déclencher de gros remous. Elle va y faire face avec beaucoup de cran, car elle a un fort tempérament et un franc-parler qui ne l'est pas moins.

 

Après bien des péripéties, Léa connaîtra le contenu du livre pour lequel tant de gens se seront battus. C'est là peut-être la faiblesse du livre de Christophe Meyer, par ailleurs très documenté et d'une grande cohérence.

 

En effet le contenu du livre est totalement improbable, historiquement parlant. Mais, après tout, il faut prendre ce thriller pour ce qu'il est, une fiction divertissante qui a la couleur de la vérité, mais ne prétend pas l'être. 

 

Francis Richard

 

Le livre, Christophe Meyer, 326 pages, Slatkine

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13 juin 2019 4 13 /06 /juin /2019 22:55
Manifeste incertain 7, de Frédéric Pajak

Avec ce volume 7 de son Manifeste incertain, Frédéric Pajak s'intéresse à deux femmes poètes, Emily Dickinson (1830-1886) et Marina Tsvetaieva (1892-1941), l'une d'Amérique et l'autre de Russie.

 

Il les a découvertes il y a une trentaine d'années et a alors éprouvé une sensation inconnue (il ne l'avait pas éprouvée jusque-là en lisant des poèmes composés par des hommes ou obéissant à leurs règles et tournures):

 

Quelque chose d'existentiellement féminin s'exprime dans leurs poèmes. Formellement, rythmiquement, métaphoriquement, elles bousculent l'ordre établi et révolutionnent l'art poétique.

 

Ces deux femmes ont aussi en commun l'emploi du tiret, la table à laquelle elles écrivent jour et nuit, le service du Verbe, surgi de l'éternité et qui va à l'éternité, et une foi absolue en la postérité de leur oeuvre.

 

Dans ce volume 7, il raconte la vie de Marina et évoque celle d'Emily. L'une comme l'autre lui échappe. Mais il essaie de les saisir parce que leur destin individuel est indissociable de l'Histoire et en dit beaucoup sur elle.

 

Il évoque seulement la vie d'Emily, parce qu'elle est plus insaisissable que celle de Marina et que ses nombreuses correspondances, dans lesquelles il s'est plongé, ne lèvent finalement qu'un coin du voile.

 

Il en est de même de sa poésie: elle demeure insaisissable, non par plaisir de la confusion, mais parce qu'il y a dans ses vers autant de nuits que de jours, autant d'éclats que de ténèbres...

 

De son vivant sont publiés moins de dix poèmes sur une totalité connue de mille sept cent quatre-vingt neuf  et au moins un tiers d'entre eux sont inspirés par la mort et les cérémonies qui l'accompagnent...

 

Avant de raconter Marina, Frédéric Pajak raconte son voyage sur ses traces en Russie, en mai 2018: Moscou, Kazan, Samara, de nouveau Moscou, Koktebel, Feodossia, Saint-Pétersbourg.

 

Il termine ce récit par un poème qu'il adresse à la Russie éternelle et qui comprend ce quatrain:

 

Vaste, vaste Russie, bien trop grande pour moi

Devant toi je me tais et me couche comme un chien

Car les mots trop étroits ne disent presque rien

Rien de l'immensité et rien de mon émoi

 

L'Histoire indissociable de la vie de Marina, c'est celle de la fin de la Russie tsariste, du Dimanche sanglant (9 janvier 1905), de la Grande Guerre, de la guerre civile, du bolchevisme triomphant et de l'avènement de Hitler.

 

Née dans une famille monarchiste, élevée de manière sévère, Marina épouse un Juif qui choisit de rejoindre l'Armée blanche pour combattre les bolcheviks. En 1922, elle part pour l'Allemagne, puis la Tchécoslovaquie.

 

En 1925, elle part pour Paris où elle reste quatorze ans avant de retourner en Russie, c'est-à-dire en Union soviétique, où son mari est retourné avant elle et a été arrêté, alors qu'il s'était mis au service du régime...

 

A l'âge de quatre ans, Marina ne cesse de faire des rimes. A quinze, elle commence à écrire ses premiers poèmes. A vingt, elle publie un premier recueil, La Lanterne magique. La reconnaissance de ses pairs suit.

 

A vingt-quatre ans, en 1916, Marina écrit ses premiers textes en prose. Quand, en 1917, le bolchevisme triomphe, elle ne partage pas l'enthousiasme de nombre d'intellectuels et d'artistes et se trouve sans ressources.

 

Cela ne l'empêche pas d'avoir une vie intellectuelle excitante. Mais, a contrario, sa vie conjugale ressemble à un naufrage. Cette anti-conformiste multiplie les liaisons - avec hommes et femmes - et est néanmoins possessive...

 

Avec Boris Pasternak et Rainer Maria Rilke, elle entretient un amour idéalisé, combien plus spirituel que charnel. Il s'agit en fait cependant de sublimation de la sexualité dans l'écriture dans ses relations épistolaires avec eux.

 

En 1919, Marina remarquait avec clairvoyance que les femmes aiment moins les hommes que l'amour lui-même, tandis que les hommes préfèrent les femmes à l'amour. A la même époque elle avait pressenti:

 

Inévitablement, j'en viendrai au suicide car tout mon désir d'amour est un désir de mort.

 

Francis Richard

 

Manifeste incertain 7, Frédéric Pajak, 320 pages, Les Éditions Noir sur Blanc

 

Ce livre a obtenu le Goncourt de la biographie Edmonde Charles-Roux: ce prix sera remis à l'auteur le 14 septembre 2019 au Salon le Livre sur la place à Nancy.

 

Volumes précédents chez le même éditeur:

Manifeste incertain 1

Manifeste incertain 2

Manifeste incertain 3

Manifeste incertain 4

Manifeste incertain 5

Manifeste incertain 6

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11 juin 2019 2 11 /06 /juin /2019 22:15
Confidences assassines, de Stéphanie Glassey

Depuis le décès de Juliette le 23 décembre, six jours étaient passés sur le home des Trois Mélèzes, qui avaient vu le soleil abdiquer et la neige, immense, tomber comme si elle souhaitait offrir au monde un nouveau départ de la façon la plus pragmatique qui soit: en l'effaçant.

 

Juliette Darioli, née Glassey, est morte. Sa mort n'est pas naturelle: elle est due à une surdose de morphine. Si Boris Bornet, le filleul de son mari Georges, n'avait pas fait de coup d'éclat le lendemain, personne n'en aurait rien su.

 

Très vite les policiers trouvent la coupable: Aline Bordier, une assistante en soins, qui est la dernière personne à s'être approchée de Juliette pendant la nuit du 22 au 23 décembre 2014 dans le home de Basse-Nendaz.

 

C'est bien la coupable puisqu'elle avoue. Elle dit même aux policiers: Je suis un de ces anges de la mort. Elle est alors emmenée à l'hôpital psychiatrique de Monthey. Le 31 décembre, elle met le feu à sa chambre et périt.

 

Fin de l'enquête? Pour la police, oui. Pour sa collègue, Jane Fournier, non. Elle n'est pas convaincue. Alors elle demande à son amie Charlotte de Dardel, de passage au pays pour les fêtes, de l'aider à prouver son innocence.

 

Jane anime aux Trois Mélèzes des ateliers "réminiscenses". Grâce à eux, Juliette l'épicière, témoin de tant de choses, a retrouvé la mémoire, notamment celle des circonstances de la mort par le feu, en 1946, de son amoureux Francis.

 

Jane et Charlotte demandent à Léon Cerise de les aider à éclaircir le mystère. Cet ex-policier et ex-régent du village est aussi un passionné de généalogie: il y découvre le pire et le meilleur, ce qui fait la vie, ramené à son essentiel.

 

La vie d'Adèle Devênes, l'arrière-grand-mère d'Aline, est l'autre roman du livre, parallèle à leur enquête, les deux récits levant le voile sur des secrets bien gardés parce qu'ils ont trait au pouvoir, à l'argent, au sexe, à la mort...

 

Dans le village, où tout le monde se connaît, cette enquête ne peut que mettre les gens dans l'embarras et provoquer des réactions, d'autant que les racines du drame semblent remonter loin dans les familles, jusqu'aux alpages...    

 

Confidences assassines, le roman de Stéphanie Glassey, porte donc bien son titre. Tout le monde ment dans cette histoire, persuadé de faire pour le mieux. De quoi se poser ces questions finales sans véritables réponses:

 

N'y avait-il donc que cela? Ce que l'on dit et ce que l'on tait... Était-ce trop tard pour le repentir ou le pardon? Était-il possible, enfin, d'échapper au malheur de sa lignée? 

 

Francis Richard

 

Confidences assassines, Stéphanie Glassey, 662 pages, Plaisir de Lire

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10 juin 2019 1 10 /06 /juin /2019 18:15
Le cri du lièvre, de Marie-Christine Horn

Cette vie, voilà un moment que je ne la supportais plus. Pourtant, je me contentais de baisser la tête et d'encaisser les brimades au sujet de mon incompétence maritale et professionnelle...

 

Manu est une femme maltraitée et battue par un conjoint aussi volage que violent. Et son chef ne vaut guère mieux, en matière d'humiliations.

 

A défaut de porter plainte, elle choisit de voter avec ses pieds et de répondre à l'appel des sommets, la seule échappatoire pour elle.

 

Car, si elle se révolte, elle sait que Christian la chassera sans état d'âme. Et elle est incertaine pour ce qui concerne son avenir professionnel.

 

L'appel des sommets, c'est de se rendre dans ses forêts, sa montagne, où elle se réfugie le week-end quand la météo est bienveillante:

 

Se soustraire au miroir. Ne plus sentir l'écoeurant parfum d'homme qui imprègne les draps de mon lit.

 

Pendant deux trois mois, Manu se raconte en mode survie: A travers champs et forêts, j'échappais à la vigilance des législateurs:

 

[J'] évitais de contribuer à renflouer les caisses d'un État davantage soucieux de punir le promeneur du dimanche que le récidiviste indomptable ou le mari violent.

 

Pourtant c'est par Le cri du lièvre, dont une patte est prise dans un piège, qu'elle prend conscience qu'elle l'est aussi, piégée, et qu'elle doit rentrer:

 

J'avais réussi à me soustraire aux sévices corporels et moraux, cependant ma position n'était guère plus reluisante que celle de l'animal entravé.

 

Le lièvre ne s'avoue pas vaincu, mais elle ne peut se résoudre à l'abandonner à son agonie, [qu'elle présageait] longue et cruelle...

 

Son retour auprès de Christian ne se passe pas du tout comme elle le craignait: coup du destin, hasard divin ou coïncidence heureuse?

 

Dès lors le récit s'infléchit singulièrement et Manu fait la connaissance de Nour la douce infirmière libanaise et de Pascale la grande gendarme...

 

Manu reprendra la situation en main après que le lièvre lui sera apparu une dernière fois en songe et lui aura indiqué la voie à suivre:

 

Le lièvre avait rongé sa patte jusqu'à se libérer du piège et s'était enfui au moyen des trois restantes...

 

Francis Richard

 

Le cri du lièvre, Marie-Christine Horn, 112 pages, BSN Press

 

Livres précédents:

 

Le nombre de fois où je suis morte, Marie-Christine Buffat, 128 pages, Xenia (2012)

Tout ce qui est rouge, Marie-Christine Horn, 386 pages, L'Âge d'Homme (2015)

La piqûre, Marie-Christine Horn, 288 pages, Poche Suisse (2017)

24 heures, Marie-Christine Horn, 96 pages, BSN Press (2018)

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8 juin 2019 6 08 /06 /juin /2019 22:55
La Revanche du cheval fou, de François Conod

Oui, j'admire beaucoup mon père. S'il m'a amené (provisoirement j'espère) du Connecticut dans le Dakota-du-Sud, c'est dans l'intention d'étudier la possibilité de sculpter le Mont-Rushmore.

 

Le père de James Lincoln de La Mothe Borglum (on l'appelle Jimmy) se prénomme John Gutzon (Gutzon pour tout le monde), né en Idaho, d'une famille de mormons (originaire du Danemark).

 

Les sculptures du Mont-Rushmore y représenteront les têtes gigantesques de quatre présidents américains: Georges Washington, Thomas Jefferson, Theodore Roosevelt et Abraham Lincoln.

 

De Borglum père et fils, François Conod fait des personnages d'un roman. Qui commence en 1927, en même temps que les travaux des statues monumentales du fameux Mémorial national de Keystone.

 

Jimmy admire son père, mais ne l'aime pas. Celui-ci est en effet un tyran domestique, qui contrôle tout, même les lectures: Jimmy lit en cachette un livre (qu'il lui aurait déconseillé), prêté par son ami Chuck.

 

Jimmy n'aime pas les Noirs, comme son père, qui fait partie du Ku Klux Klan et l'a emmené, pour l'éduquer, encagoulé de blanc, à une de ses cérémonies secrètes, où sont pendus deux Asiatiques.

 

Gutzon meurt en 1941. Jimmy termine son grand oeuvre presque achevé: J'ai vingt-neuf ans. Maintenant, je suis marié. A une femme que je n'aime pas spécialement, mais qui a mis fin à mes tourments.

 

Il voulait être ingénieur, mais est devenu sculpteur... Il est sévère avec ses enfants alors qu'il essaie d'être pour eux un meilleur père que ne fut le sien: J'avais peur de lui bafouiller que j'avais peur. De lui.

 

Mont-Rushmore était pour les Indiens la montagne des Six grands-pères, déflorée pour les quatre présidents. La Revanche du cheval fou sera, tout près, la plus grande sculpture du monde, celle de Crazy Horse...

 

Jimmy aura exercé le même métier que son père parce qu'il avait peur d'être méprisé par lui. Mais il n'avait que du savoir-faire (Rodin avait du génie, Gutzon du talent) et ne savait pas ce que c'était que l'amour:

 

Pour avoir mieux que du savoir-faire, il faut aussi de l'amour.

 

Francis Richard

 

La Revanche du cheval fou, François Conod, 104 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livre précédent:

Etoile de papier (2018)

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5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 21:00
Ulla ou l'effacement, d'Andréas Becker

Elle, elle était allongée sur le canapé, sur le dos, une main sur son ventre bombé d'eau. C'était ça, elle, là. Elle n'était rien d'autre que ça, là, le canapé contre un mur blanc, un mur vide.

 

C'est ainsi que commence Ulla ou l'effacement. Ce début met tout de suite dans l'ambiance recréée par Andréas Becker. Car il est difficile de penser qu'il ne s'agit pas de quelque chose de vécu.

 

Pour parler d'elle, Ulla, née en 1939 à Pâlebourg, il emploie le mot ça. Mais ce mot n'a rien de méprisant. Le lecteur comprend, par ce mot, qu'un être humain est réduit là à une pauvre petite chose.

 

Les mots sont impuissants à rendre compte de ce qu'est devenue cette femme, amaigrie, grabataire. Elle est en effet  sur un lit d'hôpital, puis elle est chez elle allongée sur un canapé bouteille vert.

 

Elle se déplace seulement à la cuisine pour, à genoux, y boire du whisky: avec les whiskies elle avait encore des pilules qu'elle avalait désordre, des cigarettes, des photos-romans, ce pour tout inventaire.

 

Elle a quarante-six ans et cela fait quatre ans qu'elle est dans cet état-là. Si elle est encore là, de ce monde, c'est que le coeur est bon, c'est ça le drame. C'est du moins ce qu'en a dit le médecin perdu.

 

A un moment, le lecteur apprend de quel mal ce qui l'emporte est le nom: C'est une mort lente, atroce, c'est une mort qui arrive par vagues, qui relâche par instants pour mieux reprendre sa proie.

 

La fin de cette histoire est prévisible, même si c'est long un corps si jeune à tuer. Ulla ne peut que s'effacer. Encore faut-il qu'elle le veuille. Alors, quand elle le voudra, elle sera immensément libre.

 

Elle ne savait pas, et ne saurait jamais, que, sans la juger, quelqu'un écrirait un jour sur sa mort lente vers laquelle elle irait en dansant, pas trop sérieuseLa mort, elle ne l'était pas non plus, sérieuse.

 

Francis Richard

 

Ulla ou l'effacement, Andréas Becker, 60 pages, éditions d'en bas

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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