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12 mars 2018 1 12 /03 /mars /2018 23:40
L'air de rien, d'Hélène Dormond

L'air de rien, ce livre contient pas moins de quinze nouvelles. Et ces nouvelles sont à la littérature ce que sont les scènes de genre à la peinture. Car Hélène Dormond plonge le lecteur dans des histoires qui semblent, en tout cas en leur début, tirées d'un quotidien familier ou d'un simple fait divers:

 

- Question d'entretien: la narratrice se prépare à un entretien d'embauche, avec un coach.

- Un vers de trop: le protagoniste, apprenti rapeur, est en quête de reconnaissance.

- La perle d'Orient: une fillette veut être aussi brave que son aïeule japonaise, qui pêchait des perles.

- Juste fiel: le narrateur embauche à contre coeur, comme secrétaire, la nièce d'un administrateur de la société qu'il dirige.

- Un ticket pour l'enfer: après un concert du groupe AC/DC un motard prend la route et, pour éviter de heurter un animal, fait partir sa moto dans le décor.

- I comme immortelle: un soi-disant jardinier d'un cimetière public, ému, fleurit la tombe d'une inconnue morte à 16 ans.

- L'honneur est dans le pré: Kevin veut absolument aller au Grütli pour célébrer le 1er août 2014.

- Choix existentiel: la narratrice et Clarisse fêtent leurs trente ans d'amitié dans un restaurant prétentieux plutôt que dans une gargote.

- Vague à l'âme: Moly, dont les formes avantageuses font fantasmer plus d'un, n'aspire qu'à suivre l'exemple des mammifères marins, et à retourner aux eaux originelles.

- Changement de main: Céline obtient de son mari Fabrice qu'il cède à son caprice d'acheter un cheval de caractère, un hybride improbable.

- La malédiction du Vaudois: le postier Boniface Bolomey décide d'employer tous les moyens pour expédier son chef, un suisse-allemand qui l'insupporte, hors des frontières du canton de Vaud.

- Pas de velours: le mari de Linette se moque d'elle à chacune de ses étourderies en faisant à répétition un jeu de mots facile sur son prénom.

- Intra muros: une gymnasienne de 16 ans réalise que les murs gardent la mémoire des événements qu'ils ont abrités.

- Sujet d'étude: une étudiante a choisi pour sujet de thèse la violence urbaine et son professeur lui recadre son sujet.

- L'air de rien: un inspecteur de police de la vieille école est confronté à un jeune collègue qui est rompu aux méthodes scientifiques, mais qui a un talon d'Achille.

 

Les titres de chacune de ces nouvelles, qui sont des expressions toutes faites ou détournées d'une expression connue, ou encore des calembours, résument fort bien leur propos. Les choses y commencent gentiment, puis elles tournent soudainement, s'emballent ou partent en vrille, jusqu'à la chute finale, pied-de-nez magistral bien rodé.

 

Ces nouvelles, souvent cruelles pour les protagonistes, sont pourtant plaisantes à lire et suscitent volontiers l'hilarité du lecteur, sans doute parce que les situations sont caricaturales et les personnages extravagants: ne rit-on pas toujours - c'est humain - de quelque chose d'inhabituel ou de travers, ou paradoxes, de ses semblables?

 

Francis Richard

 

L'air de rien, Hélène Dormond, 134 pages, Plaisir de Lire

 

Livres précédents:

Liberté conditionnelle Plaisir de Lire (2016)

L'envol du bourdon Hélice Hélas (2017)

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11 mars 2018 7 11 /03 /mars /2018 21:00
Le maître du Talmud, d'Éliette Abécassis

Les livres du Talmud représentent la somme de toutes les opinions contraires des rabbins qui, pendant toute leur vie cherchèrent la vérité sans la trouver, de commentaire en commentaire de commentaire, à l'infini, de siècle en siècle, de millénaire en millénaire.

 

Le Talmud? Ce n'est pas un livre, c'est un ensemble d'écrits, qui envisagent les lois à partir d'un questionnement contradictoire, énigmatique, parfois mystérieux, souvent incompréhensible ou abscons, qui donne naissance à l'étude.

 

Il y a deux Talmud, celui de Jérusalem, celui de Babylone. Il est ici question du deuxième. Qui s'est élaboré et s'élabore à partir du code des lois défini par la Mishna: 613 commandements à respecter, à envisager, à commenter...

 

Le narrateur s'appelle Éliezer Cohen. Il est étudiant à la maison d'études du Maître du Talmud, Rabbi Yéhiel de Paris, auquel le roi a attribué le titre très honorifique de sire Vives de Meaux, Vives étant la traduction de Yéhiel, "que Dieu vive"...

 

L'histoire qu'il raconte se passe en 1240 de l'ère chrétienne, en l'an 5000 du calendrier juif, sous le règne de Louis IX, le bon roi Louis. Elle commence par la découverte d'un nouveau-né, mort égorgé, dans la rue de la juiverie Saint-Bon.

 

L'enfant n'est pas circoncis, il n'est donc pas juif. La rumeur enfle: ce meurtre d'un enfant chrétien ne peut être qu'un crime rituel fait par les juifs. Sire Vives demande à Éliezer de mener l'enquête, car la communauté juive est en danger.

 

Aussi bien chez les chrétiens que chez les juifs, il y a des dogmatiques, qui s'en tiennent à la lettre plutôt qu'à l'esprit de la Bible pour les uns, de la Torah pour les autres, et ne supportent pas que la religion puisse être soumise à la pensée.

 

Sire Vives, après qu'un de ses disciples, Samuel, est tué, la veille de chabbat, lors d'une expédition punitive d'étudiants chrétiens en colère, fanatisés, prononce, entre autres, ces paroles de sagesse le lendemain de ce jour sinistre:   

 

La religion devient violente lorsque ses adeptes pensent détenir son sens ultime, c'est-à-dire l'interprétation du texte divin révélé par Dieu à Moïse, et lorsqu'ils annoncent que leur compréhension du texte est la seule possible...

 

Le roman historique d'Éliette Abécassis est l'occasion pour elle de faire connaître, ou mieux connaître, le judaïsme. C'est en effet toujours la méconnaissance des autres et de leurs différences qui engendre la haine des uns à leur égard...

 

Le lecteur apprend ainsi ce que sont les pharisiens, les sadducéens ou les esséniens, ce qui différencie les talmudistes, notamment les tossafistes, des karaïtes. Ces subtilités de la religion juive l'aident à mieux en comprendre les adeptes.

 

L'intrigue est tout aussi subtile, et pleine de rebondissements, jusqu'à la fin, surprenante. Elle montre à l'envi, comme dans la vraie vie, que les actes que commettent les hommes peuvent être aussi complexes que les pensées qui les ont dictés...

 

Francis Richard

 

Le maître du Talmud, Éliette Abécassis, 368 pages, Albin Michel

 

Livres précédents d'Éliette Abécassis chez Flammarion:

Philothérapie (2016)

L'ombre du Golem (2017)

 

Livres précédents chez Albin Michel:

Et te voici permise à tout homme (2011)

Le palimpseste d'Archimède (2013)

Alyah (2015) 

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10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 18:00
Venir grand sans virgules, de Myriam Wahli

L'arbre avait été exposé toute la journée au soleil il était donc plus chaud que mon duvet et un duvet si on y serre trop c'est comme si y en avait plus alors qu'un arbre ça reste dans les bras quoi qu'il arrive et quand à l'intérieur de la maison y a rien qui reste dans les bras quoi qu'il arrive on sort.

 

La petite raconte les moments qui la font Devenir grand sans virgules. Un de ces moments, c'est son embrassade d'un arbre, un noyer, dont ses bras ne font pas le tour du tronc rugueux, mais qui lui laisse des marques quelques jours sur la peau d'avoir serré trop fort.

 

Le fait est que le texte de Myriam Wahli ne comprend pas de virgules. Cette absence de pauses ne nuit cependant pas à la santé des phrases. Au contraire. Le texte n'est pas du tout indigeste, sans doute parce que le lecteur s'habitue très vite à le respirer par lui-même.

 

Ce style fluide a le mérite de restituer au regard d'une enfant sur le monde toute sa sincérité. Elle voit ce que les adultes ne voient plus et deux images reviennent sous sa plume: la couche des mots et une commode, avec ses petits tiroirs, rangée dans la tête de chacun.

 

La couche des mots, c'est ce qui les fixe pour donner cohésion à ce que les adultes disent, de telle manière que les enfants finissent par penser comme eux. La commode rangée dans la tête, c'est le classement de ce qu'on a vu, entendu, dans des petits tiroirs bien étiquetés.

 

La petite découvre que les choses ne sont pas aussi simples que le disent les adultes. Elles sont même plutôt compliquées. Comme elle est la petite, elle a compris (une claque est vite arrivée) qu'elle doit garder ses réflexions pour elle et ne pas les exprimer à voix haute.

 

Quand elle ne respecte par l'ordre établi des adultes, elle casse le contrat des couches: Ces couches qui font qu'on est quelqu'un qu'on fait partie d'un tout la semaine au travail au village le dimanche à l'église. Car la petite, ses trois frères et deux parents, vivent au village.

 

La petite appelle règles fantômes celles auxquelles l'enfant obéit sans que l'adulte ravi ait eu besoin ni de dire ni d'expliquer. Si, a contrario, l'enfant fait quelque chose de dissonant, le tiroir qui lui est réservé dans la tête de l'adulte s'ouvre et son contenu se décompose...

 

Le regard de cette enfant sur les êtres et les choses est critique: elle ne s'en laisse pas conter du haut de ses dix ans et c'est rafraîchissant. Quand elle est seule, elle se sent bien. Elle est sensible à la beauté du monde. Le paradis, dont l'éternité l'effraie pourtant, serait peut-être:

 

Se faire postillonner dessus par le soleil en marchant sur la lune.

 

La petite raconte donc tous ces moments d'apprentissage qui forment son histoire: à la fois elle accède à la légèreté en se faisant débarrasser des couches et à la gravité auprès de son noyer qui s'est baigné toute la journée dans le soleil, qui lui montre comment tenir debout.

 

Francis Richard

 

Venir grand sans virgules, Myriam Wahli, 94 pages, L'Aire

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8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 23:45
Mourir et puis sauter sur son cheval, de David Bosc

Le titre de ce roman poétique, Mourir puis sauter sur son cheval, est tiré d'un vers d'Ossip Mandelstam. Ce n'est pas pour rien que David Bosc l'a placé en épigraphe à son livre: l'héroïne meurt d'abord avant de renaître sous sa plume.

 

Sonia meurt de façon insolite: elle se dévêt dans le hall de son immeuble à Londres; toute nue elle s'élance dans la cage d'escalier; arrivée sur le palier du dernier étage, elle frappe à la porte; son père ouvre; elle gagne sa chambre et saute par la fenêtre...

 

Dans le roman son patronyme est A., dans la vraie vie Araquistáin, fille de Luis. L'auteur reconnaît qu'il ne sait rien de la vraie Sonia, mais la sienne est tout aussi vraie puisqu'elle existe grâce à lui et qu'elle se manifeste par le dessin et l'écriture.

 

Sonia s'est envolée par la fenêtre de sa chambre à Londres au mois de septembre 1945. La guerre est finie. Une page se tourne. Elle, elle laisse les pages d'un carnet de rêves, ses dessins que le lecteur ne peut voir, et de son journal, qu'il peut lire.

 

Ce journal, l'auteur l'écrit sous la dictée de Sonia, à même un roman des années trente: Sur des dizaines de pages, [...] en croisant ses lignes avec celles du texte imprimé.  Et cela donne un texte poétique qui parle de tout et de rien.

 

Sonia connaît un tas de choses que sa curiosité innée lui fait découvrir sans idées préconçues parce qu'elle n'a pas l'esprit de système. Dans les livres qu'elle ouvre, elle est comblée quand son désir y trouve ce qu'elle ne soupçonnait pas.

 

A l'expression au hasard elle préfère naturellement l'expression à tout hasard: car, quand on prononce cette dernière, on sent un flegme et ce don de l'attente curieuse, mais sans exigences, auquel la fortune se plaît à remplir les mains...

 

Cette façon d'appréhender les choses devient méthode, c'est-à-dire absence de méthode: elle ne sait pas où elle va mais elle y va en suivant des gens qui savent sans doute où ils vont: celui qui suit est la légèreté même, il est irresponsable...

 

Ce passage confirme la manière: Dérégler en moi le sens de l'orientation, me soumettre au rythme et, tour à tour, être moi-même la source de la pulsation, de la pulsion. Combattre la cadence par l'arythmie: le coeur des malades et des émotifs.

 

Le rapport de Sonia au langage n'y est pas étranger: Jouir, bondir, s'évanouir, libérer hors de sa bouche un flot de paroles sans suite. Car le propre du langage est précisément dans ces suites et poursuites auxquels il commande sans relâche.

 

Il n'est pas étonnant que Sonia voie son salut dans la transformation, dans la métamorphose, dans le saut hors de la chose et de la cadence. Elle se disait depuis un moment son impatience, tout en ayant un flair infaillible pour les empêchements:

 

Tu ne te transformes pas assez vite, ton aujourd'hui continue ton hier. Et ce chemin qui te suit pas à pas, c'est ton passé, déjà, qui s'engraisse de la dépouille de tes jours...

 

Francis Richard

 

Mourir et puis sauter sur son cheval, David Bosc, 96 pages, Verdier

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5 mars 2018 1 05 /03 /mars /2018 23:45
Celle qui s'enfuyait, de Philippe Lafitte

Il y avait longtemps elle avait connu la révolte, les affrontements et la peur. Seule la fuite à l'autre bout du monde l'avait protégée. Plus encore, la fuite dans son propre imaginaire l'avait sauvée car elle savait que là au moins, elle ne risquait pas d'être trouvée, quelle que soit la nature de ses assaillants.

 

Phyllis Marie Melvil écrit des romans policiers, depuis son arrivée en France, au début des années 2000. Elle est Celle qui s'enfuyait de Philippe Lafitte. Elle est devenue celle qui s'est enfuie dans les livres. Peut-être cela ne serait-il jamais arrivé si elle n'avait renversé un café sur son futur éditeur dans le compartiment-bar d'un TGV au départ de Marseille...

 

Phyllis vient d'avoir soixante ans et en paraît quarante. Chaque jour au petit matin, à six heures, après avoir écrit pendant trois heures, elle part de la ferme où elle vit, dans un causse, avec son chien, un vieux labrador aux yeux de phoque, qu'elle a adopté dix ans plus tôt, et elle court dans la lande, en toutes saisons, qu'il fasse encore nuit ou déjà jour.

 

Ce matin-là, c'est l'événement: un coup de feu explose. Elle était visée. Son chien est touché. Elle comprend que ça recommence. Phyllis se souvient de sa fuite des États-Unis il y a quarante ans, de la petite fille noire qu'elle était auparavant, dans les années 1960, puis de l'adolescente qu'elle fut, au temps de la révolte, des affrontements et de la peur.

 

Celui qui lui a tiré dessus, c'est Danny DiCorso. Il est issu d'une famille d'immigrés génois aux États-Unis. Il a traversé l'Atlantique pour la vendetta de sa mère, Antonella, persuadée que Phyllis est responsable de la mort de sa fille Giulia qui faisait partie du même groupuscule qu'elle, l'Armée Révolutionnaire du Peuple, dirigé par un étudiant noir.

 

Danny a raté la femme noire. Il doit maintenant atteindre celle qui a cru que l'isolement était le prix à payer pour sa liberté. C'est jusqu'à présent pourquoi elle a peu de contacts avec son éditeur, Guillaume Migennes, avec son amant, Paul Etchegoyen. Mais l'événement de l'autre matin la décide à accepter d'être l'auxiliaire de Laurence à l'école...

 

Son salut ne se trouve-t-il pas plutôt, toujours et encore, dans la fuite? Quoi qu'il arrive, ne pourra-t-elle pas toujours fuir dans l'imaginaire, le seul endroit où elle ne [sera] pas poursuivie par l'hostilité du monde? Ou en rendre compte? Car l'écriture, qu'elle maîtrise, est pour elle un exutoire, une consolation, dans cette langue française apprise avec son père...

 

Francis Richard

 

Celle qui s'enfuyait, Philippe Lafitte, 224 pages, Grasset (sortie le 7 mars 2018)

 

Livre précédent:

 

Eaux troubles BSN Press (2017)

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5 mars 2018 1 05 /03 /mars /2018 20:30
La coach, de Nicolas Verdan

Les gens qui font appel à mes services finissent toujours par prendre la bonne décision. Après une ou deux séances de business coaching, déjà, ils retrouvent confiance en eux. Quand ils sont mûrs, je le sens. Je ne prolonge pas. Je leur dis c'est bon, vous êtes prêts à affronter tout ce qui vous faisait peur, vous voyez bien que ce n'était pas une montagne. Et mon rôle s'arrête aussitôt.

 

Coraline Salamin, cette fois, a choisi son client. Il s'agit d'Alain Esposito, le responsable de RéseauPostal de Swiss Post. A 48 ans, il dirige plus d'un millier de personnes. Et La coach - le lecteur est prévenu dès les premières pages de son récit - a décidé de le faire payer pour tous les postiers, parmi lesquels son frère David, qui un jour s'est jeté sous un train. Son destin est tracé:

 

Il se tuera.

C'est moi qui le ferai se tuer.

 

A Swisspost, il faut prendre des décisions vu la baisse du volume des lettres, des colis et des versements. Elles se résument à fermer des guichets à travers le pays parce que les gens n'écrivent plus de lettres et font leurs paiements sur Internet. Ce n'est pas le genre de décisions susceptibles d'émouvoir Coraline, membre de la Prime Tower Affiliation, qui a pour devise: Arda para subire.

 

Cette devise signifie: Brûle du désir de t'élever. Les membres de ce club de dirigeants suisses décomplexés sont partisans d'un individualisme forcené, ils sont animés d'une même rage de vaincre à tout prix, ils se reconnaissent dans l'absence de tout scrupule dans la course au pouvoir. Bref ils se croient ultra-libéraux, mais ils ne sont que de féroces prédateurs, nuisant à autrui.

 

Coraline est digne de ce club fermé (où tous les coups et humiliations sont permis) dans sa façon de coacher Esposito. En fait ce dernier n'a pas besoin d'elle: Il sait très bien se débrouiller tout seul pour licencier à tour de bras.  Alors elle va faire en sorte que, grâce à ses services, il ait encore plus confiance en lui et que, sans souci des formes, il prenne la décision qui ruinera sa carrière.   

 

Jusqu'au bout le lecteur se demande si ce plan va aboutir à la fin vengeresse promise. Il se demande aussi pourquoi l'auteur agite des souvenirs d'adolescente de Coraline et quel rôle doit jouer un mystérieux personnage qui épie ses faits et gestes. Il a raison de se poser ces questions, parce que la vie réserve toujours des surprises même à qui semble avoir plusieurs coups d'avance... 

 

Francis Richard

 

La coach, Nicolas Verdan, 136 pages, BSN Press (sortie 5 mars 2018)

 

Livre précédent chez Bernard Campiche Éditeur:

Le mur grec  2015)

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28 février 2018 3 28 /02 /février /2018 22:30
Engrenage, d'Eric Orlov

On s'envoie des mails pour confirmer que l'on a bien reçu des mails et que l'on y répondra dès que possible par mail. On passe des coups de téléphone pour relater d'autres conversations téléphoniques.[...] Et pour parachever le tout, on se réunit toutes les deux heures afin de préparer les prochaines réunions qui auront lieu toutes les deux heures...

 

Voilà une journée ordinairement utile, comme il y en a beaucoup d'autres, dans l'entreprise où travaille Laurence de Ménéval: Chez Upbridge on embauche plus qu'on ne licencie. Chez Upbridge, on s'auto-restructure et l'on s'auto-optimise en permanence. Accessoirement et à intervalles réguliers, cette firme prospère se vend au plus offrant. C'est la loi du marché...

 

Laurence, habituellement, est affectée aux phases d'audit et d'analyse. Cette fois, Marc, son Business unit manager, lui a confié une mise en oeuvre opérationnelle, celle de dégraisser les effectifs d'environ trente pour cent d'un gros sous-traitant de l'automobile et de l'aéronautique, Skylex, afin de le rendre séduisant aux yeux d'un fond de pension qui envisage de l'acquérir.

 

Laurence est mariée à Arnaud, qui travaille à Londres pendant la semaine et ne revient que les week-ends à Paris, où ils habitent un appartement cossu, au 9 de la rue de Médicis, dans le sixième arrondissement. Heureusement, Laurence lit beaucoup. En ce moment, elle lit Le ravissement de Lol V. Stein de Marguerite Duras, qu'elle promène avec elle dans son sac.

 

Ce lundi, en rentrant chez elle, Laurence trouve dans sa boîte à lettres une grande enveloppe kraft libellée à son nom et adresse, à l'intérieur de laquelle se trouve une seconde enveloppe, plus petite, de couleur parme: Au centre de celle-ci, une lettre écrite en majuscule: A. suivie de la mention Américaine placée entre parenthèses... L'Engrenage a commencé de tourner...

 

Car il y aura d'autres lettres du même acabit, manuscrites, non signées, mais qui révèlent une connaissance intime de Laurence, ce qui ne laisse pas de la faire fantasmer, ce à quoi elle est déjà encline lors de ses nuits solitaires de semaine, où elle se livre à elle-même. Qui peut bien lui adresser de telles lettres suggestives, bien écrites? Homme ou femme? Difficile à dire.

 

L'épistolier, ou l'épistolière, sait en tout cas la mouvoir et il y réussit d'autant mieux que Laurence est fragilisée: son mari n'est guère là; son père, victime d'un licenciement collectif (c'est maintenant son savoir-faire à elle) dont il ne s'est jamais remis, s'adonne depuis à la boisson; il vient de faire une chute dans son garage et se trouve dans le coma, hospitalisé à Maubeuge...

 

Peut-être l'auteur de ces missives est-il Louis-Pascal. C'est aujourd'hui son interlocuteur chez Skylex. Elle l'a croisé à l'école de management de Lille: Elle entrait alors en première année tandis que Louis-Pascal terminait son cycle de cinq ans. Quand ils ont dîné ensemble la dernière fois qu'elle est allée le voir à Metz, ne lui a-t-il pas offert Les liaisons dangereuses?

 

Si sa demi-soeur Solange lui prête une oreille attentive, sans pour autant admettre le métier qu'elle exerce, son demi-frère Cédric lui est carrément hostile et voit en elle une traîtresse à leur modeste milieu d'origine. Ce n'est donc pas dans sa famille qu'elle peut trouver vraiment du réconfort. C'est pourquoi son adorateur secret la fascine et qu'elle se soumettrait bien à lui...

 

Même si Éric Orlov laisse filtrer, avant la fin de ce roman satirique, quelques indices sur qui se cache derrière les lettres à Laurence, le lecteur ne peut cependant pas imaginer l'issue qu'il a donnée à son histoire. Et ce n'est qu'après avoir tourné la dernière page qu'il réalisera que lui aussi s'est fait embobiner par l'auteur. Alors il s'inclinera et lui dira volontiers: Chapeau bas!

 

Francis Richard

 

Engrenage, Éric Orlov, 204 pages, Olivier Morattel Editeur (sortie le 2 mars 2018)

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26 février 2018 1 26 /02 /février /2018 23:10
Loin de Douala, de Max Lobe

Boza, c'est l'aventure. Tout un périple complexe qui mène les bozayeurs, par petites étapes, du Cameroun jusqu'en Europe.

[...]

Malgré le déprimant retour des bozayeurs malchanceux, rien n'entame la ferveur des partants. Tous les jours, parce qu'ils ont été recalés à la suite d'un ou deux refus de visa, des jeunes décident de boza.

 

Claude Moussima Bobé meurt. Ngonda, sa femme, croyante jusqu'à la superstition, a cru qu'il guérirait par la toute-puissance de Yésu Cristo: il suffirait de l'oindre d'huile bénite et de lui faire boire de l'eau également bénite pour qu'il échappe à la maladie.

 

Au dernier moment son fils aîné Roger et son ami Simon l'ont transporté à l'Hôpital Général de Douala. Mais c'était trop tard... Et, du coup, Roger accuse sa mère et son petit frère Jean, le Choupinours de sa mère, l'intello-pasteur de la famille, de l'avoir tué.

 

Roger n'est pas un intello. Quelques mois plus tôt, après quatre tentatives, il a enfin décroché le brevet, tandis que son frère cadet, lui, réussissait son bachot. Les études ne l'intéressent pas. En dehors du foot, point de salut. Son idole, c'est Roger Milla...

 

Après une altercation avec Jean, à qui il donne deux gifles pour lui apprendre à le traiter de bon à rien, Roger est porté disparu, avant même l'enterrement de son père. Simon et Jean, partis à sa recherche, apprennent qu'il est allé boza, en Europe, à pied.

 

Roger rêvait de Real de Madrid, de FC Barcelone, d'être un nouveau Roger Milla. Son rêve va enfin devenir réalité. Son chemin passe par le Nigéria, au nord du pays. Il doit peut-être maintenant être en train de tracer sa route tranquille jusqu'en Espagne.

 

Simon et Jean se lancent à sa poursuite, ce qui les emmène Loin de Douala, en suivant les étapes du boza: Yaoundé, Ngaoundéré, Garoua, Maroua... Mais, plus ils approchent du Nigéria, plus se font sentir les présence et influence de  Boko Haram...

 

Ce récit de Max Lobe permet au lecteur de faire ample connaissance avec le pays natal de l'auteur à la faveur des rencontres que font Simon et Jean, son narrateur, de souvenirs que celui-ci évoque et de révélations qui lui sont faites sur les siens.

 

Max Lobe y confirme ses talents de conteur et de peintre des moeurs, ici celles du Cameroun. Il agrémente d'ailleurs son récit de termes anciens et modernes du français camerounais, au milieu desquels il glisse quelques termes british employés là-bas...

 

 Francis Richard

 

Loin de Douala, Max Lobe, 176 pages, Zoé (sortie le 1er mars 2018)

 

Livres précédents:

39 rue de Berne (2013)

La trinité bantoue (2014)

Confidences (2016)

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24 février 2018 6 24 /02 /février /2018 23:55
La densité de l'instant, de Fabienne Morales

Tout son être est absorbé dans la densité de l'instant.

 

Il n'est pas le seul, Louis Borgeaud, l'un des personnages de Fabienne Morales, à être absorbé dans La densité de l'instant. Il serait peut-être plus juste de dire que tous ses personnages vivent des instants denses, et qu'ils s'y fondent.

 

Car ce qui fait l'unité de ce recueil de nouvelles, dont le titre est, comme c'est souvent l'usage, le titre de l'une d'entre elles, c'est le corps à corps des personnages, qui luttent ou contre eux-mêmes, ou contre d'autres, pour... exister.

 

Certains d'entre eux sont marqués par leur prénom. A quoi pensent des parents qui osent affubler leur progéniture de prénoms qu'il leur est difficile de porter? Freud aurait son mot à dire sur ce qui leur passe par la tête, assurément.

 

Ainsi y a-t-il une femme prénommée Pomme et un homme prénommé Girofle. Ils étaient faits pour une rencontre... alimentaire. Et Fabienne Morales obéit à cette injonction improbable de leur destin dans Saveur Pomme-Girofle.

 

Cunégonde et Ruth, étaient faites pour s'entendre, et même plus, par affinités, Syllabe contre syllabe, pour unir leurs forces contre les représentants de la gent masculine au pénis vaniteux de toute puissance qui s'en prennent à elles.

 

Mirabelle a épousé l'homme qu'elle aimait, Barnabé. Ils travaillent ensemble, lui aux fourneaux, elle en salle. Mais Bé ne se doute pas que La tache s'incruste en elle au contact de clients, de leur saleté de mots, de leur pourriture de mots.

 

Joséphine s'est laisser pénétrer par un poncif de sagesse féminine que lui a inculqué sa voisine philosophe. Il faut marcher: Depuis chez soi. Marcher pour le sens. Marcher avec sens. Mais marcher donne-t-il L'équilibre du monde?


Comment réagir à la perte de Sa soeur qu'il aimait? La solution ne se trouve en tout cas pas dans l'inaction. Peut-être dans l'hyper-activité. Chacun a sa recette éprouvée, souvent éprouvante. Lui a la sienne, culinaire, justement.

 

Marc l'a quittée, mais à la vie sans Marc succèdent l'image de Marc, l'odeur de Marc, la voix de Marc, le typhon Marc. Qu'elle tente de tenir à distance. Sa recette à elle est de recourir aux postures du yoga, qui se terminent par Savasana...

 

Georges Milovski place religieusement chaque matin dans la poche gauche de son pantalon une pièce de vingt centimes, un trombone et un petit élastique. Ce ne sont pas ses seuls rites quotidiens, pétri qu'il est de principes d'un autre siècle...

 

En elle, il y a un crapaud-buffle, un Rhinella Marina: il s'installe entre [ses] intestins et [son] coeur. Depuis toute petite, avec plus ou moins de succès, il construit une distance entre [elle] et les autres, une solitude impérieuse. Que faire?

 

Bernard Tappenberg est un homme bien et ... un parfait salaud. Clarita est sa subordonnée A la Migros, où elle travaille depuis près de vingt ans. S'il a sa petite gym à lui, elle a la sienne, qu'elle exerce chez elle le soir, contre sa suffisance.

 

À l'école primaire, les garçons ou les filles devaient apprendre à manier le burin ou le crochet. Sonia, brillante en tout, ne l'était pas à la Leçon de couture. Elle, elle admirait Sonia, parce qu'elle s'affirmait systématiquement contre.

 

Karen est psy. Elle n'est pas indifférente, mais ne sait pourquoi, à ce que lui dit un de ses patients qui, depuis des mois, marmonne des maisons. Elle le comprendra en lisant au dos d'une photo de sa mère ces deux mots: Eleonora 73...

 

Nous nous embrasserons au-delà de la tombe: c'est ce qu'elle souhaite et, pour ce faire, elle lui demande de creuser un trou d'une cinquantaine de centimètres au pied de l'arbre aux petits fruits rouges et d'y mettre ses cendres, dans la chair-terre...

 

Tous ces personnages, à la dérive - l'auteur dirait un peu cabossés, voire parfaitement ravagés -, finissent par s'en sortir, mais à quel prix? Le lecteur a envie de leur dire que le prix pourrait s'avérer moins élevé s'ils voulaient bien se confier à lui...

 

Francis Richard

 

La densité de l'instant, Fabienne Morales, 108 pages, Plaisir de Lire

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20 février 2018 2 20 /02 /février /2018 23:10
De rien, c'est-à-dire de tout, de Bertrand Baumann

J'ai lu dans le dictionnaire: Notules: petites notes écrites en marge d'un texte. Les miennes sont des inscriptions en marge du texte de ma vie, qui me reste inconnu, comme il arrive à tout être humain.

 

De rien, c'est-à-dire de tout est composé de notules, le genre qui sied bien à Bertrand Baumann, puisqu'il s'agit d'une récidive. Enfin, si l'on peut dire, puisqu'il les a écrites en partie avant qu'Écrit dans le vent ne paraisse...

 

Ces notules, petite monnaie de sa vie et du temps, parlent de tout et de rien, le tout dans une vie étant fait de petits riens, dont on s'exagère l'importance... Alors l'auteur capture l'instant, comme il pourrait le faire en photographiant:

 

...saisir, pour lui-même, chaque instant qui file entre mes doigts. Si de cette collection d'instants naît un livre, à la bonne heure !

 

Bertrand Baumann lit d'abord ses notules dans sa tête avant de les mettre sur le papier et il perçoit les sons comme s'ils étaient prononcés à haute voix, même lors d'une lecture muette. Le résultat est là: elles sont lisibles à voix haute...

 

Il ne se prétend pas original, mais il l'est, comme tout être humain si on y réfléchit bien: C'est dans le choix et l'enchaînement des idées que l'individu se dévoile, dans le choix et l'enchaînement des mots que réside le style de chacun.

 

Non seulement il le dit, mais il le fait: Plus la syntaxe générale et les expressions connues sont respectés, et plus l'essence de celui qui parle ou qui écrit a des chances de se manifester. La sienne est de parler de sujets graves, avec une certaine légèreté:

 

Le sujet pèse, n'y ajoutons pas le poids des mots.

 

Sans doute est-ce pourquoi il ne s'appesantit pas plus que ça sur ses détestations et qu'il est beaucoup plus prolixe quand il fait part de ses engouements, qu'il s'agisse de Georg Christoph Lichtenberg, de Robert Walser ou de Gerhard Meier.

 

Et puis il parle d'amour: Sans amour pas d'occasion de se brûler les ailes. Mais pas d'ailes non plus. Et de la rencontre de Mathilda qui a tout changé: avec elle, il n'a jamais su si c'était de l'amour ou de l'amitié. Une amitié si forte, un amour si pur:

 

Qu'y a-t-il de plus fort que l'amitié? L'amour. Qu'y a-t-il de plus solide que l'amour? L'amitié.

 

Ce livre? Ce sont ses rêves, ses poèmes, ses citations, ses observations, ses chats, son amour de la vie parce qu'il est vivant, son amour de la vie pour la vie, même s'il n'y parvient pas toujours et qu'il aimerait y arriver plus souvent.

 

C'est aussi l'humour de celui qui redescend la pente de la vie:

 

Horizon 80, 90 ans? Je n'ai pas très envie d'explorer ces zones-là.

- Comme si on te demandait ton avis !

 

Francis Richard

 

De rien, c'est-à-dire de tout, de Bertrand Baumann, 240 pages, L'Aire

 

Livre précédent:

Écrit dans le vent (2013)

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18 février 2018 7 18 /02 /février /2018 13:15
Histoires saintes, de Jean-Jacques Bonvin

Il y en a treize, treize histoires. Leur nombre, celui des participants à la Cène (qui a précédé la trahison de Judas), est-il une indication? Si ces Histoires saintes le sont, alors ne sont-elles pas du moins apocryphes?

 

Le sont en tout cas les histoires inspirées de vies de saints reconnus tels qu'Othmar de Saint-Gall, Jean-Marie Vianney (le curé d'Ars), Benoît de Nursie et ses disciples Placide et Maur, Denys, ou encore Sébastien.

 

Car Jean-Jacques Bonvin ne cherche lisiblement pas à être orthodoxe: il prend des libertés avec les vies de ces saints, si bien que l'Église ne reconnaîtra pas toujours les siens qu'elle a pourtant un jour canonisés.

 

Il n'est pas seulement d'ailleurs question de saints dans ces histoires dites saintes. La religion y est ainsi présente avec une histoire d'exorcisme ou avec une histoire de moine stylite qui combat les idoles païennes.

 

La dive bouteille n'est pas absente non plus dans une de ces histoires qui raconte le périple d'un écrivain soviétique de Moscou à Petouchki, et retour par le bord de l'Arve : la comparaison entre auteurs n'y est pas raison...

 

Bonvin ne saurait mentir, mais il pousse tout de même un peu loin le bouchon avec ses hagiographies d'aujourd'hui tels que ses curieux Missi Dominici , sa Reine des fées ou le procès en canonisation de son Cookie.

 

Quand le narrateur raconte la dernière volonté de son père: J'ai pris une décision, tu vas la trouver bizarre, elle est bizarre. Je vais passer mes dernières heures en faisant la planche, le lecteur est pris de franche hilarité...

 

Et, après avoir bien ri, il se rappelle que dans Magnam me facit Dominus, l'auteur a laissé libre cours à son imagination fertile pour donner sa version surnaturelle de l'annonce faite à Marie et de la conception de Notre Seigneur.

 

Selon que le lecteur est chrétien ou non, il appréciera bien sûr la façon, mais se demandera donc, ou non, s'il ne doit pas adresser une prière à son Créateur pour que l'auteur qui a commis ces récits iconoclastes soit absous, ou non...

 

Francis Richard

 

Histoires saintes, Jean-Jacques Bonvin, 156 pages, éditions d'autre part

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17 février 2018 6 17 /02 /février /2018 19:45
Lettres de roulotte, de José Gsell

Ce livre est une cigarette dont on a ôté le filtre. Peut-être qu'on le jette après l'avoir lu, peut-être qu'on le récupère dans le cendrier pour lui extirper quelques dernières bouffées d'authenticité.

 

Vivre dans une sorte de malle sur roues de douze mètres carrés, après avoir vécu dans un squat avec beaucoup d'autres, cela change la vie: les libertés individuelles retrouvées n'en sont que plus aimables.

 

De sa roulotte, et dans icelle, José Gsell a pris le parti d'écrire pour produire de la nourriture. Ce n'est pas l'opulence et, pourtant, il se sent riche, riche de pouvoir mener une vie de lenteur, privilège exceptionnel.

 

Bien sûr, il lui faut trouver un peu d'argent pour bouffer et pour payer [sa] place. Mais s'il pouvait s'en libérer, il le ferait, non pas qu'il soit paresseux, mais les emplois qu'il a occupés lui semblent bien futiles.

 

Il ne trouve en effet pas beaucoup de sens à ses activités passées. A présent il effectue des déménagements avec un patron que bosser ennuie autant que lui et fait quelques chantiers avec ses frères ou des amis.

 

Ce qui lui importe c'est de savoir que chaque jour d'investi signifie deux semaines de paix. Qu'il met à profit pour trouver un sens à la vie et qui lui permettent de juste sentir ce qui nous dépasse...

 

D'où lui vient ce parti pris expérimental pour un état de grande solitude volontaire? D'avoir encore tout jeune vécu en forêt: C'est dans les bois que j'ai commencé à devenir rétif à l'occupation chronique.

 

Il ne faut pas croire que vivre en roulotte soit une sinécure. Le porte-monnaie reste boulimique et les contraintes matérielles persistent qui parasitent l'esprit. La vie n'y est donc pas idéale et vivre libre a un prix:

 

Vivre incertain, peut-être est-ce cela vivre pleinement, ne pas avoir le droit d'être endormi...

 

Mais le résultat est là: la visite que le lecteur rend à l'auteur, dans sa roulotte, et en dehors, en lisant son texte à tout dire , ne peut que le rassasier, car de savoir qu'il serait lu lui a permis de faire naître des mots à l'extérieur.

 

Et ces mots, empreints de poésie, ont le parfum de l'authenticité, sans doute parce qu'ils sont rêves devenus réalité:

 

Je crois écrire ce que j'aimerais lire, c'est pour cela que j'écris. Et cette pratique est très constructive pour passer le temps...

 

Francis Richard

 

Lettres de roulotte, José Gsell, 120 pages, Torticolis et Frères, (illustré par Hervé Thiot)

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15 février 2018 4 15 /02 /février /2018 22:30
Nora, de Louise Anne Bouchard

Soixante-quinze mille habitants, presque jamais rien qui se passe, sauf des mouvements de masse d'Américains ou de Japonais qui ne cessent de bombarder la ville de clichés...

 

La jeune journaliste de vingt-cinq ans, Helen Weber, sait qu'elle risque d'être virée dans les jours qui viennent si elle ne trouve aucune nouveauté... Une gageure. En effet, Lucerne, puisqu'il s'agit de cette ville suisse située au bord du lac des Quatre-Cantons, est si petite que même les enfants n'arrivent pas à s'y perdre...

 

Pourtant, un soir d'été, il va se passer quelque chose dans cette ville: deux amis, Paul Mutter et Jacson Clark, après s'être retrouvés à la terrasse de l'Helvetia, se sont rendus au Magdalena pour finir la soirée; en sortant ils se sont fait tirer dessus. Paul a été tué. Jacson a survécu grâce à sa quarantaine enveloppée et à Helen.

 

Chez Helen, Jacson reprend conscience. Les tireurs étaient deux. Ils se sont enfuis en emportant un sac. Elle a ramené l'essentiel: un vivant et les affaires de Paul. Dans ses affaires, elle a trouvé la carte d'un certain Willy, un point de départ pour élucider ce meurtre, ce qui lui vaudrait d'être promue, reconnue.

 

Helen a tout de même fait quelque chose d'autre: au moment des tirs, les deux amis se tenaient appuyés contre la carosserie d'une Volvo; après, elle a retiré la plaque minéralogique de la voiture, [elle a] mis Paul à l'intérieur et [elle a] fait basculer la voiture dans le ravin. On aura du mal à l'identifier. On mettra du temps.

 

Ce temps, Helen compte le mettre à profit, avec l'aide de Jacson, un ancien policier zurichois,  pour trouver qui a tué Paul. Ainsi ira-t-elle à l'appartement de Paul, où elle prendra son carnet de téléphone et son agenda, tandis qu'il ira voir Willy, devin de son métier, lié à une certaine Sarah von Pfyffer, que lui a présentée Paul.

 

Sarah et son mari, Max, forment un couple de convenance où les deux partis ne vont pas du tout ensemble. Leurs deux pères, tous deux au bord de la faillite, ont arrangé leur mariage, pour s'en sortir. Il était convenu qu'au bout de vingt ans, Sarah pourrait divorcer et, sous condition, recevoir la moitié de la fortune de Max.

 

La condition était qu'elle reste fidèle à son mari. Les vingt ans approchent. Elle n'a jamais été prise en flagrant délit. S'ils avaient eu un rejeton, Sarah aurait pu divorcer quand elle l'aurait voulu. Max a bien eu une fille, Nora, mais Louise Anne Bouchard prend un malin plaisir à retarder le moment de dire ce qu'il est advenu d'elle...

 

Francis Richard

 

Nora, Louise Anne bouchard, 152 pages, Slatkine

 

Livres précédents:

Bleu Magritte, L'Aire (2010)

L'effet Popescu, BSN Press (2012)

Rumeurs, BSN Press (2014)

Les sans-soleil, Le Poche Suisse (2016)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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