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7 février 2019 4 07 /02 /février /2019 22:00
Novembre, de Jean Prod'hom

Novembre, c'est un nom qui sent la vanille et les feux de brindilles, un poème de fin de saison. Ses jours ont la faculté de ralentir et de rester aussi éloignés de décembre que la sensible de la dominante...

 

Rayé des cadres de la fonction publique, autrement dit retiré du monde et de ses affaires, Jean Prod'hom s'y sent attaché comme jamais peut-être. Son Novembre en apporte la preuve.

 

Un samedi de fin octobre, il apprend que S., un homme de près de quatre-vingts ans, auquel il rend visite dans un EMS, Chantemerle, n'en a plus pour longtemps, pris qu'il est d'un mal soudain.

 

S. préfère que personne ne vienne le distraire et lui déclare qu'il a certainement mieux à faire que de [s']occuper de lui. Il accepte de s'éloigner de lui et de se rapprocher du monde que son ami va quitter...

 

Il entreprend donc, en ce mois de novembre, un périple de dix jours, d'Orbe à Soleure, dans le pays des Trois-Lacs:  La mort prochaine de mon ami m'incita à sortir et aller au-devant des choses.

 

Et son programme est tout tracé: Ces dix jours j'avais à les vivre de mon côté, sans non plus perdre de vue la mort si loin qu'elle fût, mais en marchant sur l'autre versant, la vie à portée de main.

 

La vie, c'est l'histoire des hommes et des lieux; ce sont les rencontres, les chardonnerets, les pierres erratiques (témoins de l'ère glaciaire), les corrections des défauts des terres, des eaux et des hommes...

 

Les voyages ne sont plus ce qu'ils étaient et les notes prises route faisant non plus: Les tablettes ont remplacé le papier et le stylo, qu'on égarait au moment même où on en avait le plus besoin.

 

Ce voyage nourrit sa réflexion sur la sauvegarde des milieux naturels et de leurs hôtes. Il ne s'agit pas d'offrir un refuge à ceux qui en manquent par générosité mais parce qu'ils nous sont essentiels:

 

Nous ne serions rien si nous n'éprouvions physiquement les limites mystérieuses que les autres êtres tracent autour de nous, les joies et les peines qu'induisent nos mitoyennetés.

 

Francis Richard

 

Novembre, Jean Prod'hom, 320 pages, éditions d'autre part

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3 février 2019 7 03 /02 /février /2019 23:55
L'oracle des loups, d'Olivier Beetschen

L'homme avait posé les mains à plat sur le zinc. Ses paumes couvraient la largeur du comptoir. [...] Son gabarit était si large qu'on ne remarquait pas sa hauteur.

 

Ce colosse, René Sulic, est inspecteur de police et le cauchemar des dealers. Il vient d'être transféré des Stups vers la Crim', en raison de ses méthodes musclées qui déplaisent à sa hiérarchie.

 

Sulic est l'homme d'un livre (ce qui n'est pas toujours à craindre). Après une première lecture, il a su que cet opuscule, les Poésies choisies de François Villon, deviendrait un inséparable compagnon de vie...

 

Pour ses débuts à la Crim´ il va être servi. Parce que lui et l'inspecteur Verdon, qui sera son mentor, vont devoir résoudre une énigme à partir de trois éléments: un incendie, un cadavre, une légende.

 

Sulic se trouve au bistro du Belvédère, dont la terrasse surplombe la Basse-Ville de Fribourg, quand il entend une déflagration. Cette explosion est à l'origine de l'incendie d'un studio à la Grand-Rue 35.

 

24 heures plus tard, un cadavre est découvert au pied du pont de la Motta: une tête non pas découpée mais arrachée et, plus haut, un corps dépecé, supplicié, [trahissant] la jubilation ressentie à détruire un être...

 

La légende remonte à la bataille de Morat (1476) entre les troupes de Charles le Téméraire et les Confédérés. Parmi lesquels, les frères Aloys et Johan Denervaud, des Griffons Rouges, jouent un rôle décisif. 

 

Quels liens peut-il y avoir entre ces trois éléments? Très habilement Olivier Beetschen les tisse pour le lecteur de L'oracle des loups, qu'il lance sur de fausses pistes, tout en convoquant d'autres personnages.

 

La solution de l'énigme passe en fait par un vers de Villon, Écho, parlant quand bruit on mène, tiré de la Ballade des Dames du temps jadis, et par la réponse que Sulic donne à la question qu'il en déduit:

 

Qui est l'écho de qui?

 

Francis Richard

 

L'oracle des loups, Olivier Beetschen, 304 pages, L'Âge d'Homme

 

Livre précédent:

La Dame Rousse (2016)

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31 janvier 2019 4 31 /01 /janvier /2019 22:45
Pourquoi Berlin ?, de Marie Perny

Pourquoi Berlin?

 

J'ai envie de revenir à Berlin, parce que j'espère y rencontrer une femme inconnue qui vit au fond d'une cour et qui a offert à ma fille un collant made in Germany.

 

A quoi les choses tiennent? A ce genre d'intuition. Parce que revenir Berlin, c'est comme faire un pèlerinage aux sources. Quand on est mère, on n'en a pas moins été fille...

 

La narratrice est la mère de Lucie, un beau bébé de dix-huit ans au moment où commence cette histoire en trois actes, deux intermèdes, un prologue et un final.

 

La narratrice ne l'est d'ailleurs pas tout le temps. Marie Perny parle d'elle à son tour, à la troisième personne donc, en prenant un peu de distance, juste ce qu'il faut.

 

En mars 2015, la protagoniste se rend à Berlin pour voir sa fille chérie, pendant deux jours seulement. En fait, c'est pour elle une escapade bienvenue, où elle fera de longues marches:

 

Berlin est une ville qui éprouve le touriste. A Paris, il s'énerve. A Venise, il se console. A Berlin, il est contraint de penser à de graves questions sans réponses et doit se souvenir d'atroces images en noir et blanc.

 

Lucie y est depuis janvier, pour six mois, pour parfaire son bon allemand, après y être allée l'année précédente pendant un séjour de trois semaines, dont elle est revenue enchantée.

 

La protagoniste est comédienne et répète un spectacle intitulé "Qu'est-ce que la politique tsoin tsoin! Farce tragico-musicale". Mais cela ne tourne pas rond chez elle.

 

Elle ne sait pas bien pourquoi mais elle se sent vide. Elle doute d'elle-même. Elle a besoin de faire une pause, de se reprendre, de prendre l'air. C'est d'abord pourquoi Berlin.

 

En juillet, à son retour, Lucie lui a raconté que Katerina, une vieille folle habitant la cour de son immeuble à Berlin, lui a donné un collant, un truc horrible, made in West Germany.

 

Cette histoire de collant agit sur elle comme un déclic. Elle doit retourner à Berlin. Ce qu'elle fait en novembre où elle va rester une semaine, avant et après les attentats de Paris.

 

Avant de se raconter, Katerina lui a dit: C'est la tristesse dans tes yeux qui te sauve. Tu es triste. C'est rassurant. Cette rencontre sera décisive, si bien qu'elle pourra dire:

 

A Berlin, j'ai mué. Mourir, renaître, muer. C'est Berlin.

 

Francis Richard

 

Pourquoi Berlin?, Marie Perny, 104 pages, Éditions de l'Aire.ch

 

Livre précédent:

Les Radieux (2014)

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30 janvier 2019 3 30 /01 /janvier /2019 22:45
La belle Fanny, de Pedro Lenz

Elle a tout, Fanny, elle a la grâce, elle a la profondeur, elle a de l'humour, elle a quelque chose de mystérieux, elle a la chaleur, elle a du style.

 

Louis, le peintre, décrit ainsi Fanny à Frank, l'écrivain, qui se fait appeler Jackpot. Mais ce dernier n'a pas besoin de ça pour en être tombé raide amoureux quand elle est sortie de chez Louis après y avoir posé nue.

 

Jackpot a enfin trouvé le fil rouge de son roman en cours. Sa littérature se nourrit de la réalité, celle de parieurs, comme lui. Louis lui conseille toutefois de transformer la réalité, comme l'art doit toujours le faire, sinon il sert à rien.

 

En allant voir son frère à Bâle, où celui-ci travaille dans la pharma, Jackpot croise cette fois Fanny à la gare d'Olten... Son frangin a un joli boulot, un joli bureau. Et comme Frank est fauché, il lui verse de quoi voir venir.

 

Quand il revoit Fanny à un vernissage, Jackpot échange trois mots avec elle. Il n'en revient pas d'avoir rendez-vous avec elle le lendemain dimanche pour rendre visite à un autre ami peintre, Grunz, hospitalisé.

 

Après cette visite, ils vont ensemble au Musée des Beaux-Arts. Jackpot est jaloux que Fanny pose nue, mais, elle, elle n'est pas gênée le moins du monde: J'aime bien m'montrer, du moins à quelqu'un qui sait regarder.

 

Tout au long de cette histoire d'amour (et d'humour) qui commence ainsi, Jackpot va faire preuve d'une terrible jalousie, alors qu'il n'a aucun droit sur Fanny et qu'elle n'appartient à personne (elle s'appartient à elle seule):

 

La jalousie est un poison qui se répand dans tout le corps, comme une grippe, mais en général elle y reste plus longtemps...

 

Cette histoire, faite surtout de dialogues, est aussi celle de l'amitié, celle de peintres, tels que Louis ou Grunz, ou de musiciens, tels que Gégé ou Henry, qui, de loin les aînés de Jackpot, se retrouvent souvent avec lui au bistrot.

 

Cette équipe aime bien Jackpot et le charrie. Le narrateur de la belle Fanny de Pedro Lenz fait lui-même dans l'autodérision, marri de perdre la raison parce qu'amoureux, même si, dans Carmen, Mérimée parle de la bêtise de l'amoureux:

 

Je sais pas si les femmes perdent la tête à ce point, quand elles tombent amoureuses. Pour moi y a que les hommes pour se rendre aussi ridicules...

 

Francis Richard

 

La belle Fanny, Pedro Lenz, 180 pages, Éditions d'en bas (traduit du bernois par Ursula Gaillard)

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27 janvier 2019 7 27 /01 /janvier /2019 23:55
L'âme déracinée, de Manuela Ackermann-Repond

Ma particularité la plus marquante est d'avoir été baptisé trois fois, d'avoir endossé autant d'identités, chacune différant des autres.

 

Angelo Lagannà, surnommé Anniu, est né à la fin des années 1920, en Calabre. Il vit une enfance heureuse dans un petit village de la province de Cosenza, Borgo Sant'Emilio.

 

Il est le troisième de sept enfants. Quand ses parents et ses deux frères aînés partent dans le nord pour travailler, il reste avec ses grands-parents et ses petits frères et soeurs.

 

Puis vient un jour où, à son tour, il doit les rejoindre, non plus dans le nord, mais en France, dans la région de Bordeaux, où ils travaillent à la vigne.

 

Quoi qu'il arrive, Angelo promet à sa petite soeur Maria, à laquelle il est très attachée et avec laquelle il partage quelques secrets, de ne jamais l'abandonner...

 

Dans la rue à Bordeaux, alors qu'il vend des journaux (il n'est pas assez costaud pour les travaux de la vigne) il est remarqué pour sa beauté par un couple fortuné, qui veut parler à ses parents.

 

M. et Mme Fabbre veulent adopter Angelo. En contrepartie ils versent à ses parents une avance et s'engagent à leur verser un montant mensuel jusqu'à ses dix-huit ans.

 

Angelo Lagannà devient Ange Fabbre. Après avoir vécu quelques semaines à Bordeaux, les Fabbre partent avec Ange pour Paris où ils ont un hôtel particulier dans un quartier huppé.

 

Au collège, les débuts sont difficiles pour Ange parce qu'il n'est pas du même monde que les autres et qu'il est en butte à leurs moqueries.

 

Alors, pour se faire respecter, il devient un élève modèle, à qui, de plus, il ne faut pas chercher querelle, car il fréquente un club de boxe...

 

Pendant la guerre ses parents adoptifs l'envoient sur la Riviera suisse. A la fin de la guerre, de retour à Paris, il passe son baccalauréat.

 

Quand il retourne voir les siens en Calabre, il est désormais considéré comme un étranger. Sa chère petite Maria, notamment, ne le reconnaît plus...

 

Pour ses dix-huit ans, ses amis emmènent Ange dans un bordel clandestin (Marthe Richard vient d'obtenir la fermeture des maisons closes à Paris).

 

Au Palais des Délices, Ange fait la connaissance de Myosotis, la fille en bleu, dont il tombe amoureux et qui n'est pas indifférente à son charme.

 

Il y est remarqué par un client, Ernest Michel, qui, après l'avoir entendu déclamer des poèmes aux filles de joie de l'établissement, le convainc de passer une audition pour un film.

 

Myosotis disparaît, mais il s'intéresse désormais à la gent féminine, ce qui n'était pas le cas jusque-là et commence, au grand dam de Sylvie Fabbre, une carrière d'acteur de cinéma.

 

Ernest Michel, devenu son agent, souhaite pour lui un pseudonyme anglophone. Ange Fabbre devient donc Angel Finley (patronyme trouvé sur une carte routière d'outre-Atlantique).

 

L'enfant de Borgo Sant'Emilio a donc trois identités, mais, au lieu de se substituer successivement les unes aux autres, elles cohabitent en lui et l'empêchent d'avoir l'âme en paix.

 

Tout le restant de sa vie, ces trois facettes, Angelo et ses remords, Ange et ses bonnes manières, Angel et ses prétentions, cesseront-elles jamais de se bousculer et de l'épuiser moralement?

 

Comment harmoniser le petit Calabrais, le dandy parisien et la vedette de cinéma ensemble, respirant d'un même souffle et apaisés tous les trois?

 

Comme son coeur est finalement ligoté de plusieurs liens différents, il se pose également cette question intemporelle: [Peut-on] vraiment n'aimer qu'une seule et même personne tout au long d'une vie?

 

Francis Richard 

 

L'âme déracinée, Manuela Ackermann-Repond, 392 pages, Slatkine (sortie le 29 janvier 2019)

 

Livre précédent:

La Capeline écarlate (2017)

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26 janvier 2019 6 26 /01 /janvier /2019 21:55
Sois toi-même, tous les autres sont déjà pris, de David Zaoui

Ça s'appelle de l'aide simienne. Ils ont fait l'expérience auprès de personnes handicapées, aux États-Unis et en Amérique du Sud, au sein de plusieurs maisons de retraite, mais aussi à domicile. Des singes capucins très gentils, apprivoisés et parfaitement dressés, sont capables d'accompagner les personnes âgées dans leur vie quotidienne. 

 

La mamie d'Alfredo Scali, Daisy, est atteinte de la maladie d'Alzheimer. Son neurologue recommande, pour lui venir en aide, une association, L'Acolyte utile, qui s'occupe de singes, des capucins. 

 

Quelques semaines plus tard, un responsable de l'association vient chez Daisy avec un capucin, une femelle de trois kilos, de quarante centimètres, éduquée pour l'aide simienne, totalement autonome.

 

Ce singe va changer la vie de Daisy, puis d'Alfredo. Comme Daisy est une fan de la série Derrick, elle aimerait donc appeler ainsi cet acolyte utile à tous points de vue, mais Alfredo trouve que c'est nul.

 

Finalement, la primate s'appellera Schmidt, comme le personnage auquel fait allusion l'inspecteur Derrick dans une réplique d'un épisode que Daisy est en train de regarder à la télévision...

 

Alfredo est au chômage. Il est artiste-peintre. Il ne peint pas n'importe quoi: l'inconscient des animaux pendant leurs rêves. Il a une sérieuse excuse: son père est un passionné d'animaux...

 

Son conseiller Pôle Emploi, Bertrand Bubard, lui propose tout autre chose, des petits boulots, parce que peintre ce n'est pas un métier: il n'y a d'ailleurs aucun code ROME concernant cette activité.

 

Quand Alfredo propose ses toiles à des galeristes, il se fait jeter. Quoi qu'il écrive à Bertrand Bubard, celui-ci lui fait invariablement la même réponse, qui revient à renoncer à ses ambitions artistiques.

 

Heureusement Alfredo a deux amis, en manque de réussite comme lui: Casimir, expert en assurances, qui a des ambitions littéraires, et Serge, artiste-peintre lui aussi, qui fait le portrait de touristes.

 

Ces deux amis l'encouragent à leur manière et ressemblance à persévérer, le premier en lui recommandant d'être volontiers opportuniste, le second d'être puriste, c'est-à-dire sans compromis.

 

Schmidt va changer la vie d'Alfredo, parce qu'il va la prendre chez lui après que sa mamie, dont le mal empire, a voulu la mettre dedans son bouillon de poulet et que Schmidt n'a rien voulu savoir.

 

David Zaoui voulait lire un roman qui comporterait une dose d'humour, de folie, d'émotion, d'originalité et qui soit en prise sur son temps. Le libraire n'avait pas un tel roman en rayon et lui a conseillé de l'écrire...

 

Comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même, David Zaoui a donc écrit Sois toi-même, tous les autres sont déjà pris, qui remplit tous ces critères réjouissants et dont le titre est une sage et drôle sentence.

 

Mais Alfredo n'aurait certainement pas adoptée cette sentence sans l'aide simienne involontaire de Schmidt (qui ne se contente pas d'imiter les humains) et sans l'aide inattendue de son paternel.

 

Francis Richard

 

Sois toi-même, tous les autres sont déjà pris, David Zaoui, 306 pages, JC Lattès (en librairie le 30 janvier 2019)

 

Livre précédent:

Je suis un tueur humaniste, 248 pages, Paul & Mike (2017)

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24 janvier 2019 4 24 /01 /janvier /2019 23:00
Nos vies limpides, de Valérie Gilliard

Elles. Elles sont dix.

 

Leurs prénoms commencent tous par un E, comme Elles: Edwige, Eli(sabeth), Elsuinde, Eden, Elke, Eulalie, Elphie, Emérence, Estée, Edge (Elaine et Emerine sont des intruses qui n'ont pas leur nouvelle).

 

Ces prénoms existent, ou pas, dans le livre des prénoms. Mais, quand ils sont imaginaires, ils sont évocateurs de celles qui les portent, comme peut l'être une onomatopée ou une allitération.

 

Elles sont de tous les âges et ont tous les physiques. Si leurs prénoms sont parfois improbables, elles, elles ne le sont pas. Car, qui n'a pas rencontré l'une d'entre elles ou l'une de leurs semblables?

 

Elles se retrouvent en effet qui à la piscine, qui sur Internet, qui sur le quai d'une gare, qui dans un bus, qui dans la rue, qui chez elles: il n'est donc pas impossible d'avoir eu affaire à elles.

 

Elles ont leurs habitudes: l'une nage son kilomètre, l'autre aime tout ce qui est bon (c'est-à-dire ce qui est très mauvais, dirait Gérard Oury), une autre encore fait un périple quotidien dans Yverdon.

 

Elles ont des regrets, des angoisses, des fantasmes, des obsessions ou des manies. Elles disputent leur enfant. Elles se rebellent contre leur mère. Elles écoutent sans écouter. Elles se tourmentent...

 

Elles sont ordinaires, en apparence. Mais il faut croire que, même chez des êtres ordinaires, il y a toujours des singularités à découvrir, qui les distinguent des autres: il suffit d'observer.

 

Ce qui n'est pas ordinaire, c'est justement la façon de les dire, avec des mots simples, mais qui, mis bout à bout, dessinent leurs figures, attachantes ou irritantes, risibles ou pas, en tout cas authentiques.

 

Car Valérie Gilliard observe avec acuité et tendresse Nos vies limpides, c'est-à-dire celles de son genre féminin. Si ses histoires sont parfois drôles, parfois grinçantes, elles sont surtout vraies, humaines en somme.

 

Et, quand elle ne parle pas d'elles, elle tourne autour d'elles avec des feuilles volantes, qu'elle intercale avec bonheur entre les nouvelles de ce recueil, comme celle qui se termine par ce distique:

 

Diagnostic: sur-adhérence psychologique.

Traitement: détachant.

 

Francis Richard

 

Nos vies limpides, Valérie Gilliard, 172 pages, Éditions de l'Aire

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22 janvier 2019 2 22 /01 /janvier /2019 23:55
Lady des abysses, de Jack Küpfer

La Suisse a une marine marchande, ce que d'aucuns ignorent. Dont le port d'attache est Bâle...

 

Le Tigre d'azur est un bateau d'une compagnie de cette marine méconnue, la Pacific Swiss. Il jauge 64 000 tonnes et est mû par un moteur de 16 000 chevaux.

 

Le Tigre d'azur fait escale à Singapour. Ses marins, Ian, Erik et les autres, en profitent pour se lancer en bande dans les sulfureux repaires des noctambules:

 

L'ultime étape de ces coureurs des mers était le Snow Club. C'est là qu'ils avaient choisi d'aller se frotter le cuir et se donner du bon sang.

 

Erik Eggis est un jeune mousse de seize ans; Ian Horkan, le second officier du pont, a le double de l'âge de ses camarades... c'est-à-dire plus de quarante ans.

 

C'est au Snow Club que Ian fait la connaissance d'une jeune beauté, de type indien, qui se fait appeler Parvati, comme l'épouse de Shiva.

 

Parvati se prénomme en réalité Dewa... Elle sait bien des choses. Elle sait par exemple que Ian a un médaillon dans la poche droite de son pantalon.

 

Dewa demande à Ian de lui montrer ce médaillon à l'effigie d'une belle Dame britannique. Elle reconnaît cette femme qui obsède Ian depuis vingt ans et qu'il associe au naufrage d'un voilier anglais, dont il aurait pu être témoin dans une vie antérieure.

 

Ian veut en effet écrire un roman mais la Dame du médaillon jette une ombre noire sur son imagination et il ne parvient qu'à écrire d'illisibles élucubrations (les mêmes ressassées chaque nuit)...

 

A Roscoff, un boutiquier, un certain Dickinson, lui  a fait présent de ce médaillon, qu'il prétendait avoir arraché aux doigts de la Mer...

 

Dans ce médaillon, il y avait le portrait d'une belle Dame, dont l'attitude noble et sérieuse était inspirée de la peinture anglaise du temps de Gainsborough.

 

Ian avait surnommé cette Dame, sans qu'il sache jamais pourquoi, Lady Cyana, et avait toujours le médaillon sur lui depuis lors.

 

Dewa reconnaît donc la Lady et implore Ian de rester avec elle à Singapour et de ne pas aller à Kandla la prochaine escale du Tigre d'azur:

 

Si tu pars, tu mourras noyé, crois-moi.

 

Après une nuit d'amour avec Dewa, dans un hôtel de Little India, Ian la quitte subrepticement avant qu'elle ne se réveille. En fait il fuit, redevenu simple individu farouche. 

 

Lady des abysses est dès lors le récit captivant de la traversée du Tigre d'azur de Singapour à Kandla, devant lequel le navire stationne pendant plus d'un mois.

 

La nuit de l'équinoxe une brume luminescente se lève...

 

Francis Richard

 

Lady des abysses, Jack Küpfer, 296 pages, L'Âge d'Homme

 

Livre précédent:

Black Whidah, Olivier Morattel Éditeur (2014)

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17 janvier 2019 4 17 /01 /janvier /2019 22:30
Il prononcera ton nom, de Florian Eglin

Il prononcera ton nom se présente comme une pièce de théâtre, en trois actes, sauf que ce serait une pièce insupportable à voir et à entendre si elle était jouée, parce que brutale et grand-guignolesque.

 

Les personnages principaux sont trois jeunes hommes, des fils de la bourgeoisie genevoise en place, une adolescente, la Voix Off et la Dea Ex Machina. Les autres personnages sont ceux qui les regardent.

 

Stephen est fils d'avocat, Kevin fils de médecin et Luc fils de banquier, du beau monde en somme. Alexandra, c'est l'adolescente, âgée de quatorze ans. Tamara à qui la pièce est dédiée, c'est la Dea...

 

On pourrait ajouter toutefois, comme personnage principal, parmi tous les personnages au nombre indéfini, le rédacteur des didascalies, dont les propos s'opposent souvent à ceux de... la Voix Off.

 

Pour parvenir à la pleine lumière, l'intrigue emprunte un chemin semé de vie et de mort, où, chaos et KO obligent, fin et commencement se succèdent, comme dans l'histoire de l'oeuf et de la poule.

 

Stephen a mis Alexandra enceinte. Il veut qu'elle avorte, alors qu'elle croyait lui faire un cadeau, sous prétexte qu'il ne veut pas être un pigeon. En fait il craint surtout que son père ne l'apprenne.

 

Si son ami Kevin est pour Stephen un suiveur, Luc est un mentor, et c'est bien ce dernier qui va indiquer à celui qui ne veut pas être papa la solution finale la meilleure pour se débarrasser du sac de cellules...

 

Les rôles de naguère sont désormais inversés dans cette pièce (au dénouement surréaliste), puisque celle qui est enceinte doit assumer tandis que le géniteur doit seulement l'aider à le faire. Et de quelle manière!

 

Où l'auteur de cette histoire, qu'il ne vaut mieux pas prendre au premier degré, veut-il donc en venir? Peut-être la réponse se trouve-t-elle dans une note en bas de page, au début de la scène trois de l'acte deux.

 

Cette longue note raconte en effet la vie de Petra de Casamance, envoyée par Dieu comme une dernière offre d'alliance aux hommes. Mais ils n'en avaient pas voulu. Elle n'était que lumière et leur faisait de l'ombre:

 

Dieu baissa les bras. En Petra il avait placé ses espoirs. Désormais les hommes feraient sans LUI. Sans son amour. Car, il faut qu'on le sache bien, aujourd'hui plus que jamais, Dieu, les hommes qui n'aiment pas les femmes, IL ne les aime pas non plus.

 

Francis Richard

 

Il prononcera ton nom - Mystère contemporain, Florian Eglin, 128 pages, La Baconnière

 

Livres précédents:

 

A La Baconnière :

Cette malédiction qui ne tombe finalement pas si mal (2013)

Une résistance à toute épreuve... Faut-il s'en réjouir pour autant ? (2014)

Holocauste (2015)

 

A La Grande Ourse :

Ciao connard (2016)

 

Chez BSN Press :

En pleine lumière (2019)

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13 janvier 2019 7 13 /01 /janvier /2019 22:15
Atomik Submarine, d'André Ourednik et François Burland

Dans ce volume, il y a deux histoires, une vraie et une fantastique. La vraie ayant inspiré la fantastique.

 

L'histoire vraie est racontée par Philippe Lespinasse, en fin de volume. Car Atomik submarine existe. C'est une réalisation de l'artiste François Burland. Qui, en juin 2010, a l'idée folle de construire en France un sous-marin, avec l'aide d'un ami, George Kampera.

 

La charpente est construite à Castelmoron-sur-Lot et la tôlerie à Bordeaux, au Garage Moderne. Résultat: un engin de 1,3 tonne, mesurant 18 mètres de long, 4.9 mètres de large et 5 mètres de haut.

 

Atomik Submarine sera exposé, de 2011 à 2015, successivement à Bordeaux, à Neuchâtel, à Warth, à Feldkirch et à La Chaux-de-Fonds. Il se caractérise ainsi:

- il carbure à l'imaginaire, au sarcasme...

- il est siglé soviéto-kitsch

- il ne marche pas...

 

L'histoire fantastique, elle, est racontée par André Ourednik et illustrée par des collages de François Burland, dignes du réalisme socialiste soviétique, ce qui est certainement un compliment à ses yeux...

 

Dans ce récit surréaliste, Atomik Submarine porte ce nom mais devient l'Arche de l'Utopie, et est découverte par trois allumés: Premier, Deuxième et Troisième, sa proue étant prisonnière de cornes rocheuses.

 

Car ce récit commence par la fin, en pleine cryostase:

 

D'énormes langues de glaciers léchaient le monde. Elles coulaient entre les chaînes de montagnes, s'enlaçaient, s'enlisaient, formaient dans les plaines de l'Eurasie une seule langue immense et blanche qui émettait des bruits de cathédrales de glace brisées dans leurs fondations.

 

A l'intérieur du vaisseau échoué, les Allumés raniment les cinq occupants, des muziks complètement gelés. Ils veulent savoir ce qui leur est arrivé. Mais seul le vaisseau lui-même peut raconter le vaisseau. Et il le fait à travers la bouche des... muziks.

 

Ce récit a un rapport avec l'histoire vraie du sous-marin. Il lui est en quelque sorte parallèle et laisse transparaître la nostalgie d'une utopie basée principalement sur cette idée hors d'atteinte:  A chacun selon ses besoins, de chacun selon ses moyens.

 

Le lecteur insensible à la nostalgie de cette utopie mortifère et sanglante, trouvera tout de même de l'intérêt à ce récit, parce que nourri de lectures signées Jacques Prévert, Bertolt Brecht, Alfred Jarry, Jean-Jacques Rousseau ou Friedrich Nietzsche.

 

Et puis, à la performance folle de l'artiste Burland se conjugue la performance tout aussi folle d'Ourednik, dont l'imagination est débordante et dont l'Arche est non seulement sous-marine mais également aérienne et souterraine...

 

Francis Richard

 

Atomik submarine, d'André Ourednik et François Burland, 216 pages, Art & Fiction

(avec les contributions de Philippe Lespinasse et Stéphanie Lugon)

 

Livres précédents d'André Ourednik:

 

Omniscience, 276 pages, La Baconnière (2017)

Les cartes du boyard Karienski, 280 pages, La Baconnière (2015)

Contes suisses, 184 pages, Éditions Encre Fraîche (2013)

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12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 13:25
En pleine lumière, de Florian Eglin

Luca, 16 ans, est en onzième Communication et Technologie. Il dessine et il se bagarre. Autrement, il ne voit pas l'intérêt d'étudier. Qu'on bosse ou pas, m'sieur, ça mène à que dalle. dit-il à monsieur Cassar, son prof de français.

 

Ce qui l'intéresse, c'est de dessiner: il a dessiné une tête de gorille sur son pupitre quand Cassar l'a interrompu. Ce qui l'intéresse, ce sont les arts martiaux mixtes, MMA; chez lui, il a maté les vidéos de la ligue américaine de combat libre, l'UFC.

 

La grande star du MMA, c'est Conor McGregor. Dans sa chambre, Luca a beaucoup de photos de lui. La tête de gorille, c'est le tatouage sur la poitrine de cette grande gueule. De L'Iliade, le poème de la force, dixit Cassar, il s'en tape. Quand ce dernier a chopé son exemplaire qu'il voulait lancer, il a frappé sa main...

 

Résultat : le renvoi. Son dix-septième. Pour deux semaines. Avec convocation à la clé chez la doyenne, lundi à 7h30, et une baffe de son père, qui lui intime l'ordre d'écrire une lettre d'excuse à son prof.

 

Sa lettre est bien écrite. Elle est accompagnée d'un dessin... qui représente un dos complet, tatoué à la manière de Horiyoshi III. Cela ne déplaît pas à la doyenne, qui lui donne la sanction de la dernière chance.

 

La sanction, c'est de préparer le concours pour le Centre de formation professionnelle des arts et, s'il respecte ce contrat, d'obtenir son entrée au Nobushi (comme les samouraïs), le meilleur club de MMA du canton.

 

Luca respecte le contrat. Il entre au Nobushi, qui est un lieu de respect. Son code, qu'il doit suivre, commence en ces termes : Le respect de l'autre et le respect de soi. Et se termine ainsi : Le contrôle de soi est une vertu primordiale...

 

S'il remplit toutes ces conditions, il pourra enfin entrer En pleine lumière. Mais ça, c'est une tout autre histoire, celle que Florian Eglin raconte justement, pleine de plaies et de bosses...

 

Francis Richard

 

En pleine lumière, Florian Eglin, 72 pages, BSN Press

 

Livres précédents:

 

A La Baconnière :

Cette malédiction qui ne tombe finalement pas si mal (2013)

Une résistance à toute épreuve... Faut-il s'en réjouir pour autant ? (2014)

Holocauste (2015)

 

A La Grande Ourse :

Ciao connard (2016)

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10 janvier 2019 4 10 /01 /janvier /2019 23:15
Sur les routes d'Europe, de Jean Buhler

- Je n'irai pas à Neuchâtel, monsieur. Enfin, très probablement pas. Je désire voyager.

- Mais, ce n'est pas une profession.

- Non, c'est une vocation.

 

Jean B. vient d'être bachelier et de prévenir le directeur qu'il rejette tout enseignement et qu'il va partir.

 

A son père il chante un même refrain, où gronde davantage sa révolte contre un avenir qu'il lui a tout tracé:

 

Tu voudrais faire de moi un arriviste. Arriver, c'est s'arrêter. Je sais que ma vie sera celle d'un passant, en qui rien ne meurt et qui n'arrive jamais.

 

A trois heures du matin suivant, il met ce programme à exécution et dit à sa mère (qui ne dort pas) qu'il va en promenade avec des amis, pour plusieurs jours, il ne sait pas où.

 

C'est un premier mensonge. Ce ne sera pas le dernier. C'est en mentant aux autres et à lui-même qu'il va se sortir des situations où il se met.

 

Ce sont les dernières années d'avant la Seconde Guerre mondiale. Mais ce contexte n'est pour rien dans sa volonté de vivre sur les routes du monde.

 

S'il a de l'ambition, c'est celle d'un vagabond, à qui ses compagnons de route collent l'étiquette de trimardeur, donc à rebours de celle des autres:

 

Elle consiste à me séparer de la masse par le bas au lieu de m'élever au-dessus d'elle.

 

Jean B. est un piéton, reconnaissant envers ses pieds:

 

Bons pieds pèlerins, bons pieds missionnaires, modestes serviteurs, portez en mon esprit la bonne nouvelle des horizons conquis.

 

Jean B. aimerait échapper à la contrainte de l'hérédité:

 

Comment forcer à naître cet être qui sourd en vous, vous précède sur les routes et déjà, nourri de son rêve, se souvient de l'avenir?

 

Jean B. va se rendre à Rome, la belle ville, à Naples, sans avoir envie du tout de mourir, puis va embarquer pour l'Albanie.

 

Ensuite il va parcourir la Mitteleuropa, faire escale à Paris avant de se retrouver enfin en Allemagne sur un chantier ferroviaire.

 

Ses aventures l'auront aguerri. Ses rencontres l'auront mûri. L'apatride volontaire aura fini par perdre son enfance:

 

Le monde m'a appris l'obligation de se confier, de se raconter, et d'imprimer durement ses pas sur les routes éphémères. 

 

Francis Richard

 

Sur les routes d'Europe - Souvenirs d'un vagabond, Jean Buhler, 200 pages, La Baconnière (sortie le 11 janvier 2019)

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7 janvier 2019 1 07 /01 /janvier /2019 23:25
Le disparu de Lutry, de Christian Dick

Le 30 juin 2014, Benjamin Cordey, inspecteur de police à la retraite depuis peu, reçoit un appel téléphonique insolite de la part d'une vieille dame, qui va s'avérer une femme séduisante.

 

Onze ans plus tôt, l'homme que cette femme aimait et avec lequel elle naviguait sur le lac Léman a disparu, mort ou parti sans laisser de traces. Elle aimerait connaître le fin mot de l'histoire.

 

Jacques avait quitté le port de Lutry en Pays de Vaud le 27 juin 2003; son Toucan s'était échoué sur une digue de Versoix en République de Genève; son corps n'avait jamais été retrouvé.

 

Jacques Morens était un homme marié, elle l'était de son côté, mais, depuis trente-cinq ans, chaque année, ils passaient cinq jours ensemble pendant la Semaine de la Voile, sur le bateau et à l'hôtel.

 

A bord du Toucan 5, ils étaient quatre; elle était la seule femme de l'équipage. Aujourd'hui elle a soixante-huit ans; ils se sont connus il y a cinquante et un ans, quand ils en avaient tous deux dix-sept.

 

Comme elle a entendu parler de Cordey, elle sait qu'il est l'homme de la situation, quitte à le défrayer autant que possible, parce qu'elle ne veut pas d'une enquête à la manière des détectives:

 

Je veux quelqu'un qui ait plus de coeur que de raison, qui soit capable d'aborder la question d'une manière féminine.

 

Marie-Jasmine Morerod ne s'est pas trompée sur le compte de Benjamin Cordey. Il va en effet mener une enquête intuitive, à l'ancienne, avec l'aide de deux comparses aux qualités complémentaires.

 

A cette occasion il va en effet renouer avec Amanda Jolle qu'il a connue en enquêtant sur la disparition de son frère et faire appel à Parisod, un vigneron doublé d'un navigateur, qui, lui, a perdu Olga...

 

Le trio improbable va rencontrer la veuve de Jacques et les autres membres d'équipage, dont l'un est devenu fou à la suite d'un traumatisme. C'est ce fou qui détient les mots-clés de l'énigme.

 

Il faut savoir écouter un fou quand il prononce des paroles qui n'ont aucun sens apparent. Or cet homme devenu autiste a des moments de lucidité et ses mots-clés sont guitare, mort, morte...

 

La vérité de ce polar est ailleurs et, la chance souriant aux audacieux, le trio va démêler peu à peu l'écheveau que tissent leurs différents interlocuteurs par leurs omissions et leurs non-dits.

 

Il n'est pas fortuit que le fou de l'histoire réagisse vivement à l'instant même où le tube de Gary Moore au festival de Montreux est évoqué en sa présence, dont le mémorable refrain-titre est:

 

So long, it was so long ago

But I've still got the blues for you

 

(Longtemps, il y a si longtemps

Mais j'ai toujours le blues pour toi)

 

Francis Richard

 

Le disparu de Lutry - Toucan 5, Christian Dick, 320 pages, Éditions Encre Fraîche

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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